Catégories
Articles

Vers une sexothérapie inclusive : reconnaissance des identités et des relations non normatives

La sexothérapie, en tant qu’espace de soin, mais aussi de normativité, constitue un terrain d’enquête privilégié pour interroger les rapports de pouvoir qui traversent les sexualités, les identités de genre et les formes relationnelles. En Suisse romande, cette pratique thérapeutique s’est historiquement développée à partir des années 1950 dans un contexte marqué par la psychanalyse, la gynécologie et la psychiatrie.

Initialement pensée pour répondre à des « dysfonctionnements » sexuels tels que les troubles érectiles, le vaginisme ou les questionnements liés à la perte de libido dans le cadre du couple hétérosexuel monogame, elle s’est progressivement institutionnalisée autour de la figure du couple conjugal stable, régi par des normes reproductives, genrées et affectives. Les premières consultations visaient à préserver la solidité conjugale en ajustant les comportements individuels aux attentes du couple normé, souvent au détriment des subjectivités non conformes.

La sexothérapie inclusive désigne une approche thérapeutique qui prend en compte la diversité des identités de genre, des orientations sexuelles et des configurations relationnelles. Elle rompt avec les modèles traditionnels fondés sur la binarité de genre, l’hétérosexualité et la monogamie. Plutôt que de corriger des « dysfonctions » sexuelles selon des normes implicites, cette approche vise à accompagner les personnes dans leurs vécus singuliers, leurs désirs, leurs vulnérabilités et leurs rapports au plaisir. Elle mobilise une posture d’écoute active, de déconstruction des scripts normatifs, et s’ancre dans une éthique du soin anti-oppressive. En reconnaissant les effets des discriminations structurelles sur la santé sexuelle et psychique, la sexothérapie inclusive redéfinit le soin comme un espace de reconnaissance, d’empouvoirement et de co-construction, particulièrement crucial pour les personnes queer, non cisgenres et en relations non monogames.

Ce cadre hétéronormatif a façonné durablement les outils, les représentations et les scripts thérapeutiques encore largement en vigueur aujourd’hui. Les identités trans, non binaires, intersexes ou les pratiques relationnelles plurielles y ont longtemps été invisibilisées ou médicalisées à travers une lecture pathologisante. Ce n’est que récemment que certaines structures se sont engagées dans une transformation critique des pratiques sexothérapeutiques, à l’instar de deux centres de psychologie, sexologie et sexothérapie, qui défendent une approche inclusive, féministe et anti-oppressive. Ces espaces tentent de redéfinir la sexothérapie non plus comme un lieu de réparation ou de normalisation, mais comme un espace d’écoute des vécus multiples du corps, du genre, du désir et des formes d’attachement.

Dans ce contexte, je m’interroge sur la manière dont les personnes non cisgenres et engagées dans des relations non monogames naviguent entre les limites des dispositifs sexothérapeutiques traditionnels et les formes alternatives de soutien qu’elles construisent.

Une recherche qualitative a été menée auprès de treize personnes concernées, complétée par des observations participantes dans des groupes queer et polyamoureux, ainsi que par des entretiens avec des sexothérapeutes se revendiquant d’une approche inclusive. L’ensemble du travail s’inscrit dans une posture féministe et queer, assumant une recherche située et impliquée.

Cette recherche démontre des décalages entre les cadres thérapeutiques encore dominés par des logiques binaires et normatives, et la diversité des vécus des personnes rencontrées.

Cette recherche s’appuie sur une approche qualitative, située et féministe, mobilisant des outils issus de la sociologie du genre. Le terrain s’est construit autour de treize entretiens semi-directifs menés avec des personnes non cisgenres engagées dans des relations non monogames, âgées de plus de 28 ans, ainsi que d’échanges avec des sexothérapeutes revendiquant une démarche inclusive. Des observations participantes ont également été réalisées dans des groupes de parole queer et polyamoureux en Suisse romande. L’analyse repose sur les récits de vie, la performativité des normes et les dynamiques de pouvoir dans les relations thérapeutiques. Adoptant une posture réflexive, en tant que personne située dans les communautés concernées, je propose une lecture impliquée des discours recueillis, guidée non par une prétention à la neutralité, mais par une exigence éthique et épistémologique.

Ces dernières décrivent un rapport ambivalent à la sexothérapie : d’un côté, le besoin d’un espace de parole et de soutien dans la traversée de leurs parcours identitaires, relationnels et corporels ; de l’autre, une méfiance tenace face à une institution perçue comme peu formée, parfois invalidante, et trop souvent inadaptée aux réalités queer et non monogames.

Cette défiance s’explique par plusieurs facteurs. Tout d’abord, les professionnel·le·x·s du soin ne sont pas systématiquement formé·e·x·s aux enjeux liés à la pluralité des identités de genre ou à la non-monogamie. La tendance à réduire les pratiques sexuelles ou relationnelles minoritaires à des symptômes de troubles psychiques, ou à vouloir les « cadrer », est fréquemment rapportée par les personnes rencontrées. Par ailleurs, le coût élevé des consultations, le manque d’interdisciplinarité et la faible reconnaissance des savoirs communautaires dans les espaces cliniques renforcent les inégalités d’accès aux soins.

Les personnes concernées développent alors des stratégies d’évitement ou de contournement du système thérapeutique traditionnel. Des espaces informels émergent : groupes de parole, cercles de soutien en ligne, collectifs militants ou encore lectures autogérées, comme Polysecure de Jessica Fern, qui aborde les questions d’attachement et de non-monogamie à travers une approche attentive aux effets des traumas vécus sur les dynamiques relationnelles et le vécu affectif des personnes concernées. Ces ressources permettent de reconfigurer les récits de soi, de politiser les expériences de marginalisation et de tisser des solidarités affectives en dehors du cadre médical. Loin d’être de simples substituts aux soins institutionnels, ces espaces produisent des savoirs situés et critiques, participant à la redéfinition des normes relationnelles et sexuelles.

« Les personnes rencontrées parlent d’un besoin de reconnaissance de leurs désirs, de leurs pratiques, mais aussi de leurs vulnérabilités, sans être réduit·e·x·s à une pathologie ou à des pratiques sexuelles considérées « à risque ».»

Cette production de connaissances collectives joue un rôle central dans les processus d’empouvoirement. Elle contribue à déplacer la centralité du savoir thérapeutique vers des formes de co-construction, où les expériences vécues prennent le pas sur les grilles de lecture universalisantes. Les personnes rencontrées parlent d’un besoin de reconnaissance de leurs désirs, de leurs pratiques, mais aussi de leurs vulnérabilités, sans être réduit·e·x·s à une pathologie ou à des pratiques sexuelles considérées « à risque ». La relation d’aide, dans ces contextes, devient un lieu de co-négociation des termes du soin, et non un dispositif unilatéral d’ajustement à une norme.

Certain·e·x·s sexothérapeutes cherchent à faire évoluer leurs pratiques. Les discussions avec celleux-ci font apparaître une volonté d’élargir les référentiels cliniques en intégrant des perspectives critiques sur les normes de genre, les formes de sexualité et les liens affectifs. Ces thérapeutes soulignent l’importance de s’éloigner des scripts genrés classiques, souvent centrés sur la performance sexuelle, la fidélité ou la génitalité, afin d’accompagner les personnes dans leur rapport singulier au plaisir, au consentement et à la fluidité relationnelle. Leur posture vise à créer un cadre d’écoute sécurisant, où les identités mouvantes et les configurations relationnelles atypiques ne sont pas perçues comme des obstacles, mais comme des réalités légitimes à accompagner.

Cependant, ces pratiques restent marginales dans le champ sexothérapeutique dominant. La reconnaissance institutionnelle de ces approches inclusives est encore limitée, et leur diffusion se heurte à un appareil de formation souvent figé, peu perméable aux savoirs minoritaires. Ce décalage entre les besoins exprimés par les personnes concernées et l’offre thérapeutique disponible rend visible une série d’enjeux politiques : l’assignation des corps à la binarité, la hiérarchisation des modèles relationnels, la médicalisation des différences et la dévalorisation des pratiques communautaires de soin.

Dans cette perspective, la sexothérapie ne peut être pensée uniquement comme un dispositif technique ou clinique. Elle constitue un espace politique où se jouent les conditions de légitimité des sexualités, des identités de genre et des relations. Sa redéfinition nécessite une dénaturalisation des normes qui la fondent, ainsi qu’une écoute attentive des récits en marge. Il ne s’agit pas simplement d’inclure les personnes trans, non binaires et/ou en relations plurielles dans des dispositifs déjà existants, mais bien de transformer les fondements mêmes de ces pratiques.

« […] la sexothérapie ne peut être pensée uniquement comme un dispositif technique ou clinique. Elle constitue un espace politique où se jouent les conditions de légitimité des sexualités, des identités de genre et des relations.»

Ce travail met ainsi en lumière les effets différenciés des normes sexothérapeutiques sur les trajectoires des personnes non cisgenres et non monogames, tout en soulignant leur capacité à s’auto-organiser et à créer des espaces de soin collectifs, horizontaux et réflexifs. La sexothérapie peut encore constituer un lieu d’accompagnement et de transformation, à condition de reconnaître son héritage normatif et de se laisser traverser par les savoirs issus des marges.

Références

1Fassin, É. (2006). La démocratie sexuelle et le conflit des civilisations. Multitudes, 26(3), 123–131.

2Fern, J. (2020). Polysecure: Attachment, Trauma and Consensual Nonmonogamy. Thorntree Press.

3Garibian, T. (2019). La fabrique chirurgicale du sexe. In H. Martin & M. Roca i Escoda (Eds.), Sexuer le corps (pp. 35–49). Édition HETSL.

4Kraus, C., Mottier, V., & Barras, V. (2018). Kinsey, Masters & Johnson, et Kaplan en Suisse: Naissance d’une clinique des troubles sexuels (Lausanne, 1950–1980). Histoire, médecine et santé, (12).

5Medico, D. (2014). Éléments pour une psychothérapie adaptée à la diversité trans*. Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratiques de réseaux, 52(1), 109–137.

Informations

Pour citer cet article Pour citer cet article
Nom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2022, consulté le XX mois 2023. URL :
Auteur·iceElisa Rossi, Assistante diplômée suppléante
Contactelisa.rossi@unisante.ch
EnseignementSexualité, couple, famille

Marta Roca i Escoda

Illustration : Anarchy Heart by HellaNorCal (2007)

Catégories
Articles

Autisme et genre : entre classifications diagnostiques, représentations collectives et expérience subjective

Par Chloé Schaer et Alice Minder

Analysé au prisme du genre, le trouble du spectre autistique éclaire les imbrications entre classifications médicales, représentations collectives et expérience subjective. En questionnant l’influence des rapports et normes dans la construction de l’identité, les parcours des personnes rencontrées permettent de révéler les modalités particulières de l’autisme au regard du genre.

Une perspective interprétative : focus sur le vécu subjectif :

Dans la lignée des travaux d’autrices telles que Courcy1 ainsi que Seers & Hogg2, l’étude des expériences subjectives de femmes ayant un TSA permet de développer une analyse à partir du point de vue des concernées et de mettre en évidence les particularités et obstacles spécifiques propres à leur parcours.


Cette enquête, fondée sur les récits de vie des enquêtée·x·s*, souhaitait valoriser leur perspective concernant leurs trajectoires biographiques et thérapeutiques ainsi que leurs réflexions critiques au sujet de l’autisme.

Ce travail se base sur cinq entretiens semi-directifs menés avec des personnes diagnostiquées TSA. Quatre femmes et une personne agenre ont ainsi été rencontrée·x·s à la suite d’une annonce à laquelle elle·x·s ont répondu. Celle-ci avait été transmise à une association suisse romande et diffusée sur un groupe de discussion privé. Les entretiens, d’environ une heure chacun, se sont déroulés dans des lieux publics choisis par les enquêtée·x·s. Ils ont été enregistrés puis analysés de manière thématique. Les points de convergence entre les diverses expériences recueillies ont constitué la base de l’analyse.

Remettre en question l’identité genrée ?

Le rapport au genre et à l’identité de genre est apparu comme un élément central dans la construction de la subjectivité des enquêtée·x·s et leur positionnement face à certains processus de catégorisation sociale. Traduisant une absence d’identification à l’identité de « femme », leurs propos soulignent la primauté qu’elle·x·s accordent à ce qu’elle·x·s sont en tant que personne, plutôt qu’à l’appartenance à une identité fondée sur le genre, perçu comme des catégories indéfinies et construites qui relèvent une forme de performativité:

« Pour moi c’est des notions très floues qui peuvent être très subjectives en fonction de la perception qu’on a de soi-même et c’est principalement très construit. Au final moi je me considère plus comme un humain, j’ai pas besoin qu’on me définisse à travers mon sexe quoi. » – Camille 

Cette perspective fait écho à la confusion éprouvée par les enquêtée·x·s face aux codes, aux normes et aux attentes associés à la catégorie identitaire de « femme », décrits comme des ensembles de prescriptions floues et arbitraires. Si seulx l’unx des enquêtée·x·s s’identifie explicitement comme agenre, l’ensemble de leurs propos révèlent ainsi une mise à distance de l’identité de genre à laquelle elle·x·s tendent à être associée·x·s. Leur moindre conformité aux normes genrées constitue ainsi un point commun qui permet d’interroger les éventuels liens entre TSA et réflexivité au regard du genre.

La réflexivité face à l’essentialisation : survivance des stéréotypes genrés :

Les propos des enquêtée·x·s révèlent cependant une certaine essentialisation des genres, notamment concernant les différences comportementales et sociales entre femmes et hommes ayant un TSA. Ainsi imaginé·e·x·s au travers d’une dichotomie qui met en jeu l’incorporation de comportements et codes sociaux ou la distanciation avec ces derniers, les femmes* et les hommes autistes se caractériseraient alors par une nécessité à « apprendre » ou « désapprendre » certaines des attentes sociales, afin de favoriser leur bien-être.

Opposé·e·x·s au travers d’une dichotomie qui met en jeu l’incorporation de comportements ou la distanciation avec ces derniers, les femmes* et les hommes autistes se caractériseraient par une nécessité à ‘apprendre’ ou ‘désapprendre’ certaines des attentes sociales

Cette naturalisation des différences, traduite, entre autres, par une supposée meilleure capacité d’adaptation ou des facilités relationnelles observées et rapportées par exemple lors de groupes de parole, met en évidence les normes et attentes différenciées concernant les aptitudes relationnelles et sociales selon le genre1. Ainsi intégrés par les enquêtée·x·s, ces propos illustrent une certaine ambivalence au regard du positionnement face au genre, mais mettent également en évidence la manière dont ce dernier a influencé leur parcours social et relationnel. La survivance des stéréotypes de genre mis en lumière par les réflexions des enquêtée·x·s démontrent la manière dont des injonctions peuvent être implicitement assimilées et souligne une autre modalité d’intersection entre genre et autisme.

Entre conformité et épuisement :

Les normes et attentes sous-tendues par les stéréotypes de genre sont également vécues par les enquêtée∙x∙s à travers l’existence de fortes pressions sociales et d’attentes comportementales. Que celles-ci soient formulées par des tiers ou soient issues d’une situation donnée, elles sont à l’origine de sentiments tels que l’inadéquation ou la différence, et s’accompagnent généralement d’un sentiment d’échec et de résignation.

Particulièrement présentes durant leur enfance ou antérieurement à leur diagnostic, les attentes sociales décrites par les enquêtée·x·s se sont parfois accompagnées d’incitations à la conformité, formulées notamment par les parents, les conduisant à interagir par imitation des autres. Ce mécanisme de « camouflage » est un comportement fréquent au sein de la population autiste, en particulier chez les femmes3. Ce besoin de se conformer et de « rentrer dans le moule » à tout prix les conduit à étouffer leurs propres personnalité ou besoins, et impacte de fait leur estime personnelle, leur bien-être et leur santé mentale4. Susceptibles de mener à l’épuisement, ces mécanismes sont d’autant plus significatifs qu’ils concernent également des attentes genrées propres au modèle social hétéronormatif, dont la maternité, à l’image de Cécile qui a eu un enfant qu’elle ne souhaitait pas :

« Maintenant j’ai un fils, il a 13 ans, mais c’est encore pire que ce que j’imaginais, c’est insupportable. Le fait d’être mère, je supporte pas, je veux pas ce lien avec quelqu’un. » – Cécile

Pouvant mener à l’épuisement, ces mécanismes sont d’autant plus significatifs qu’ils concernent également des attentes genrées propres au modèle social hétéronormatif

Représentations stéréotypées et biais genrés : la difficulté d’accès au diagnostic :

Si toute·x·s les enquêtée·x·s ont un parcours propre concernant l’obtention d’un diagnostic, aucune·x d’entre elle·x·s ne l’a cependant obtenu avant sa majorité.

Presque toute·x·s ont effectué divers suivis avec des thérapeutes avant d’être diagnostiquée·x·s avec un TSA ; leur prise en charge psychothérapeutique et l’absence de détection d’un grand nombre de professionnel·le·s s’est souvent associé à la pose d’autres diagnostics, en réalité comorbidités du trouble du spectre autistique.

TSA : Actuellement, l’autisme est défini comme « trouble du spectre de l’autisme (TSA) », soit un « trouble neuro-développemental caractérisé par des difficultés dans les domaines de la communication, des interactions sociales ou des comportements et par des activités et des intérêts restreints ou répétitifs »1. Il est dépeint « en tant que continuum »1. La notion de « syndrome d’Asperger » est désormais remplacée par « TSA SDI », signifiant « trouble du spectre de l’autisme sans déficience intellectuelle ».

Si l’élargissement de la catégorie diagnostique et l’introduction du concept de « spectre »ont contribué à les conduire vers ce diagnostic et mettre fin à une certaine errance thérapeutique, certain·e·s professionnel·le·s demeurent cependant peu formé·e·s, illustrant ainsi des représentations incomplètes et stéréotypées de l’autisme au sein même du corps médical. Ces « biais androcentrique[s] »1 ont comme conséquences des manques concernant la détection et l’accompagnement.

Le genre des enquêtée·x·s est interprété comme étant précisément un obstacle à leur diagnostic et semble ainsi avoir participé à les exclure des tableaux cliniques dans lesquels elle·x·s s’inscrivaient pourtant5. Articulées au biais genrés présents dans la médecine de manière plus globale, leurs expériences soulignent l’existence et l’influence des obstacles spécifiques alliant identité de genre et TSA1 :

« Entre le TSA et le genre, j’ai souvent l’impression que j’ai pas reçu les soins adaptés. » – Anne

Rapporté comme étant précisément un obstacle à leur diagnostic, le genre des enquêtée·x·s semble ainsi avoir participé à les exclure des tableaux cliniques dans lesquels elle·x·s s’inscrivaient pourtant

L’utilité du diagnostic : vers une compréhension empathique :

Si les diagnostics féminins* tardifs sont un phénomène connu, ils permettent aux concernée·x·s de considérer leur vie avec une nouvelle perspective. Ils permettent d’adoucir la pression sociale ressentie et contribuent à l’émergence d’une compréhension empathique de soi-même, de ses besoins et de ses limites5. Les cadres d’interprétations qu’ils fournissent permettent ainsi une meilleure réflexivité concernant la construction de l’identité.

Conclusion :

Éclairant de nombreuses similarités, les parcours biographiques et diagnostiques des enquêtée·x·s mettent en lumière l’influence du genre dans leur trajectoire et leur vécu. Leurs propos soulignent l’impact des normes et attentes genrées dans leur parcours en tant que femmes* autistes, mettent en évidence les obstacles spécifiques auxquels elle·x·s font face et révèlent la nécessité d’une diversification concernant les représentations actuelles de l’autisme.

Cette recherche, menée à échelle réduite, permet de penser aux divers autres enjeux inhérents au diagnostic TSA, à l’image d’une éventuelle surreprésentativité de personnes blanches de classe moyenne supérieure. Soulignant les croisements entre trajectoires thérapeutiques et caractéristiques sociales et démographiques, l’analyse des modalités diagnostiques de l’autisme permet d’éclairer les problématiques associées à la prise en charge médicale de manière plus élargie, à l’image de l’accès à l’information et aux professionnel·le·s de santé adapté·e·s.

*Le but de ce travail visait à éclairer les particularités des parcours de personnes dont l’identité de genre est autre que masculine. Initialement pensé à propos des femmes, nous avons également inclus dans ce projet, au cours de la recherche, une personne agenre. Pour des raisons de simplification de l’écriture, nous adopterons donc le terme de « femmes* », incluant par l’astérisque notre enquêtéx agenre. C’est également le féminin pluriel complété d’un « x » qui sera employé concernant l’ensemble des personnes rencontrées, afin de représenter au mieux nos « enquêtée·x·s ».

Références

1 Courcy, Isabelle. (2021). « Nous les femmes on est une sous-culture dans l’autisme ». Expériences et point de vue de femmes autistes sur le genre et l’accompagnement. Nouvelles Questions Féministes, 40(2), 116‑131. https://doi.org/10.3917/nqf.402.0116.

2 Seers, Kate, & Hogg, Rachel (2021). ‘You don’t look autistic’ : A qualitative exploration of women’s experiences of being the ‘autistic other’. Autism, 25(6), 1553‑1564. https://doi.org/10.1177/1362361321993722.

3 Bargiela, Sarah, Steward, Robyn, & Mandy, William. (2016). The experiences of late-diagnosed women with autism spectrum conditions: An investigation of the female autism phenotype. Journal of Autism and Developmental Disorders, 46, 3281-3294. https://doi.org/10.1007/s10803-016-2872-8.

4 Seers, Kate, & Hogg, Rachel. (2023). “Fake it ‘till you make it”: Authenticity and wellbeing in late diagnosed autistic women. Feminism & Psychology, 33(1), 23-41. https://doi.org/10.1177/09593535221101455.

5 Leedham, Alexandra, Thompson, Andrew, Smith, Richard, & Freeth, Megan. (2020). ‘I was exhausted trying to figure it out’ : The experiences of females receiving an autism diagnosis in middle to late adulthood. Autism, 24(1), 135‑146. https://doi.org/10.1177/1362361319853442.

Informations

Pour citer cet article Pour citer cet article
Nom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2022, consulté le XX mois 2023. URL :
AutricesChloé Schaer et Alice Minder, étudiantes en Master de Sciences sociales
Contactchloe.schaer@unil.ch, alice.minder@unil.ch
EnseignementCours-séminaire Sciences sociales de la médecine et des systèmes de santé

Par Céline Mavrot, Francesco Panese, Noëllie Genre
Catégories
Articles

Colocation estudiantines : espace de conquête et de recherche féministe ?

Par Emilie Lauper, Sara Lorente Muedra, Tiffany Maradan, Mélissa Zufferey

La majorité des tâches domestiques au sein de la famille est traditionnellement attribuée aux femmes. Même si on pourrait penser que cela a un peu évolué, grâce aux différentes transformations sociales résultant notamment des mouvements féministes, de nombreuses études sur la répartition du travail domestique au sein de la famille traditionnelle ont révélé que les femmes continuaient d’effectuer la majeure partie du travail domestique et cela même si elles sont professionnellement actives.  (Pfefferkorn, 2011; Paihlé et Solaz, 2010).

Cette étude explore les dynamiques genrées des tâches domestiques en colocation étudiante en Suisse Romande, mettant en lumière la persistance des inégalités malgré les évolutions sociales. En analysant l’impact de la socialisation primaire, l’étude révèle que les stéréotypes de genre persistent dans les colocations, avec une répartition inégale des tâches et une charge mentale plus lourde pour les femmes. Les résultats suggèrent que même avec une éducation moins genrée, les inégalités persistent. L’analyse souligne également des tendances genrées dans les attitudes envers la charge mentale. Malgré une légère augmentation de la participation des hommes, la division du travail et la charge mentale restent fortement sexuées, indiquant que davantage d’efforts sont nécessaires pour promouvoir l’équité dans les tâches domestiques en dehors du cadre traditionnel du couple.

Toutefois, ici nous n’allons pas parler de la composition familiale dite traditionnelle mais d’un type de cohabitation dont on sait peu de choses et qui est de plus en plus répandu chez les jeunes, en particulier les étudiant.e.s : la colocation.

Comment se répartissent les tâchent ménagères dans cette nouvelle forme de cohabitation dans laquelle les individus ne partagent pas un logement en raison d’un lien de parenté ? Est-ce que la division des tâches y est plus équitable que dans une cohabitation de couple ? Une socialisation primaire traditionnelle genrée, reproduira-t-elle ces mêmes dynamiques dans ces nouvelles configurations de cohabitation ? Les nouvelles générations, seront-elles plus sensibles au genre lorsqu’il s’agit de partager les tâches à la maison ?  Ou est-ce encore le genre qui serait le facteur principal dans le partage des tâches ménagères ? Afin de répondre à ces questions, nous avons cherché les conséquences de l’éducation et de la socialisation primaire sur la répartition des tâches ménagères d’un point de vue quantitatif et qualitatif dans les colocations estudiantines de Suisse romande.

Notre hypothèse principale reposait sur l’idée que la socialisation primaire influencerait le comportement des étudiant.e.s. Une éducation encourageant la participation des enfants aux tâches ménagères, avec des modèles parentaux égalitaires, pourrait conduire à une plus grande implication dans ces responsabilités à l’âge adulte. Inversement, les femmes, ayant appris implicitement des notions relationnelles liées au travail de « care », pourraient prendre consciemment ou inconsciemment l’initiative d’assumer davantage de tâches domestiques et de charge mentale (Daminguer, 2019; Haicault, 2020), et ce même dans le cadre d’une colocation avec des relations amicales.

Sur le plan quantitatif, le défi auquel nous avons été confrontées était de savoir comment mesurer statistiquement le type de socialisation primaire de chaque individu. Pour ce faire, nous avons dû examiner rétrospectivement l’expérience de l’enfance de chaque individu, avec tous les biais de mémoire que cela implique. À cette fin, nous avons créé deux variables : la première était basée directement sur la fréquence à laquelle chaque individu estimait avoir participé aux tâches ménagères pendant son enfance. La seconde mesurait la façon dont les tâches ménagères avaient été réparties entre le père et la mère.

La perspective de recherche de l’atelier de recherche est celle du parcours de vie, où la notion de temps, l’inscription historique, l’intégration sociale, les facteurs institutionnels et les facteurs psychosociaux des sujets étudiés jouent un rôle central. L’approche de la recherche est celle de la méthode mixte, c’est-à-dire l’utilisation parallèle d’approches quantitatives et qualitatives. Dans un premier temps, nous avons mené une enquête en ligne sous forme de questionnaire à l’aide de l’outil LimeSurvey qui a été envoyé à différentes universités de Suisse romande. Pour l’analyse des données, nous avons reçu un total de 156 réponses que nous avons analysées grâce au logiciel RStudio. Dans un second temps, nous avons élaboré une grille d’entretien semi-structurée qui nous a permis d’explorer en détail les particularités de la vie en colocation de 8 personnes, qu’on a retranscrits et codés sur le logiciel MAXQDA.

D’autre part, et en suivant la définition de la charge mentale de Daminguer (2019) (anticiper les besoins, identifier les moyens de les satisfaire et contrôler les résultats), nous avons créé deux variables liées à la charge mentale assumée par chaque individu, et deux variables liées au sentiment d’injustice qu’ils percevaient envers eux-mêmes et envers les autres.

Au niveau qualitatif, nous avons mené un total de huit entretiens répartis en Suisse romande, à Fribourg, Genève et Lausanne. De plus, nous avons eu accès à des entretiens menés par d’autres collègues, que nous avons codés collectivement selon des critères uniformes à l’aide du logiciel MAXQDA. Pour répondre à notre hypothèse sur l’influence de la socialisation, nous nous sommes concentrées sur la variable B3, à savoir : si vous avez vécu avec vos deux parents durant votre enfance (0-12 ans), qui était en charge des tâches ménagères suivantes ? En fonction des réponses, nous avons codé les participant.e.s dans les catégories suivantes : socialisation genrée (au moins 5 tâches effectuées par la mère ou une tierce personne), socialisation plutôt genrée (au moins 4 tâches effectuées par la mère ou une tierce personne), socialisation plutôt non genrée (au moins 3 tâches effectuées par la mère ou une tierce personne) et socialisation non genrée (au moins 2 tâches effectuées par la mère ou une tierce personne). Dans notre analyse, nous avons décidé de considérer que si la plupart des tâches étaient effectuées par une personne tierce, généralement une employée de maison, cela contribuait également à une socialisation genrée.

Malgré l’observation d’une légère évolution vers la coresponsabilité des tâches domestiques dans les contextes partagés, l’association du genre masculin avec l’évitement de ces tâches et du genre féminin avec une plus grande répartition des responsabilités, persiste.

L’analyse qualitative nous a permis de conclure que chez les personnes qui avaient reçu une éducation genrée et plutôt genrée, les stéréotypes de genre étaient reproduits dans leur colocation. Les tâches étaient réparties de manière plutôt inégale et la charge mentale était plus importante pour les femmes, d’où la persistance du schéma de genre.

“Avant, il y avait une autre femme de ménage, elle venait 3 fois par semaine et là, celle-là, elle vient que 2 fois par semaine, mais elle nettoie les parties communes, donc les toilettes, la cuisine, le salon etc. Et de temps en temps, bah Rick lui paye un peu plus pour… pour qu’elle puisse faire son repassage par exemple, ou des tâches personnelles à lui… “ (Gaël, membre de colocation mixte)

« Alors voilà, si un jour je me sens à bout et que j’ai l’impression de pas pouvoir supporter ce bazar… eh bien, je m’y mets au ménage, peut-être parce que j’ai l’habitude de m’occuper plus du nettoyage. En une demi-heure, j’ai déjà passé le balai, la serpillière, et fait les toilettes, peut-être pas en profondeur, mais au moins quelque chose, tu vois. Ouais, je pense que c’est moi qui m’occupe du plus gros, mais c’est surtout parce que j’aime bien que ça reste bien propre. »  (Valentina, membre de colocation mixte)

En ce qui concerne la catégorie “éducation non genrée”, notre hypothèse suggère que les répondant.e.s ayant connu une socialisation primaire dans laquelle les tâches étaient à peu près également réparties entre la mère et le père appliqueraient une répartition similaire dans leur colocation. Cependant, la faible quantité de données dans cette catégorie suggère que le maintien d’une égalité parfaite au quotidien pourrait être utopique. Malgré cela, des témoignages positifs d’équilibre dans la colocation ont été observés, principalement dans les colocations exclusivement féminines, soulignant l’idée que le partage de la charge mentale, notamment dans l’attente de soulager l’autre, contribue à un partage égalitaire.

“Les tâches domestiques, c’est aussi vraiment d’un commun accord. Au début, on s’était dit aussi avec, mes premiers colocs qu’on allait faire un planning ou comme ça, mais on l’a jamais fait (rires) et ça s’est toujours super bien passé.” (Chloé, membre d’une coloc exclusivement féminine)

En ce qui concerne l’analyse quantitative, et après avoir effectué toutes les combinaisons possibles à la recherche de résultats concluants, presque aucun des tableaux croisés n’était statistiquement significatif. Cependant, l’interprétation de l’analyse des correspondances multiples (ACM) a révélé des tendances plus probantes.

Un graphique d’analyse des correspondances multiples visualise les relations entre les catégories de variables dans un ensemble de données multidimensionnelles, aidant à interpréter les associations entre elles dans un espace réduit pour faciliter la compréhension et l’analyse. Sur l’axe horizontal, nous trouvons les variables liées à la charge mentale, à la prise de responsabilité et au sentiment d’injustice. Les personnes qui assument davantage de responsabilités dans les tâches ménagères ont le sentiment qu’il y a plus d’injustice, tandis que les personnes qui n’assument pas de responsabilités dans les tâches ménagères ont le sentiment qu’il y a moins d’injustice, cela indique une association entre la charge de travail et le sentiment d’injustice. D’autre part, l’axe vertical, lié aux regroupements de variables relatives au genre et à la socialisation, est directement associé à l’importance qu’ils accordent à l’égalité entre les hommes et les femmes. Si les femmes ont tendance à se trouver dans une position indiquant une plus grande importance pour l’égalité des sexes, les hommes se trouvent dans la position opposée, ce qui suggère des différences dans les perceptions de genre dans l’ensemble des données.

La répartition générale des variables suggère que les pratiques liées à la charge mentale, à la surcharge domestique et au sentiment d’injustice sont davantage associées au genre féminin, quelle que soit la nature de leur socialisation de genre. En revanche, les comportements liés au désintérêt pour les tâches ménagères ou à l’absence de charge mentale semblent davantage associés aux hommes, quelle que soit la nature de leur socialisation. L’analyse révèle que les indicateurs de charge mentale sont davantage présents chez les femmes de notre échantillon : elle suggère que les tâches ménagères sont encore fortement genrées et que les femmes assument une charge mentale plus importante. En revanche, la variable sur la socialisation au genre contredit cependant légèrement l’hypothèse initiale de notre analyse qualitative.

En résumé, malgré une légère augmentation de la participation des hommes au partage des tâches ménagères et un plus grand engagement dans le partage des tâches ménagères dans les foyers partagés, les analyses qualitatives et quantitatives soulignent que la division du travail et la charge mentale sont encore fortement genrées.

En résumé, malgré une légère augmentation de la participation des hommes au partage des tâches ménagères et un plus grand engagement dans le partage des tâches ménagères dans les foyers partagés, les analyses qualitatives et quantitatives soulignent que la division du travail et la charge mentale sont encore fortement genrées dans les colocations de Suisse romande. Les femmes continuent de supporter une charge plus importante dans les aspects physiques, émotionnels et cognitifs du travail domestique. Cette étude révèle que les inégalités de genre persistent au-delà de la sphère familiale et que même une éducation moins genrée ne semble pas avoir d’impact positif sur ces situations. En suivant l’affirmation de De Singly (2007), nous pouvons conclure que même en dehors de la dynamique traditionnelle du couple et du mariage, le travail domestique conserve sa nature sociale de « travail de femme ». Nous pouvons donc constater que la légère augmentation de la participation des hommes aux tâches domestiques ne suffit pas à éliminer les inégalités de genre dans ce domaine (Bornatici, Gauthier & al., 2021) Et qu’il est encore nécessaire de repenser nos pratiques et celles des plus jeunes afin d’éviter ces situations de surcharge mentale et du travail ménager encore plus présent chez les femmes.

Références

Bornatici, C., Gauthier J.A. & Le Goff, J.M. (2021). Les attitudes envers l’égalité des genres en Suisse, 2000–2017. Social Change in Switzerland, (25), https://www.socialchangeswitzerland.ch/?p=2227

Daminger, A. (2019). The Cognitive Dimension of Household Labor. American Sociological Review, 84(4), 609–633.

Darmon, M. (2016). La socialisation. Armand Colin. 

De Singly, F., (2007) L’ injustice ménagère. Hachette, coll. « Pluriel », 318 p., EAN : 9782012794191.

Haicault, M. (2020).  La charge mentale, histoire d’une notion charnière (1976-2020). 2020, https://halshs.archives-ouvertes.fr/ HA. Id :  hal-02881589, version 1   HAL Id : hal-02881589, version 1.

Natalier, K. ,2003,  »I’m not his wife’. Doing gender and doing housework in the absence of women’, Journal of Sociology, vol.39, 3, p. 253-269

Pailhhé, A. & Solaz, A. (2010). Concilier, organiser, renoncer : quel genre d’arrangements? Travail, genre et societés, 24, 29-

Pfefferkorn R. (2011) Le partage inégal des « tâches ménagères », Les cahiers de Framespa, travail, pouvoir, justice : questions de genre, n°7, pp. 1-1

Régnier-Loilier, A., & Hiron, C. (2010). Évolution de la répartition des tâches domestiques après l’arrivée d’un enfant. Revue des politiques sociales et familiales, 99(1), 5-25.

Sabot, C., (2020). Le genre, de l’enfance à l’adolescence [note de cours], études genre et théories féministes. Université de Lausanne.

Shelton, B., John, D., 1993, “Does Marital Status Make a Difference? Housework among Married and Cohabiting Men and Women“, Journal of Family lssues, vol. 74, P. 401-420.

Informations

Pour citer cet article Pour citer cet article
Nom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2022, consulté le XX mois 2023. URL :
Auteur·iceEmilie Lauper, Sara Lorente Muedra, Tiffany Maradan, Mélissa Zufferey, étudiantes en Master
Contactsara.lorentemuedra@unil.ch
EnseignementSéminaire Atelier Parcours de vie familial et inégalités sociales

Par Jacques-Antoine Gauthier, Jean-Marie Le Goff, Cécile Mathou, Claire Semaani
Catégories
Intersectionnalité

Laure

Laure est une femme queer originaire de Belgique de 32 ans qui exerce en tant que chirurgienne à l’hôpital de Sion, capitale du canton du Valais. A travers son témoignage, les expériences subies par Laure dans le contexte médical ont permis de mettre en lumière les discriminations vécues par celle-ci en tant que “femme dans un monde de chirurgiens”. De plus, lors des entretiens d’embauche et dans la sphère privée, l’injonction à l’hétéronormativité et aux attentes sont saillantes et démontrent bien des formes de “micro-agressions” quotidiennes éprouvées tout au long du parcours de Laure. Lors de cet entretien, elle nous livre les difficultés rencontrées, en tant que femme, d’être considérée dans un milieu médical à majorité masculine, ainsi revient sur l’obstacle que constituent l’hétéronormativité et l’obligation du “coming-out” auprès de ses pairs. Finalement, notre enquêtée nous explique combien les savoirs, acquis grâce à la littérature queer, ont pu l’aider à comprendre, voire surmonter, sa situation hors-normes.

Chercheurs·euses : Catarina Pinto de Matos & Marie Aymon

Catégories
Intersectionnalité

Lily

Lily est une jeune femme suisse âgée de vingt et un ans. Elle est la fille d’une mère blanche originaire du Sud de la France et titulaire d’un passeport suisse, et d’un père noir originaire de Dakar et titulaire d’un passeport français. Sa famille est issue des classes moyennes et défend des idées progressistes. Lily a effectué sa scolarité et vécu à Lausanne jusqu’à ses dix-huit ans et s’est ensuite installée à Londres afin d’y suivre un cursus académique en études culturelles et curation dans lequel elle s’apprête à obtenir son diplôme de Bachelor. Elle est engagée dans les luttes anti-racistes, anti-capitalistes, décoloniales et féministes. La spécificité de son parcours réside dans ses multiples identités – identité de « métisse » qui est souvent projetée sur elle, de femme suisse issue des classes moyennes et étudiant à Londres, etc. Son expérience présente l’intérêt d’éclairer les particularités et les formes différenciées des discriminations qu’elle a subies dans deux pays. Considérer l’imbrication des variables mentionnées avec son statut d’étudiante universitaire à l’étranger ouvre notamment sur la question des privilèges dont bénéficie par ailleurs Lily, et dans ce prolongement, sur celle de la visibilité ou de l’invisibilité de son identité intersectionnelle.

Chercheurs·euses : Céleste Leu, Thalia Rossi et Mariana Wank Da Silva Quelhas.

Catégories
Intersectionnalité

Khaddouj

Arrivée en Suisse à 23 ans, Khaddouj nous raconte quelques unes des histoires marquantes de sa vie. Deux fois médaillée au championnat national marocain de taekwondo, ce sport lui a enseigné discipline et force : confrontée à un milieu marqué par le sexisme, le taekwondo lui a également permis d’acquérir confiance en elle, lui permettant de défendre ses opinions lors de divers conflits par la suite. Née dans une famille portant des valeurs d’égalité, elle débute des études universitaires au Maroc qu’elle interrompt lors de sa venue en Suisse, en raison de la non-reconnaissance de ses diplômes par l’État. À travers des exemples d’agressions dans la rue, au travail ou au sein de sa famille, elle nous explique comment son statut de femme musulmane et marocaine issue de l’immigration l’a amenée à être confrontée à des attitudes parfois stigmatisantes et discriminantes. Mariée à un homme suisse converti à l’islam suite à leur rencontre, son mariage illustre les stéréotypes auxquels sont confrontés les couples binationaux, notamment au sujet de l’acquisition de la nationalité et du soupçon. Ayant passé la majorité de sa vie en Suisse, elle raconte comment le statut d’étrangère est ambivalent et également présent vis-à-vis de son pays d’origine. Khaddouj nous rapporte également comment le choix de porter le voile il y a huit ans l’a impactée dans l’espace public et ce qu’il raconte de la visibilité des femmes musulmanes en Suisse à travers le temps.

Chercheurs·euses : Jawad Baud, Chloé Schaer et Elisa Verga

Catégories
Intersectionnalité

Abir

Abir est une jeune femme de 22 ans, née en Suisse, de nationalité tunisienne et de confession musulmane. Sa mère turco-tunisienne et son père tunisien ont immigré en Suisse et ont construit leur vie dans ce pays. Abir a décidé de se voiler à l’adolescence – une décision qui impactera grandement sa vie. Suite aux discriminations subies durant sa scolarité obligatoire en Suisse, ses parents ont décidé de partir vivre en Tunisie afin qu’elle obtienne un bac français. Bien que dans un pays musulman, Abir a continué à être sujette à diverses discriminations liées au port du voile. Espérant recommencer une nouvelle vie en tant qu’adulte, Abir est revenue en Suisse et a entrepris un Bachelor en Soins infirmiers. Toutefois, rien ne s’est passé comme prévu et ses espoirs d’épanouissement personnel et professionnel ont été compromis. Le harcèlement, la mise à l’écart, les regards oppressants ou encore le mobbing au travail ont conduit à Abir à prendre la décision de se dévoiler. Son témoignage nous permet de constater la réalité des femmes voilées en Suisse, mais également en Tunisie. A travers cette vidéo, nous constatons la perception que la société a des femmes voilées, en les considérant comme inférieures à différents niveaux sociétaux.

Chercheurs·euses : Jessica Peixoto Marcon et Zébulyne Rossi.

Catégories
Intersectionnalité

Al

Al a 34 ans. Iel est étudiantxe en master d’arts visuels et beaucoup de ses travaux tournent autour des thématiques queer, trans et/ou non-binaires afin de mettre en lumière les discriminations qui y sont liées. Cet entretien raconte son quotidien, entre sexisme, enbyphobie (se dit des discriminations qui touchent spécifiquement les personnes non-binaires), précarité, santé physique et mentale, Al y met en avant les spécificités liées à son vécu. Il est notamment question d’accès aux soins, d’une part non-adaptés aux personnes non-binaires, mais aussi difficiles d’accès lorsque les moyens financiers sont limités, diminuant d’autant plus les possibilités d’une transition médicale compte-tenu du fait que les frais ne sont, la plupart du temps, pas entièrement remboursés. À cela s’ajoutent également les difficultés à simplement être respectéxe en tant que personne non-binaire – identité fréquemment niée ou inconnue. Ainsi, Al milite entre autres pour la reconnaissance des identités queer. Il est nécessaire de visibiliser les identités queer afin que celles-ci puissent être respectées mais aussi légitimées de manière à ce que ces réalités puissent être prises en compte.

Chercheurs·euses : Céleste Paquin, Maeva Sanz et Emilie Obert

Catégories
Articles

La cour de récréation : le reflet d’une “micro-société” ?

Par Fabiana Fidalgo da Silva, Denise Moreira Semedo, Valentine Rouge

Diverses études qui traitent de la cour de récréation montrent que celle-ci est occupée par les enfants de plusieurs manières. Ces travaux mettent en évidence que l’espace du préau scolaire s’organise en espaces bien distincts, notamment en fonction des activités exercées par les enfants, de l’aménagement de la cour et de la disposition de celle-ci1.

“[…]l’occupation des enfants dans un espace plutôt qu’un autre n’avait rien d’anodin. Certains espaces sont plus favorables à la course et d’autres plus favorables aux échanges de cartes, par exemple.”

Lors de nos premières observations, nous avons remarqué que l’occupation des enfants dans un espace plutôt qu’un autre n’avait rien d’anodin. Certains espaces sont plus favorables à la course et d’autres plutôt aux échanges de cartes, par exemple. Les enfants interagissent alors librement durant le moment de récréation et il est fréquent d’observer des rapports de pouvoir lors d’interactions entre les enfants et les groupes d’enfants comme dans la société de manière plus globale. Dans cet article, nous allons montrer comment l’organisation de la cour d’école dépend des interactions et rapports de pouvoir entre les élèves, expert·es de ce lieu.

Cet article s’appuie sur deux observations menées au cours de l’année 2023 dans une cour de récréation d’une école primaire de Lausanne. Cet établissement accueille des élèves de la première à la sixième année HarmoS. Lors de notre présence sur le terrain, nous avons pu discuter brièvement avec quelques enfants, cela nous a permis de mieux comprendre comment se déroulent les interactions entre les enfants durant le moment de la récréation. De plus, nous avons pu nous entretenir avec une enseignante de première et deuxième primaire d’une école du canton de Vaud au sujet des interactions et de l’occupation de l’espace par les enfants. Les idées relevées au cours de cet entretien sont un complément aux informations préalablement récoltées. Finalement, la littérature nous a permis de confronter nos données empiriques avec des recherches déjà menées.

La construction de l’identité de genre par opposition : filles d’un côté et garçons de l’autre

En sortant du bâtiment principal, nous retrouvons un espace plus plat permettant aux enfants de l’occuper pour des activités précises. D’un côté, nous observons  un groupe de garçons en train de jouer au football avec deux autres filles. Quelques mètres plus loin, des petits groupes de deux à quatre filles font de la corde à sauter, jouent à la marelle et dessinent à la craie. Par terre, nous voyons les initiales de filles en question accompagnées d’un cœur, d’une étoile ou de la phrase “best friend forever”. Ces symboles suggèrent que ce groupe de filles affirme leur amitié et pour ce faire il est important qu’elles partagent un savoir-faire spécifique, une “culture enfantine” – un ensemble de pratiques et de valeurs qui leur sont propres pour pouvoir faire les dessins qu’elles souhaitent faire.


En effet, les choix des couleurs des craies (du rose, vert clair ou du jaune) de même que les dessins que nous retrouvons font partie de ces ensembles de pratiques qu’elles ont en commun.

La culture enfantine est “l’ensemble des savoirs et des compétences nécessaires à un enfant pour faire partie de son groupe de pairs”1. Il s’agit donc d’une culture spécifique aux groupes d’enfants comprenant par exemple des pratiques, des normes et des valeurs qui leurs sont propres.

Il semble que les filles et les garçons occupent ce périmètre pour affirmer leurs sentiments envers leurs groupes d’appartenance. Selon Sophie Levrard, “à l’âge de la maternelle et du primaire, un enfant construit souvent son identité de genre en opposition à l’autre genre”2. Donc, nous pouvons penser que les groupes d’enfants observés dans ce périmètre en particulier le confirment en occupant et séparant leurs activités selon leur genre.

Un espace dynamique et divisé

Situé au milieu de la cour, ce deuxième espace est le centre géographique et le centre des activités dynamiques. Ainsi, on peut y observer des enfants qui courent, jouent au loup et se prêtent à diverses activités en mouvement. On peut constater que des groupes de tailles différentes se forment. Les groupes de garçons tendent à être majoritaires et plus grands que les groupes de filles. Certains groupes mixtes sont aussi observés, bien que plus rares. Cet espace est l’une des parties du préau dont l’organisation a le plus été reconfigurée au moment de notre deuxième observation. En effet, à la suite de l’ajout de jeux peints au sol, les enfants ont diminué les activités qui impliquent de la course. Ils s’organisent autour des petits postes auxquels se mettent en place des tournus entre filles et garçons. Ces derniers semblent donc réorganiser l’espace qui n’est plus uniquement un centre de passage agité régi par une hiérarchie entre filles et garçons. Par exemple, deux petites filles se trouvent sur un marquage au centre de la cour lorsqu’un garçon les approche très prudemment. Il reste en retrait jusqu’au départ des deux filles. On observe ici une diminution de l’occupation majoritairement masculine et une mixité des genres qui interagissent avec ces jeux. Toutefois, quelques groupes de garçons jouent encore à des jeux actifs comme la course ou la bagarre. Néanmoins, le caractère nouveau de ces peintures au sol pourrait engendrer une reconfiguration uniquement éphémère.

Un coin plus calme

Maintenant nous nous retrouvons dans le bas de la cour, un endroit légèrement en retrait. Les surveillant·es s’y promènent peu et les enfants sont moins nombreux que dans d’autres zones de la cour d’école. Dans cet espace, nous trouvons un banc qui est occupé tout au long de la récréation par différents groupes d’enfants, principalement des filles.3 Par exemple, certains petits groupes de filles y restaient pour manger leur goûter, d’autres semblaient échanger des cartes et même lire des livres. Nous avons pu observer un groupe de filles qui occupaient cet espace dès le début de la récréation, elles étaient occupées à manger leur goûter, puis durant la récréation, un groupe de garçons est arrivé. A ce moment, les filles ont quitté le banc et les garçons se sont approprié l’espace en utilisant le banc comme un jeu. Dans cet espace, nous comprenons que les enfants partagent un moment d’intimité et cela est étroitement lié au fait que ce lieu est en retrait mais propice à la socialisation des filles. Les groupes d’enfants sont généralement au calme et ne sont pas dérangés par les multiples actions qui peuvent traverser la cour de récréation. Nous pouvons également mettre en avant la question des rapports de pouvoir qui se jouent dans la cour de récréation. Le fait que l’arrivée d’un groupe de garçons en nombre supérieur à celui des filles fasse partir les filles tend à se questionner sur les rapports de pouvoir qui peuvent prendre place entre les filles et les garçons et donc à structurer l’occupation de l’espace.

Un zoom sur les rapports de pouvoir

La structure de jeu regroupe un petit nombre d’enfants. En effet, celle-ci est occupée par différentes classes à tour de rôle durant la semaine. C’est une structure qui semble appréciée par les enfants de l’école, car elle est en permanence occupée durant le temps de pause.


Nous avons alors pu saisir les rapports de pouvoir qui se jouaient, notamment entre les différents groupes d’âges et entre les filles et les garçons. Nous avons pu entendre un garçon dire “c’est moi le chef ” et se placer au sommet de la structure. Celui-ci énonçait alors les règles du jeu aux plus jeunes situés en bas.

Le rapport social peut être défini comme étant “une relation antagonique entre deux groupes sociaux, établie autour d’un enjeu”4. Dans le cadre de notre analyse, nous nous sommes intéressées aux rapports de pouvoir entre les enfants, et plus précisément aux rapports de sociaux entre les filles et les garçons mais également entre les enfants plus jeunes et plus âgés. Cet espace est alors un lieu privilégié pour comprendre comment ces rapports structurent l’occupation de la cour de récréation. 

Les filles quant à elles, occupaient principalement le bas de la structure de jeu et détournaient l’utilisation de cet espace pour l’adapter au jeu qu’elles effectuaient. Elles avaient ramené des peluches de chez elles et semblaient les utiliser pour rejouer une situation familière de l’école. Nous pouvons ainsi percevoir que les rapports de pouvoir impactent les interactions (ou non-interactions) entre filles et les garçons.

“Les groupes d’enfants observés se forment et interagissent selon des codes spatiaux et sociaux […]”

Pour conclure, nos observations mettent en évidence que le préau s’organise selon son aménagement, les différentes activités exercées par les enfants, de même que par les dynamiques de pouvoir qui régissent les interactions entre les élèves. Les groupes d’enfants observés se forment et interagissent selon des codes spatiaux et sociaux, tout en mettant en évidence que la cour de récréation se divise en sous espaces bien distincts. Par exemple, les filles occupent souvent des zones plus en retrait et plus calmes, tandis que les garçons s’emparent du centre de la cour pour des activités plus dynamiques. Toutefois, l’introduction de nouveaux jeux au sol reconfigure temporairement l’occupation de cet espace. En quelques mots, nos observations révèlent que les rapports de pouvoir que nous pouvons observer quotidiennement se jouent également dans un espace approprié par les groupes d’enfants.

Références

1Delalande, Julie. (2010). La socialisation des enfants dans la cour d’école : une conquête consentie ? In Danic, I., David, O., & Depeau, S. (Eds.),  Enfants et jeunes dans les espaces du quotidien. Presses universitaires de Rennes. https://books.openedition.org/pur/2715.

2Gravillon, Isabelle. (2019). Ce qui se joue dans la cour de récréation. L’école des parents, 631, 34-40. https://doi.org/10.3917/epar.631.0034

3Monnard, Muriel. (2016). Occuper et prendre place : une lecture des rapports de pouvoir dans la cour de récréation. Espaces et sociétés, 166, 127-145. https://doi.org/10.3917/esp.166.0127

Autres références

Delalande, Julie. (2005). La cour d’école : un lieu commun remarquable. Recherches familiales, 2, 25-36. https://doi.org/10.3917/rf.002.0025.

Kergoat, Danièle. Comprendre les rapports sociaux. In: Raison présente, n°178, 2e trimestre 2011. Articuler le rapports sociaux. pp. 11-21. https://doi.org/10.3406/raipr.2011.4300

Monnard, Muriel. (2016). Occuper et prendre place : une lecture des rapports de pouvoir dans la cour de récréation. Espaces et société, 166, 127-145.   https://doi.org/10.3917/esp.166.0127

Informations

Pour citer cet article Pour citer cet article
Nom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2022, consulté le XX mois 2023. URL :
AutricesFabiana Fidalgo da Silva, Denise Moreira Semedo, Valentine Rouge, étudiantes, Bachelor en sciences sociales 3ème
Contactfabiana.fidalgodasilva@unil.ch
valentine.rouge@unil.ch
denise.moreirasemedo@unil.ch
EnseignementSéminaire Introduction à la sociologie de l’éducation

Par Laurent Bovey, Crispin Girinshuti, Cléolia Sabot
Catégories
Posters

Un regard plus attentif sur l’expérience de la transition de genre

Catégories
Articles

« People » : gommer sa transidentité pour se faire accepter

Par Kevin Duc

Sexe, déviance et chirurgie « excessive » d’un côté ; défense des minorités, confiance en soi et succès professionnel de l’autre : les personnes transgenres sont représentées de manière diversifiée au sein du quotidien 20minutes. Par ce traitement différencié, le journal encourage une forme de commérage à l’égard des personnes qui ne correspondent pas aux stéréotypes de genre. Dans une société qui valorise le fait de ressembler à un homme ou une femme, masquer sa transidentité devient alors le seul moyen d’éviter des formes de violences. 

D’après un article du quotidien 20minutes, « désespérée de ne pas réussir à perdre sa virginité », Jessica Alvez, femme transgenre connue auparavant sous le nom de « Ken humain », cherche l’homme de sa vie. Bien qu’elle se dise « ravie » de sa vaginoplastie, Jessica ne semble pas apprécier son statut de célibataire et fait tout pour trouver l’amour. Son plus grand obstacle ? Son profil Tinder est souvent dénoncé par les utilisateur·trice·s qui pensent qu’il s’agit d’un fake. Déterminée, elle ne se laisse pas abattre et décide d’ouvrir un compte OnlyFans afin de discuter avec des personnes qui payent pour la voir et la contacter. Mais avant de se sentir prête pour le « prince charmant », elle passe une nouvelle fois « sur le billard » pour se faire retirer 75% de l’estomac afin de perdre « ses kilos en trop ». Jessica a déjà subi de nombreuses interventions chirurgicales mais celle-ci s’avère particulièrement « flippante », selon le journal 20minutes

Le traitement médiatique du 20minutes est différent si la personne transgenre cispasse ou pas.

Ce dernier choisit un traitement médiatique particulier pour représenter cette femme transgenre en mettant en avant des thématiques précises telles que l’intimité, la sexualité et la corporalité. Mais ce n’est pas nécessairement toujours le cas, comme le démontre la représentation d’une jeune actrice transgenre de 26 ans qui jouit d’une notoriété dans le monde du cinéma et qui s’affiche comme une figure de proue de la communauté transgenre.

Première femme transgenre à apparaître en couverture du magazine féminin « Elle » aux États-Unis, Indya Moore rapporte se sentir suffisamment épanouie pour « affronter les regards sans détourner les yeux ». Avec son rôle dans la série à succès « Pose », elle espère avoir transmis un message d’espoir à ses fans et aux jeunes personnes transgenres. L’actrice parle de changer les mentalités et de réussir à s’accepter tel·le que l’on est. Si elle s’assume désormais à 100%, ce serait surtout grâce à la série « Pose » et à son équipe de tournage. Elle précise : « Avoir Janet Mock, une femme noire et trans, comme productrice était une chance ». 

Commérer pour s’assurer d’être normal·e

Si l’on s’attarde sur la représentation des personnes transgenre au sein de la rubrique people du quotidien 20minutes, on s’aperçoit que leurs traitements médiatiques diffèrent. Pourquoi et comment ce traitement varie ? Il est important de s’intéresser à l’une des fonctions sociales des rubriques people : le commérage. Comme dans un petit village où tout le monde se connait, les personnalités publiques présentes au fil des pages people génèrent une forme de commérage qui permet aux lecteurs et aux lectrices de se positionner par rapport aux autres. Selon la sociologue Léonore Le Caisne, le commérage permet « de s’assurer de sa propre normalité par opposition à celui sur lequel on commère » (2016 : 117). Mais commérer à propos d’autrui « autorise aussi des alliances et donc des distinctions », précise-t-elle. On en vient alors à se poser ce genre de questions : « Est-ce que je suis comme lui·elle ? Pourquoi agit-il·elle comme ça ? »


Le journal contribue à créer un accord commun au sujet des mœurs sociales à respecter. Il agit comme un reproducteur de normes sociales et notamment de normes de genre. Certaines de ces normes sont dénoncées par la communauté queer, à l’instar du cis-passing. Ce concept émerge dans les milieux transgenres pour désigner « le fait qu’une personne trans “passe“ comme une personne cis. On dira alors qu’elle cispasse ». Selon la Délégation Interministérielle à la Lutte Contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Haine anti-LGBT (DILCRAH) en France, cispasser est une nécessité dans une société transphobe car cela permet de ne pas subir davantage l’exclusion et la haine liées à la transidentité. Cette nécessité de masquer un changement de genre montre à quel point notre société valorise le fait de correspondre à un genre bien défini : homme ou femme, et c’est tout. La DILCRAH dénonce alors la valorisation du cispassing dans notre société, qui exclut les personnes transgenres dont la manière de se comporter et l’apparence physique ne correspondent pas au genre perçu. De plus, chaque personne transgenre n’a pas la possibilité de cispasser et n’a potentiellement pas envie de se conformer à certains stéréotypes de genre. Ces personnes courent le risque d’être victimes de formes de marginalisation et de violence.

Cis-passing 
Ce concept émerge dans les milieux transgenres pour désigner « le fait qu’une personne trans “passe“ comme une personne cis. On dira alors qu’elle cispasse. »

« OnlyFans est la plateforme sociale qui révolutionne les connexions entre créateurs et fans. Le site s’adresse aux artistes et aux créateurs de contenu en tous genres et leur permet de monétiser leur contenu tout en développant des relations authentiques avec leur fanbase. »

Cispasse ou trépasse

Le traitement médiatique du 20minutes semble donc différer en fonction de si la personne transgenre cispasse ou non. Le journal est-il alors un reflet de notre société ? Probablement. En tout cas, il participe à reproduire un cispassing en valorisant le fait de masquer sa transidentité. Tout d’abord, les corps ne sont pas montrés de la même manière. En dévoilant le corps en maillot de bain de Jessica Alvez et en insistant sur ses multiples interventions chirurgicales, le journal met l’accent sur son aspect plastique, et certainement pas naturel, voire « anormal ». Indya Moore, quant à elle, est représentée vêtue d’une robe couleur terre cuite, ses cheveux bouclés face au vent. Il est très difficile, sans lire l’article, de savoir qu’il s’agit d’une femme transgenre. En choisissant cette image, le quotidien met en avant la réussite de cette transformation. Écrits en gras « Enfin épanouie », le titre de l’article d’Indya et « En quête du mec idéal », celui de Jessica donnent, par association, un sens particulier aux images. D’un côté l’image d’une femme forte « qui s’assume » et de l’autre, celle d’une transgenre qui ne trouve pas l’amour à cause de son physique « altéré et peu enviable ». Amour, sexualité, opérations chirurgicales, sont autant de thématiques choisies pour parler de Jessica Alvez, qui semblent participer à la réduire à un corps sans esprit, suggérant que l’écart à la norme rend malheureux·se et qu’elle est seule responsable de ce qui lui arrive. A l’inverse, l’entretien avec Indya Moore mentionne régulièrement la thématique de la défense des minorités. Le journal explique qu’elle utilise son influence, durement gagnée via sa carrière professionnelle, pour donner de l’espoir à ses fans et de la visibilité à la cause queer

Si le fait de « refaire communauté » est présenté comme une nécessité pour les deux femmes, l’ouverture du compte OnlyFans de Jessica est davantage présenté comme résultant d’une exclusion sociale. En effet, son altérité ne semble plus tolérée dans le milieu genré de la séduction tant elle s’écarte d’un stéréotype de genre. A l’inverse, Indya Moore ne parle pas seulement de refaire communauté mais de changer les mentalités en s’assumant. En effet, se battre pour vivre « dignement » avec sa transidentité est le combat de l’actrice. 

Bien que le chemin vers le respect et la reconnaissance des minorités soit encore long dans une société qui marginalise les personnes transgenres, il semble alors qu’il ne sera pavé que par celles et ceux qui bénéficient d’un fort cispassing et qui peuvent utiliser les privilèges de sa valorisation.

Références

Le Caisne, Léonore. (2016). Quand l’inceste va sans dire. Sociétés & Représentations, 42, 111-126. https://doi.org/10.3917/sr.042.0111

Autres références

https://www.planning-familial.org/sites/default/files/2020-10/Lexique%20trans.pdf

https://www.dilcrah.fr/wp-content/uploads/2020/08/Guide-Transat-sur-les-transidentites.pdf

« En quête du mec idéal », 20 minutes, 28.07.2021, p. 12.

https://epaper.20minutes.ch/read/648/648/2021-07-28/13

Arnaud, Henry, « Enfin épanouie », 20 minutes, 06.05.2021, p. 13. 

https://epaper.20minutes.ch/read/648/648/2021-05-06/12

« Nouvelle opération flippante », 20 minutes, 03.06.2021, p. 10.

https://epaper.20minutes.ch/read/648/648/2021-06-03/11

Informations

Pour citer cet articleNom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2022, consulté le XX mois 2022. URL :
AuteurKevin Duc
Contactkevin.duc@unil.ch
Enseignement Séminaire Communication et espace public

Philippe Gonzalez, Joan Stavo-Debauge, Célia de Pietro
Catégories
Articles

Taylor Swift et la masculinité hégémonique dans l’industrie de la musique

Par Andreia Abreu Remigio

Avec plus de cent millions d’albums vendus dans le monde, Taylor Swift est indéniablement l’une des personnes les plus connues et les plus prolifiques de sa génération. À 15 ans seulement, elle signe un contrat d’enregistrement de six albums avec Big Machine Records, un label de disque indépendant, qui appartient alors à Scott Borchetta. Le contrat laisse au label le contrôle total sur les droits des chansons, quand et à qui ces droits peuvent être vendus4. C’est ainsi que lorsque Scooter Braun, directeur d’Ithaca Holdings, rachète Big Machine Records en 2019, il prend possession des Masters des six albums de Taylor Swift.

Ayant écrit toutes les chansons de ses 6 albums (et en possédant par extension la propriété intellectuelle), Taylor Swift détient juridiquement les droits de synchronisation. C’est pour cette raison qu’elle est légalement autorisée à réenregistrer ces 6 albums et à diminuer ainsi la valeur commerciale des anciens, ce qu’elle a commencé à faire en publiant la « Taylor’s Version » de Fearless et de Red en 2021, ainsi que deux chansons de 19894.

Des paroles à grande portée

Durant les 3 minutes de la chanson « The Man » Taylor Swift parvient à aborder plusieurs thèmes relatifs aux doubles standards entre hommes et femmes. Premièrement, elle résume l’inégalité des chances, notamment dans la vie professionnelle, dans les deux premières ligne du refrain : « I’m so sick of running as fast as I can / Wondering if I’d get there quicker if I was a man » (0:25 – 0:33). Au travers de la métaphore du sport, Taylor Swift fait référence au fait que les femmes doivent fournir une quantité de travail supplémentaire pour arriver au même statut qu’un homme, illustrant ainsi que les sphères professionnelles se vantant d’être une méritocratie sont en réalité largement favorables aux hommes. Cet écart genré est d’autant plus visible dans l’industrie de la musique, où les artistes femmes doivent constamment se réinventer et proposer de nouveaux styles vestimentaires, musicaux et esthétiques, pour garantir un minimum de succès dans une industrie aussi compétitive, alors que beaucoup d’artistes hommes se contentent de proposer des concerts et des paroles simplistes, sans pour autant voir leur carrière en souffrir.

Cet écart genré est d’autant plus visible dans l’industrie de la musique, où les femmes doivent constamment se réinventer pour garantir un minimum de succès, alors que beaucoup d’hommes se contentent de proposer des concerts et des paroles simplistes

Le slut-shaming et l’agression sexuelle sont des sujets centraux dans « The Man » et, par extension, dans la vie personnelle de Taylor Swift. En effet, lorsqu’elle chante « They’d say I played the field before I found someone to commit to / And that would be okay for me to do » (0:04 – 0:08), Taylor Swift nous rappelle que, tout au long de sa carrière, elle a été victime de doubles standards sexistes concernant ses relations amoureuses. En outre, il est attendu des femmes d’être toujours soignées et polies, ce qui est résumé par « What I was wearing, if I was rude » (1:00 – 1:04). Les choix vestimentaires des femmes sont également utilisés pour justifier les agressions sexuelles dont elles sont victimes, ce qui nous amène au dernier point. Lorsqu’elle chante « When everyone believes you / What’s that like ? » (0:18 – 0:22), Taylor Swift fait en effet référence au mouvement #MeToo et à l’attitude générale envers les survivant·e·s d’agressions sexuelles, qui sont rarement cru·e·s ou soutenu·e·s. Taylor Swift elle-même a été agressée lors d’un concert en 2013 et a ensuite gagné un procès en août 2017 contre l’agresseur.

Un clip satirique et meta

Il commence avec Tyler Swift (joué par Taylor Swift) debout devant la baie vitrée d’un gratte-ciel. Il se tient les bras étendus, et tout le monde l’applaudit alors qu’il n’a strictement rien fait (en référence à la scène de The Wolf of Wall Street, mais aussi à Leonardo DiCaprio qui est cité dans les paroles). Pour la fin du refrain, Tyler Swift urine contre le mur de la plateforme du métro (13th Street Station). Cette séquence est symboliquement significative, car le 13 est le numéro préféré de Taylor Swift, et les titres de ses albums sont tagués sur le mur. Une affiche « MISSING – If found return to Taylor Swift »8 fait référence au fait que les Masters de ses albums ne lui appartiennent plus, et une autre affiche interdisant les trottinettes (scooter en anglais) renvoie à Scooter Braun qui les a rachetés. Le fait qu’il urine sur le mur illustre le manque de respect que les hommes dans l’industrie de la musique ont prêté à son travail. On revoit Tyler dans un parc avec sa fille, où il se fait applaudir et louer pour le strict minimum, et une banderole « World’s Greatest Dad » est aperçue en arrière-plan. Deux dernières touches viennent conclure la vidéo, notamment « réalisé par Taylor Swift, écrit par Taylor Swift, appartient à Taylor Swift, avec Taylor Swift dans le rôle principal » et « no men were harmed during the making of this video ».

Avec « The Man », je voulais montrer une réaction exacerbée de la façon dont le monde réagit à un homme, sexy, riche, jeune et arrogant. Je voulais montrer comment l’approbation immédiate et le bénéfice du doute sont accordés de manière ridicule.7

Swift, T. (2020, 6 mars). Taylor Swift – The Man (Becoming The Man: Behind The Scenes) [Vidéo]. YouTube.

Drag kings, féminisme blanc, et autres critiques

Des critiques légitimes ont toutefois été faites à la réalisation du clip. Plusieurs drag kings se sont même exprimés sur le sujet, en disant que même si la performance de Taylor Swift est différente du kinging d’aujourd’hui, elle a le même but, c’est-à-dire « critiquer la masculinité toxique et attirer l’attention sur les doubles standards qui existent au sein du système binaire ». Si Taylor Swift réussit à mettre en évidence les doubles standards sexistes dans cette vidéo, elle semble s’approprier la culture queer de façon aseptisée et hétérosexualisée2. Sinke, chroniqueuse chez Yale Daily News, fait remarquer que même si cette production à gros budget tente de faire une satire de la masculinité toxique en se moquant des doubles standards, elle fait finalement recours à des tropes de féminisme blanc exagérées qui ignorent le spectre complexe de l’expérience féminine, en particulier pour les femmes de couleur5.

D’autres critiques moins fondées ont été faites, et elles sont toutes faites par des hommes. Steven Crowder, commentateur et animateur politique conservateur, a dédié sur son podcast un épisode entier au clip de « The Man ». Ses propos se résument, entre autres, à : l’industrie de la musique est une méritocratie ; la promiscuité féminine est plus célébrée que celle des hommes ; Tyler Swift est gay parce que Taylor Swift ne le joue pas assez masculin ; le message du clip est dangereux pour les jeunes hommes d’aujourd’hui6.

Conclusion

Pour conclure, les médias populaires – la musique pop et ses clips en particulier – n’ont pas encore fait l’objet d’une attention significative pour leur contribution aux discussions sur la masculinité, malgré leur capacité à s’engager dans une critique complexe et leur réelle légitimité à exprimer le social.

En effet, le vidéoclip rassemble les langages visuels musicaux, corporels et écrits1. Que ce soit pour reproduire la masculinité hégémonique ou la disputer, « le vidéoclip est à la fois un site d’idéologie et un lieu privilégié de représentations, où s’articule le concept de masculinité »1, comme les critiques fondées du clip l’illustrent bien.

Le clip met en scène la masculinité hégémonique, qui peut être définie comme:

La configuration de la pratique de genre qui incarne la réponse actuellement acceptée au problème de la légitimité du patriarcat, qui garantit (ou est considéré comme garantissant) la position dominante des hommes et la subordination des femmes3.

Les difficultés sexistes auxquelles Taylor Swift a fait et fait face, et dont elle s’inspire pour ces chansons, sont loin d’être des cas isolés. Mariah Carey a été maltraitée par Tommy Mottola, le directeur de Sony Music, et les deux se sont mariés malgré leur 21 ans d’écart. Le producteur Dr. Luke a sexuellement, physiquement et verbalement maltraité Ke$ha, tout en lui promettant une carrière. L’histoire est claire et elle se répète depuis des décennies : un homme plus âgé et puissant, cadre dans l’industrie de la musique, profite d’une artiste plus jeune et prometteuse.

À l’ère de #MeToo et #BLACKLIVESMATTER, nous dépassons les récits pop et rock centrés sur des artistes masculins blancs et leurs perspectives. Quel que soit l’avis sur « The Man », Taylor Swift, ou la musique pop en général, il est important de se rappeler de l’importance cruciale et de la légitimité des discours dans les médias de masse lorsqu’il s’agit de transmettre un message féministe qui cherche à subvertir la masculinité hégémonique.

Références

1Demers, V. (2009). La représentation de la masculinité dans les vidéoclips de musique populaire: le code visuel et l’expression de la vulnérabilité masculine. Dissertation, Université de Montréal (Faculté des arts et des sciences).

2Garfield, L. (2020, 10 mars). Drag Kings Weigh in on Taylor Swift’s Performance in ‘The Man.’ Bitch Media. https://www.bitchmedia.org/article/taylor-swift-the-man-music-video-appropriates-drag

3Prody, J. M. (2015). Protesting War and Hegemonic Masculinity in Music Videos: Audioslave’s ‘Doesn’t Remind Me.’ Women’s Studies in Communication 38(4), 440–61. https://doi.org/10.1080/07491409.2015.1085475

4Rao, R. (2021, 16 novembre). Explained: Why Taylor Swift is re-recording her studio albums, and what it says about copyright battles with mega music labels. Firspost. https://www.firstpost.com/entertainment/explained-why-taylor-swift-is-re-recording-her-studio-albums-and-what-it-says-about-copyright-battles-with-mega-music-labels-10138211.html

5Sinke, K. (2020, 6 mars). Why Taylor Swift’s Music Video ‘The Man’ Has White Feminists Shaking. Yale Daily News. https://yaledailynews.com/blog/2020/03/05/why-taylor-swifts-music-video-the-man-has-white-feminists-shaking/

Autres ressources

6Crowder, S. (2020, 3 mars). REVIEW: Taylor Swift’s Crazy Sexist ‘The Man’ Music Video [Vidéo]. YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=DzoPpa77gtA&list=WL&index=41

7Swift, T. (2020, 6 mars). Taylor Swift – The Man (Becoming The Man: Behind The Scenes) [Vidéo]. YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=a5gXfaAFPOM&list=WL&index=38

8Swift, T. (2020, 27 février). The Man – Taylor Swift (Official Video) [Vidéo]. YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=AqAJLh9wuZ0

Informations

Pour citer cet articleNom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2022, consulté le XX mois 2022. URL :
AutriceAndreia Abreu Remigio, étudiante en Bachelor
Contactandreia.abreuremigio@unil.ch
EnseignementSéminaire Sociologie des masculinités

Par Sébastien Chauvin, Estelle Rothlisberger et Marie Sautier

Crédits photo : © https://wechoiceblogger.com