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Enquête de terrain dans les coulisses de la pluriactivité des artistes

C’est dans son appartement situé à Delémont, où elle a toujours vécu, que ma petite cousine m’a invitée à venir discuter de ses différents métiers d’artiste et leurs implications. Anne1 et son compagnon Cédric m’ont partagé leurs expériences et leurs ressentis en tant qu’artistes, permettant de prendre connaissance des différents enjeux liés à la pluriactivité. Ce travail empirique a été réalisé en lien avec la recherche de S. Sinigaglia-Amadio et J. Sinigaglia (2015) sur l’analyse des modalités de temps professionnels, familiaux et domestiques selon le statut professionnel d’artiste et le genre. En effet, la vie d’artiste est marquée par des inégalités de classe, professionnelles, mais aussi de genre. Le poids des normes sociales sur l’articulation des temps sociaux prend la forme d’arrangements implicites qui se font au détriment des femmes.

Ma rencontre avec Anne sur son lieu de vie, incluant la présence de Cédric, m’a poussée à inviter celui-ci à prendre part à notre conversation. J’y ai vu l’occasion d’enrichir ma récolte empirique par les interactions du couple sur les questions abordées. Seulement, la présence des deux membres du couple, simultanément, apparait comme une contrainte d’enquête, pouvant provoquer une forme d’auto-censure, d’autant plus que l’un des axes du sujet concerne les inégalités de genre. Cette co-présence est d’ailleurs probablement à l’origine du fait que l’entretien a principalement porté sur les inégalités liées à la classe et sur les conditions de vie des artistes.

Anne a 24 ans et habite avec Cédric, 30 ans, depuis maintenant deux ans. Le père d’Anne est dessinateur technique de cadrans de montres et sa mère est infirmière. Le père de Cédric est enseignant et directeur d’une école secondaire. Sa mère, après avoir suivi une formation comme aide aux enfants en situation de handicap, a longtemps été mère au foyer et est aujourd’hui gestionnaire d’associations humanitaires. Anne est comédienne, initiatrice de projets, costumière et animatrice médiatrice de théâtre. Cédric, quant à lui, est comédien, illustrateur graphiste, animateur médiateur de théâtre, metteur en scène pour troupes de théâtre amatrices, écrivain de pièces de théâtre et chargé communication pour des associations. Concrètement, ces activités comprennent une grande part de travail invisible, que ce soit de la mémorisation, de la création, de la répétition ou encore du travail administratif.

Au cours de l’entretien, Cédric et Anne ont régulièrement fait référence à deux catégories, celles d’« amateur » opposée à celle de « professionnel ». Si la tentation de reprendre les catégories des enquêtés est forte, elles nécessitent d’être analysées puisqu’elles sont construites socialement, en l’occurrence sur le registre du diplôme. Ainsi, Anne s’est présentée comme comédienne « professionnelle » mais Cédric comme comédien « amateur », ne possédant pas de formation diplômée dans cette discipline. Tous deux ont commencé à suivre des cours de théâtre dans le cadre scolaire. Anne a ensuite réalisé son certificat de comédienne à l’école de théâtre des Teintureries à Lausanne, qui a récemment fermé. Cédric s’est quant à lui dirigé vers un Bachelor à l’Ecole Professionnelle des Arts Contemporains en illustration, bande dessinée et peinture. Cependant, il n’a jamais renoncé au théâtre, et le pratique notamment dans une troupe qu’il a créée entre amis lors de sa maturité gymnasiale. Il a également obtenu une formation en animation et médiation théâtrale à la Manufacture, formation qu’Anne est encore en train d’effectuer.

Les activités professionnelles du couple se caractérisent par une grande instabilité, d’abord sur le plan temporel avec, par exemple, une semaine de création à 100% suivie d’une semaine vide, puis sur le plan spatial avec des projets nécessitant parfois des tournées ou des représentations hors du Jura. Cependant, l’instabilité la plus préoccupante à leurs yeux concerne la rémunération. En effet, celle-ci suit les mouvements de montagnes russes du plan temporel, organisé selon des projets irréguliers. Le risque est alors de se retrouver sans revenus pour un mois. Si, en France, le statut d’intermittent du spectacle protège contre ces irrégularités, en Suisse, c’est le système du chômage qui les prend en charge. Pour Anne « ce n’est pas le bon système mais c’est le seul qui convient pour le moment ». Elle rappelle que les artistes, en plus du statut stigmatisé associé au chômage, doivent s’adapter au système et sont parfois contraints de faire de fausses postulations. Cédric évoque la saturation du marché dans un domaine où « il y a peu de places et il y en a qui n’ont pas de talent mais tout le monde peut faire de l’art ». Le couple m’a ensuite exposé les contraintes professionnelles que fait peser sur eux le fait d’habiter dans le Jura, un canton caractérisé par la faiblesse de sa politique culturelle. Selon Cédric, c’est un « trop petit canton pour que ce soit viable ». Il rappelle que si des troupes de théâtre amatrices ont éclos un peu partout, elles sont aujourd’hui menacées par l’éventuel choix politique de ne financer plus qu’un seul centre culturel dans tout le canton. À cet égard, le couple pense qu’il est important de continuer les combats de leurs prédécesseurs, même si cela signifie « rentrer dans le système alors qu’on fait de l’art, soit justement pour en sortir, soit pour le dénoncer ».  Par ailleurs, le peu de hautes écoles dans ce canton pousse beaucoup d’étudiants à aller se former ailleurs et il n’est pas rare qu’ils ne reviennent pas. Ceux qui ont fait le choix d’y rester ont tendance à se tourner vers le jeune public. Si Anne et Cédric disent avoir fait ce choix par passion, ce n’est pas le cas de tous les artistes, qui ont tendance à qualifier le théâtre pour enfant de « sous-théâtre ». A cette difficulté s’ajoute la sous-valorisation du métier d’artiste. Avec l’avènement, au 19e siècle, de la figure de l’artiste bohème vivant d’amour et d’eau fraîche, les artistes se voient obligés de négocier pour obtenir un revenu correct. Toutefois, Anne comme Cédric disent préférer exercer plusieurs métiers : la pluriactivité leur apporte une forme de complémentarité qu’ils disent avoir choisie et apprécier. Cette complémentarité se reflète dans leurs revenus, d’autant plus qu’ils sont parfois salariés, parfois indépendants, selon le métier.

Avec l’avènement, au 19e siècle, de l’artiste bohème qui vit d’amour et d’eau fraîche, les artistes se voient obligés de négocier pour un revenu correct. 

Voyons maintenant ce qu’il en est du travail domestique. Anne s’occupe du ménage et de la lessive, Cédric des courses et de la cuisine et ensemble ils se partagent la vaisselle.  Le compagnon d’Anne se voit néanmoins vite « dépassé » par son travail professionnel, sacralisant son art et le faisant passer avant tout, ce qui le conduit à négliger le travail domestique. Cédric dit aujourd’hui vouloir accepter uniquement les projets qui lui plaisent et non pas tous ceux qui lui viennent, les réserves monétaires acquises étant maintenant suffisantes et non plus inquiétantes. Anne, selon des dispositions genrées, se montre plus prévoyante et clame avoir besoin d’organisation.

Le couple parvient à prendre occasionnellement des vacances, particulièrement en été puisque tous deux dépendent en partie des rythmes scolaires. Les voici cependant face à un nouveau combat, qui, pour Cédric, est très ardu. Sur une semaine de vacances, celui-ci passe les trois premiers jours à se sortir du travail et les trois suivants à s’y remettre avant la rentrée. Effectivement, le travail artistique implique beaucoup de création, qui ne se cloisonne pas aux temps professionnels. De plus, Cédric dit n’avoir plus aucune envie d’organiser des vacances puisqu’il passe beaucoup de temps à effectuer des tâches organisationnelles sur son temps de travail. Il lui est donc arrivé de laisser à Anne cette tâche, se reposant sur le travail gratuit et invisible qu’elle effectue pour son profit. Enfin, le couple exerce plusieurs loisirs dont, paradoxalement, du théâtre mais aussi de l’improvisation théâtrale définie par Cédric comme « le moment jazz dans un orchestre classique ». Respectivement, Cédric pratique aussi de la Guggenmusik, où il est considéré comme « l’artiste », lui permettant de se décentrer et Anne se tourne vers le cabaret, « milieu de tous les possibles », où elle peut explorer cette discipline nouvelle au Jura.

Comme nous l’avons vu, la pluriactivité nécessite des arrangements. Qu’en est-il des arrangements conjugaux sur la question d’avoir des enfants ? Pour ce qui est du couple, ils aspirent tous les deux à, un jour, fonder une famille. Cependant, ils désireraient se préparer temporellement, énergiquement et psychologiquement deux ans avant d’avoir des enfants. Certains de leurs amis sont déjà parents, leur permettant de constater que tout un réseau d’entraide se crée. Pendant un spectacle par exemple, ceux qui ne jouent pas sur scène s’occupent des enfants et ils se relaient ainsi de suite. Ce groupe d’amis soudé rassure beaucoup Anne, convaincue qu’« il faut un village pour élever un enfant ». De plus, celle-ci a beaucoup insisté sur sa volonté d’intégrer l’enfant au monde adulte : « Le fait que les enfants ne fassent pas partie de la société c’est vraiment montrer qu’un enfant n’est pas un être humain complet comme les autres, alors que, pour moi, il a autant de légitimité [qu’un adulte] à faire partie de l’espace public ». Pour ce qui implique la répartition du travail familial, le couple prône son adhésion à la norme égalitaire. Pourtant, Cédric m’a fait part de son potentiel désir d’être père au foyer, sans être tout à fait pragmatique à cet égard puisqu’il compte continuer ses activités professionnelles sur le temps de sommeil des enfants. Sa compagne, quant à elle, souhaite garder une fluidité entre les domaines, pensant que c’est « idéaliste de croire que quand t’es au travail, t’es qu’au travail ». Pour ce qui est de sa carrière, Anne se voit aujourd’hui satisfaite mais aspirerait à allier ses convictions profondes, à savoir féminisme et écologisme, à son art. Cédric est aussi satisfait et pense diminuer progressivement son temps de travail avec les enfants auxquels il donne des cours et pourquoi pas rédiger un livre pour enfants ou encore terminer sa bande dessinée.

Leur sentiment de légitimité est d’autant plus précaire qu’ils développent un sentiment d’imposture lié au fait qu’ils doivent souvent accepter de faire des choses qu’ils n’ont jamais faites avant. 

« C’est quoi ton vrai métier du coup ? ». Véritable préjugé, dont l’impact reste pourtant limité sur Anne et Cédric car leur famille ont toujours fait preuve de beaucoup de soutien. La jeune artiste y voit de la désinformation d’autrui, pour qui tant d’aléas et d’incertitudes sont effrayants. Cette question, régulièrement posée aux artistes, lui permet de « toujours réfléchir à la légitimité de ce métier [ce qui] permet aussi de ne pas être totalement déconnectée du monde ». Leur sentiment de légitimité est d’autant plus précaire qu’ils développent un sentiment d’imposture lié au fait qu’ils doivent souvent accepter de faire des choses qu’ils n’ont jamais faites avant. Ils doivent aussi régulièrement expliquer le contenu de leur métier, souvent associé à du stand-up. « T’es prof en fait !» a-t-on dit à Cédric, qui ne se sent pas comme tel, mais, « en même temps, dire que tu es enseignant permet de mettre un peu de valeur à ce job » (Anne). Se révèle ainsi la hiérarchie implicite qui place les métiers artistiques au bas de l’échelle professionnelle. Lors de la pandémie de Covid-19, les métiers artistiques ont d’ailleurs été définis comme non-essentiels, ce qui est considéré comme un véritable renversement par Cédric : « j’ai toujours pensé que s’il y avait une catastrophe immense, on nous enlèverait les banques, le travail mais que l’art ça survivrait à tout ».

Nous pouvons donc nous demander si la socialisation secondaire de ces artistes a suffi à les rendre assez attentifs aux inégalités de genre pour ne pas les reproduire.  

Pour conclure, cette enquête empirique permet de se rendre compte des inégalités professionnelles auxquelles les artistes doivent faire face. Cela s’illustre par la sous-valorisation du métier d’artiste et, comme le dit Cédric, « le doute est permanent dans le métier d’artiste et si on a peur de l’incertitude on ne peut pas faire artiste ». Pour en revenir aux inégalités de genre, nous pouvons faire des suppositions sur plusieurs zones d’ombre. Lorsque Cédric proclame s’occuper des repas, cela signifie-t-il qu’il cuisine lui-même ou qu’il commande ? Raccourci qu’Anne ne peut utiliser avec la lessive et le ménage, activités d’autant plus associées à la femme dans une vision de répartition inégale des tâches domestiques. Le fait que celle-ci ne se laisse pas dépassée par son travail pose aussi la question de l’endossement de la stabilité familiale, aussi attachée à la femme. L’organisation des vacances, tâche féminine selon la répartition genrée, est également laissée à Anne. Néanmoins, il est important de laisser ces propos à leur statut d’hypothèse, notamment car Anne se revendique partisane du mouvement féministe, suggérant qu’elle est au courant des inégalités de répartition des tâches domestiques. Impossible donc de savoir s’il s’agit d’hypothèses vérifiées ou de surinterprétations. Finalement, en revenant sur leur origine sociale, nous pouvons observer que la mère d’Anne pratique un métier du care et que la mère de Cédric a été mère au foyer. Nous pouvons donc nous demander si la socialisation secondaire de ces deux artistes a suffi à les rendre assez attentifs aux inégalités de genre pour ne pas les reproduire.  

Références

1 Sinigaglia-Amadio, S. & Sinigaglia, J. (2015). Tempo de la vie d’artiste : genre et concurrence des temps professionnels et domestiques. Cahiers du Genre, 59, 195-215. https://doi.org/10.3917/cdge.059.0195

2 Perrenoud, M. & Leresche, F. (2015). Les paradoxes du travail musical : Travail visible et invisible chez les musiciens ordinaires, Les mondes du travail, 16-17, 85-96.

3 Becker, H.S. 2009. Préface. In Bureau, M., Perrenoud, M., & Shapiro, R. (Eds.), L’artiste pluriel : Démultiplier l’activité pour vivre de son art. Villeneuve d’Ascq : Presses universitaires du Septentrion. doi : 10.4000/books.septentrion.40355

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Pour citer cet article Pour citer cet article
Nom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2022, consulté le XX mois 2023. URL :
AutriceReber Fanny, étudiante en première partie de Bachelor en sciences sociales
Contactfanny.reber@unil.ch
EnseignementSéminaire, Sociologie générale B

Par Marc Perrenoud et Lucile Quéré
  1. Anne et Cédric sont des pseudonymes afin de garantir l’anonymat des enquêtés. ↩︎
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Colocation estudiantines : espace de conquête et de recherche féministe ?

Par Emilie Lauper, Sara Lorente Muedra, Tiffany Maradan, Mélissa Zufferey

La majorité des tâches domestiques au sein de la famille est traditionnellement attribuée aux femmes. Même si on pourrait penser que cela a un peu évolué, grâce aux différentes transformations sociales résultant notamment des mouvements féministes, de nombreuses études sur la répartition du travail domestique au sein de la famille traditionnelle ont révélé que les femmes continuaient d’effectuer la majeure partie du travail domestique et cela même si elles sont professionnellement actives.  (Pfefferkorn, 2011; Paihlé et Solaz, 2010).

Cette étude explore les dynamiques genrées des tâches domestiques en colocation étudiante en Suisse Romande, mettant en lumière la persistance des inégalités malgré les évolutions sociales. En analysant l’impact de la socialisation primaire, l’étude révèle que les stéréotypes de genre persistent dans les colocations, avec une répartition inégale des tâches et une charge mentale plus lourde pour les femmes. Les résultats suggèrent que même avec une éducation moins genrée, les inégalités persistent. L’analyse souligne également des tendances genrées dans les attitudes envers la charge mentale. Malgré une légère augmentation de la participation des hommes, la division du travail et la charge mentale restent fortement sexuées, indiquant que davantage d’efforts sont nécessaires pour promouvoir l’équité dans les tâches domestiques en dehors du cadre traditionnel du couple.

Toutefois, ici nous n’allons pas parler de la composition familiale dite traditionnelle mais d’un type de cohabitation dont on sait peu de choses et qui est de plus en plus répandu chez les jeunes, en particulier les étudiant.e.s : la colocation.

Comment se répartissent les tâchent ménagères dans cette nouvelle forme de cohabitation dans laquelle les individus ne partagent pas un logement en raison d’un lien de parenté ? Est-ce que la division des tâches y est plus équitable que dans une cohabitation de couple ? Une socialisation primaire traditionnelle genrée, reproduira-t-elle ces mêmes dynamiques dans ces nouvelles configurations de cohabitation ? Les nouvelles générations, seront-elles plus sensibles au genre lorsqu’il s’agit de partager les tâches à la maison ?  Ou est-ce encore le genre qui serait le facteur principal dans le partage des tâches ménagères ? Afin de répondre à ces questions, nous avons cherché les conséquences de l’éducation et de la socialisation primaire sur la répartition des tâches ménagères d’un point de vue quantitatif et qualitatif dans les colocations estudiantines de Suisse romande.

Notre hypothèse principale reposait sur l’idée que la socialisation primaire influencerait le comportement des étudiant.e.s. Une éducation encourageant la participation des enfants aux tâches ménagères, avec des modèles parentaux égalitaires, pourrait conduire à une plus grande implication dans ces responsabilités à l’âge adulte. Inversement, les femmes, ayant appris implicitement des notions relationnelles liées au travail de « care », pourraient prendre consciemment ou inconsciemment l’initiative d’assumer davantage de tâches domestiques et de charge mentale (Daminguer, 2019; Haicault, 2020), et ce même dans le cadre d’une colocation avec des relations amicales.

Sur le plan quantitatif, le défi auquel nous avons été confrontées était de savoir comment mesurer statistiquement le type de socialisation primaire de chaque individu. Pour ce faire, nous avons dû examiner rétrospectivement l’expérience de l’enfance de chaque individu, avec tous les biais de mémoire que cela implique. À cette fin, nous avons créé deux variables : la première était basée directement sur la fréquence à laquelle chaque individu estimait avoir participé aux tâches ménagères pendant son enfance. La seconde mesurait la façon dont les tâches ménagères avaient été réparties entre le père et la mère.

La perspective de recherche de l’atelier de recherche est celle du parcours de vie, où la notion de temps, l’inscription historique, l’intégration sociale, les facteurs institutionnels et les facteurs psychosociaux des sujets étudiés jouent un rôle central. L’approche de la recherche est celle de la méthode mixte, c’est-à-dire l’utilisation parallèle d’approches quantitatives et qualitatives. Dans un premier temps, nous avons mené une enquête en ligne sous forme de questionnaire à l’aide de l’outil LimeSurvey qui a été envoyé à différentes universités de Suisse romande. Pour l’analyse des données, nous avons reçu un total de 156 réponses que nous avons analysées grâce au logiciel RStudio. Dans un second temps, nous avons élaboré une grille d’entretien semi-structurée qui nous a permis d’explorer en détail les particularités de la vie en colocation de 8 personnes, qu’on a retranscrits et codés sur le logiciel MAXQDA.

D’autre part, et en suivant la définition de la charge mentale de Daminguer (2019) (anticiper les besoins, identifier les moyens de les satisfaire et contrôler les résultats), nous avons créé deux variables liées à la charge mentale assumée par chaque individu, et deux variables liées au sentiment d’injustice qu’ils percevaient envers eux-mêmes et envers les autres.

Au niveau qualitatif, nous avons mené un total de huit entretiens répartis en Suisse romande, à Fribourg, Genève et Lausanne. De plus, nous avons eu accès à des entretiens menés par d’autres collègues, que nous avons codés collectivement selon des critères uniformes à l’aide du logiciel MAXQDA. Pour répondre à notre hypothèse sur l’influence de la socialisation, nous nous sommes concentrées sur la variable B3, à savoir : si vous avez vécu avec vos deux parents durant votre enfance (0-12 ans), qui était en charge des tâches ménagères suivantes ? En fonction des réponses, nous avons codé les participant.e.s dans les catégories suivantes : socialisation genrée (au moins 5 tâches effectuées par la mère ou une tierce personne), socialisation plutôt genrée (au moins 4 tâches effectuées par la mère ou une tierce personne), socialisation plutôt non genrée (au moins 3 tâches effectuées par la mère ou une tierce personne) et socialisation non genrée (au moins 2 tâches effectuées par la mère ou une tierce personne). Dans notre analyse, nous avons décidé de considérer que si la plupart des tâches étaient effectuées par une personne tierce, généralement une employée de maison, cela contribuait également à une socialisation genrée.

Malgré l’observation d’une légère évolution vers la coresponsabilité des tâches domestiques dans les contextes partagés, l’association du genre masculin avec l’évitement de ces tâches et du genre féminin avec une plus grande répartition des responsabilités, persiste.

L’analyse qualitative nous a permis de conclure que chez les personnes qui avaient reçu une éducation genrée et plutôt genrée, les stéréotypes de genre étaient reproduits dans leur colocation. Les tâches étaient réparties de manière plutôt inégale et la charge mentale était plus importante pour les femmes, d’où la persistance du schéma de genre.

“Avant, il y avait une autre femme de ménage, elle venait 3 fois par semaine et là, celle-là, elle vient que 2 fois par semaine, mais elle nettoie les parties communes, donc les toilettes, la cuisine, le salon etc. Et de temps en temps, bah Rick lui paye un peu plus pour… pour qu’elle puisse faire son repassage par exemple, ou des tâches personnelles à lui… “ (Gaël, membre de colocation mixte)

« Alors voilà, si un jour je me sens à bout et que j’ai l’impression de pas pouvoir supporter ce bazar… eh bien, je m’y mets au ménage, peut-être parce que j’ai l’habitude de m’occuper plus du nettoyage. En une demi-heure, j’ai déjà passé le balai, la serpillière, et fait les toilettes, peut-être pas en profondeur, mais au moins quelque chose, tu vois. Ouais, je pense que c’est moi qui m’occupe du plus gros, mais c’est surtout parce que j’aime bien que ça reste bien propre. »  (Valentina, membre de colocation mixte)

En ce qui concerne la catégorie “éducation non genrée”, notre hypothèse suggère que les répondant.e.s ayant connu une socialisation primaire dans laquelle les tâches étaient à peu près également réparties entre la mère et le père appliqueraient une répartition similaire dans leur colocation. Cependant, la faible quantité de données dans cette catégorie suggère que le maintien d’une égalité parfaite au quotidien pourrait être utopique. Malgré cela, des témoignages positifs d’équilibre dans la colocation ont été observés, principalement dans les colocations exclusivement féminines, soulignant l’idée que le partage de la charge mentale, notamment dans l’attente de soulager l’autre, contribue à un partage égalitaire.

“Les tâches domestiques, c’est aussi vraiment d’un commun accord. Au début, on s’était dit aussi avec, mes premiers colocs qu’on allait faire un planning ou comme ça, mais on l’a jamais fait (rires) et ça s’est toujours super bien passé.” (Chloé, membre d’une coloc exclusivement féminine)

En ce qui concerne l’analyse quantitative, et après avoir effectué toutes les combinaisons possibles à la recherche de résultats concluants, presque aucun des tableaux croisés n’était statistiquement significatif. Cependant, l’interprétation de l’analyse des correspondances multiples (ACM) a révélé des tendances plus probantes.

Un graphique d’analyse des correspondances multiples visualise les relations entre les catégories de variables dans un ensemble de données multidimensionnelles, aidant à interpréter les associations entre elles dans un espace réduit pour faciliter la compréhension et l’analyse. Sur l’axe horizontal, nous trouvons les variables liées à la charge mentale, à la prise de responsabilité et au sentiment d’injustice. Les personnes qui assument davantage de responsabilités dans les tâches ménagères ont le sentiment qu’il y a plus d’injustice, tandis que les personnes qui n’assument pas de responsabilités dans les tâches ménagères ont le sentiment qu’il y a moins d’injustice, cela indique une association entre la charge de travail et le sentiment d’injustice. D’autre part, l’axe vertical, lié aux regroupements de variables relatives au genre et à la socialisation, est directement associé à l’importance qu’ils accordent à l’égalité entre les hommes et les femmes. Si les femmes ont tendance à se trouver dans une position indiquant une plus grande importance pour l’égalité des sexes, les hommes se trouvent dans la position opposée, ce qui suggère des différences dans les perceptions de genre dans l’ensemble des données.

La répartition générale des variables suggère que les pratiques liées à la charge mentale, à la surcharge domestique et au sentiment d’injustice sont davantage associées au genre féminin, quelle que soit la nature de leur socialisation de genre. En revanche, les comportements liés au désintérêt pour les tâches ménagères ou à l’absence de charge mentale semblent davantage associés aux hommes, quelle que soit la nature de leur socialisation. L’analyse révèle que les indicateurs de charge mentale sont davantage présents chez les femmes de notre échantillon : elle suggère que les tâches ménagères sont encore fortement genrées et que les femmes assument une charge mentale plus importante. En revanche, la variable sur la socialisation au genre contredit cependant légèrement l’hypothèse initiale de notre analyse qualitative.

En résumé, malgré une légère augmentation de la participation des hommes au partage des tâches ménagères et un plus grand engagement dans le partage des tâches ménagères dans les foyers partagés, les analyses qualitatives et quantitatives soulignent que la division du travail et la charge mentale sont encore fortement genrées.

En résumé, malgré une légère augmentation de la participation des hommes au partage des tâches ménagères et un plus grand engagement dans le partage des tâches ménagères dans les foyers partagés, les analyses qualitatives et quantitatives soulignent que la division du travail et la charge mentale sont encore fortement genrées dans les colocations de Suisse romande. Les femmes continuent de supporter une charge plus importante dans les aspects physiques, émotionnels et cognitifs du travail domestique. Cette étude révèle que les inégalités de genre persistent au-delà de la sphère familiale et que même une éducation moins genrée ne semble pas avoir d’impact positif sur ces situations. En suivant l’affirmation de De Singly (2007), nous pouvons conclure que même en dehors de la dynamique traditionnelle du couple et du mariage, le travail domestique conserve sa nature sociale de « travail de femme ». Nous pouvons donc constater que la légère augmentation de la participation des hommes aux tâches domestiques ne suffit pas à éliminer les inégalités de genre dans ce domaine (Bornatici, Gauthier & al., 2021) Et qu’il est encore nécessaire de repenser nos pratiques et celles des plus jeunes afin d’éviter ces situations de surcharge mentale et du travail ménager encore plus présent chez les femmes.

Références

Bornatici, C., Gauthier J.A. & Le Goff, J.M. (2021). Les attitudes envers l’égalité des genres en Suisse, 2000–2017. Social Change in Switzerland, (25), https://www.socialchangeswitzerland.ch/?p=2227

Daminger, A. (2019). The Cognitive Dimension of Household Labor. American Sociological Review, 84(4), 609–633.

Darmon, M. (2016). La socialisation. Armand Colin. 

De Singly, F., (2007) L’ injustice ménagère. Hachette, coll. « Pluriel », 318 p., EAN : 9782012794191.

Haicault, M. (2020).  La charge mentale, histoire d’une notion charnière (1976-2020). 2020, https://halshs.archives-ouvertes.fr/ HA. Id :  hal-02881589, version 1   HAL Id : hal-02881589, version 1.

Natalier, K. ,2003,  »I’m not his wife’. Doing gender and doing housework in the absence of women’, Journal of Sociology, vol.39, 3, p. 253-269

Pailhhé, A. & Solaz, A. (2010). Concilier, organiser, renoncer : quel genre d’arrangements? Travail, genre et societés, 24, 29-

Pfefferkorn R. (2011) Le partage inégal des « tâches ménagères », Les cahiers de Framespa, travail, pouvoir, justice : questions de genre, n°7, pp. 1-1

Régnier-Loilier, A., & Hiron, C. (2010). Évolution de la répartition des tâches domestiques après l’arrivée d’un enfant. Revue des politiques sociales et familiales, 99(1), 5-25.

Sabot, C., (2020). Le genre, de l’enfance à l’adolescence [note de cours], études genre et théories féministes. Université de Lausanne.

Shelton, B., John, D., 1993, “Does Marital Status Make a Difference? Housework among Married and Cohabiting Men and Women“, Journal of Family lssues, vol. 74, P. 401-420.

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Pour citer cet article Pour citer cet article
Nom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2022, consulté le XX mois 2023. URL :
Auteur·iceEmilie Lauper, Sara Lorente Muedra, Tiffany Maradan, Mélissa Zufferey, étudiantes en Master
Contactsara.lorentemuedra@unil.ch
EnseignementSéminaire Atelier Parcours de vie familial et inégalités sociales

Par Jacques-Antoine Gauthier, Jean-Marie Le Goff, Cécile Mathou, Claire Semaani
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Taylor Swift et la masculinité hégémonique dans l’industrie de la musique

Par Andreia Abreu Remigio

Avec plus de cent millions d’albums vendus dans le monde, Taylor Swift est indéniablement l’une des personnes les plus connues et les plus prolifiques de sa génération. À 15 ans seulement, elle signe un contrat d’enregistrement de six albums avec Big Machine Records, un label de disque indépendant, qui appartient alors à Scott Borchetta. Le contrat laisse au label le contrôle total sur les droits des chansons, quand et à qui ces droits peuvent être vendus4. C’est ainsi que lorsque Scooter Braun, directeur d’Ithaca Holdings, rachète Big Machine Records en 2019, il prend possession des Masters des six albums de Taylor Swift.

Ayant écrit toutes les chansons de ses 6 albums (et en possédant par extension la propriété intellectuelle), Taylor Swift détient juridiquement les droits de synchronisation. C’est pour cette raison qu’elle est légalement autorisée à réenregistrer ces 6 albums et à diminuer ainsi la valeur commerciale des anciens, ce qu’elle a commencé à faire en publiant la « Taylor’s Version » de Fearless et de Red en 2021, ainsi que deux chansons de 19894.

Des paroles à grande portée

Durant les 3 minutes de la chanson « The Man » Taylor Swift parvient à aborder plusieurs thèmes relatifs aux doubles standards entre hommes et femmes. Premièrement, elle résume l’inégalité des chances, notamment dans la vie professionnelle, dans les deux premières ligne du refrain : « I’m so sick of running as fast as I can / Wondering if I’d get there quicker if I was a man » (0:25 – 0:33). Au travers de la métaphore du sport, Taylor Swift fait référence au fait que les femmes doivent fournir une quantité de travail supplémentaire pour arriver au même statut qu’un homme, illustrant ainsi que les sphères professionnelles se vantant d’être une méritocratie sont en réalité largement favorables aux hommes. Cet écart genré est d’autant plus visible dans l’industrie de la musique, où les artistes femmes doivent constamment se réinventer et proposer de nouveaux styles vestimentaires, musicaux et esthétiques, pour garantir un minimum de succès dans une industrie aussi compétitive, alors que beaucoup d’artistes hommes se contentent de proposer des concerts et des paroles simplistes, sans pour autant voir leur carrière en souffrir.

Cet écart genré est d’autant plus visible dans l’industrie de la musique, où les femmes doivent constamment se réinventer pour garantir un minimum de succès, alors que beaucoup d’hommes se contentent de proposer des concerts et des paroles simplistes

Le slut-shaming et l’agression sexuelle sont des sujets centraux dans « The Man » et, par extension, dans la vie personnelle de Taylor Swift. En effet, lorsqu’elle chante « They’d say I played the field before I found someone to commit to / And that would be okay for me to do » (0:04 – 0:08), Taylor Swift nous rappelle que, tout au long de sa carrière, elle a été victime de doubles standards sexistes concernant ses relations amoureuses. En outre, il est attendu des femmes d’être toujours soignées et polies, ce qui est résumé par « What I was wearing, if I was rude » (1:00 – 1:04). Les choix vestimentaires des femmes sont également utilisés pour justifier les agressions sexuelles dont elles sont victimes, ce qui nous amène au dernier point. Lorsqu’elle chante « When everyone believes you / What’s that like ? » (0:18 – 0:22), Taylor Swift fait en effet référence au mouvement #MeToo et à l’attitude générale envers les survivant·e·s d’agressions sexuelles, qui sont rarement cru·e·s ou soutenu·e·s. Taylor Swift elle-même a été agressée lors d’un concert en 2013 et a ensuite gagné un procès en août 2017 contre l’agresseur.

Un clip satirique et meta

Il commence avec Tyler Swift (joué par Taylor Swift) debout devant la baie vitrée d’un gratte-ciel. Il se tient les bras étendus, et tout le monde l’applaudit alors qu’il n’a strictement rien fait (en référence à la scène de The Wolf of Wall Street, mais aussi à Leonardo DiCaprio qui est cité dans les paroles). Pour la fin du refrain, Tyler Swift urine contre le mur de la plateforme du métro (13th Street Station). Cette séquence est symboliquement significative, car le 13 est le numéro préféré de Taylor Swift, et les titres de ses albums sont tagués sur le mur. Une affiche « MISSING – If found return to Taylor Swift »8 fait référence au fait que les Masters de ses albums ne lui appartiennent plus, et une autre affiche interdisant les trottinettes (scooter en anglais) renvoie à Scooter Braun qui les a rachetés. Le fait qu’il urine sur le mur illustre le manque de respect que les hommes dans l’industrie de la musique ont prêté à son travail. On revoit Tyler dans un parc avec sa fille, où il se fait applaudir et louer pour le strict minimum, et une banderole « World’s Greatest Dad » est aperçue en arrière-plan. Deux dernières touches viennent conclure la vidéo, notamment « réalisé par Taylor Swift, écrit par Taylor Swift, appartient à Taylor Swift, avec Taylor Swift dans le rôle principal » et « no men were harmed during the making of this video ».

Avec « The Man », je voulais montrer une réaction exacerbée de la façon dont le monde réagit à un homme, sexy, riche, jeune et arrogant. Je voulais montrer comment l’approbation immédiate et le bénéfice du doute sont accordés de manière ridicule.7

Swift, T. (2020, 6 mars). Taylor Swift – The Man (Becoming The Man: Behind The Scenes) [Vidéo]. YouTube.

Drag kings, féminisme blanc, et autres critiques

Des critiques légitimes ont toutefois été faites à la réalisation du clip. Plusieurs drag kings se sont même exprimés sur le sujet, en disant que même si la performance de Taylor Swift est différente du kinging d’aujourd’hui, elle a le même but, c’est-à-dire « critiquer la masculinité toxique et attirer l’attention sur les doubles standards qui existent au sein du système binaire ». Si Taylor Swift réussit à mettre en évidence les doubles standards sexistes dans cette vidéo, elle semble s’approprier la culture queer de façon aseptisée et hétérosexualisée2. Sinke, chroniqueuse chez Yale Daily News, fait remarquer que même si cette production à gros budget tente de faire une satire de la masculinité toxique en se moquant des doubles standards, elle fait finalement recours à des tropes de féminisme blanc exagérées qui ignorent le spectre complexe de l’expérience féminine, en particulier pour les femmes de couleur5.

D’autres critiques moins fondées ont été faites, et elles sont toutes faites par des hommes. Steven Crowder, commentateur et animateur politique conservateur, a dédié sur son podcast un épisode entier au clip de « The Man ». Ses propos se résument, entre autres, à : l’industrie de la musique est une méritocratie ; la promiscuité féminine est plus célébrée que celle des hommes ; Tyler Swift est gay parce que Taylor Swift ne le joue pas assez masculin ; le message du clip est dangereux pour les jeunes hommes d’aujourd’hui6.

Conclusion

Pour conclure, les médias populaires – la musique pop et ses clips en particulier – n’ont pas encore fait l’objet d’une attention significative pour leur contribution aux discussions sur la masculinité, malgré leur capacité à s’engager dans une critique complexe et leur réelle légitimité à exprimer le social.

En effet, le vidéoclip rassemble les langages visuels musicaux, corporels et écrits1. Que ce soit pour reproduire la masculinité hégémonique ou la disputer, « le vidéoclip est à la fois un site d’idéologie et un lieu privilégié de représentations, où s’articule le concept de masculinité »1, comme les critiques fondées du clip l’illustrent bien.

Le clip met en scène la masculinité hégémonique, qui peut être définie comme:

La configuration de la pratique de genre qui incarne la réponse actuellement acceptée au problème de la légitimité du patriarcat, qui garantit (ou est considéré comme garantissant) la position dominante des hommes et la subordination des femmes3.

Les difficultés sexistes auxquelles Taylor Swift a fait et fait face, et dont elle s’inspire pour ces chansons, sont loin d’être des cas isolés. Mariah Carey a été maltraitée par Tommy Mottola, le directeur de Sony Music, et les deux se sont mariés malgré leur 21 ans d’écart. Le producteur Dr. Luke a sexuellement, physiquement et verbalement maltraité Ke$ha, tout en lui promettant une carrière. L’histoire est claire et elle se répète depuis des décennies : un homme plus âgé et puissant, cadre dans l’industrie de la musique, profite d’une artiste plus jeune et prometteuse.

À l’ère de #MeToo et #BLACKLIVESMATTER, nous dépassons les récits pop et rock centrés sur des artistes masculins blancs et leurs perspectives. Quel que soit l’avis sur « The Man », Taylor Swift, ou la musique pop en général, il est important de se rappeler de l’importance cruciale et de la légitimité des discours dans les médias de masse lorsqu’il s’agit de transmettre un message féministe qui cherche à subvertir la masculinité hégémonique.

Références

1Demers, V. (2009). La représentation de la masculinité dans les vidéoclips de musique populaire: le code visuel et l’expression de la vulnérabilité masculine. Dissertation, Université de Montréal (Faculté des arts et des sciences).

2Garfield, L. (2020, 10 mars). Drag Kings Weigh in on Taylor Swift’s Performance in ‘The Man.’ Bitch Media. https://www.bitchmedia.org/article/taylor-swift-the-man-music-video-appropriates-drag

3Prody, J. M. (2015). Protesting War and Hegemonic Masculinity in Music Videos: Audioslave’s ‘Doesn’t Remind Me.’ Women’s Studies in Communication 38(4), 440–61. https://doi.org/10.1080/07491409.2015.1085475

4Rao, R. (2021, 16 novembre). Explained: Why Taylor Swift is re-recording her studio albums, and what it says about copyright battles with mega music labels. Firspost. https://www.firstpost.com/entertainment/explained-why-taylor-swift-is-re-recording-her-studio-albums-and-what-it-says-about-copyright-battles-with-mega-music-labels-10138211.html

5Sinke, K. (2020, 6 mars). Why Taylor Swift’s Music Video ‘The Man’ Has White Feminists Shaking. Yale Daily News. https://yaledailynews.com/blog/2020/03/05/why-taylor-swifts-music-video-the-man-has-white-feminists-shaking/

Autres ressources

6Crowder, S. (2020, 3 mars). REVIEW: Taylor Swift’s Crazy Sexist ‘The Man’ Music Video [Vidéo]. YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=DzoPpa77gtA&list=WL&index=41

7Swift, T. (2020, 6 mars). Taylor Swift – The Man (Becoming The Man: Behind The Scenes) [Vidéo]. YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=a5gXfaAFPOM&list=WL&index=38

8Swift, T. (2020, 27 février). The Man – Taylor Swift (Official Video) [Vidéo]. YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=AqAJLh9wuZ0

Informations

Pour citer cet articleNom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2022, consulté le XX mois 2022. URL :
AutriceAndreia Abreu Remigio, étudiante en Bachelor
Contactandreia.abreuremigio@unil.ch
EnseignementSéminaire Sociologie des masculinités

Par Sébastien Chauvin, Estelle Rothlisberger et Marie Sautier

Crédits photo : © https://wechoiceblogger.com

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