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Intersectionnalité

Sofia

Nous sommes parties à la rencontre de Sofia, âgée de 20 ans et née à Lausanne. Cette dernière a grandi à Cugy et poursuit aujourd’hui ses études à l’université de Genève dans la faculté de Relations Internationales. C’est dans ce cadre qu’elle s’investit dans l’association des sciences politiques et relations internationales et prend part à l’un des groupes de travail qui s’intéresse à divers enjeux de société contemporains. Sa mère est originaire du Maroc et son père de Côte d’Ivoire. Sofia possède donc à la fois la nationalité marocaine, ivoirienne et suisse. Elle a une demi-sœur, âgée de 38 ans, née du premier mariage de son papa ; mais a également un grand frère et une grande sœur issus du mariage de ses parents. Sofia nous a offert de son temps et de son intimité pour nous partager son histoire de manière réflexive, dans le rire et la discussion, et ses nombreux questionnements, entre introspections et revendications liées à son expérience.

Chercheurs·euses : Aliciane Ischi, Elise Jaccottet et Nina Rodriguez.

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Intersectionnalité

Lily

Lily est une jeune femme suisse âgée de vingt et un ans. Elle est la fille d’une mère blanche originaire du Sud de la France et titulaire d’un passeport suisse, et d’un père noir originaire de Dakar et titulaire d’un passeport français. Sa famille est issue des classes moyennes et défend des idées progressistes. Lily a effectué sa scolarité et vécu à Lausanne jusqu’à ses dix-huit ans et s’est ensuite installée à Londres afin d’y suivre un cursus académique en études culturelles et curation dans lequel elle s’apprête à obtenir son diplôme de Bachelor. Elle est engagée dans les luttes anti-racistes, anti-capitalistes, décoloniales et féministes. La spécificité de son parcours réside dans ses multiples identités – identité de « métisse » qui est souvent projetée sur elle, de femme suisse issue des classes moyennes et étudiant à Londres, etc. Son expérience présente l’intérêt d’éclairer les particularités et les formes différenciées des discriminations qu’elle a subies dans deux pays. Considérer l’imbrication des variables mentionnées avec son statut d’étudiante universitaire à l’étranger ouvre notamment sur la question des privilèges dont bénéficie par ailleurs Lily, et dans ce prolongement, sur celle de la visibilité ou de l’invisibilité de son identité intersectionnelle.

Chercheurs·euses : Céleste Leu, Thalia Rossi et Mariana Wank Da Silva Quelhas.

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Intersectionnalité

Khaddouj

Arrivée en Suisse à 23 ans, Khaddouj nous raconte quelques unes des histoires marquantes de sa vie. Deux fois médaillée au championnat national marocain de taekwondo, ce sport lui a enseigné discipline et force : confrontée à un milieu marqué par le sexisme, le taekwondo lui a également permis d’acquérir confiance en elle, lui permettant de défendre ses opinions lors de divers conflits par la suite. Née dans une famille portant des valeurs d’égalité, elle débute des études universitaires au Maroc qu’elle interrompt lors de sa venue en Suisse, en raison de la non-reconnaissance de ses diplômes par l’État. À travers des exemples d’agressions dans la rue, au travail ou au sein de sa famille, elle nous explique comment son statut de femme musulmane et marocaine issue de l’immigration l’a amenée à être confrontée à des attitudes parfois stigmatisantes et discriminantes. Mariée à un homme suisse converti à l’islam suite à leur rencontre, son mariage illustre les stéréotypes auxquels sont confrontés les couples binationaux, notamment au sujet de l’acquisition de la nationalité et du soupçon. Ayant passé la majorité de sa vie en Suisse, elle raconte comment le statut d’étrangère est ambivalent et également présent vis-à-vis de son pays d’origine. Khaddouj nous rapporte également comment le choix de porter le voile il y a huit ans l’a impactée dans l’espace public et ce qu’il raconte de la visibilité des femmes musulmanes en Suisse à travers le temps.

Chercheurs·euses : Jawad Baud, Chloé Schaer et Elisa Verga

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Intersectionnalité

Abir

Abir est une jeune femme de 22 ans, née en Suisse, de nationalité tunisienne et de confession musulmane. Sa mère turco-tunisienne et son père tunisien ont immigré en Suisse et ont construit leur vie dans ce pays. Abir a décidé de se voiler à l’adolescence – une décision qui impactera grandement sa vie. Suite aux discriminations subies durant sa scolarité obligatoire en Suisse, ses parents ont décidé de partir vivre en Tunisie afin qu’elle obtienne un bac français. Bien que dans un pays musulman, Abir a continué à être sujette à diverses discriminations liées au port du voile. Espérant recommencer une nouvelle vie en tant qu’adulte, Abir est revenue en Suisse et a entrepris un Bachelor en Soins infirmiers. Toutefois, rien ne s’est passé comme prévu et ses espoirs d’épanouissement personnel et professionnel ont été compromis. Le harcèlement, la mise à l’écart, les regards oppressants ou encore le mobbing au travail ont conduit à Abir à prendre la décision de se dévoiler. Son témoignage nous permet de constater la réalité des femmes voilées en Suisse, mais également en Tunisie. A travers cette vidéo, nous constatons la perception que la société a des femmes voilées, en les considérant comme inférieures à différents niveaux sociétaux.

Chercheurs·euses : Jessica Peixoto Marcon et Zébulyne Rossi.

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Discriminations raciales dans les sphères professionnelles

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Comptes-rendus

Archéo-sexisme

Le reportage en juin 2020 de la RTS sur le sexisme dans le milieu archéologique suisse romand a permis la venue de l’exposition itinérante Archéo-sexisme qui met en lumière les discriminations en archéologie. Cette conférence s’inscrit dans le cadre de cette même exposition.

Pauline Rappaz, journaliste RTS
En lien avec le reportage de juin 2020, Pauline Rappaz coordonne l’événement. Elle ouvre la conférence en précisant le programme et le cadre.

Le 8 mars journée symbolique

Liliane Michalik, vice-rectrice égalité, diversité & carrières

En cette journée des droits de la femme, Liliane Michalik aborde l’égalité des chances et la diversité des profils dans le domaine de l’archéologie. Elle rappelle qu’en 2021, il n’y avait que 28% de femmes professeures au sein de l’Université de Lausanne (UNIL). Afin de faciliter l’accès aux femmes à ce type de poste, l’UNIL met déjà en place plusieurs mesures. Par exemple, des programmes de mentorats, des formations et des subsides font désormais parties des initiatives pour favoriser l’égalité des chances et la diversité des profils. Cependant, ce sont les mesures institutionnelles qui ont le pouvoir de réellement faire avancer la cause. L’une de ces mesures déjà en place consiste à sensibiliser le recruteur sur les biais au moment des recrutements. En tant qu’employeur principal, l’UNIL est malheureusement aussi fautive, car bien souvent ce processus ne fonctionne pas. Ne perdons pas de vue que l’objectif est aussi d’améliorer la conciliation vie familiale et vie professionnelle pour le personnel avec notamment l’augmentation des places en crèche toujours insuffisantes.

Depuis 2019, l’UNIL a également pris d’autres mesures plus ciblées pour réduire les discriminations comme l’adaptation du congé paternité aux familles homoparentales, l’installation de distributeurs de protections hygiéniques pour lutter contre la précarité menstruelle et la formation aux questions LGBTQIA+ et raciales. Il reste maintenant à voir l’impact de ces initiatives sur le moyen et long terme.

Laura Mary, archéologue-restauratrice
Archéologue-restauratrice au sein de l’association Recherches et prospections archéologiques, membre de l’association Archéo-Ethique et l’une des trois commissaires de l’exposition Archéo-Sexisme, Laura Mary lutte concrètement et frontalement pour l’égalité et la diversité en archéologie avec son projet « Paye Ta Truelle ». À la suite de discriminations vécues, elle a cessé son métier de terrain en 2019 pour se consacrer entièrement à des cours, des conférences et des séminaires qui mettent en lumière le sexisme dans ce milieu.

l’Archéo-réalité : rien de romantique

L’archéologie est souvent perçue comme un métier connu, presque romanesque, symbolisé par des images fantastiques dans les films et séries. Pourtant, la réalité est tout autre nous confie Laura Mary. Cela implique trop souvent des CDD à répétition, mal payés, sans oublier la pression constante de la productivité jusqu’à l’atteinte de la santé. En réalité, les conditions dans lesquelles s’exerce la profession d’archéologue sont tout le contraire de ce que nous renvoient les films. A cela s’ajoute le sexisme, le racisme, l’homophobie, le validisme et bien d’autres discriminations.

« Les humains du passé sont-ils tous des hommes ? »

Le constat des discriminations dans l’archéologie débute en Norvège en 1979, avant de traverser l’Atlantique. Publié en 1984, l’article fondateur de l’archéologie du genre, rédigées par Conkey et Spector, pose les bases de la critique féministe dans la discipline. Laura Mary expose plusieurs éléments de cet article, tels que la valorisation des activités masculines au détriment de celles des femmes et la répartition genrée du travail. Les hommes gèrent les chantiers de fouille tandis que les femmes sont relayées au laboratoire. La conférencière met ainsi en lumière une hiérarchisation du travail. Les femmes à la tête de chantier sont minoritaires et quand elles y sont, c’est généralement en collaboration avec leur mari. A tous les niveaux, leur travail est comparé aux tâches domestiques ainsi qu’aux actions dites féminines. La notion de méritocratie est donc complètement anodine.

« Les enquêtes ne sont pas représentatives de la réalité souvent faites sur des femmes blanches, hétérosexuelles, cisgenres. » cite Laura Mary de témoignages recueillis avec son collectif « Paye ta truelle ».

Les premières publications sur le genre en archéologie datent de 2010. Le premier journal d’étude lui sort en 2019. Le sujet est peu pris au sérieux et très souvent invisibilisé. Les enquêtes sur les personnes homosexuelles, LGBTQIA+, en situation de handicap et victimes de racisme sont quasiment inexistantes. Seuls quelques témoignages relèvent de la mise à l’écart, des agressions morales et physiques que subissent ces archéologues.

« Paye ta truelle »

A l’origine, le but du collectif était de diffuser des témoignes relatant des discriminations vécues dans le métier d’archéologue. Laura mary explique que ce partage d’expériences vécues est un processus de conscientisation politique. Ce qui ne touchait alors que la sphère privée arrive entre les mains des politiques. Les femmes sont plus nombreuses à sortir diplômées des écoles d’archéologie mais une minorité accède aux postes de direction. Le plafond et les murs de verre paraissent indestructibles. « Paye ta truelle » relate plusieurs témoignages tels que : « c’est bien, les femmes sont à leur juste place ici ! » venant d’un chef de chantier à deux femmes en train de balayer. « L’archéologie c’est pour les vrais mecs » venant d’un supérieur à un jeune homme homosexuelle. Certaines ont également dû changer de tenues à cause de photos de leur poitrine et de leurs fesses prises à leur insu, sans que les auteurs ne soient sanctionnés, relate Laura Mary. Les non-propositions d’adaptation du travail pendant la grossesse et l’absence d’infrastructures essentielles telles que le manque de toilettes et d’eau courante sur les sites ne sont que quelques exemples cités par la conférencière qui explicite son choix d’avoir arrêté ce métier. Cette forte puissance du patriarcat remet en question leurs compétences et pousse les archéologues femmes, comme Laura Mary, à quitter le terrain.

« L’archéologie après #METOO : introspection et perspectives dans le canton de Vaud »

En conclusion du propos de Laura Mary, une table ronde ayant pour thème l’archéologie après #metoo a suscité de vifs débats. Cette dernière était composée de Sophie Bartschi, conservatrice du site et du musée romains d’Avenches, Sylvain Fachard, professeur d’archéologie classique à l’Unil, Lionel Pernet, directeur du musée cantonal d’archéologie et d’histoire de Lausanne, Nicole Pousaz, archéologue cantonale et Lucie Steiner, archéologue, Archeodunum sa. Les différents horizons de ces personnes permettent d’articuler une approche de la profession d’archéologue et le propos de la conférencière sous différents points de vue. La culture patriarcale illustrée de multiples manières avec les révélations graves observées dans le domaine de l’archéologie perdure avec la misogynie.

Informations

Pour citer cet articleNom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2022, consulté le XX mois 2022. URL :
AutriceLéa Grellier, étudiante en Bachelor
Contactlea.grellier@unil.ch
EnseignementSéminaire Sociologie des masculinités

Par Sébastien Chauvin et Estelle Rothlisberger

© Illustration : Viktoria Slowikowska, Pexels

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Stigmatisation sexuelle : le concept de slutshaming

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Comptes-rendus

LGBT at work

Conférence de Lorena Parini, mars 2021

Compte-rendu par Mégane Antonin

Lors de cette conférence du 4 mars 2021 dispensée par le Centre en études genre de l’Université de Lausanne, Lorena Parini a présenté la problématique de la reconnaissance des LGBT et plus particulièrement des personnes trans*[1] dans le monde du travail. La question étant peu traitée en Suisse, elle a décidé de démarrer un programme de recherche consistant d’abord en un questionnaire en 2014-2015 sans financement externe, avec la collaboration de la Fédération genevoise des associations LGBT dont elle est la co-présidente. Par la suite, elle obtiendra un financement de 30 mois par le FNS pour faire des entretiens semi-directifs, aussi appelés « entretiens qualitatifs ou approfondis » se basant sur des interrogations généralement formulées et ouvertes. L’article « Faire et défaire le genre : parcours de 12 personnes trans* » résultant de cette recherche est à paraitre prochainement.La première partie de la conférence consistait à poser le cadre de cette recherche.

Dans un contexte social organisé par des normes de genre implicites selon lesquelles le corps masculin doit performer la « masculinité » et le corps féminin la « féminité », les personnes trans* entrent en rupture avec cette idée.

Néanmoins, beaucoup de trans ne vivent pas cela de manière politique et sont, par conséquent, sanctionnés socialement sur la base de leur existence et non de leurs engagements politiques. Le monde du travail n’échappe pas au phénomène de sexuation des emplois caractérisée par deux types de ségrégations : la « ségrégation horizontale », qui distingue des métiers d’hommes et des métiers de femmes, et la « ségrégation verticale », selon laquelle les places les plus hautes dans la hiérarchie du travail sont occupées par des hommes. Lorena Parini s’est alors intéressée à une question centrale : comment les personnes se confrontant au monde du travail cisgenre évoluent-elles ?

Dans un second temps, Lorena Parini a davantage focalisé sa présentation sur l’expérience personnelle des personnes trans. Son analyse se divise en trois parties : la transition « MtF » ou « FtM »[2], les « temporalités » et le « coming-out ». Le type de transition ne mène pas au même résultat professionnel. Ainsi, les hommes trans* interviewés par Kristen Schilt ont acquis de l’autorité, de la compétence, du respect, des privilèges corporels, économiques et statutaires. A l’inverse, les personnes MtF font l’expérience du déclassement professionnel selon Emmanuel Beaubatie. De plus, les travaux d’Alexandre Baril montrent que les réalités temporelles de la transition et du monde du travail ne sont pas toujours compatibles entre elles. L’injonction à ressembler aux normes dominantes du féminin ou du masculin pousse les personnes trans* à effectuer leur transition rapidement pour sortir de cet entre-deux. Enfin, le coming-out s’articule avec cette temporalité de manière différente selon chacun, c’est pourquoi Lorena Parini rappelle qu’il est important de tenir compte de la réalité subjective de chaque individu.

Les réalités temporelles de la transition et du monde du travail ne sont pas toujours compatibles entre elles. L’injonction à ressembler aux normes dominantes du féminin ou du masculin pousse les personnes trans* à effectuer leur transition rapidement.

La conférence s’est révélée riche en échanges. D’abord, une question a été posée concernant les MtF dans le but de savoir à quel point le stigmate de l’impudicité prenait le dessus sur la question de l’entre-deux dans lequel se situent les personnes trans*. Cet espace ne correspond ni aux normes masculines ni aux normes féminines dominantes. Le stigmate genré de l’impudicité, aussi appelé stigmate de putain, place les femmes du côté de la féminité considérée comme impure et, de ce fait, différencie les « bonnes femmes » des « mauvaises femmes ». D’après Lorena Parini, ce stigmate n’est pas mis en avant dans les entretiens et le problème du passing y occupe une place plus importante. Le passing consiste à « passer pour cis » (Beaubatie, 2019) en se conformant à des normes socialement attendues du sexe de destination. Une seconde question s’intéressait à l’état de la bataille juridique à propos des licenciements transphobes, malgré des raisons économiques évoquées pour justifier ces derniers. Cette question a permis de mettre en exergue la minceur du droit suisse sur le sujet, ce qui constitue un problème majeur. Finalement, un autre échange soulignant que les FtM étaient plus jeunes que les MtF, a donné lieu à l’hypothèse que les transitions MtF sont plus tardives par peur du déclassement professionnel.

Notes

[1]Trans* : toute personne non cisgenre ayant effectué ou non une transition 

[2]L’acronyme « MtF » se réfère à « male to female » et désigne les femmes trans*, tandis que « FtM » correspond à « female to male » et qualifie les hommes trans*

Références

  • Baril, A. (2017). Temporalité trans : identité de genre, temps transitoire et éthique médiatique. Enfances, familles, générations : revue internationale, n27
  • Beaubatie, E. (2019). L’aménagement du placard : Rapports sociaux et invisibilité chez les hommes et les femmes trans’ en France, Genèses, n114, p.32-52
  • Chauvin, S. (2021). Introduction aux études genre et théories féministes [Diapositives].
  • Parini, L. (2021, March). LGBT at work. Poster presented at the CEG conference, Lausanne, Switzerland.
  • Schilt, K. (2006). Just One of the Guys? : How Transmen Make Gender Visible at Work. Gender & Society, 20(4), 465-490. https://doi.org/10.1177/0891243206288077

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Pour citer cet article Nom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2021, consulté le XX mois 2021. URL :
AutriceMégane Antonin, étudiante en Bachelor
Contactmegane.antonin@unil.ch
EnseignementSéminaire Le genre au cœur des inégalités sociales : migration, ethnicité, classe, sexualité

Sébastien Chauvin et Annelise Erismann