
Comment expliquer le succès de la droite radicale ou populiste aux États-Unis, en Hongrie, en Italie, aux Pays-Bas et ailleurs? Pourquoi un tel attrait pour des hommes se présentant comme forts, provocateurs et autoritaires? Le lundi 31 mars, au Casino de Montbenon à Lausanne, la conférence d’actualité terminant la saison des conférences lausannoises nous a permis de réfléchir, ensemble, à ces questions.
Monsieur Oscar Mazzoleni, professeur titulaire en science politique et sociologie politique de l’Université de Lausanne, nous a offert une analyse des raisons du succès des partis de droite populiste ou radicale, un phénomène international qui s’intensifient ces dernières années. Bien qu’ayant des caractéristiques nationales spécifiques et des contextes d’action propres, les différents partis concernés partagent bien souvent des thématiques et agendas politiques similaires. Une seule cause n’est bien entendu pas suffisante pour expliquer ces analogies, plusieurs clés d’interprétation doivent être considérées pour comprendre les avancées électorales de la droite radicale. Pour résumer les propos du professeur Mazzoleni, les facteurs principaux peuvent être identifiés sous cette forme:
- le malaise: chaque parti doit se retrouver dans un contexte où il y a malaise social, une partie de la population vit mal sa propre situation.
- les opportunités: les institutions et acteurs politiques traditionnels sont en difficulté, perçus comme manquant de capacités ou gaspillant des fonds publics. Les pouvoirs en place ou majoritaire qui ont du mal à faire face aux crises, notamment aux répercussions de la mondialisation.
- l’acteur: ces éléments sont exploités par un leader « charismatique » qui permet de rassembler les élécteur·trices déçu·es, leur donner le sentiment d’être compris tout en étant capable de les mobiliser avec la promesse de solutions claires. Cette personne est soutenue par des moyens conséquents, qu’ils soient financiers ou militants.
- le message: le succès repose sur la transmission d’un message percutant, donnant un sens, une interprétation au malaise et proposant des actions claires pour sa résolution. Simple, direct et répété, il permet notamment d’identifier le ou les « ennemis », de se positionner en victime et de promouvoir la défense de la nation et/ou des valeurs traditionnelles. À ces dimensions cognitives et morales s’ajoutent encore des ingrédients émotionnels importants qui font appel à l’indignation, à la peur, au ressentiment, mais aussi à la passion et à l’enthousiasme.
Cette conférence passionnante nous a ainsi permis de découvrir plus en détail les fondations sur lesquelles peuvent reposer la montée de certaines idéologies et les dynamiques complexes qui alimentent la situation politique des pays européens et des États-Unis aujourd’hui. Poussant la réflexion sur l’impact de ces développements (risque d’érosion de l’État de droit), sur les potentielles racines historiques ou sur les perspectives sociales de cette problématique, le public de Connaissance 3 a longuement débattu avec notre conférencier pour clore, une fois de plus, une magnifique saison de conférences à Lausanne.
