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« Des choses pour filles et des choses pour garçons » : la socialisation culturelle genrée

Si l’on constate une différence entre les goûts et les pratiques culturelles des hommes et des femmes, cette différence n’a pourtant rien d’inné. Elle découle majoritairement d’un apprentissage constant durant l’enfance, appelé la socialisation culturelle genrée, c’est-à-dire « la formation de ses connaissances, de ses habitudes et de ses goûts dans le domaine de la culture » (Court et Henri-Panabière, 2012, p.6).

Une multiplication des acteurs de la socialisation culturelle genrée

En adoptant la vision d’Octobre nous pouvons identifier quatre acteurs centraux de la socialisation culturelle genrée durant l’enfance : les parents, la fratrie, les pairs et l’école.

Aujourd’hui, les situations de socialisation se complexifient. Selon Octobre et al., nous assistons notamment à une multiplication des acteurs de la socialisation, liée à des modifications de la sphère familiale. On constate également une baisse de l’influence des parents durant la socialisation et une augmentation de celle des pairs. En adoptant la vision d’Octobre nous pouvons identifier quatre acteurs centraux de la socialisation culturelle genrée durant l’enfance : les parents, la fratrie, les pairs et l’école.

La famille, un acteur privilégié

Le premier acteur de cette socialisation, et traditionnellement le plus étudié, ce sont les parents. Ceux-ci ont longtemps été considérés comme l’acteur principal et le plus influent au niveau culturel et genré. Pour Octobre la socialisation culturelle genrée issue des parents s’appuie sur trois mécanismes de l’assignation sexuée ; la représentation des sexes, le sexe des objets culturels et l’éducation implicite et explicite. Les représentations correspondent aux caractères que les parents associent à leurs enfants selon leur genre, et ainsi aux activités qu’ils tendront à leur proposer. Par exemple, les parents ont tendance à décrire leurs filles comme « calmes » et « créatives », et leurs garçons comme « énergique » et « combatif » et les inscriront à des activités qu’ils estiment correspondre à ces représentations. Le sexe des objets culturels, quant à lui, définit la catégorisation des pratiques culturelles selon les genres en fonction de l’usage réel de l’objet, mais aussi des modes de représentation de soi. Par exemple les loisirs créatifs, tels que le dessin et la peinture sont perçus comme typiquement « féminins ». Enfin le sexe de l’éducation implicite et explicite entre lui aussi en jeu à travers trois logiques ; la catégorisation du registre éducatif, la catégorisation sexuée de la pratique et le sexe du pratiquant. L’éducation explicite correspondant à ce que les parents veulent consciemment transmettre à leurs enfants et l’éducation implicite correspondant à l’idée d’imprégnation, c’est-à-dire d’imitation de la part de l’enfant de son parent sans forcément que le parent et l’enfant en aient conscience. Ces trois registres fonctionnent différemment en fonction des genres, mais également en fonction d’autres variables, notamment le milieu social et l’âge des individus. 

Qu’en est-il de la fratrie ? Ses membres ont trois rôles centraux ; ils sont supports de transmission passif, intermédiaires entre parents et copains et acteurs de la construction des goûts des individus. 

Selon Octobre et Berthomier la fratrie représente un intermédiaire dans le temps entre les parents et les copains. Ses membres ont trois rôles centraux ; ils sont supports de transmission passif, intermédiaires entre parents et copains et acteurs de la construction des goûts des individus. Et ceci se déroule à travers deux pratiques ; l’initiation aux pratiques culturelles et l’accompagnement aux pratiques culturelles, par exemple lors de sorties au cinéma. Cependant, à ces pratiques nous pouvons ajouter les sanctions symboliques. Ainsi, la fratrie peut encourager ou au contraire décourager une pratique en fonction de ses critiques, son admiration ou ses moqueries. De même Court et Henri-Panabière reviennent à l’idée d’imprégnation déjà évoquée plus haut en rapport avec les parents. Le genre entre évidemment en compte lorsqu’il s’agit du contenu de la socialisation, et ceci même si elle est faite par la fratrie, le sexe des objets culturels et la représentation des sexes restent importants. De même, le genre de la fratrie est très important ainsi que son âge, la différence d’âge entre ses membres et la position de l’individu dans la fratrie. Enfin, le genre de celui auquel on s’identifie dans l’éducation implicite et de celui qui éduque dans l’éducation explicite a une grande importance sur la transmission genrée. 

Les amis et l’école, des acteurs d’importance

Passons maintenant au groupe des pairs. Avec l’arrivée dans l’adolescence, les pairs prennent beaucoup d’importance au niveau de la socialisation culturelle. Leur influence est plus grande en matière d’activités en amateur hors de la maison et donc du cercle familial. Au niveau du genre, les filles ont plus tendance à partager leur avis, leurs goûts, à se conseiller des choses, elles sont plus réceptives que les garçons. Selon Court et Henri-Panabière la socialisation entre pairs fonctionne de manière semblable à la socialisation fraternelle « Au final, nos observations sur la socialisation fraternelle convergent donc avec ces résultats [ceux de Renard, 2011] sur la socialisation amicale » (2012, p.14).

Enfin, il reste à parler de l’influence de l’école en matière de socialisation culturelle genrée. L’école a pour avantage de permettre une grande démocratisation de l’accès à la culture dite légitime, notamment à travers des visites de musées, cependant elle est de ce fait associée à cette culture légitime. Cette association peut être défavorable à cette culture. En effet, durant le début de l’adolescence certains jeunes se détachent de l’école et la critiquent. Ainsi, la culture légitime pâtit de son association avec celle-ci. Cependant, ces éléments divergent en fonction des genres, les filles auront plus tendance à accepter l’école, à y être réceptives et donc plus positives dans leur rapport à la culture légitime. Les garçons par contre se retrouvent plus souvent dans le rôle de critiques de l’école, et ainsi leur rapport à la culture légitime se détériore fortement.

Articulations et négociations des influences : les enfants aussi acteurs

En conclusion, le genre est une variable dominante dans la socialisation culturelle durant l’enfance et ainsi influence les pratiques culturelles à l’âge adulte. Il s’ajoute en ce sens à d’autres variables importantes de la socialisation telle que la classe sociale par exemple. Il est important de se rappeler que la socialisation culturelle durant l’enfance est le résultat de l’influence de divers acteurs, non seulement issus de la famille, mais également extérieurs à celle-ci.

Ces assignations ne sont pas définitives et absolues, les enfants ont des stratégies et des moyens afin d’arbitrer ce qu’ils désirent ou non retenir.

Enfin, notons que comme le mentionnent Court et Henri Panabière, les enfants sont amenés à procéder à des articulations des différentes socialisations. Ainsi, plusieurs aménagements sont possibles, allant du fait de privilégier l’une ou l’autre des socialisations en cas de contradiction, à un effet de renforcement dans le cas contraire. Ces assignations ne sont pas définitives et absolues, les enfants ont des stratégies et des moyens afin d’arbitrer ce qu’ils désirent de retenir ou non des diverses influences qui pèsent sur eux. Ce ne sont pas des pages blanches sans aucune volonté sur lesquelles les acteurs de la socialisation peuvent inscrire ce qu’ils désirent. Octobre et al. précisent que ces arbitrages se font différemment en fonction du genre, les filles auraient ainsi plus tendance au renforcement, tandis que les garçons fonctionneraient par substitution. De même, le contenu et les manières d’influencer sont différents en fonction du genre du récipient. Cependant, elle constate une tolérance plus grande à l’égard des filles que des garçons pour les pratiques culturelles. Une fille pratiquant les jeux vidéo est acceptée plus facilement qu’un garçon pratiquant la danse classique par exemple.


Références

Court M. et Henri-Panabière G. (2012). La socialisation culturelle au sein de la famille : le rôle des frères et sœurs. Revue française de pédagogie, 179, 5-16.

Octobre S. et al. (2011). La diversification des formes de la transmission culturelle : quelques éléments de réflexion à partir d’une enquête longitudinales sur les pratiques culturelles des adolescents. Recherches familiales, 1(8), 71-80.

Octobre S. (2011). Du féminin et du masculin, Genre et trajectoires culturelles. Réseaux, 4(168-169), 23-57.

Octobre S. (2010). La socialisation culturelle sexuée des enfants au sein de la famille. Cahiers du genre, 2(49), 55-76.Octobre S. & Berthomier N. (2012). Socialisation et pratiques culturelles des frères et sœurs. Informations sociales, 5(173), 49-58.

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Pour citer cet articleNom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2021, consulté le XX mois 2021. URL :
AutriceMarie Reynard, étudiante en Master en sciences sociales
Contactmarie.reynard@unil.ch
EnseignementAtelier Écriture scientifique

Felix Bühlmann

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Les publications en Open Access sont-elles des biens communs ?

En 2017, Swissuniversities proclame son ambition de rendre l’ensemble des publications scientifiques financées par les pouvoirs publics accessible en Open Access, c’est-à-dire en accès libre et gratuit. Cette mesure vise alors à s’aligner sur les mouvements de libre accès déjà en cours au niveau européen, visant ainsi à améliorer l’exploitation des connaissances issues de recherches publiques en promouvant un accès libre et sans restriction, notamment grâce à la digitalisation.  

Dès leurs origines au XVIIIe siècle, les revues savantes se sont retrouvées face au dilemme de la marchandisation impliquant de prendre en charge les coûts d’imprimerie, amortis par un système d’abonnement. Dès lors, selon le schéma classique des différents types de biens économiques (c.f. encadré), les publications scientifiques s’apparentent à des biens de clubs, dans la mesure où il s’agit de biens publics non rivaux, mais rendus excluables, car réservés à celles et ceux ayant les moyens d’y accéder. 


Ostrom E. et Ostrom V. (1977) présentent un schéma classique des différents types de biens économiques, qui mesure l’exclusion et la rivalité d’un bien :






  • Les biens privés sont rivaux et excluables. Par exemple, le pain est un bien de consommation privé excluable (un paiement est nécessaire) et rival, car dès qu’il est consommé, il n’est plus disponible pour les autres. 
  • Les biens publics sont non rivaux et non excluables. C’est le cas par exemple de l’éclairage public, il éclaire toutes les personnes qui passent sans pouvoir en exclure.
  • Les biens de club sont en général des biens publics rendus excluables. Par exemple les gated communities ou les autoroutes à péage.
  • Les biens communs sont non excluables, mais rivaux. C’est typiquement le cas des ressources naturelles (pâturages, forêt, pêche, etc.). 

C’est avec la démocratisation d’internet que la notion d’Open Access voit le jour dans les années 19901, poussée par les modèles de communauté comme ArXiv (projet d’archives ouvertes pour la recherche) ou encore la mention Creative Common qui permet à l’auteur·e d’accorder certains droits de réutilisation ou de modification, traduisant la volonté de construire des espaces de partage en dehors des sphères commerciales. Fort de son succès dans les années 1990, la petite communauté d’ArXiv lance un appel à l’harmonisation et à la généralisation des archives ouvertes qui se formalisera en 2002 avec l’Initiative de Budapest qui recommande la création de revues entièrement en libre accès. Dès 2012, diverses mesures étatiques européennes et nord-américaines viendront encourager le libre accès aux résultats des recherches scientifiques financées par l’État. Ces nouvelles publications digitales sont alors pensées non pas comme des biens publics, mais comme des biens communs, et plus précisément des communs de la connaissance1,2.

La publication en Open Access permet aux chercheur·es de conserver les droits de leurs ouvrages et de réparer une iniquité, en revendiquant à toutes et tous l’accès aux résultats des recherches.

Cet article interroge les enjeux terminologiques à parler de bien communs plutôt que de biens publics, alors même que la production de ces biens (la recherche et ses résultats) est financée par l’État et non par des communautés de scientifiques autofinancés. L’exposé suivant présente un extrait de la littérature en sciences humaines et sociales qui rend compte d’enjeux légaux, économiques et idéologiques mettant en perspective la notion de commun dans l’Open Access.

De la notion de « biens communs » à celle de « communs de la connaissance » 

Les communs ont pour origine la gestion des terres européennes « communes » avant la fin du Moyen-Âge. Dès le XVIIIe, la gestion de ces terres est contestée par les autorités publiques et la plupart deviennent des propriétés privées ou publiques. En Angleterre, le terme d’enclosure définit cette appropriation de biens communs par le marché ou par l’État. Ces enclosures seront présentées comme rationnelles et nécessaires par le biologiste Garrett J. Hardin. Il présente la « Tragédie des biens communs », stipulant que sans le contrôle du marché ou de l’État, toute ressource librement accessible est amenée à disparaitre, car l’être humain serait naturellement poussé à la surexploitation des ressources3.

Cette publication crée alors un intérêt dans la recherche sur les communs, à laquelle Elinor Ostrom consacrera une partie de sa carrière. En effet, elle mobilise des données anthropologiques pour montrer qu’il existe des gestions communes et négociées qui permettent le partage et la préservation des ressources4. Elle permet ainsi de montrer que l’exploitation des communs ne mène pas inéluctablement à leur fin ; la diversité des arrangements mis au point par des communautés locales permet leur gestion sans avoir recours à l’appropriation privée ou à l’intervention centralisée de l’État. Cette gestion nécessite le respect de règles communes et évolutives, qui garantissent la reconnaissance du droit à gérer des communs sans intervention extérieure. Ainsi, les communs sont définis comme instables, porteurs de liens sociaux et de constructions collectives, mais également constamment en danger d’enclosure1,4.

À la fin du XXe siècle, les communs sont mobilisés pour penser la démocratisation d’internet, pensée alors comme un réseau qui évolue en transparence et de manière ouverte aux usager·ères. Malgré le fait que l’accès à internet soit privé (appareil, serveurs et réseaux), ce sont les protocoles qui font fonctionner ensemble ces éléments privés afin d’offrir le commun d’internet. En effet, un document, un logiciel, une image ou encore un son peut être mis en ligne et accessible à tous en devenant ainsi une ressource gérée collectivement. Comme tous les communs, ces nouveaux biens sont alors en proie aux enclosures, car le web amplifierait les risques d’appropriations, avec par exemple des blocages écosystémiques, juridiques, techniques, communautaires, attentionnels ou encore en ce qui concerne la durée d’accès. 

C’est dans cette perspective que les connaissances, dans la suite des travaux d’Ostrom, sont également pensées comme des biens communs. Charlotte Hess envisage ainsi les connaissances scientifiques comme des biens communs : malgré le fait qu’elles ne soient pas rivales (les connaissances ne sont pas soustractives, mais cumulatives), les modèles décrivant les conditions de fonctionnement des biens communs peuvent s’appliquer à la connaissance, notamment en raison de sa vulnérabilité face aux enclosures2. La volonté d’employer le terme de communs de la connaissance relève ainsi d’une dimension militante et défensive face aux risques d’enclosure, mais également face à l’inaction de l’État.

Une société de la connaissance en proie aux enclosures

La « société de la connaissance » (p. 29) définit1 chaque élément de la nature comme porteur de connaissances. La gestion commune de notre environnement se base ainsi sur l’usage des savoirs, qu’ils concernent par exemple l’agriculture ou la médecine. Depuis le XVIIIe siècle, la production et l’accumulation des savoirs ont été centrales dans le développement économique et social de nos sociétés. Le sociologue Xavier Landes propose d’identifier trois types de bénéfices qu’apportent les connaissances aux développements : les bénéfices matériels permettent d’accroître l’efficience industrielle et d’améliorer les conditions de vie, les bénéfices sociopolitiques permettent l’empowerment des citoyen·nes, et finalement, les bénéfices « distants » permettent une amélioration des débats publics et des décisions politiques5 (p.72-4).

Les connaissances pensées comme des biens communs permettent donc de rendre visible la menace d’enclosures sur les bénéfices apportés par les connaissances, notamment à cause des nouvelles formes de diffusion numériques du savoir. Certain·es auteur·es dénoncent également le glissement entre la pleine propriété d’une œuvre physique et la licence d’usage numérique qui applique une logique de contrôle et de verrouillage. Cela peut alors engendrer une « tragédie des anti-communs », c’est-à-dire un manque à gagner social dû à la sous-utilisation d’une ressource dont l’accès serait trop verrouillé. Ces éléments mettent en perspective la vulnérabilité et la susceptibilité d’appropriation des communs de la connaissance face aux enclosures numériques, légitimant ainsi leur statut de biens communs2.

Les connaissances scientifiques, un bien public voulu commun ?

Le second mouvement d’enclosures contemporain décrit par James Boyle touche de nombreuses conceptions de la propriété intellectuelle. Bien que les publications scientifiques soient des biens publics dont l’État assure le financement de leur production, leur vulnérabilité face aux enclosures les définit comme des biens communs. Cela permet non seulement d’attirer l’attention sur les risques d’appropriations privées du savoir, mais également d’identifier une résonnance militante pour une conception anticapitaliste du partage des connaissances. 

James Boyle identifie un second mouvement d’enclosure traduit par l’extension continue des droits de propriété intellectuelle qui serait alors amplifié par la démocratisation d’internet et de la digitalisation.

Pour contrer l’enclosure des droits d’accès à ces biens publics, l’Open Access concrétise la volonté de rendre les connaissances issues de la recherche accessibles à toutes et tous. Ce mouvement est alors suivi de près par l’Open Data Base Licence qui vise à garantir l’ouverture et l’usage d’extraits de bases de données pour inciter le développement de recherches participatives et ainsi améliorer l’efficience de la recherche grâce au partage des données. La notion de biens communs traduit cette évolution dans l’organisation académique, car « parler de communs, bien au-delà des ressources considérées, c’est avant tout parler d’une forme d’organisation sociale, d’arrangements institutionnels, de construction collective, d’autogestion et, bien évidemment, de partage et donc d’une nouvelle relation à l’autre. »1 (p. 16). En pleine mutation, les formes d’organisation des publications scientifiques permettent ainsi de repenser la place des connaissances produites dans nos sociétés.

Références

1Le Crosnier H. (2018). « Une introduction aux communs de la connaissance. » tic&société, 12(1), pp. 14-41. https ://journals.openedition.org/ticetsociete/2481

2Hess C. (2011). « Inscrire les biens communs de la connaissance dans les priorités de recherche. » In Vecam (Eds). Libres savoirs : Les biens communs de la connaissance. CF éditions, pp. 33-55. http ://www.sietmanagement.fr/wp-content/uploads/2016/04/Vecam.pdf

3Hardin G. (1968). « The Tragedy of The Commons. » Science, 162, pp. 1243-8. https ://science.sciencemag.org/content/162/3859/1243.full

4Ostrom E. (1990). Governing the Commons : The Evolution of Institutions for Collective Action. New York : Cambridge University Press.

5Landes X. (2014). « Les enjeux normatifs et politiques de la diffusion de la recherche. » Revue européenne des sciences sociales, 52(1), pp. 65-92. https ://journals.openedition.org/ress/2663

Autres références

Swissuniversities : communiqué de presse du 01.02.2017 : https ://www.swissuniversities.ch/fr/organisation/documentation/communiques-de-presse/eine-nationale-strategie-fuer-open-access-der-offenen-publikation-von-wissenschaftlichen-artikeln-1-2

Initiative de Budapest du 14.02.2002 : https ://www.budapestopenaccessinitiative.org/read

FNS : Publier en Open Access : https://www.snf.ch/fr/leFNS/points-de-vue-politique-de-recherche/open-access/Pages/default.aspx


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Pour citer cet article : Nom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2021, consulté le XX mois 2021. URL :
Auteur David Comte, étudiant de Master en sciences sociales
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Le compost : de l’appropriation à la construction d’un commun social

Par Camille Métry et Orelia Kande

Les déchets étant res nullius entraînent un manque de clarté dans les droits de propriété et provoquent des conflits entre les acteurs revendiquant leur droit sur les déchets. Cependant, les interactions sociales découlant des déchets peuvent aussi être positives. C’est ce que montre notre recherche sur le compostage, la transformation de déchets organiques en compost, par des acteur·trice·s locaux. Ces acteur·ice·s entrent-ils dans un conflit d’appropriation du compost ? Comment le compost participe-t-il à la création d’une communauté partageant des valeurs et des pratiques de mise en commun ?

Nous avons effectué des entretiens et des observations sur deux sites de compostage de proximité : la Villa Freundler et le site de Bernex Saule, dans le canton de Genève.

 
Conflit d’appropriation au sein des acteurs de compostage de proximité

Notre enquête de terrain débouche sur plusieurs constats. Le premier concerne la réalisation du compost qui comporte deux phases. Le premier consiste à réaliser un stock de déchets organiques grâce à la participation des membres du site. Lorsque le stock a terminé sa maturation, les participant·es se retrouvent avec du compost. Ce dernier peut être caractérisé5 comme une “unité de ressource” (p. 30) dont les individus s’approprient ou utilisent le système de ressource.

Le deuxième concerne les manières d’éviter les conflits d’appropriation. L’accès au compost de proximité n’est pas restreint, car le lieu n’est pas fermé ou surveillé. Cependant, il est limité dans le temps, car il faut respecter le processus biologique du compost (fermentation et maturation). Sa quantité varie selon la masse de déchets organiques déposée dans le bac à décomposition. D’autre part, nous observons des règles mises en place ou en voie d’élaboration autour du compost.

Common pool ressources et “appropriateur” chez Elinor Ostrom5
Le terme de common pool ressources fait référence à un système de ressources naturelles ou artificielles suffisamment important pour qu’il soit coûteux (mais pas impossible) d’exclure les bénéficiaires potentiels des avantages de son utilisation.
Les appropriateur·trice·s sont les acteur·trice·s faisant partie du processus réel d’appropriation des unités de ressources du CPR. Le processus peut être entrepris par plusieurs appropriateur·trice·s simultanément ou séquentiellement.

En effet, sur le site de la Villa Freundler, le responsable nous explique que les participant·es peuvent avoir accès au compost si les jardinier.e.s se sont déjà servis du compost pour leur potager. Une membre du site de Bernex nous fit part que son groupe réfléchit à la mise en place d’une hiérarchie des droits d’’accès au compost : 

Principalement, ça irait pour l’extérieur, (…) mais (…) il y aurait une priorité qui serait donnée à ceux qui y participent. (…) s’il en reste, les autres pourront le prendre.

(Simone1, 12 mai 2021)

Cette réflexion autour de la mise en place de règles d’appropriation autour du compost détermine l’ordre d’accès de ce dernier. Les premiers servis sont les jardinier·ères pour l’entretien des jardins communs (“extérieur”), ensuite l’accès est donné aux participant.e.s et le reste rendu accessible à tous·tes.

Ainsi ce groupe mène une réflexion sur la conception de règles opérationnelles qui vont affecter5 “directement les décisions quotidiennes prises par les appropriateur·strice·s concernant le moment, le lieu et la manière de retirer des unités de ressources (…)” (p. 52). Ces règles vont permettre de contrôler les appropriateurs·trice·s du compost lors de sa récupération et d’éviter une pénurie pour les jardinier·e·s. Cependant, ces règles ne semblent pas être les seules raisons évitant les conflits autours du compost. 

Les communautés autour du compost

La pratique du compostage se caractérise donc par des règles spécifiques en matière de gestion par les appropriateurs·trice·s, et elle possède un autre aspect lié à la création de communauté autour du compost. En effet, le compost pourrait, en tant que bien commun, contribuer au renforcement social et culturel des communautés. Comment se manifeste donc cet aspect ? 


Nous avons réalisé que l’aspect social pouvait se trouver dans le caractère local du compostage de proximité. 

« Et puis on a pas besoin de les envoyer à des kilomètres, mais si on les (les déchets) gardent dans nos quartiers, ils peuvent contribuer à fertiliser les sols et puis voilà, être valorisés sur place. »

(Jean1, 16 avril 2021)

Ainsi ces acteur·trice·s favorisent une pratique de compostage local qui permet de contribuer à une revalorisation des déchets. Leurs pratiques sont une forme de commoning, c’est-à-dire des pratiques de mise en commun et de gestion commune des ressources, par lesquelles les membres de ces communautés de compostage tissent des liens (voir encadré). Les composteur·ices ont la possibilité de renforcer leurs liens sociaux grâce à cette pratique de proximité qui les rapprochent entre eux :

« On doit faire ce petit chemin pour arriver au compost, on y va avec les enfants, ils aiment bien ça aussi…  Et puis, c’est vrai, on se retrouve autour du truc, et puis on fait tous attention, parce qu’on partage ce lieu, C’est rigolo, il y a un côté ludique… »

(Simone, 12 avril 2021)

L’acte de composter donne la possibilité aux individus de se réunir, de partager des moments et par ce biais de créer un sentiment de communauté, ce qui rejoint également les idées d’Harvey (2012) dans sa définition des pratiques de mises en commun (commoning).

En effet, Simone explique qu’elle partage ce moment avec ses enfants et qu’elle se retrouve avec ces voisins autour du compostage. Ce lieu de compostage peut également se définir comme une propriété commune détenue par une communauté3. Dans les termes “faire attention parce qu’on partage ce lieu” (p. 4) nous décelons des obligations morales afin que les acteurs collaborent mutuellement pour la préservation du compost2.

Le concept de Commoning
Développé par David Harvey, le commoning se définit comme les pratiques concrètes de mise en commun, où les acteur·trice·s sociaux s’engagent pour produire, reproduire et donner du sens aux biens communs. Ainsi, les individus sont insérés dans la création des biens communs au travers de leurs pratiques communes4. Les communs sociaux se définissent ici comme la mise en commun de règles sociales que mettent en place les acteur·trice·s  dans la pratique du compostage. 

Les règles sur lesquelles s’accordent les participant·es, telle que de ne pas jeter des produits carnés dans les bacs de décomposition, leurs permettent de maintenir et préserver la ressource du compost. 

Ainsi, nous avons pu mettre en lumière deux aspects importants autour de la réalisation du compost. Dans premier temps, nous avons analysé les règles mises en place par les membres des groupes pour éviter l’épuisement du compost et les problèmes appropriations.  Dans un deuxième temps, nous avons pu constater que les activités quotidiennes et le caractère local lié à l’activité du compostage permettent le renforcement des liens sociaux entre les individus et par extension la création d’un sentiment de communauté et d’appartenance sociale des composteurs. Pour aller plus loin dans cette enquête, il aurait été intéressant d’interroger plusieurs groupes participants au compostage de proximité pour les suivre sur une plus longue période afin d’observer l’évolution et les différences dans des pratiques de mise en commun, des pratiques sociales et des adaptations des règles de gestion des ressources communes. 

Notes

1Noms d’emprunt

Références

2Bruun, M. H. (2015). Communities and the Commons: Open Access and Community Ownership of the Urban Commons. in Borch, Christian Kornberger. Urban Commons: Rethinking the City, 153-170.

3Feeny, D., Berkes, F., McCay, B.J. and Acheson, J.M. (1990) ‘The Tragedy of the Commons: Twenty-Two Years Later’, Human Ecology 18(1), 1–19.

4Harvey D. (2012). Rebel cities : from the right to the City to the urban revolution. Londres New York : Verso

5Ostrom, E. (2015). An Institutional Approach to the Study of Self-organization and Self-governance in CPR Situations. In Governing the Commons: The Evolution of Institutions for Collective Action (Canto Classics, pp. 29-57). Cambridge: Cambridge University Press. doi:10.1017/CBO9781316423936.003

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Pour citer cet article Nom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2021, consulté le XX mois 2021. URL :
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Comptes-rendus

Les privilèges masculins en formation dites « féminines »

Conférence d’Alice Olivier

Compte-rendu par Oriane Lugeon

Alice Olivier est maîtresse de conférences en sociologie à l’académie de Lille, membre du centre lillois d’études et de recherches sociologiques et économique et finalement chercheuse associée à l’Observatoire sociologique du changement à Sciences Po. 

Dans le cadre du séminaire « introduction aux études critiques des masculinités », Alice Olivier a été invitée à présenter son travail de thèse traitant des parcours atypiques des hommes qui s’orientent vers des métiers dits féminins. Elle a plus particulièrement suivi des hommes en formation de sage-femme et d’assistant·e social·e. Son but est de suivre des individus ayant des trajectoires professionnelles atypiques afin de pouvoir isoler et observer les normes de genre présentes. 

Alice Olivier commence la conférence en précisant ce qu’elle décrit comme formation dite féminine : une formation historiquement créée pour les femmes, dans laquelle elles sont actuellement en majorité, qui requiert des dispositions individuelles et des caractéristiques attribuées aux femmes (telle que la douceur ou l’empathie).  

Mis à part quelques rares situations d’inconfort, les sages-femmes masculins et assistants sociaux qu’elle a suivi présentent toujours de nombreux avantages dans ce contexte professionnel.

En suivant ces hommes, elle s’assure d’analyser les fonctionnements de l’ordre du genre en se plaçant de côté du dominant. En effet, les privilèges masculins sont présents en lieu mixtes et en contexte uniquement masculinisé, mais qu’en est-il lorsque les hommes se retrouvent en minorité numérique ? Sont-ils toujours bénéficiaires de privilèges ? La recherche d’Alice Olivier montre que mis à part quelques rares situations d’inconfort, les sages-femmes masculins et assistants sociaux qu’elle a suivis possèdent souvent de nombreux avantages. Ils se matérialisent dans le milieu professionnel (une obtention facilitée à des stages, des projections valorisantes de la part de leurs collègues, une relation relativement individualisée avec les encadrants et une certaine bienveillance, voire une véritable valorisation à leur égards). Mais également dans le milieu estudiantin (surinvestissement dans les rôles de représentation, mis en avant dans la communication, perçus comme permettant d’enrichir les échanges). 

Alice Olivier nous invite cependant à nuancer ces constats ; ces privilèges masculins sont soumis à certaines conditions. En effet, les hommes doivent apprendre à « jongler » entre des pratiques de genre plurielles pour avoir accès à tous ces privilèges. Dans ces métiers, l’on attend des hommes et dans certaines situations qu’ils marquent leur appartenance genrée, et dans d’autres qu’ils l’atténuent. Ils doivent donc s’adapter à une formation « féminine », par exemple en affichant un fort attachement au principe d’égalité de genre ou en faisant preuve de compétences socialement associées aux femmes – mais en continuant d’endosser une casquette « masculine ». Les hommes se positionnent différemment face à ce jonglage : certains l’apprivoisent plus que d’autres. 

Dernièrement, la conférencière relève un phénomène qui illustre bien ce principe : la figure du « pédé ». Ce terme est populairement employé pour décrire un homosexuel ou un homme efféminé. Cette figure peut être incarnée par ces hommes en formation « féminine » comme un personnage de jeu pour marquer cette ambivalence, cette souplesse entre la féminité du métier et le genre de l’individu. 

La maîtrise de la souplesse de genre est néanmoins nécessaire afin d’acquérir ces privilèges.

Alice Olivier conclut en affirmant qu’il existe bien une hiérarchisation de genre, mais également une hiérarchisation interne au groupe des hommes en formation dite féminine. La maîtrise de la souplesse de genre est néanmoins nécessaire afin d’acquérir ces privilèges. Elle souligne cependant l’importance d’étayer cette problématique de recherche avec des études supplémentaires, qui s’intéresseraient à d’autres aspects de la socialisation dont les hommes font preuve au cours de leur formation. 

Informations

Pour citer cet article Nom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2021, consulté le XX mois 2021. URL :
AutriceOriane Lugeon, étudiante en Bachelor
Contactorianne.lugeon@unil.ch
EnseignementSéminaire Le genre au cœur des inégalités sociales : migration, ethnicité, classe, sexualité

Sébastien Chauvin et Annelise Erismann

© Illustration : Oleg Magni, pexels.com

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Comptes-rendus

Les masculinités dans les dessins animés

Conférence de Mélanie Lallet

Compte-rendu par Lara Page

Dans le cadre du cours d’« Introduction à l’étude critiques des masculinités » de l’Université de Lausanne, Mélanie Lallet, sociologue des médias et maître de conférences en Sciences de l’information et de la communication à l’Université de Nantes, nous a présenté sa thèse de doctorat sur la thématique de la fabrique des masculinités dans les dessins animés. On entend par ce terme les différents processus sociaux, comme l’éducation, le monde professionnel et dans notre cas les figures héroïques, qui alimentent l’image d’un « vrai » homme, un idéal à atteindre. Au sein de sa thèse ainsi que lors de cette conférence, la sociologue a donc montré l’évolution de divers types de masculinités représentés ainsi que la surreprésentation des personnages masculins dans les dessins animés. 

Au début de sa carrière académique, Mélanie Lallet avait pour intérêt les études genre ainsi que les études sur l’intersectionnalité. Toutefois, en tombant sur une étude ethnographique d’Éric Macé[1], dans laquelle il met à plat et décrit une journée entière de programme télévisés sur une même chaîne afin de montrer l’influence de l’audimat sur le type de programme diffusé, les travaux de Lallet vont prendre une nouvelle orientation. C’est ainsi qu’elle décide d’analyser les dessins animés au prisme des études genre, ce qui va la mener à étudier les types de masculinités qui y sont véhiculés ainsi que leur évolution dans le temps et à travers les réadaptations des émissions. 

Se basant sur des dessins animés qu’elle divise en quatre périodes – 1957 à 1974, 1975 à 1989, 1990 à 2011, 2002 à 2014 – Mélanie Lallet présente l’évolution des masculinités mises en scène dans divers dessins animés choisis pour leur longévité (plus de 10 ans), et ayant fait l’objet d’au moins une réadaptation. Durant la première période, de 1957 à 1974, la chercheuse remarque que les dessins animés diffusent ce qu’elle décrit comme « une masculinité impériale » représentée par un homme blanc à prétention universelle. Ce type de masculinité savante et impériale est alors véhiculé par des personnages comme celui de Maestro dans Il était une fois l’Homme. Quelques années plus tard, dans la deuxième période allant de 1975 à 1989, c’est « l’homme héroïque », le capitaine Mendoza, qui prend le devant de la scène. Il est valorisé par la présence d’un personnage féminin, Zia, qu’il se fait le devoir de sauver dans Les Mystérieuses Cités D’or. Le modèle de genre y est alors très distinct puisqu’il est représenté par un homme courageux et généreux qui porte secours à une femme en danger, peu capable de se sortir elle-même de la situation. Entre 1990 et 2011, la sociologue observe l’arrivée de nouvelles thématiques incarnées par exemple par Candy dans Les Zinzins de l’Espace. Ce personnage « entre-genre/transgenre » est novateur dans le monde de l’animation. Toutefois, il montre une certaine retenue puisque sa masculinité subversive ne s’impose que sous couvert d’humour, aux côtés de héros aux attributs masculins plus forts et qui ne laissent, eux, pas de doute quant à leur identité de genre. 

La présence d’héroïnes dans le monde des dessins animés ne sera accentuée véritablement qu’au début de 21e siècle.

Avec Totally Spies ou encore Code Lyoko, ces dessins animés présentent des personnages principaux féminins, qui mènent l’action et qui surmontent elles-mêmes les obstacles. Dans le cas de Code Lyoko, ce sont des modèles de genre très diversifiés qui vont être diffusés. On y voit alors des héroïnes intrépides comme timides aux côtés de héros certains timides et réservés et d’autres courageux. C’est une diversité alors plus représentative des modèles de genre existant dans nos sociétés qui y est véhiculée.

L’évolution présentée par Lallet lors de cette conférence montre l’impact des modèles de genre dans nos sociétés sur les différents dessins animés, ceux-ci grandement influencés et véhiculant à leur tour des masculinités et féminités populaires à leurs époques de diffusion. 

A ce même titre, la chercheuse a également présenté un phénomène qu’elle a pu remarquer à travers ses travaux qu’elle nomme « l’effet 0% ». Les dessins animés que Lallet a décidé d’analyser, ayant tous été diffusés pendant au moins 10 ans selon ses critères de recherche, sont tous passés par des réadaptations. Cependant, et comme nous avons pu le voir, les personnages féminins des premières versions n’étaient que peu présents non seulement en nombre mais également en termes de rôles dans les émissions, et le propre d’une réadaptation est de reprendre l’univers mais également les personnages. Ainsi, les héroïnes, déjà peu présentes dans les premières versions, n’ont nullement pu augmenter leur présence à travers les réadaptations. Mélanie Lallet évoque alors l’effet 0% des reprises dans le sens où elle déplore la réadaptation des dessins animés, qui freine l’augmentation du nombre de personnages féminins, et ce parmi une foule de personnages masculins surreprésentés. 

Une discussion enrichissante a suivi la présentation et plusieurs thématiques ont été abordées, dont l’une qui a porté sur la « Queerisation » – le fait de rendre queer, insister sur la fluidité de genre, par l’attribution de divers éléments genrés sur un même personnage résultant en une identité de genre ambiguë – des personnages représentant les « méchants » dans certains dessins animés Américains. Le personnage d’Ursula dans La Petite Sirène, inspiré par Divine, célèbre Drag Queen américaine des années 1970-1980, connue notamment pour ses rôles dans divers films de John Waters, a été cité comme exemple de ce phénomène[2].

Concernant l’animation française, l’évolution du personnage de Lucky Luke a également été discuté puisqu’il a vécu une grande transformation si l’on compare ses débuts relativement à la fin de la série. Au début présenté comme une personne que rien n’arrête, ne baissant jamais les bras et bravant n’importe quel obstacle, son caractère s’adoucit dans les derniers épisodes et c’est une masculinité plus douce, avec un personnage qui est moins dans la démonstration de force et à qui il arrive de douter lors de ses aventures, qui est présenté. Un autre personnage de Lucky Luke mettant en scène une « féminité masculine », c’est-à-dire un personnage présenté comme féminin aux téléspectateur·trice·s mais qui montre des caractéristiques physiques et comportementales plus masculines, Calamity Jane, a également connu une évolution au cours de la série. Cette héroïne parvient à redorer son image au point où les autres personnages féminins du dessin animé veulent lui ressembler. Nous laissant sur cette note d’espoir, Mélanie Lallet affirme que l’on peut voir dans certains dessins animés ce qu’elle considère comme un progrès, une réelle « évolution dans le fait de ne plus connoter négativement tout écart à la norme ». 

Références

[1] Macé, E. (2006). La société et son double : une journée ordinaire de télévision. Paris : Armand Colin.

[2] Machard, R. (2016). Divine, drag-queen trash et sublime, Le Monde. Récupéré de : https://www.lemonde.fr/televisions-radio/article/2016/08/12/divine-dragqueen-trash-et-sublime_4981771_1655027.html, consulté le 7 juin 2021.

Autres références

RTS, Les femmes ne tiennent qu’un tiers des rôles au cinéma. 21 juin 2021. Récupéré de : https://www.rts.ch/info/culture/cinema/12292271-les-femmes-ne-tiennent-quun-tiers-des-roles-au-cinema.html

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Pour citer cet article Nom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2021, consulté le XX mois 2021. URL :
AutriceLara Page, étudiante en Bachelor
Contact lara.page@unil.ch
EnseignementSéminaire Introduction à l’étude critiques des masculinités

Josselin Tricou

© Illustration : Pixabay

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Comptes-rendus

Sexualité des femmes, la révolution du plaisir

Episode de « un podcast à soi », par Charlotte Bienaimé

Compte-rendu par Hermance Chanel

« Un podcast à soi » est une série audio créée par Charlotte Bienaimé et produite par ARTE radio, chaîne appartenant à ARTE France. Le podcast a débuté en 2017 et parait depuis lors tous les premiers mercredis du mois. Bienaimé y traite de nombreux sujets différents, touchant entre autres le féminisme, l’intimité et les inégalités de genre. Dans chaque épisode, des expert·e·s de la thématique, mais aussi des individus lambdas sont invités pour discuter du sujet, partager leur témoignage et parler de leur expérience.

Le 5 juin 2019, le dix-huitième épisode de la série, intitulé « Sexualité des femmes, la révolution du plaisir » est sorti sur différentes plateformes de streaming. Dans cet épisode, Charlotte Bienaimé questionne l’égalité entre les hommes et les femmes dans l’accès au plaisir sexuel. Ce fil rouge la conduit pendant une soixantaine de minutes à aborder différentes thématiques, telles que les différences entre la masturbation féminine et masculine, la manière dont la psychanalyse freudienne appréhende la sexualité des femmes, le clitoris, les relations sexuelles lesbiennes et la pénétration.

On remarque donc que des préjugés tenaces vis-à-vis de la sexualité des femmes perdurent encore à travers la socialisation des enfants et la manière dont ils sont éduqués, bien que les mentalités changent petit à petit.

À travers plusieurs témoignages, la productrice présente la diversité des expériences personnelles de la sexualité. De plus, des intervenant·e·s spécialistes du sujet expliquent leur recherche et leur point de vue, amenant ainsi de l’expertise au podcast. En effet, cet épisode démontre que la sexualité n’est pas juste une affaire privée et taboue, mais qu’elle a aussi une dimension sociale : 18% des femmes disent s’être souvent ou parfois masturbées durant les douze derniers mois contre 40% des hommes. Cet écart étonnant est en partie expliqué par Nathalie Bajos, sociologue et directrice de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) : « La masturbation n’est pas encore socialement banalisée chez les femmes, elle est empreinte d’une certaine forme de stigmatisation car elle est déconnectée des enjeux reproductifs de la sexualité ». On remarque donc que des préjugés tenaces vis-à-vis de la sexualité des femmes perdurent encore à travers la socialisation des enfants et la manière dont ils sont éduqués, bien que les mentalités évoluent petit à petit.

Dans un second temps, Bienaimé étudie le cas des femmes lesbiennes et se rend compte que l’inégalité dans l’accès au plaisir ne se traduit pas de la même manière selon l’orientation sexuelle. En effet, une des invitées, Anne, explique que dans les relations lesbiennes qu’elle a vécues, sa partenaire et elle-même s’estimaient sur un même pied d’égalité, ce qu’elle ne ressentait que rarement lors de ses rapports hétérosexuels. Ce témoignage, parmi d’autres, souligne les inégalités intrinsèquement présentes dans les relations hétérosexuelles. En effet, les inégalités incorporées au cours de notre socialisation, mais également à travers les représentations et scripts culturels, se retrouvent par la suite dans nos relations hétérosexuelles. Entre témoignages, discussions, interludes littéraires et musicaux, Charlotte Bienaimé ébauche un débat passionnant à propos de la sexualité. Malheureusement, les thèmes ne peuvent pas être traités en profondeur en une soixante de minutes et ne sont donc qu’esquissés. Pour poursuivre son éducation en ce qui concerne ce type d’inégalités, Bienaimé propose de nombreuses sources d’informations complémentaires, par exemple : « Connais-toi toi-même : Guide d’auto-exploration du sexe féminin » écrit par Clarence Edgard-Rosa ou le livre intitulé « Jouissance Club : une cartographie du plaisir » rédigé et dessiné par Jüne Plã.

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Pour citer cet article Nom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2021, consulté le XX mois 2021. URL :
AutriceHermance Chanel, étudiante en Bachelor
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EnseignementSéminaire Le genre au cœur des inégalités sociales : migration, ethnicité, classe, sexualité

Sébastien Chauvin et Annelise Erismann

© Illustration : Anna Wanda Gogusey, Arte Radio