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Comptes-rendus

Les privilèges masculins en formation dites « féminines »

Conférence d’Alice Olivier

Compte-rendu par Oriane Lugeon

Alice Olivier est maîtresse de conférences en sociologie à l’académie de Lille, membre du centre lillois d’études et de recherches sociologiques et économique et finalement chercheuse associée à l’Observatoire sociologique du changement à Sciences Po. 

Dans le cadre du séminaire « introduction aux études critiques des masculinités », Alice Olivier a été invitée à présenter son travail de thèse traitant des parcours atypiques des hommes qui s’orientent vers des métiers dits féminins. Elle a plus particulièrement suivi des hommes en formation de sage-femme et d’assistant·e social·e. Son but est de suivre des individus ayant des trajectoires professionnelles atypiques afin de pouvoir isoler et observer les normes de genre présentes. 

Alice Olivier commence la conférence en précisant ce qu’elle décrit comme formation dite féminine : une formation historiquement créée pour les femmes, dans laquelle elles sont actuellement en majorité, qui requiert des dispositions individuelles et des caractéristiques attribuées aux femmes (telle que la douceur ou l’empathie).  

Mis à part quelques rares situations d’inconfort, les sages-femmes masculins et assistants sociaux qu’elle a suivi présentent toujours de nombreux avantages dans ce contexte professionnel.

En suivant ces hommes, elle s’assure d’analyser les fonctionnements de l’ordre du genre en se plaçant de côté du dominant. En effet, les privilèges masculins sont présents en lieu mixtes et en contexte uniquement masculinisé, mais qu’en est-il lorsque les hommes se retrouvent en minorité numérique ? Sont-ils toujours bénéficiaires de privilèges ? La recherche d’Alice Olivier montre que mis à part quelques rares situations d’inconfort, les sages-femmes masculins et assistants sociaux qu’elle a suivis possèdent souvent de nombreux avantages. Ils se matérialisent dans le milieu professionnel (une obtention facilitée à des stages, des projections valorisantes de la part de leurs collègues, une relation relativement individualisée avec les encadrants et une certaine bienveillance, voire une véritable valorisation à leur égards). Mais également dans le milieu estudiantin (surinvestissement dans les rôles de représentation, mis en avant dans la communication, perçus comme permettant d’enrichir les échanges). 

Alice Olivier nous invite cependant à nuancer ces constats ; ces privilèges masculins sont soumis à certaines conditions. En effet, les hommes doivent apprendre à « jongler » entre des pratiques de genre plurielles pour avoir accès à tous ces privilèges. Dans ces métiers, l’on attend des hommes et dans certaines situations qu’ils marquent leur appartenance genrée, et dans d’autres qu’ils l’atténuent. Ils doivent donc s’adapter à une formation « féminine », par exemple en affichant un fort attachement au principe d’égalité de genre ou en faisant preuve de compétences socialement associées aux femmes – mais en continuant d’endosser une casquette « masculine ». Les hommes se positionnent différemment face à ce jonglage : certains l’apprivoisent plus que d’autres. 

Dernièrement, la conférencière relève un phénomène qui illustre bien ce principe : la figure du « pédé ». Ce terme est populairement employé pour décrire un homosexuel ou un homme efféminé. Cette figure peut être incarnée par ces hommes en formation « féminine » comme un personnage de jeu pour marquer cette ambivalence, cette souplesse entre la féminité du métier et le genre de l’individu. 

La maîtrise de la souplesse de genre est néanmoins nécessaire afin d’acquérir ces privilèges.

Alice Olivier conclut en affirmant qu’il existe bien une hiérarchisation de genre, mais également une hiérarchisation interne au groupe des hommes en formation dite féminine. La maîtrise de la souplesse de genre est néanmoins nécessaire afin d’acquérir ces privilèges. Elle souligne cependant l’importance d’étayer cette problématique de recherche avec des études supplémentaires, qui s’intéresseraient à d’autres aspects de la socialisation dont les hommes font preuve au cours de leur formation. 

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Pour citer cet article Nom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2021, consulté le XX mois 2021. URL :
AutriceOriane Lugeon, étudiante en Bachelor
Contactorianne.lugeon@unil.ch
EnseignementSéminaire Le genre au cœur des inégalités sociales : migration, ethnicité, classe, sexualité

Sébastien Chauvin et Annelise Erismann

© Illustration : Oleg Magni, pexels.com

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Comptes-rendus

Les masculinités dans les dessins animés

Conférence de Mélanie Lallet

Compte-rendu par Lara Page

Dans le cadre du cours d’« Introduction à l’étude critiques des masculinités » de l’Université de Lausanne, Mélanie Lallet, sociologue des médias et maître de conférences en Sciences de l’information et de la communication à l’Université de Nantes, nous a présenté sa thèse de doctorat sur la thématique de la fabrique des masculinités dans les dessins animés. On entend par ce terme les différents processus sociaux, comme l’éducation, le monde professionnel et dans notre cas les figures héroïques, qui alimentent l’image d’un « vrai » homme, un idéal à atteindre. Au sein de sa thèse ainsi que lors de cette conférence, la sociologue a donc montré l’évolution de divers types de masculinités représentés ainsi que la surreprésentation des personnages masculins dans les dessins animés. 

Au début de sa carrière académique, Mélanie Lallet avait pour intérêt les études genre ainsi que les études sur l’intersectionnalité. Toutefois, en tombant sur une étude ethnographique d’Éric Macé[1], dans laquelle il met à plat et décrit une journée entière de programme télévisés sur une même chaîne afin de montrer l’influence de l’audimat sur le type de programme diffusé, les travaux de Lallet vont prendre une nouvelle orientation. C’est ainsi qu’elle décide d’analyser les dessins animés au prisme des études genre, ce qui va la mener à étudier les types de masculinités qui y sont véhiculés ainsi que leur évolution dans le temps et à travers les réadaptations des émissions. 

Se basant sur des dessins animés qu’elle divise en quatre périodes – 1957 à 1974, 1975 à 1989, 1990 à 2011, 2002 à 2014 – Mélanie Lallet présente l’évolution des masculinités mises en scène dans divers dessins animés choisis pour leur longévité (plus de 10 ans), et ayant fait l’objet d’au moins une réadaptation. Durant la première période, de 1957 à 1974, la chercheuse remarque que les dessins animés diffusent ce qu’elle décrit comme « une masculinité impériale » représentée par un homme blanc à prétention universelle. Ce type de masculinité savante et impériale est alors véhiculé par des personnages comme celui de Maestro dans Il était une fois l’Homme. Quelques années plus tard, dans la deuxième période allant de 1975 à 1989, c’est « l’homme héroïque », le capitaine Mendoza, qui prend le devant de la scène. Il est valorisé par la présence d’un personnage féminin, Zia, qu’il se fait le devoir de sauver dans Les Mystérieuses Cités D’or. Le modèle de genre y est alors très distinct puisqu’il est représenté par un homme courageux et généreux qui porte secours à une femme en danger, peu capable de se sortir elle-même de la situation. Entre 1990 et 2011, la sociologue observe l’arrivée de nouvelles thématiques incarnées par exemple par Candy dans Les Zinzins de l’Espace. Ce personnage « entre-genre/transgenre » est novateur dans le monde de l’animation. Toutefois, il montre une certaine retenue puisque sa masculinité subversive ne s’impose que sous couvert d’humour, aux côtés de héros aux attributs masculins plus forts et qui ne laissent, eux, pas de doute quant à leur identité de genre. 

La présence d’héroïnes dans le monde des dessins animés ne sera accentuée véritablement qu’au début de 21e siècle.

Avec Totally Spies ou encore Code Lyoko, ces dessins animés présentent des personnages principaux féminins, qui mènent l’action et qui surmontent elles-mêmes les obstacles. Dans le cas de Code Lyoko, ce sont des modèles de genre très diversifiés qui vont être diffusés. On y voit alors des héroïnes intrépides comme timides aux côtés de héros certains timides et réservés et d’autres courageux. C’est une diversité alors plus représentative des modèles de genre existant dans nos sociétés qui y est véhiculée.

L’évolution présentée par Lallet lors de cette conférence montre l’impact des modèles de genre dans nos sociétés sur les différents dessins animés, ceux-ci grandement influencés et véhiculant à leur tour des masculinités et féminités populaires à leurs époques de diffusion. 

A ce même titre, la chercheuse a également présenté un phénomène qu’elle a pu remarquer à travers ses travaux qu’elle nomme « l’effet 0% ». Les dessins animés que Lallet a décidé d’analyser, ayant tous été diffusés pendant au moins 10 ans selon ses critères de recherche, sont tous passés par des réadaptations. Cependant, et comme nous avons pu le voir, les personnages féminins des premières versions n’étaient que peu présents non seulement en nombre mais également en termes de rôles dans les émissions, et le propre d’une réadaptation est de reprendre l’univers mais également les personnages. Ainsi, les héroïnes, déjà peu présentes dans les premières versions, n’ont nullement pu augmenter leur présence à travers les réadaptations. Mélanie Lallet évoque alors l’effet 0% des reprises dans le sens où elle déplore la réadaptation des dessins animés, qui freine l’augmentation du nombre de personnages féminins, et ce parmi une foule de personnages masculins surreprésentés. 

Une discussion enrichissante a suivi la présentation et plusieurs thématiques ont été abordées, dont l’une qui a porté sur la « Queerisation » – le fait de rendre queer, insister sur la fluidité de genre, par l’attribution de divers éléments genrés sur un même personnage résultant en une identité de genre ambiguë – des personnages représentant les « méchants » dans certains dessins animés Américains. Le personnage d’Ursula dans La Petite Sirène, inspiré par Divine, célèbre Drag Queen américaine des années 1970-1980, connue notamment pour ses rôles dans divers films de John Waters, a été cité comme exemple de ce phénomène[2].

Concernant l’animation française, l’évolution du personnage de Lucky Luke a également été discuté puisqu’il a vécu une grande transformation si l’on compare ses débuts relativement à la fin de la série. Au début présenté comme une personne que rien n’arrête, ne baissant jamais les bras et bravant n’importe quel obstacle, son caractère s’adoucit dans les derniers épisodes et c’est une masculinité plus douce, avec un personnage qui est moins dans la démonstration de force et à qui il arrive de douter lors de ses aventures, qui est présenté. Un autre personnage de Lucky Luke mettant en scène une « féminité masculine », c’est-à-dire un personnage présenté comme féminin aux téléspectateur·trice·s mais qui montre des caractéristiques physiques et comportementales plus masculines, Calamity Jane, a également connu une évolution au cours de la série. Cette héroïne parvient à redorer son image au point où les autres personnages féminins du dessin animé veulent lui ressembler. Nous laissant sur cette note d’espoir, Mélanie Lallet affirme que l’on peut voir dans certains dessins animés ce qu’elle considère comme un progrès, une réelle « évolution dans le fait de ne plus connoter négativement tout écart à la norme ». 

Références

[1] Macé, E. (2006). La société et son double : une journée ordinaire de télévision. Paris : Armand Colin.

[2] Machard, R. (2016). Divine, drag-queen trash et sublime, Le Monde. Récupéré de : https://www.lemonde.fr/televisions-radio/article/2016/08/12/divine-dragqueen-trash-et-sublime_4981771_1655027.html, consulté le 7 juin 2021.

Autres références

RTS, Les femmes ne tiennent qu’un tiers des rôles au cinéma. 21 juin 2021. Récupéré de : https://www.rts.ch/info/culture/cinema/12292271-les-femmes-ne-tiennent-quun-tiers-des-roles-au-cinema.html

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Pour citer cet article Nom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2021, consulté le XX mois 2021. URL :
AutriceLara Page, étudiante en Bachelor
Contact lara.page@unil.ch
EnseignementSéminaire Introduction à l’étude critiques des masculinités

Josselin Tricou

© Illustration : Pixabay

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Comptes-rendus

Viagra féminin – Une histoire de la médicalisation de la sexualité féminine

Conférence de Delphine Gardey

Compte-rendu par Chloé Schaer

Historienne et sociologue, Delphine Gardey est enseignante et directrice au sein de l’Institut des Études Genre à l’UNIGE. Travaillant autour de la question du genre et de son articulation avec d’autres domaines – à l’instar de la politique, de la sexualité ou encore de l’histoire de la médecine – elle retrace à travers ses travaux l’imbrication entre les questions féministes, la constitution des savoirs et les fonctionnements sociaux contemporains. L’illustration la plus récente à ce sujet est d’ailleurs sa dernière recherche : Sex Tech.  Désirs en échec ? Expérience et traitement des défaillances de la sexualité féminine : la construction d’un problème médical et social, réalisée entre 2013 et 2016.

L’histoire du Viagra féminin et son apparition dans la sphère publique au cours des années 2000-2010 mettent en évidence la manière dont la sexualité féminine a progressivement été médicalisée et construite en tant que problème public. À travers la double dimension de cette médicalisation – l’évolution des dynamiques biomédicales et pharmaceutiques et les transformations sociétales et normatives -, Delphine Gardey appréhende l’histoire de la médicalisation de la sexualité féminine comme un espace de rencontre entre différents acteurs et différentes disciplines. Ces derniers ont participé à la perception contemporaine des troubles de la sexualité féminine, interrogeant le lien existant entre société et sciences.

Delphine Gardey a ainsi illustré le processus de co-construction qui s’est opéré entre le travail de quantification des catégories diagnostiques et la promotion de l’industrie pharmacologique, tous deux motivés par des conceptions physiologiques du désir sexuel féminin

Delphine Gardey retrace ainsi l’histoire de la médicalisation de la sexualité féminine en soulignant les éléments constitutifs de chaque époque ayant participé à la perspective actuelle. En partant des années 1850-1880, période durant laquelle l’apparition de la notion de « mariage d’amour » vient redéfinir les contours de la sexualité féminine, l’autrice présente la manière dont l’hétéronormativité et la conjugalité hétérosexuelle vont être analysées par Freud au début du XXème siècle. Celui-ci, explique Delphine Gardey, ne sera pas le seul à contribuer à la nouvelle construction du désir féminin. C’est également Richard Von Krafft-Ebing et Henry Havelock qui, en définissant le désir féminin comme psychologique et relationnel, vont participer à la sexologie des années 1880-1910. Ce sont par la suite l’endocrinologie et l’hormonothérapie qui, au cours de l’Entre-deux Guerres, vont ouvrir la voie au développement d’un marché du médicament. Cette perspective de « re-biologisation » de la sexualité féminine va également être reprise par les travaux de Masters et Johnson dans les années 1950-1960, constituant les fondements de la sexologie contemporaine. En étudiant la « réponse humaine sexuelle » physiologique, ils inscrivent l’étude de la sexualité dans le contexte du laboratoire et placent l’orgasme comme objet d’étude, permettant de penser la sexualité de manière plus égalitaire. Reprise au cours des années 1960 et en particulier après 1968, cette revendication d’égalité va permettre l’émergence de la « médecine sexuelle » à partir des années 1980, donnant ainsi lieu à l’apparition du concept de « santé sexuelle » au cours des années 1990-2000. Inscrite dans la perspective sociale de prise en charge individuelle, cette dernière va s’accompagner de l’inclusion de la notion de « performance » dans le registre de la sexualité, amenant, en 1998, à l’invention du Viagra masculin, très vite suivie par l’intervention de neurosciences dans l’étude du désir féminin au cours des années 2000.

En retraçant l’histoire de la médicalisation de la sexualité féminine, Delphine Gardey a ainsi illustré le processus de co-construction qui s’est opéré entre le travail de quantification des catégories diagnostiques et la promotion de l’industrie pharmacologique, tous deux motivés par des conceptions physiologiques du désir sexuel féminin. Ils ont ouvert la voie au développement de divers traitements biologiques, issus de la tradition de l’endocrinologie ou des neurosciences, qui constituent encore aujourd’hui des sujets de débats et permettent de penser l’imbrication existante entre sciences et société ; « Les sciences et les médecines sont prescriptives, [elles] analysent et contraignent. »

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Pour citer cet article Nom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2021, consulté le XX mois 2021. URL :
AutriceChloé Schaer, étudiante en Bachelor
Contact chloe.schaer@unil.ch
Enseignement Séminaire Le genre au cœur des inégalités sociales : migration, ethnicité, classe, sexualité

Sébastien Chauvin et Annelise Erismann

© Illustration : Michal Jarmoluk, Pixabay

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Comptes-rendus

Les stress, les défis et les ressources des familles arc-en-ciel au quotidien et le manque de formation des professionnel·le·s

Conférence de Catherine Fussinger

Compte-rendu par Emma Melvyn

Dr. Catherine Fussinger est responsable de recherche à l’institut des humanités en médecine où elle travaille depuis plus de vingt ans sur divers enjeux sociaux dans le champ de la médecine et de la santé. A partir d’un angle d’analyse socio-historique, ses domaines de recherche se concentrent sur les transformations du champ de la santé mentale au XXe siècle, sur la psychothérapie comme pratique professionnelle, ainsi que sur le développement du domaine genre et médecine. En outre, elle réalise ses recherches depuis une posture liée à son engagement associatif dans l’association ‘Familles Arc-en-ciel’ et à son expérience personnelle.

Lors de cette conférence, Fussinger a défini dans un premier temps la notion de familles arc-en-ciel comme étant des familles où au moins l’un des parents s’identifie en tant que membre de la communauté LGBTQ+. Elle a ensuite présenté un bref historique de la reconnaissance des droits des parents LGBTQ+ au niveau européen, américain et suisse. De plus, la conférencière a dressé un portrait de la situation juridique des familles-arc-en-ciel en Suisse, en montrant que l’accès à la filiation a longtemps été liée au mariage. Ce n’est qu’en 2018 qu’est entrée en vigueur une réforme autorisant l’adoption intrafamiliale (c’est-à-dire l’adoption de l’enfant du·de la partenaire·x) pour les couples de même sexe et supprimant l’obligation d’une union légale pour accéder au processus d’adoption (à noter tout de même que cette réforme n’autorise toujours pas l’adoption extrafamiliale pour les couples de même sexe). Dr. Fussinger relève que la population suisse va devoir s’exprimer prochainement sur cette question lors du vote sur la Loi sur le mariage pour tou·te·x·s (qui inclut également l’accès à la PMA et la double filiation automatique pour les deux mères si la conception a été faite dans une clinique suisse). Elle évoque ensuite le rôle des psychanalystes dans les débats autour de la parentalité des personnes LGBTQ+, en insistant notamment sur le fait qu’ils n’ont toujours pas pu prouver la ‘nocivité’ des familles-arc-en-ciel sur le développement psychologique des enfants. 

Les familles arc-en-ciel doivent combattre jour après jour les stigmates qui pèsent sur elles, ainsi que toutes les difficultés liées à la construction d’un projet parental commun et au manque de protection juridique.

Dans un second temps, la conférencière a discuté des défis principaux auxquels sont quotidiennement confrontées les familles arc-en-ciel. Ces dernières doivent combattre jour après jour les stigmates qui pèsent sur elles, ainsi que toutes les difficultés liées à la construction d’un projet parental commun et liées au manque de protection juridique. Pour finir, Dr. Fussinger a discuté des diverses ressources auxquelles ont accès les familles arc-en-ciel et de leurs relations avec divers professionnel·le·x·s de l’enfance, de la famille ou encore juridiques. Elle a notamment souligné un manque général de formation de ces professionnel·le·x·s lorsqu’ils sont confronté·e·x·s à ces familles. Elle explique en effet que ces familles arc-en-ciel sont souvent confrontées à une présomption d’hétéroparentalité, ce qui peut créer un malaise. Ces professionnel·le·x·s participent ainsi souvent de près ou de loin à perpétuer les stigmates qui pèsent sur ces familles. C’est pourquoi un des intervenants a demandé s’il serait nécessaire de créer des services spécifiques aux familles arc-en-ciel ou au contraire de rendre plus visibles les services existants, mais en incluant des spécialistes des questions LGBTQ+. Question à laquelle la conférencière a répondu qu’il est crucial de pouvoir rediriger ces familles en toute confiance vers des professionnel·le·x·s et qu’il est donc impératif qu’il existe des expert·e·x·s en la matière.

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Pour citer cet article Nom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2021, consulté le XX mois 2021. URL :
Autrice Emma Melvyn, étudiante en Bachelor
Contactemma.melvyn@unil.ch
EnseignementSéminaire Le genre au cœur des inégalités sociales : migration, ethnicité, classe, sexualité

Sébastien Chauvin et Annelise Erismann

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Comptes-rendus

LGBT at work

Conférence de Lorena Parini, mars 2021

Compte-rendu par Mégane Antonin

Lors de cette conférence du 4 mars 2021 dispensée par le Centre en études genre de l’Université de Lausanne, Lorena Parini a présenté la problématique de la reconnaissance des LGBT et plus particulièrement des personnes trans*[1] dans le monde du travail. La question étant peu traitée en Suisse, elle a décidé de démarrer un programme de recherche consistant d’abord en un questionnaire en 2014-2015 sans financement externe, avec la collaboration de la Fédération genevoise des associations LGBT dont elle est la co-présidente. Par la suite, elle obtiendra un financement de 30 mois par le FNS pour faire des entretiens semi-directifs, aussi appelés « entretiens qualitatifs ou approfondis » se basant sur des interrogations généralement formulées et ouvertes. L’article « Faire et défaire le genre : parcours de 12 personnes trans* » résultant de cette recherche est à paraitre prochainement.La première partie de la conférence consistait à poser le cadre de cette recherche.

Dans un contexte social organisé par des normes de genre implicites selon lesquelles le corps masculin doit performer la « masculinité » et le corps féminin la « féminité », les personnes trans* entrent en rupture avec cette idée.

Néanmoins, beaucoup de trans ne vivent pas cela de manière politique et sont, par conséquent, sanctionnés socialement sur la base de leur existence et non de leurs engagements politiques. Le monde du travail n’échappe pas au phénomène de sexuation des emplois caractérisée par deux types de ségrégations : la « ségrégation horizontale », qui distingue des métiers d’hommes et des métiers de femmes, et la « ségrégation verticale », selon laquelle les places les plus hautes dans la hiérarchie du travail sont occupées par des hommes. Lorena Parini s’est alors intéressée à une question centrale : comment les personnes se confrontant au monde du travail cisgenre évoluent-elles ?

Dans un second temps, Lorena Parini a davantage focalisé sa présentation sur l’expérience personnelle des personnes trans. Son analyse se divise en trois parties : la transition « MtF » ou « FtM »[2], les « temporalités » et le « coming-out ». Le type de transition ne mène pas au même résultat professionnel. Ainsi, les hommes trans* interviewés par Kristen Schilt ont acquis de l’autorité, de la compétence, du respect, des privilèges corporels, économiques et statutaires. A l’inverse, les personnes MtF font l’expérience du déclassement professionnel selon Emmanuel Beaubatie. De plus, les travaux d’Alexandre Baril montrent que les réalités temporelles de la transition et du monde du travail ne sont pas toujours compatibles entre elles. L’injonction à ressembler aux normes dominantes du féminin ou du masculin pousse les personnes trans* à effectuer leur transition rapidement pour sortir de cet entre-deux. Enfin, le coming-out s’articule avec cette temporalité de manière différente selon chacun, c’est pourquoi Lorena Parini rappelle qu’il est important de tenir compte de la réalité subjective de chaque individu.

Les réalités temporelles de la transition et du monde du travail ne sont pas toujours compatibles entre elles. L’injonction à ressembler aux normes dominantes du féminin ou du masculin pousse les personnes trans* à effectuer leur transition rapidement.

La conférence s’est révélée riche en échanges. D’abord, une question a été posée concernant les MtF dans le but de savoir à quel point le stigmate de l’impudicité prenait le dessus sur la question de l’entre-deux dans lequel se situent les personnes trans*. Cet espace ne correspond ni aux normes masculines ni aux normes féminines dominantes. Le stigmate genré de l’impudicité, aussi appelé stigmate de putain, place les femmes du côté de la féminité considérée comme impure et, de ce fait, différencie les « bonnes femmes » des « mauvaises femmes ». D’après Lorena Parini, ce stigmate n’est pas mis en avant dans les entretiens et le problème du passing y occupe une place plus importante. Le passing consiste à « passer pour cis » (Beaubatie, 2019) en se conformant à des normes socialement attendues du sexe de destination. Une seconde question s’intéressait à l’état de la bataille juridique à propos des licenciements transphobes, malgré des raisons économiques évoquées pour justifier ces derniers. Cette question a permis de mettre en exergue la minceur du droit suisse sur le sujet, ce qui constitue un problème majeur. Finalement, un autre échange soulignant que les FtM étaient plus jeunes que les MtF, a donné lieu à l’hypothèse que les transitions MtF sont plus tardives par peur du déclassement professionnel.

Notes

[1]Trans* : toute personne non cisgenre ayant effectué ou non une transition 

[2]L’acronyme « MtF » se réfère à « male to female » et désigne les femmes trans*, tandis que « FtM » correspond à « female to male » et qualifie les hommes trans*

Références

  • Baril, A. (2017). Temporalité trans : identité de genre, temps transitoire et éthique médiatique. Enfances, familles, générations : revue internationale, n27
  • Beaubatie, E. (2019). L’aménagement du placard : Rapports sociaux et invisibilité chez les hommes et les femmes trans’ en France, Genèses, n114, p.32-52
  • Chauvin, S. (2021). Introduction aux études genre et théories féministes [Diapositives].
  • Parini, L. (2021, March). LGBT at work. Poster presented at the CEG conference, Lausanne, Switzerland.
  • Schilt, K. (2006). Just One of the Guys? : How Transmen Make Gender Visible at Work. Gender & Society, 20(4), 465-490. https://doi.org/10.1177/0891243206288077

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Pour citer cet article Nom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2021, consulté le XX mois 2021. URL :
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Présentation de l’Institut des Sciences Sociales (ISS)

L’institut des sciences sociales (ISS) est rattaché à la Faculté des sciences sociales et politiques de l’Université de Lausanne. Il se situe à la Rue de la Mouline, dans la commune de Chavannes-près-Renens et l’essentiel de ses bureaux est basé au 5ème étage du bâtiment Géopolis, sur le campus de l’Université (Métro M2, arrêt Mouline). Vous le verrez également en passant par l’autoroute ; sa façade donnant l’illusion de miroirs juxtaposés est aisément reconnaissable.

L’ISS s’attèle à l’étude et à l’enseignement de quatre principales disciplines que sont l’anthropologie culturelle et sociale, les politiques sociales, la psychologie sociale et la sociologie.

Historique

Historiquement, l’Institut des sciences sociales est le résultat de l’association en 2009 de quatre Instituts de la Faculté des sciences sociales et politique :

  • L’institut des sciences sociales et pédagogiques (ISSP) ;
  • L’institut de sociologie de communications de masse (ISCM) ;
  • L’institut l’interdisciplinaire d’étude des trajectoires biographiques (ITB)
  • L’institut d’anthropologie et sociologie (IAS).

Ces ancrages disciplinaires se reflètent encore aujourd’hui dans son organisation.

Les 10 ans de l’Institut des sciences sociales

En décembre 2018, à l’initiative de la Directrice de l’ISS, l’idée de fêter les 10 ans de l’Institut des sciences sociales émerge. Un groupe d’organisation est alors constitué et les premières idées d’animation et d’événements émergent. L’objectif était non seulement de fêter l’anniversaire de cet Institut mais également, et surtout, de visibiliser les sciences sociales, à la fois à l’interne en permettant aux membres de se retrouver mais également à l’externe, en développant notre lien avec la Cité (le grand public).

Les programmes se sont déployés pour réaliser des activités à l’Université de Lausanne, en attirant le public sur le campus. Le projet était également de sortir l’expertise des sciences sociales de l’Université et de la proposer au grand public. Entre octobre et novembre 2019, différents événements alors prirent place :

  • Sociopolis : 11 octobre 2019, soirée festive à l’Université de Lausanne, essentiellement pour les membres de l’ISS.
  • SocioOut Durant les 4 mardis du mois de novembre 2020, des conférences furent proposées par les membres de l’Institut. Ce programme fut élaboré en collaboration avec Connaissance 3, L’Université des seniors. Le programme abordait différentes thématiques traitées à l’ISS. 
    • Le projet « Cause commune » : une plateforme d’action et de recherche entre l’UNIL et Chavannes-près-Renens, par Alain Plattet et Pr Dario Spini
    • Quoi de neuf chez les hommes ? Masculinités et égalité des sexes, par Dr Isabel Boni Le Goff et Pr Sébastien Chauvin
    • La santé aujourd’hui : entre médecine, biologie et société, par Pr Umberto Simeoni, Dr Luca Chiapperino et Pr Francesco Panese
    • Le vieillissement au travail : enjeux sociaux, par Pr Nicky Le Feuvre

Quelques souvenirs de ces événements figurent dans la galerie ci-dessous :