Notre film présente des extraits d’un entretien avec Téo, dont nous voulions présenter le parcours d’homme blanc privilégié et ne subissant aucune discrimination. Téo se rend compte des avantages dont il bénéficie et essaie de remettre en question son rapport au monde et aux autres, dans un système qui le privilégie. Nous pensons que cette perspective peut contribuer à rendre visibles des structures d’oppressions souvent invisibles pour ceux qui en bénéficient tant elles sont légitimées et rendues naturelles, au point qu’ils les perpétuent parfois involontairement. Au cours de cet entretien, Téo nous présente son parcours, de basketteur dans une high school américaine à homme solidaire durant la grève du 14 juin 2019, en passant par ses prises de consciences et discussions autour de ses manières d’être qui ont évolué et continuent d’évoluer. Entre sentiment de culpabilité et volonté de faire au mieux, Téo navigue entre deux sphères, pas assez représentatif d’un type de masculinité pour certains et trop privilégié pour d’autres. Se pose alors la question de la signification d’être un homme aujourd’hui à ses yeux et de comment il essaie de faire au mieux. Alors suffit-il d’être conscient des privilèges dont on bénéficie pour ne pas les perpétuer ? Que signifie être un homme aujourd’hui et comment ces derniers peuvent-ils s’engager aux côtés des femmes pour combattre les structures d’oppression au lieu de les reproduire ? Ce sont ces questions que nous proposons d’aborder dans cet entretien.
Chercheurs·euses : Angeles Ampliato, Laura Hardmeier et Loriane Hochet.
Alice Olivier est maîtresse de conférences en sociologie à l’académie de Lille, membre du centre lillois d’études et de recherches sociologiques et économique et finalement chercheuse associée à l’Observatoire sociologique du changement à Sciences Po.
Dans le cadre du séminaire « introduction aux études critiques des masculinités », Alice Olivier a été invitée à présenter son travail de thèse traitant des parcours atypiques des hommes qui s’orientent vers des métiers dits féminins. Elle a plus particulièrement suivi des hommes en formation de sage-femme et d’assistant·e social·e. Son but est de suivre des individus ayant des trajectoires professionnelles atypiques afin de pouvoir isoler et observer les normes de genre présentes.
Alice Olivier commence la conférence en précisant ce qu’elle décrit comme formation dite féminine : une formation historiquement créée pour les femmes, dans laquelle elles sont actuellement en majorité, qui requiert des dispositions individuelles et des caractéristiques attribuées aux femmes (telle que la douceur ou l’empathie).
Mis à part quelques rares situations d’inconfort, les sages-femmes masculins et assistants sociaux qu’elle a suivi présentent toujours de nombreux avantages dans ce contexte professionnel.
En suivant ces hommes, elle s’assure d’analyser les fonctionnements de l’ordre du genre en se plaçant de côté du dominant. En effet, les privilèges masculins sont présents en lieu mixtes et en contexte uniquement masculinisé, mais qu’en est-il lorsque les hommes se retrouvent en minorité numérique ? Sont-ils toujours bénéficiaires de privilèges ? La recherche d’Alice Olivier montre que mis à part quelques rares situations d’inconfort, les sages-femmes masculins et assistants sociaux qu’elle a suivis possèdent souvent de nombreux avantages. Ils se matérialisent dans le milieu professionnel (une obtention facilitée à des stages, des projections valorisantes de la part de leurs collègues, une relation relativement individualisée avec les encadrants et une certaine bienveillance, voire une véritable valorisation à leur égards). Mais également dans le milieu estudiantin (surinvestissement dans les rôles de représentation, mis en avant dans la communication, perçus comme permettant d’enrichir les échanges).
Alice Olivier nous invite cependant à nuancer ces constats ; ces privilèges masculins sont soumis à certaines conditions. En effet, les hommes doivent apprendre à « jongler » entre des pratiques de genre plurielles pour avoir accès à tous ces privilèges. Dans ces métiers, l’on attend des hommes et dans certaines situations qu’ils marquent leur appartenance genrée, et dans d’autres qu’ils l’atténuent. Ils doivent donc s’adapter à une formation « féminine », par exemple en affichant un fort attachement au principe d’égalité de genre ou en faisant preuve de compétences socialement associées aux femmes – mais en continuant d’endosser une casquette « masculine ». Les hommes se positionnent différemment face à ce jonglage : certains l’apprivoisent plus que d’autres.
Dernièrement, la conférencière relève un phénomène qui illustre bien ce principe : la figure du « pédé ». Ce terme est populairement employé pour décrire un homosexuel ou un homme efféminé. Cette figure peut être incarnée par ces hommes en formation « féminine » comme un personnage de jeu pour marquer cette ambivalence, cette souplesse entre la féminité du métier et le genre de l’individu.
La maîtrise de la souplesse de genre est néanmoins nécessaire afin d’acquérir ces privilèges.
Alice Olivier conclut en affirmant qu’il existe bien une hiérarchisation de genre, mais également une hiérarchisation interne au groupe des hommes en formation dite féminine. La maîtrise de la souplesse de genre est néanmoins nécessaire afin d’acquérir ces privilèges. Elle souligne cependant l’importance d’étayer cette problématique de recherche avec des études supplémentaires, qui s’intéresseraient à d’autres aspects de la socialisation dont les hommes font preuve au cours de leur formation.
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Pour citer cet article
Nom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2021, consulté le XX mois 2021. URL :