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Le port du voile : sécurité ou stigma ?

Le port du voile : sécurité ou stigma ?

Par Loriane Hochet

Alors que l’initiative « Anti-burqa » a été récemment adoptée en Suisse, il est important de se rappeler comment la « question » de l’islam s’y est implantée, au fil des années, comme thème politique majeur. Cet article se propose donc de présenter la façon dont des dérangements mineurs – ici les femmes portant le voile – sont érigés au rang de problèmes sociétaux. Nous verrons donc en quoi le voile représente un outil de stigmatisation au sens de Goffman, c’est-à-dire une « situation de l’individu que quelque chose disqualifie et empêche d’être pleinement accepté par la société » (Goffman 1975 : 7). De cette stigmatisation découle une exclusion sociale dont sont directement victimes les femmes voilées. Ainsi, sous couvert de défendre la laïcité ou les droits des femmes, une partie de la population est discriminée : « Il est vrai que certaines femmes sont forcées de porter le voile. Mais on ne peut pas, sous prétexte de lutter contre une injustice, en légitimer une autre ! » (cité par Chouder et al 2008 : 278). Ce phénomène, le concept d’intersectionnalité développé par Crenshaw permet d’en rendre compte, en exposant le double système d’oppression dont sont victimes les femmes voilées – dans ce cas le sexisme et le racisme. 

En 2006, la motion « Port de la burqa » portée par Christophe Darbellay lance le débat national sur l’interdiction de la burqa dans l’espace public en Suisse. Puis, en 2009, les Suisses acceptent une initiative populaire interdisant la construction de minarets1. Même si cette dernière n’est pas directement liée à la question du voile, elle présente bien le climat général qui entoure les questions autour l’Islam en Suisse. Cette initiative fera d’ailleurs l’objet d’un recours auprès de la Cour européenne des droits de l’homme. Ensuite, toujours en 2009 et toujours par Monsieur Darbellay, l’interpellation « Port du voile et intégration » est déposée, puis de suite liquidée au Conseil Nation, sans même passer aux États. Depuis, plusieurs initiatives se sont succédées, sous différentes appellations, afin de limiter voire d’interdire le port du voile en Suisse. Il est intéressant de voir l’évolution dans le temps des arguments qui justifient ce type d’initiatives. Au départ, le lien direct avec l’islam était clairement assumé : le terme de voile, qui apparaissait au départ dans le titre des initiatives, a progressivement laissé place aux termes « cagoule », « dissimulation du visage » … Le rapport à l’islam ayant disparu de ces initiatives, leurs instigateurs ont peu à peu modifié leurs arguments. En effet, en janvier 2012, le discours justificatif de l’interdiction du voile s’est déjà étendu à « toute dissimulation du visage » : pour Oskar Freysinger, qui lance la motion « Bas les masques »2, « L’insécurité grandit dans nos rues, de plus en plus de personnes dissimulent leur visage derrière une cagoule, un masque ou un voile intégral. Cela rend l’identification de ces personnes impossible, un fait particulièrement ennuyeux en cas de violences, de contrôles d’identité, etc. » Un nouvel argument se dessine à ce moment, celui de l’oppression des femmes. Voyant que l’argument de la laïcité ne parvenait pas à convaincre et trahissait la teneur raciste de leurs initiatives, les instigateurs de ces dernières se sont tournés vers un argument plus universel, le droit des femmes. Il est pourtant intéressant de noter qu’à l’exception du sujet de l’islam, des hommes comme Oskar Freysinger, jusqu’alors plutôt connus pour leurs propos misogynes, ne semblent pas être de fervents défenseurs de la cause des femmes. 

En France, Pierre Bourdieu écrit un texte en 1989 pour faire écho à l’affaire du voile de Creil datant de la même année. À cette époque, les enseignants d’un collège français exclurent trois élèves marocaines de leurs classes car elles n’avaient pas voulu retirer leurs voiles3. Cette affaire locale se transforme alors en affaire nationale, relevant principalement de la politique et de la laïcité. La droite française affirme que « C’est la civilisation islamique qui arrive. Après son installation sur le sol français, elle s’implante maintenant de façon symbolique par le port du tchador à l’école. » (Gaspard 2006) Un conflit d’origine régionale est ainsi utilisé comme prétexte « amalgame » pour appuyer des propos racistes, un cas particulier étant utilisé pour valider une idée générale. À ce propos, Pierre Bourdieu affirme que « […] les éternels prétendants au titre de maître à penser ont livré, comme dans un test projectif, leurs prises de position inavouées sur le problème de l’immigration : du fait que la question patente – faut-il ou non accepter à l’école le port du voile dit islamique ? – occulte la question latente – faut-il ou non accepter en France les immigrés d’origine nord-africaine ? -, ils peuvent donner à cette dernière une réponse autrement inavouable » (Bourdieu 2002 : 305).  Il dénonce ici la puissante force de persuasion dont jouissent les figures les plus hautes de la société, sous prétexte qu’elles sont considérées comme « valides » et légitimes car elles font parties des grandes instances (politique, droit par exemple) et possèdent donc d’importants capitaux dans ces champs. Cette asymétrie s’est par exemple révélée en France juste avant le vote de la loi interdisant la dissimulation du visage dans les lieux publics4 (De Féo, 2016 ; 5). Cette force de persuasion prend place au sein de la doxa, la doctrine commune, bien que sa forme ne soit pas légiférée. De ce fait, pour ces personnes dites légitimes, des cas particuliers peuvent devenir des cas généraux et ils peuvent ainsi, par exemple, induire la doxa dans un sens ou dans un autre. Bien évidemment, ces personnes doivent être soutenues, et il s’agit donc pour elles de faire passer des dérangements mineurs (femmes qui portent le voile) comme des problèmes sociétaux, ce qui représente une forme de domination symbolique. La domination symbolique se retrouve donc même là où nous ne le soupçonnons pas au départ, même en Suisse où la démocratie semi-directe, devrait permettre d’aller dans l’intérêt du citoyen et de ne pas être un désavantage. 

Les représentations sociales concernant le port du voile varient donc selon les points de vue, et ce même au sein de la communauté musulmane. Une conception reste cependant dominante au sein de cette dernière, celle du port du voile comme l’application d’un commandement divin, comme obéissance à la volonté divine : « Le corps est un « présent d’Allah » […] ; la préservation de la chair qui le constitue est une obligation religieuse, un devoir envers Dieu qui nous a créés à son image. »  (Matri, 2014 ; 51). Cette mise en pratique des injonctions divines est fortement liée aux notions de gratification, de châtiment, et surtout d’honneur : en portant le voile, la femme musulmane, en plus de se soumettre à la volonté de Dieu, veille à surveiller son propre capital symbolique et par extension celui de sa famille (Jovelin, 2009 ; 113). Néanmoins, le port du voile n’est pas une obligation religieuse. 

Rappelons que pour Bourdieu, le capital symbolique confère à tout acteur une certaine reconnaissance au sein de la société. Ainsi, l’enjeu de lutte principal dans le champ religieux relève de ce capital symbolique. Porter le voile devient alors un symbole de piété, de chasteté, et confère un capital plus important à celle qui s’y plie, lui permettant par extension de bénéficier d’une position plus ou moins élevée dans le champ en fonction du volume de ce dernier. Si certains affirment qu’il s’agit là d’une forme de violence symbolique exercée sur les femmes, et notamment sur leur sexualité, d’autres affirment que le port du voile est en réalité un outil d’émancipation. Premièrement parce qu’il permet l’acquisition d’un certain capital symbolique, mais également parce que dans la majorité des cas, le port du voile découle d’un geste purement volontaire. Il symbolise pour certaines un instrument de revendication d’une identité religieuse, une affirmation de leur statut de femme musulmane, et donc une sorte de revanche identitaire sur la société (de Féo, 2017 ; 1min13). Il peut aussi servir d’instrument d’émancipation par rapport au regard des autres, en particulier masculin. Le port du voile ne peut donc être résumé à une soumission à la volonté divine, et plutôt qu’outil de domination, il peut être envisagé comme un outil de libération. L’argument républicain quant à lui va à l’encontre de ses propres valeurs : bien que prônant un idéal de non-domination, il dissimule en réalité une position paternaliste dans laquelle on cherche à émanciper les femmes par la force. Ces valeurs républicaines peuvent s’aggraver, en punissant certaines de ces femmes (en leur refusant l’obtention de la nationalité par exemple) sous prétexte qu’elles sont en réalité des victimes (Policar, 2020). 

Il est donc difficile de se positionner contre le voile au nom des principes humanistes et progressistes que sont la laïcité et le féminisme une fois ces mécanismes mis en lumière : « Toutes5 ont d’ailleurs entendu sensiblement les mêmes propos, qui peuvent se résumer à deux injonctions : « Retourne dans ton pays », et « Retourne dans ta cuisine ». Des propos qu’on peut difficilement qualifier autrement que de racistes et sexistes. » (Chouder et al 2008 : 325). Loin d’être laïques et féministes, les projets politiques abordés dans cet article sont racistes et sexistes, et représentent parfaitement les mécanismes des concepts de domination masculine et de violence symbolique développés par Pierre Bourdieu. 

Il est important de noter que cet article ne vise de loin pas à nier l’existence de certaines formes de radicalisme perpétuées par une minorité de la population musulmane, ni de contester que des systèmes d’oppression existent en effet au sein de cette dernière. Mais il souhaite dénoncer la manière dont des comportements sociaux néfastes sont attribués à l’ensemble d’une communauté à partir de situations mineures, ce qui relève d’une politique « amalgamante » qui véhicule une image hostile de la communauté musulmane en général. Il est d’ailleurs presqu’amusant de s’indigner de la condition de la femme chez les « autres » quand on sait qu’en Suisse, le droit de vote n’a été conféré aux femmes il y a seulement 50 ans : les discours de l’UDC stigmatisent ainsi non seulement une partie de la population, mais invisibilisent aussi les systèmes de domination patriarcaux en Suisse-même. La Suisse n’est aujourd’hui pas un modèle en ce qui concerne la parité hommes-femmes, et le jugement dont font preuves les initiatives cités ci-dessus génère une hiérarchisation de différentes sociétés qui n’a plus sa place au 21ème siècle. 

Références

1Tiré de https://www.humanrights.ch/fr/pfi/initiatives-parlement/dissimulation-visage/chronologie/ , consulté le 31 mars 2021. 

2Tiré de https://www.parlament.ch/fr/ratsbetrieb/suche-curia-vista/geschaeft?AffairId=20103173 , consulté le 31 mars 2021.

3Tiré de https://www.franceculture.fr/societe/30-ans-de-laffaire-du-foulard-de-creil-le-voile-de-la-discorde, consulté le 31 mars 2021.

4La commission parlementaire précédant le vote de la loi n°2010-1192 du 11 octobre 2010 n’a en effet entendu qu’une seule femme portant le niqab, dont l’audition a été retranscrite en quelques lignes seulement dans un rapport de plus de 600 pages.

5Toutes les femmes voilées qui ont témoigné pour le livre Les filles voilées parlent (2008)

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Pour citer cet article Nom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2021, consulté le XX mois 2022. URL :
AutriceLoriane Hochet

Article inspiré d’un travail collectif, avec Loan Hinze et Aline Moerlen
Contactloriane.hochet@unil.ch
Enseignement Sociologie générale II

Par Felix Bühlmann et Olivier Voirol

© Illustration : Zoé Fekih (instagram: @zoesamia.f)

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Comptes-rendus

Viagra féminin – Une histoire de la médicalisation de la sexualité féminine

Conférence de Delphine Gardey

Compte-rendu par Chloé Schaer

Historienne et sociologue, Delphine Gardey est enseignante et directrice au sein de l’Institut des Études Genre à l’UNIGE. Travaillant autour de la question du genre et de son articulation avec d’autres domaines – à l’instar de la politique, de la sexualité ou encore de l’histoire de la médecine – elle retrace à travers ses travaux l’imbrication entre les questions féministes, la constitution des savoirs et les fonctionnements sociaux contemporains. L’illustration la plus récente à ce sujet est d’ailleurs sa dernière recherche : Sex Tech.  Désirs en échec ? Expérience et traitement des défaillances de la sexualité féminine : la construction d’un problème médical et social, réalisée entre 2013 et 2016.

L’histoire du Viagra féminin et son apparition dans la sphère publique au cours des années 2000-2010 mettent en évidence la manière dont la sexualité féminine a progressivement été médicalisée et construite en tant que problème public. À travers la double dimension de cette médicalisation – l’évolution des dynamiques biomédicales et pharmaceutiques et les transformations sociétales et normatives -, Delphine Gardey appréhende l’histoire de la médicalisation de la sexualité féminine comme un espace de rencontre entre différents acteurs et différentes disciplines. Ces derniers ont participé à la perception contemporaine des troubles de la sexualité féminine, interrogeant le lien existant entre société et sciences.

Delphine Gardey a ainsi illustré le processus de co-construction qui s’est opéré entre le travail de quantification des catégories diagnostiques et la promotion de l’industrie pharmacologique, tous deux motivés par des conceptions physiologiques du désir sexuel féminin

Delphine Gardey retrace ainsi l’histoire de la médicalisation de la sexualité féminine en soulignant les éléments constitutifs de chaque époque ayant participé à la perspective actuelle. En partant des années 1850-1880, période durant laquelle l’apparition de la notion de « mariage d’amour » vient redéfinir les contours de la sexualité féminine, l’autrice présente la manière dont l’hétéronormativité et la conjugalité hétérosexuelle vont être analysées par Freud au début du XXème siècle. Celui-ci, explique Delphine Gardey, ne sera pas le seul à contribuer à la nouvelle construction du désir féminin. C’est également Richard Von Krafft-Ebing et Henry Havelock qui, en définissant le désir féminin comme psychologique et relationnel, vont participer à la sexologie des années 1880-1910. Ce sont par la suite l’endocrinologie et l’hormonothérapie qui, au cours de l’Entre-deux Guerres, vont ouvrir la voie au développement d’un marché du médicament. Cette perspective de « re-biologisation » de la sexualité féminine va également être reprise par les travaux de Masters et Johnson dans les années 1950-1960, constituant les fondements de la sexologie contemporaine. En étudiant la « réponse humaine sexuelle » physiologique, ils inscrivent l’étude de la sexualité dans le contexte du laboratoire et placent l’orgasme comme objet d’étude, permettant de penser la sexualité de manière plus égalitaire. Reprise au cours des années 1960 et en particulier après 1968, cette revendication d’égalité va permettre l’émergence de la « médecine sexuelle » à partir des années 1980, donnant ainsi lieu à l’apparition du concept de « santé sexuelle » au cours des années 1990-2000. Inscrite dans la perspective sociale de prise en charge individuelle, cette dernière va s’accompagner de l’inclusion de la notion de « performance » dans le registre de la sexualité, amenant, en 1998, à l’invention du Viagra masculin, très vite suivie par l’intervention de neurosciences dans l’étude du désir féminin au cours des années 2000.

En retraçant l’histoire de la médicalisation de la sexualité féminine, Delphine Gardey a ainsi illustré le processus de co-construction qui s’est opéré entre le travail de quantification des catégories diagnostiques et la promotion de l’industrie pharmacologique, tous deux motivés par des conceptions physiologiques du désir sexuel féminin. Ils ont ouvert la voie au développement de divers traitements biologiques, issus de la tradition de l’endocrinologie ou des neurosciences, qui constituent encore aujourd’hui des sujets de débats et permettent de penser l’imbrication existante entre sciences et société ; « Les sciences et les médecines sont prescriptives, [elles] analysent et contraignent. »

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Pour citer cet article Nom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2021, consulté le XX mois 2021. URL :
AutriceChloé Schaer, étudiante en Bachelor
Contact chloe.schaer@unil.ch
Enseignement Séminaire Le genre au cœur des inégalités sociales : migration, ethnicité, classe, sexualité

Sébastien Chauvin et Annelise Erismann

© Illustration : Michal Jarmoluk, Pixabay

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Comptes-rendus

Les stress, les défis et les ressources des familles arc-en-ciel au quotidien et le manque de formation des professionnel·le·s

Conférence de Catherine Fussinger

Compte-rendu par Emma Melvyn

Dr. Catherine Fussinger est responsable de recherche à l’institut des humanités en médecine où elle travaille depuis plus de vingt ans sur divers enjeux sociaux dans le champ de la médecine et de la santé. A partir d’un angle d’analyse socio-historique, ses domaines de recherche se concentrent sur les transformations du champ de la santé mentale au XXe siècle, sur la psychothérapie comme pratique professionnelle, ainsi que sur le développement du domaine genre et médecine. En outre, elle réalise ses recherches depuis une posture liée à son engagement associatif dans l’association ‘Familles Arc-en-ciel’ et à son expérience personnelle.

Lors de cette conférence, Fussinger a défini dans un premier temps la notion de familles arc-en-ciel comme étant des familles où au moins l’un des parents s’identifie en tant que membre de la communauté LGBTQ+. Elle a ensuite présenté un bref historique de la reconnaissance des droits des parents LGBTQ+ au niveau européen, américain et suisse. De plus, la conférencière a dressé un portrait de la situation juridique des familles-arc-en-ciel en Suisse, en montrant que l’accès à la filiation a longtemps été liée au mariage. Ce n’est qu’en 2018 qu’est entrée en vigueur une réforme autorisant l’adoption intrafamiliale (c’est-à-dire l’adoption de l’enfant du·de la partenaire·x) pour les couples de même sexe et supprimant l’obligation d’une union légale pour accéder au processus d’adoption (à noter tout de même que cette réforme n’autorise toujours pas l’adoption extrafamiliale pour les couples de même sexe). Dr. Fussinger relève que la population suisse va devoir s’exprimer prochainement sur cette question lors du vote sur la Loi sur le mariage pour tou·te·x·s (qui inclut également l’accès à la PMA et la double filiation automatique pour les deux mères si la conception a été faite dans une clinique suisse). Elle évoque ensuite le rôle des psychanalystes dans les débats autour de la parentalité des personnes LGBTQ+, en insistant notamment sur le fait qu’ils n’ont toujours pas pu prouver la ‘nocivité’ des familles-arc-en-ciel sur le développement psychologique des enfants. 

Les familles arc-en-ciel doivent combattre jour après jour les stigmates qui pèsent sur elles, ainsi que toutes les difficultés liées à la construction d’un projet parental commun et au manque de protection juridique.

Dans un second temps, la conférencière a discuté des défis principaux auxquels sont quotidiennement confrontées les familles arc-en-ciel. Ces dernières doivent combattre jour après jour les stigmates qui pèsent sur elles, ainsi que toutes les difficultés liées à la construction d’un projet parental commun et liées au manque de protection juridique. Pour finir, Dr. Fussinger a discuté des diverses ressources auxquelles ont accès les familles arc-en-ciel et de leurs relations avec divers professionnel·le·x·s de l’enfance, de la famille ou encore juridiques. Elle a notamment souligné un manque général de formation de ces professionnel·le·x·s lorsqu’ils sont confronté·e·x·s à ces familles. Elle explique en effet que ces familles arc-en-ciel sont souvent confrontées à une présomption d’hétéroparentalité, ce qui peut créer un malaise. Ces professionnel·le·x·s participent ainsi souvent de près ou de loin à perpétuer les stigmates qui pèsent sur ces familles. C’est pourquoi un des intervenants a demandé s’il serait nécessaire de créer des services spécifiques aux familles arc-en-ciel ou au contraire de rendre plus visibles les services existants, mais en incluant des spécialistes des questions LGBTQ+. Question à laquelle la conférencière a répondu qu’il est crucial de pouvoir rediriger ces familles en toute confiance vers des professionnel·le·x·s et qu’il est donc impératif qu’il existe des expert·e·x·s en la matière.

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Pour citer cet article Nom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2021, consulté le XX mois 2021. URL :
Autrice Emma Melvyn, étudiante en Bachelor
Contactemma.melvyn@unil.ch
EnseignementSéminaire Le genre au cœur des inégalités sociales : migration, ethnicité, classe, sexualité

Sébastien Chauvin et Annelise Erismann

© Illustration : freepik

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Comptes-rendus

LGBT at work

Conférence de Lorena Parini, mars 2021

Compte-rendu par Mégane Antonin

Lors de cette conférence du 4 mars 2021 dispensée par le Centre en études genre de l’Université de Lausanne, Lorena Parini a présenté la problématique de la reconnaissance des LGBT et plus particulièrement des personnes trans*[1] dans le monde du travail. La question étant peu traitée en Suisse, elle a décidé de démarrer un programme de recherche consistant d’abord en un questionnaire en 2014-2015 sans financement externe, avec la collaboration de la Fédération genevoise des associations LGBT dont elle est la co-présidente. Par la suite, elle obtiendra un financement de 30 mois par le FNS pour faire des entretiens semi-directifs, aussi appelés « entretiens qualitatifs ou approfondis » se basant sur des interrogations généralement formulées et ouvertes. L’article « Faire et défaire le genre : parcours de 12 personnes trans* » résultant de cette recherche est à paraitre prochainement.La première partie de la conférence consistait à poser le cadre de cette recherche.

Dans un contexte social organisé par des normes de genre implicites selon lesquelles le corps masculin doit performer la « masculinité » et le corps féminin la « féminité », les personnes trans* entrent en rupture avec cette idée.

Néanmoins, beaucoup de trans ne vivent pas cela de manière politique et sont, par conséquent, sanctionnés socialement sur la base de leur existence et non de leurs engagements politiques. Le monde du travail n’échappe pas au phénomène de sexuation des emplois caractérisée par deux types de ségrégations : la « ségrégation horizontale », qui distingue des métiers d’hommes et des métiers de femmes, et la « ségrégation verticale », selon laquelle les places les plus hautes dans la hiérarchie du travail sont occupées par des hommes. Lorena Parini s’est alors intéressée à une question centrale : comment les personnes se confrontant au monde du travail cisgenre évoluent-elles ?

Dans un second temps, Lorena Parini a davantage focalisé sa présentation sur l’expérience personnelle des personnes trans. Son analyse se divise en trois parties : la transition « MtF » ou « FtM »[2], les « temporalités » et le « coming-out ». Le type de transition ne mène pas au même résultat professionnel. Ainsi, les hommes trans* interviewés par Kristen Schilt ont acquis de l’autorité, de la compétence, du respect, des privilèges corporels, économiques et statutaires. A l’inverse, les personnes MtF font l’expérience du déclassement professionnel selon Emmanuel Beaubatie. De plus, les travaux d’Alexandre Baril montrent que les réalités temporelles de la transition et du monde du travail ne sont pas toujours compatibles entre elles. L’injonction à ressembler aux normes dominantes du féminin ou du masculin pousse les personnes trans* à effectuer leur transition rapidement pour sortir de cet entre-deux. Enfin, le coming-out s’articule avec cette temporalité de manière différente selon chacun, c’est pourquoi Lorena Parini rappelle qu’il est important de tenir compte de la réalité subjective de chaque individu.

Les réalités temporelles de la transition et du monde du travail ne sont pas toujours compatibles entre elles. L’injonction à ressembler aux normes dominantes du féminin ou du masculin pousse les personnes trans* à effectuer leur transition rapidement.

La conférence s’est révélée riche en échanges. D’abord, une question a été posée concernant les MtF dans le but de savoir à quel point le stigmate de l’impudicité prenait le dessus sur la question de l’entre-deux dans lequel se situent les personnes trans*. Cet espace ne correspond ni aux normes masculines ni aux normes féminines dominantes. Le stigmate genré de l’impudicité, aussi appelé stigmate de putain, place les femmes du côté de la féminité considérée comme impure et, de ce fait, différencie les « bonnes femmes » des « mauvaises femmes ». D’après Lorena Parini, ce stigmate n’est pas mis en avant dans les entretiens et le problème du passing y occupe une place plus importante. Le passing consiste à « passer pour cis » (Beaubatie, 2019) en se conformant à des normes socialement attendues du sexe de destination. Une seconde question s’intéressait à l’état de la bataille juridique à propos des licenciements transphobes, malgré des raisons économiques évoquées pour justifier ces derniers. Cette question a permis de mettre en exergue la minceur du droit suisse sur le sujet, ce qui constitue un problème majeur. Finalement, un autre échange soulignant que les FtM étaient plus jeunes que les MtF, a donné lieu à l’hypothèse que les transitions MtF sont plus tardives par peur du déclassement professionnel.

Notes

[1]Trans* : toute personne non cisgenre ayant effectué ou non une transition 

[2]L’acronyme « MtF » se réfère à « male to female » et désigne les femmes trans*, tandis que « FtM » correspond à « female to male » et qualifie les hommes trans*

Références

  • Baril, A. (2017). Temporalité trans : identité de genre, temps transitoire et éthique médiatique. Enfances, familles, générations : revue internationale, n27
  • Beaubatie, E. (2019). L’aménagement du placard : Rapports sociaux et invisibilité chez les hommes et les femmes trans’ en France, Genèses, n114, p.32-52
  • Chauvin, S. (2021). Introduction aux études genre et théories féministes [Diapositives].
  • Parini, L. (2021, March). LGBT at work. Poster presented at the CEG conference, Lausanne, Switzerland.
  • Schilt, K. (2006). Just One of the Guys? : How Transmen Make Gender Visible at Work. Gender & Society, 20(4), 465-490. https://doi.org/10.1177/0891243206288077

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Pour citer cet article Nom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2021, consulté le XX mois 2021. URL :
AutriceMégane Antonin, étudiante en Bachelor
Contactmegane.antonin@unil.ch
EnseignementSéminaire Le genre au cœur des inégalités sociales : migration, ethnicité, classe, sexualité

Sébastien Chauvin et Annelise Erismann

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L’enseignement à l’ISS

A l’image de la plupart des instituts de l’Université de Lausanne, l’Institut des sciences sociales propose un cycle complet d’enseignements, du Bachelor au Doctorat, en passant par le Master.

Bachelor

Le Baccalauréat universitaire en sciences sociales (Bachelor de 180 ECTS) est composé d’un tronc commun, essentiellement réalisé durant la première année de formation (année propédeutique) et aborde une diversité importante de thématiques, de perspectives analytiques et de démarches méthodologiques. Ainsi, un solide bagage de connaissances et de compétences de recherche en sciences sociales est proposé aux étudiant·es. En 2020, 371 étudiant·es suivaient une formation de Bachelor en sciences sociales, un nombre en constante diminution depuis 2016, mais qui fut à la hausse en 2020, probablement en raison du COVID-19 et du chamboulement de certains projets des étudiant·es.

Master

La Maîtrise universitaire en sciences sociales (Master de 120 ECTS) est structurée en quatre orientations distinctes, bien qu’un tronc commun à la fois théorique que méthodologique soit défini ainsi que la réalisation d’un mémoire de fin de formation. Parcours de vie et politiques sociales, Corps science et santé, Culture, communication et médias et Droits humains, diversité et globalisation constituent les quatre spécialisations. Actuellement, une restructuration du plan d’étude de Master est en cours d’élaboration. En 2020, 106 étudiant·es suivaient une formation de Master en sciences sociales. Les effectifs sont également en constante diminution, amenant la Faculté à réaliser pour cette année 2021, une campagne de promotion des masters en sciences sociales.

©pexels.com

Doctorat

Finalement, les programmes de formation doctorale sont proposés en Études Genre, en Psychologie sociale, en Sciences de l’éducation, en Sociologie, en étude des Parcours de vie et en Ethnologie/Anthropologie. En 2020, environ 130 étudiant·es suivaient une formation de Doctorat en sciences sociales.

Gestion de la formation

Les plans et règlements d’études sont élaborés par la Commission de l’enseignement (CE) de l’Institut des sciences sociales, veillant à l’organisation, à la qualité et à la mise à jour périodique des formations proposées à l’Institut. Elle est composée de membres du corps enseignant, de trois représentant·es des assistant·es et premier·ères assistant·es, de la conseillère aux études et finalement de cinq représentant·es des étudiant·es. De plus, le Bureau de la Commission del’enseignement traite des objets confiés par la CE et des affaires courantes3. Il est composé du Président·e de la Commission, la conseillère aux études, un·e membre du corps professoral ou un·e MER/MA, un·e représentant·e des assistant·es et de deux représentant·es des étudiant·es (Bachelor et Master).

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La recherche à l’ISS

Interdisciplinarité

L’approche interdisciplinaire de l’ISS permet d’aborder la complexité et la multiplicité des réalités contemporaines. Les thématiques principales portent sur les institutions familiale ou scolaire, le travail et la formation, la santé et les politiques sociales mais également la communication, la culture au sens large, le lien entre sciences et techniques, les rapports de pouvoir entre différents groupes sociaux ou des enjeux identitaires qui y prennent place.

Les perspectives analytiques déployées renforcent la diversité et la richesse de ces recherches, à la fois au travers des études genre, d’études comparatives, de perspectives de parcours de vie ou encore de stratification sociale.

Unités, observatoires et plateformes de recherche

L’Institut des sciences sociales est structuré en différentes unités, observatoires et plateforme de recherche. Cette activité permanente permet à l’ISS d’être engagé dans de nombreux projets de recherche, à la fois locaux, nationaux et internationaux au travers de différentes méthodes, tant classiques qu’innovantes.

Six unités de recherche

  • Centre en Études Genre (CEG) ;
  • Laboratoire Théorie sociale, Enquête critique, Médiations, Action publique (THEMA) ;
  • Laboratoire d’Anthropologie culturelle et sociale (LACS) ;
  • Laboratoire capitalisme, culture et sociétés (LACCUS) ;
  • Centre de recherche sur les parcours de vie et les inégalités (LINES) ;
  • Laboratoire d’étude des sciences et des techniques (STSlab) ;

Trois observatoires

  • Observatoire de l’éducation et de la formation (OBSEF) ; 
  • Observatoire de la maltraitance envers les enfants (OME) ; 
  • Observatoire science, politique et société (OSPS) ;

Trois plateformes de recherche interfacultaires ou interinstitutionnelles

  • Plateforme en études genre (PLAGE) ;
  • Pôle de recherche national LIVES (PRN LIVES).
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Présentation de l’Institut des Sciences Sociales (ISS)

L’institut des sciences sociales (ISS) est rattaché à la Faculté des sciences sociales et politiques de l’Université de Lausanne. Il se situe à la Rue de la Mouline, dans la commune de Chavannes-près-Renens et l’essentiel de ses bureaux est basé au 5ème étage du bâtiment Géopolis, sur le campus de l’Université (Métro M2, arrêt Mouline). Vous le verrez également en passant par l’autoroute ; sa façade donnant l’illusion de miroirs juxtaposés est aisément reconnaissable.

L’ISS s’attèle à l’étude et à l’enseignement de quatre principales disciplines que sont l’anthropologie culturelle et sociale, les politiques sociales, la psychologie sociale et la sociologie.

Historique

Historiquement, l’Institut des sciences sociales est le résultat de l’association en 2009 de quatre Instituts de la Faculté des sciences sociales et politique :

  • L’institut des sciences sociales et pédagogiques (ISSP) ;
  • L’institut de sociologie de communications de masse (ISCM) ;
  • L’institut l’interdisciplinaire d’étude des trajectoires biographiques (ITB)
  • L’institut d’anthropologie et sociologie (IAS).

Ces ancrages disciplinaires se reflètent encore aujourd’hui dans son organisation.

Les 10 ans de l’Institut des sciences sociales

En décembre 2018, à l’initiative de la Directrice de l’ISS, l’idée de fêter les 10 ans de l’Institut des sciences sociales émerge. Un groupe d’organisation est alors constitué et les premières idées d’animation et d’événements émergent. L’objectif était non seulement de fêter l’anniversaire de cet Institut mais également, et surtout, de visibiliser les sciences sociales, à la fois à l’interne en permettant aux membres de se retrouver mais également à l’externe, en développant notre lien avec la Cité (le grand public).

Les programmes se sont déployés pour réaliser des activités à l’Université de Lausanne, en attirant le public sur le campus. Le projet était également de sortir l’expertise des sciences sociales de l’Université et de la proposer au grand public. Entre octobre et novembre 2019, différents événements alors prirent place :

  • Sociopolis : 11 octobre 2019, soirée festive à l’Université de Lausanne, essentiellement pour les membres de l’ISS.
  • SocioOut Durant les 4 mardis du mois de novembre 2020, des conférences furent proposées par les membres de l’Institut. Ce programme fut élaboré en collaboration avec Connaissance 3, L’Université des seniors. Le programme abordait différentes thématiques traitées à l’ISS. 
    • Le projet « Cause commune » : une plateforme d’action et de recherche entre l’UNIL et Chavannes-près-Renens, par Alain Plattet et Pr Dario Spini
    • Quoi de neuf chez les hommes ? Masculinités et égalité des sexes, par Dr Isabel Boni Le Goff et Pr Sébastien Chauvin
    • La santé aujourd’hui : entre médecine, biologie et société, par Pr Umberto Simeoni, Dr Luca Chiapperino et Pr Francesco Panese
    • Le vieillissement au travail : enjeux sociaux, par Pr Nicky Le Feuvre

Quelques souvenirs de ces événements figurent dans la galerie ci-dessous :