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Devenir un homme : toute une question d’hormones ? – Une perspective transmasculine

La thématique des hommes trans et de leur appropriation de la masculinité a toujours été accompagnée par un narratif qui accorde un rôle central à l’utilisation de la testostérone et des hormones masculinisantes. Le discours dominant se base principalement sur une division genrée qui décrit comme « masculin » tout ce qui peut être reconduit à la présence et aux effets de la testostérone (les individus, les comportements, …). Le 5 mars dernier, dans la salle 2121 du Géopolis, le doctorant de l’Institut d’ethnologie et d’anthropologie sociale de l’Université Aix-Marseille, Paul Rivest, nous a présenté son travail ethnographique sur le rapport des hommes trans à la testostérone et leur expérience avec l’appropriation de la masculinité. En nous offrant une nouvelle perspective qui requestionne le narratif dominant autour de cette thématique, il a mené une enquête de terrain auprès de différentes communautés trans françaises, en incluant une quarantaine d’individus ayant vécu une expérience de transition. Pour recueillir leurs récits, il a conduit plus de vingt entretiens, soit individuels, soit en focus groupe, et consulté plusieurs forums dans lesquels beaucoup de personnes trans échangent leurs expériences.

Le premier élément-clé de cette conférence requestionne le rapport de l’individu avec la prise des hormones masculinisantes. Car si l’on croit généralement que l’appropriation de la masculinité doit forcément passer par la prise de la testostérone, on croit aussi qu’elle en sera une conséquence directe. Le narratif autour de la prise des hormones leur attribue ainsi un rôle extrêmement dominant, jusqu’au point où ces dernières « assujettiraient » l’individu lui-même. Un homme trans serait donc considéré masculin s’il prend de la testostérone et si son comportement est concordant aux effets les plus reconnus de cette molécule (en particulier l’augmentation des pulsions sexuelles). Pendant sa conférence, Paul Rivest nous a cependant montré toutes les incongruences derrière à ce raisonnement. Tout d’abord, il faut savoir qu’il n’y a aucune étude scientifique qui confirme que la prise de testostérone est la variable régulatrice principale du désir sexuel, ce qui fait que la reconnaissance d’une hypothétique masculinité à travers les comportements sexuels n’aurait rien à voir avec la prise des hormones. Deuxièmement, plusieurs hommes trans ont partagé, lors des entretiens, comment la décision de suivre une thérapie hormonale porte en soi un travail de raisonnement, d’auto-perception et de questionnement constant de sa propre expérience psycho-physique qui va au-delà de la sphère sexuelle et de la gestion du désir. En ces termes, les hormones masculinisantes ne sont pas des « autoroutes » qui conduisent l’utilisateur vers un modèle de masculinité, mais plutôt des outils grâce auxquels les individus peuvent amplifier leur expérience de transition (surtout en faisant expérience des changements physiques) tout en restant très conscients de leur parcours. Ce n’est donc pas la testostérone qui dicte les règles et les temps d’appropriation de la masculinité, mais c’est l’individu qui évalue comment construire sa propre masculinité aussi grâce à la thérapie hormonale.

Ce n’est donc pas la testostérone qui dicte les règles et les temps d’appropriation de la masculinité, mais c’est l’individu qui évalue comment construire sa propre masculinité aussi grâce à la thérapie hormonale.

Un autre aspect très intéressant qui a été mentionné pendant la partie finale de la conférence (dédiée aux questions pour l’invité) concerne le concept de « masculinité ». Dans la plupart des sociétés occidentales, on tend à considérer comme masculin tout ce qui adhère au modèle de la masculinité hégémonique et de ses dynamiques de pouvoir sous-jacentes. Les mots des enquêtés de Paul Rivest remettent en question cette vision. Le parcours de transition a été pour eux non seulement une expérience de construction identitaire, mais aussi une expérience de construction de leur conception personnelle de masculinité. Certains d’entre eux n’ont donc pas l’intention de reproduire les codes de la masculinité hégémonique, mais bien de la réinterpréter comme quelque chose à accepter tout en se distanciant des dynamiques de pouvoir. Par exemple, en se rattachant au discours concernant la testostérone, le contrôle de l’utilisation des hormones devient une manière de faire l’expérience de la masculinité tout en refusant le modèle socialement partagé qui définit le « véritable homme » par une abondance de testostérone. Dans cette perspective, on « devient un homme » en dosant l’utilisation de la testostérone et en s’éloignant du modèle de la masculinité hégémonique.

le contrôle de l’utilisation des hormones devient une manière de faire l’expérience de la masculinité tout en refusant le modèle socialement partagé qui définit le « véritable homme » par une abondance de testostérone.

En conclusion, la conférence de Paul Rivest a été une occasion particulièrement intéressante non seulement d’approfondir ses connaissances concernant les expériences de transition, mais aussi de s’interroger sur les différentes conceptions de « masculinité ». Personnellement, je crois qu’aborder les thématiques de construction identitaire à travers la méthodologie qualitative (en particulier à travers les entretiens) nous permet d’intégrer au mieux le point de vue de l’autre dans nos réflexions et dans notre propre idée de la psychologie intra-individuelle, ou de nos représentations sociales des individus.

Références

Rivest, P. (2022). La santé sexuelle des hommes trans : entre problèmes de catégorisation et invisibilisation. Santé Publique, 34(HS2), 37–48.

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Pour citer cet article Pour citer cet article
Nom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2022, consulté le XX mois 2023. URL :
Auteur·iceClaudio Pianca, étudiant de bachelor
Contactclaudio.pianca@unil.ch
EnseignementSéminaire Sociologie des masculinités

Par Sébastien Chauvin et Axel Ravier
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Comptes-rendus

« Faire l’histoire des transidentités » : représentations trans médiévales

Remettre la lumière sur les personnes oubliées de l’Histoire, faire revivre leurs récits et entendre leurs voix, voilà le défi que s’est lancé le festival Histoire et Cité pour sa septième édition, qui a pour thème les « Invisibles ».

Quoi de mieux que la présentation des travaux de l’historien et performer Clovis Maillet en guise d’ouverture de ce week-end de rencontres ? En effet, cet enseignant diplômé de l’EHESS, auteur de plusieurs ouvrages dont Les Genres fluides : de Jeanne d’Arc aux Saintes trans (2020), spécialiste des questions de genre au Moyen-âge a pour projet de réexaminer la place des personnes trans dans l’histoire, en se posant une question centrale par laquelle passe tout événement historique : qui veut-on rendre visible ? Et qui décide de ce qui doit être rendu visible ? Quels effets entraîneront cette visibilité sur les personnes désormais exposées ? Clovis Maillet s’est alors donné une mission : « faire l’histoire des transidentités ». C’est ce à quoi il nous invite lors de cette soirée, en retraçant le parcours d’une figure ayant vécu au Moyen-âge. En effet, ses biographies successives permettent d’entrevoir l’évolution occidentale des conceptions du genre à travers les siècles.

Le plus surprenant dans tout cela, ce que plus on avance dans le temps, moins le genre est perçu comme fluide et plus il revêt un caractère figé !

Cette figure, c’est un moine cistercien ayant vécu au XIe siècle près de Cologne, dans ce qui est alors le Saint-Empire romain germanique. Seulement, l’identité de genre de ce moine a fait l’objet de diverses lectures au fil des réécritures, tantôt femme travestie en homme, tantôt personne transgenre. Le plus surprenant dans tout cela, c’est que plus on avance dans le temps, moins le genre est perçu comme fluide et plus il revêt un caractère figé !

En effet, c’est au XIIe siècle que sont écrites les premières chroniques relatant de la vie de ce moine, que l’on appelle Joseph. Au moment de sa toilette funèbre, sa poitrine interpelle ; les moines se concertent et décident de sa transition post-mortem – Joseph de Schönau, mort en 1188, devient Hildegonde. A cette période, on redécouvre les saintexs trans antiques comme Marin de Bythinie, qui sont alors des figures valorisées. Le genre est alors compris comme fluide ou tout du moins plastique – du moins lorsqu’il s’agit de moinexs menant une vie chaste.

Un siècle plus tard, dans les écrits de Césaire de Heisterbach, la « bienheureuse vierge Hildegonde » est bien décrite comme une femme, « ayant simulé l’homme » – elle deviendra toutefois Saint Joseph, mais l’auteur insiste sur sa condition féminine. Ce dernier, prédicateur cistercien, a en effet besoin d’une figure féminine vertueuse, pour faire office de première sainte de son ordre religieux ; Saint Joseph est alors bien opportun. Le modèle de la femme ayant vécu parmi les moines, à la manière de ceux-ci, est alors très populaire et hautement valorisé, associé à la sainteté et à la chasteté, sans toutefois permettre une réellement plasticité du genre.

Avec l’émergence de la littérature gothique, des représentations toutes autres s’associent à ce type de personnage. En effet, la figure de la femme vivant secrètement au milieu des moines revêt alors une dimension érotique et mystérieuse. Ce serait elle qui se cacherait derrière l’ambigüité homosociale des relations entre les hommes du monastère. Cette femme est inquiétante également, c’est par elle que le chaos risque de survenir et de troubler la paix spirituelle.

Progressivement, toute dimension trans est supprimée et avec elle, la condition de ces personnes – invisibilisées dans leur commémoration même…

Aujourd’hui encore, Joseph/Hildegonde est une figure vivante, sous d’autres atours toutefois. L’écrivain catholique Jacques Gauthier en parle dans son roman historique comme d’une femme déguisée en homme – on est bien loin d’une lecture trans ! C’est bien là que l’on revient à la question de la manière dont sont relatées les trajectoires marginalisées ; toutes ces sources proviennent d’hommes cisgenres, ils instrumentalisent à leurs propres fins l’histoire du personnage. Césaire avait besoin d’une sainte, Gauthier a besoin de montrer que le catholicisme contemporain permet l’égalité hommes/femmes. Progressivement, toute dimension trans est supprimée et avec elle, la condition de ces personnes – invisibilisées dans leur commémoration même…

On pourrait se questionner, à l’image du public de cette conférence, sur la condition réelle des personnes que l’on pourrait qualifier de trans à cette époque ; le manque de sources étant cruel, il faut se contenter de l’histoire des dominants, mais il existe des outils : ainsi utiliser la catégorie trans, évidemment anachronique permet de « faire émerger des problèmes historiques » ainsi qu’on a pu le voir lors de la relecture historique selon la catégorie « femme », tout autant anachronique. Permettre un nouveau regard, faire entendre de nouvelles voix, trop longtemps silencieuses, c’est à cela qu’invitent Clovis Maillet et ses ouvrages, qui ne demandent qu’à être lus – pour que Joseph de Schönau et tant d’autres puissent avoir leur place dans l’histoire.

Références

Maillet Clovis. (2022, 31 mars). « Faire l’histoire des transidentités ? ». Festival Histoire et Cité, Lausanne, Suisse.

Maillet Clovis. (2020). Les Genres fluides : de Jeanne d’Arc aux Saintes trans. Paris, Arkhê, 172 p.

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Pour citer cet articleNom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2022, consulté le XX mois 2022. URL :
AuteurAurélien Baud, étudiant en Bachelor
Contactaurelien.baud@unil.ch
EnseignementSéminaire Sociologie des masculinités

Par Sébastien Chauvin et Estelle Rothlisberger

© Illustration : Peggychoucair, Pixabay

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Comptes-rendus

Ce que l’intersectionnalité fait au care : pour une théorie féministe des domesticités

Compte-rendu de la conférence de Caroline Ibos du 7 avril 2022 organisée par le Centre en étude genre de l’université de Lausanne autour de la question du care et des domesticités.

Caroline Ibos est professeure de sociologie au sein du département d’étude de genre de l’université Paris 8 Vincennes Saint-Denis. Ses principaux champs de recherches sont les éthiques du care, la sociologie des domesticités, les rapports de domination et intersectionnalité, les luttes et résistances des subalternisé·e·s ainsi que sur les migrations, circulations et pratiques de la globalisation.

Peut-on appeler les femmes qui s’occupent de nos enfants des domestiques ? Aujourd’hui, le terme semble choquant, il nous ramène à une domination qui paraît avoir été dépassée depuis longtemps. On entend plus volontiers dire que ces femmes “font partie de la famille”. Néanmoins, la manière dont on les désigne implique un enjeu particulier. Ainsi, il s’agit de tenir compte de leurs positions au sein d’un champ de forces des rapports sociaux.

Dans son travail, Caroline Ibos adopte une méthode qui consiste en une observation à la fois immersive et flottante. Elle prend le parti de ne pas faire d’entretiens avec ces femmes qu’elle observe dans des squares parisiens. Elles sont, pour la plupart, nées en Afrique de l’Ouest, exilées en France et elles s’occupent d’enfants blancs provenant de la classe moyenne supérieure. 

Au travers de son travail, elle souhaite mettre au jour les engrenages d’une domination systémique mise à l’œuvre à l’échelle globale et nationale de la précarisation des travailleuses du care. Elle a pour but de repenser les subjectivités politiques à partir des domesticités et vice-versa. Elle porte un intérêt particulier aux questions des rapports de pouvoir et questionne ce que les domesticités révèlent de ces rapports. 

Pour ce faire, Caroline Ibos souhaite faire dialoguer le champ théorique du care et celui des domesticités. Elle opte pour une approche intersectionnelle permettant d’étudier les tensions qui existent entre éthique et politique du care. 

Un regard critique est porté sur les travaux sociologiques des domesticités contemporaines qui, selon elle, pensent les relations sociales comme des relations entre des individus “désincarnés, coupés de leurs corps et de leurs émotions”. Intervient alors le paradigme du care.

“Le paradigme du care a permis de ressaisir, dans les enquêtes, un champ lexical et analytique qui, à l’époque, était très effacé et ignoré, celui des émotions, des affects, du toucher, des attachements, des corps.”

Caroline Ibos, 7 avril, Université de Lausanne

Néanmoins, selon Caroline Ibos, les discours des éthiques du care visent souvent à une revalorisation morale de ces métiers. Cette posture pose plusieurs problèmes. D’une part, elle ne permet pas de penser l’émancipation puisqu’elle ne fait qu’ajouter de la valeur à une activité qui se déroule dans l’exploitation. D’autre part, elle fait “porter le politique aux dominés” alors même qu’il n’y a pas de réelles pistes de revalorisation. En effet, les solutions proposées par les éthiques du care ne permettent pas de se saisir de la source du problème. L’attention reste portée sur les exploités et leur marge de manœuvre individuelle et non pas sur l’enjeu même du problème qui se situe plutôt au niveau structurel. 

Dans les travaux précédents cités par la conférencière, on note celui de Carol Gilligan, fortement critiqué pour son naturalisme, notamment par Joan Tronto. Caroline Ibos souligne que bien que Tronto critique le naturalisme de Gilligan, elle oublie la question du souci de soi. Selon la conférencière, penser l’éthique du care uniquement dans une optique de réparation du monde ne permet plus de penser le sujet et ainsi mène à une éthique normative.

“Le souci de soi peut être une stratégie. Dès lors qu’on pense souci de soi et souci de l’autre alors il y a une piste pour penser la question de l’émancipation”

Caroline Ibos, 7 avril, Université de Lausanne

Ainsi, Caroline Ibos, propose de penser l’éthique du care avec la notion de souci de soi et de l’autre. Le souci de soi pensé comme une stratégie permet de considérer l’aspect politique de l’émancipation, point central des domesticités selon la conférencière.

La première piste proposée par Caroline Ibos est de ne plus appeler ces femmes « travailleuses du care”, terme qui réduit l’existence au rapport d’exploitation, mais de privilégier le terme de “subalterne du soin” qui suggère les expériences plurielles de ces femmes.

Une deuxième piste reposerait sur l’étude des résistances et des luttes qui sont portées par ces femmes. Ainsi, il convient de ne pas les concevoir uniquement comme sujets moraux, mais d’y intégrer la dimension de lutte.

La troisième piste consiste en la sollicitation de l’intersectionnalité dans l’étude de l’éthique du care. Ainsi, Caroline Ibos propose de réfléchir à la manière dont sont conceptualisées les éthiques du care, leurs origines, les actrices et acteurs en jeu. De plus, il lui semble important de penser l’exclusion au care comme représentation des rapports de pouvoir. Priver certains groupes du care (communautaire) est une manière d’empêcher l’organisation et l’entraide sociale. 

Une dernière piste serait de penser le care comme une stratégie, une ressource efficace, un moyen de s’organiser dans la lutte vers l’émancipation. Caroline Ibos prend l’exemple des ouvrières d’Hénin-Beaumont qui ont été licenciées de l’usine Samsonite. Ces femmes ont créé un mouvement de résistance par la mise en place d’une pièce de théâtre qui a tenu grâce aux liens forts et solidaires entre les ouvrières.

De la conférence, s’ensuit un échange entre la conférencière et le public. Ainsi, on questionne la pertinence de faire, à l’époque actuelle, des enquêtes ethnographiques desquelles découlent forcément des questionnements sur la relation dans l’enquête. Question abordée généralement de façon mineure, elle pousse, chercheur·euse·s, enseignant·e·s et étudiant·e·s à réfléchir à de nouvelles méthodes plus pertinentes. Plus tard, une deuxième intervenante souligne l’idée selon laquelle les éthiques du care sont traversées par des rapports de pouvoir. De ce fait, il serait, selon elle, impossible de redonner des capacités de care dans ces circonstances. Elle précise que cela serait possible uniquement lorsque les personnes sont à égalité, c’est-à-dire, qu’elles partagent potentiellement des expériences communes, une identité commune. S’ensuit une discussion sur les narrations observées sur les femmes racisées militantes. Une double optique est apportée par la conférencière concernant l’utilisation d’adjectifs tels que “fortes”, “fières”, “dignes”. Ces termes permettent à la fois, la revendication d’un courage censé inverser les représentations de servilité. Cependant, ils conduisent, en même temps, à essentialiser ces femmes et de ce fait à minimiser leurs souffrances. 

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Pour citer cet articleNom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2022, consulté le XX mois 2022. URL :
Autrice Noura Kaspar, étudiante en Bachelor
Contactnoura.kaspar@unil.ch
EnseignementSéminaire Sociologie des masculinités

Par Sébastien Chauvin et Estelle Rothlisberger

© Illustration : Pixabay

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Comptes-rendus

Prendre le sexe (au sérieux)

Par Mélissa Zufferey

La conférence « Prendre le sexe (au sérieux) » a été donné par Maïa Mazaurette lors d’un événement public organisé par le Centre en Etudes Genre (CEG) de l’Université de Lausanne le 21 novembre 2018. Cette dernière, disponible en libre accès sur YouTube, a porté sur les difficultés auxquelles les médias et journalistes se confrontent quand il est question de produire des articles destinés à un large public au sujet de thématiques touchant à la sexualité.

Maïa Mazaurette est une autrice et peintre féministe d’origine française. Ayant écrit des articles pour divers journaux et magazines tels que Playboy, QG, New Look ou encore Le Quotidien, la conférencière produit par ailleurs divers podcasts et livres. L’autrice tient également une chronique hebdomadaire dans le journal Le Monde intitulée « Le sexe selon Maïa » depuis 2015. C’est en particulier sur ce dernier média et les commentaires suscités par cette rubrique qu’a porté la conférence. En effet, l’exposé oral de la chroniqueuse était accompagné d’un support visuel où étaient diffusés des commentaires d’individus publiés sur des réseaux sociaux, plus particulièrement Facebook, réagissant plus ou moins violemment aux chroniques de l’autrice.

Les lecteur·ice·s accordent encore beaucoup d’importance au lien qui existerait entre le sexe et l’amour. Selon les internautes il n’y aurait rien d’anatomique, de politique ou de sociologique dans la sexualité.

Durant sa conférence, l’oratrice aborde en premier lieu les raisons pour lesquelles les chroniques portant sur la sexualité diffusées dans Le Monde sont perçues et commentées de manière négative par les lecteur·ice·s. Tout d’abord, il ressort que le sexe serait un sujet privé, qui ne concernerait que les personnes de manière individuelle et non pas collective. De ce fait, selon les internautes, la sexualité échapperait aux normes et statistiques car celle-ci serait différente d’un individu à l’autre.

Une deuxième raison abordée par l’oratrice trouve ses fondements dans des propos biologisants tels que « le sexe c’est naturel ». Ainsi, selon les lecteur·ice·s, la sexualité serait transmise par les gènes et il n’y aurait donc pas besoin d’éduquer les individus au sujet de la sexualité. Celle-ci serait naturelle et, de ce fait, il n’y aurait rien à apprendre à son sujet à travers ces chroniques.

Un autre argument soutenu par les internautes est celui de la frivolité du sujet. En effet, Le Monde est un journal réputé comme sérieux, diffusant des sujets d’actualités importants, c’est pourquoi certains individus s’offusquent d’y trouver une chronique sexuelle perçue comme futile, risible ou encore grossière.

Maïa Mazaurette démontre également que les commentateur·rice·s accordent encore beaucoup d’importance au lien qui existerait entre le sexe et l’amour. En effet, selon les internautes il n’y aurait rien d’anatomique, de politique ou encore de sociologique dans la sexualité. La seule dimension au sein de laquelle le sexe s’inscrirait, pour ces dernier·e·s, serait émotionnelle et affective.

La chroniqueuse fait également état de divers commentaires s’insurgeant contre les chroniques du Monde faisant référence à une perception de la sexualité comme quelque chose de sale, de vulgaire ou encore de dangereux vis-à-vis des enfants qui liraient la chronique.

L’autrice avance, enfin, également que ces articles sont utilisés par certains individus à des fins de slut shaming. Ce terme se réfère à l’utilisation de la critique et de la stigmatisation, plus particulièrement envers les femmes, condamnant leurs attitudes et comportements jugés trop immoraux et sexuels. Dans ce cas, les internautes identifient alors leurs ami·e·s, collègues, ou autres connaissances, dans des chroniques traitant de sujets plus ou moins subversifs tels que la sodomie ou encore la pénétration de l’urètre.

L’autrice avance que les individus voulant faire taire les discours sexuels sont ceux que le système privilégie. Cette partie privilégiée de la société serait composée d’hommes cisgenre, blancs et hétérosexuels.

La deuxième partie de la conférence a porté sur la question : « à qui profite le fait que le sexe ne soit pas pris au sérieux ? ». L’autrice avance que les individus voulant faire taire les discours au sujet de la sexualité sont ceux que la société privilégie. Selon la conférencière, cette strate privilégiée de la société serait composée d’hommes cisgenre, blancs et hétérosexuels. La chroniqueuse soulève en effet que la majorité des commentaires négatifs reçus émanaient d’un pseudonyme masculin. Ainsi, pour cette frange de la population, tout semble bien se passer et celle-ci ne souhaite pas et/ou ne parvient pas à se mettre à la place des minorités sexuelles. En effet, Maïa Mazaurette avance que, pour ces individus privilégiés, remettre la sexualité en question menacerait l’ordre social dominant. Ainsi, ces hommes hétérosexuels rechercheraient « un accès illimité à un soulagement sexuel sans complications ». Selon l’autrice, c’est dans cette optique qu’il conviendrait d’expliquer pourquoi de telles résistances s’opposent à la vulgarisation d’articles portant sur la sexualité. Ces derniers seraient perçus comme menaçant les normes et scripts sexuels établis dans la société, qui permettraient à ces personnes une jouissance assurée en un temps limité ainsi qu’une sexualité rassurante.

Les articles produits par la chroniqueuse seraient compris comme des fantasmes déguisés ou encore comme des expériences personnelles de l’autrice.

La dernière partie de la conférence s’articule autour de la personnification du discours sexuel. Les articles produits par la chroniqueuse seraient compris par ses lecteur·ice·s comme des fantasmes déguisés ou encore comme des expériences personnelles vécues par l’autrice. La conférencière fait état des répercussions de ces perceptions sur sa vie privée en mentionnant qu’il est déjà arrivé qu’elle ne se fasse pas inviter lors d’une soirée avec des proches en raison de son supposé attrait pour le sexe. De plus, l’oratrice mentionne également le sexisme des internautes ou encore de certaines rédactions auquel elle a dû faire face. En effet, les rubriques portant sur la sexualité seraient mieux perçues si ces dernières sont rédigées par une femme plutôt que par un homme, qui passerait pour un « pervers ». De surcroît, Maïa Mazaurette fait état de commentaires haineux et violents en raison de son engagement féministe, de sa classe sociale ou encore de ses origines.

En conclusion, la chroniqueuse souligne que les discours au sujet de la sexualité évoluent, bien qu’ils suscitent toujours des résistances et blocages de part et d’autre. Ainsi, l’oratrice avance le fait que les idées préconçues et les stéréotypes concernant la sexualité, qui minaient le terrain jusqu’alors, s’estompent et laissent place à la libération de la parole et des esprits. Par conséquent, selon la conférencière, la place des discours auprès du grand public, les luttes et idées sur les thématiques sexuelles se joueront sur le long terme et passeront notamment par l’éducation des jeunes générations. A la suite de cette conclusion a eu lieu un échange de questions/réponses d’une trentaine de minutes entre la salle et Maïa Mazaurette.

Références

SSP, UNIL. (2019). Conférence de Maïa Mazaurette. [Vidéo]. YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=VcjSDR1t1KU

Mazaurette, M. (2018) Sex and Sounds [Podcast]. Arte radio. https://www.arteradio.com/auteurs/maia_mazaurette

Autres ressources

Mazaurette, M. (2021, 18 juillet). Le corps dans tous ses ébats : à un cheveu du plaisir. Le Monde.

Mazaurette, M. (2021, 17 octobre). Education sexuelle : les codes ont changé. Le Monde.

Mazaurette, M. (2021, 12 décembre). SOS Maïa : « La montée du féminisme a coupé le désir de mon mari. Comment le réconcilier avec sa sexualité ? ». Le Monde.

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Pour citer cet articleNom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2022, consulté le XX mois 2022. URL :
AutriceMélissa Zufferey, étudiante en Bachelor
ContactZufferey.melissa@gmail.com
EnseignementSéminaire Sociologie des masculinités

Par Sébastien Chauvin et Estelle Rothlisberger

© Illustration : Nataliya Vaitkevich, Pexels

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Mona Chollet, Prix et Question d’une Vie

Par Alessia D’Amario

Un jour avant la remise du 44ème Prix Européen de l’Essai, avait lieu, dans l’enceinte de l’amphithéâtre 350 de l’université de Lausanne, une table ronde en compagnie de la lauréate Mona Chollet, cinq intellectuelles et un modérateur. Après une brève présentation de l’essayiste et journaliste suisse, le président de la fondation Charles Veillon, Cyril Veillon, prend la parole pour souligner l’importance de l’essai dans le monde actuel. Il mentionne également les raisons ayant mené le jury du Prix Européen de l’Essai à choisir l’ouvrage, Réinventer l’amour. La fondation a été créé à la suite du décès du lausannois Charles Veillon, lequel avait instauré trois prix littéraires internationaux après la guerre afin de promouvoir la culture et la recherche scientifique. C’est en 1975 qu’est institué le Prix Européen de l’Essai.

L’essai :

« C’est un écrit qui partage un savoir mais qui ne s’en contente pas. Un bon essai veut également nous interroger, il nous cherche dans nos doutes et tente de nous apporter une nouvelle connaissance du monde et ce faisant nous permet d’agir. »1

Ce prix met donc en avant des ouvrages usant de leur liberté d’expression et d’écriture pour amener les individus à réfléchir sur leur propre situation. Cette vision de l’essai nous permet de comprendre la démarche que la fondation, en collaboration avec l’Université de Lausanne, nous propose ce 7 avril 2022. L’accent est mis sur la prise de parole, la discussion, le débat et c’est le format de la table ronde qui donne lieu à ce type d’échange. Autour de cette dernière, on retrouve : Francesco Panese2, Éléonore Lépinard3, Delphine Gardey4, Ilana Eloit5, Carole Clair6, Véronique Boillet7, Mireille Berton8 et bien entendu Mona Chollet. Ces diverses intervenantes viennent à apporter les clés pour une analyse interdisciplinaire du sujet de l’amour. Dans un échange empli d’écoute et de bienveillance, les divers discours sont venus compléter les propos relatés dans l’ouvrage de la lauréate.

Madame Chollet a pris, en effet, principalement la parole pour parler brièvement de son ouvrage. Dans une démarche de partage, elle explique sans prétention, qu’elle s’empare des questions importantes de sa vie pour écrire. Elle a une approche journalistique de sa propre pensée, qu’elle met sur papier en espérant que cela serve à d’autres. Selon elle, sa démarche est « obsessionnelle ». Pendant quelques mois, elle se nourrit de sources diverses pour voir le livre prendre forme de manière indéterminée. Le sujet de l’hétérosexualité n’est pas récent et le conflit au sein des mouvements féministes a été une difficulté dans sa vie.

« Celles qui sont hétérosexuelles parmi les féministes sont confrontés au paradoxe qu’elles désirent et tombent amoureuses de personnes qui sont de l’autre côté de la ligne de démarcation de la domination dans la société. »9

Madame Lépinard a partagé par ailleurs, qu’elle perçoit dans l’ouvrage, Réinventer l’amour, un contre-récit qui permettrait de nourrir l’ambition du féminisme à changer le monde, à « récupérer l’amour sans sauver le patriarcat ». Selon elle, le livre assume les ambivalences du sentiment amoureux hétérosexuel. Il remet en cause la fétichisation du féminin tout en refusant l’idée, qu’il faudrait se calquer sur un rapport au monde au masculin pour être militante féministe sans. De plus, Madame Eloit, considère que Mona Chollet a su replacer l’amour dans le politique. Elle a su renverser la problématique en considérant que le patriarcat était le problème avant l’acte d’aimer. Il serait ainsi possible de dissocier le rapport de force et de domination qu’instituent l’hétérosexualité et le sentiment amoureux. Bien que ce dernier nous soit fortement suggéré, « […] on peut choisir la manière dont la société nous muselle et prendre le choix de s’en sortir. »10.

La discussion se poursuivit :

en traversant l’histoire grâce à D. Gardey et son récit sur le lit conjugal relatant l’origine de l’amour bourgeois,

en réintégrant la place importante que prennent les institutions politiques dans les rapports hétérogames. Et ce, notamment en lien avec le statut de femmes migrantes avec V. Boillet,

en interrogeant l’objectivité des sciences dures, telles que la biologie et les différences dites naturelles entre les genres à l’aide de l’intervention de C. Clair,

en montrant la place complexe des femmes dans l’industrie culturelle au travers de l’explication filmographique de M. Berton.

Les prises de paroles ont été multiples et complémentaires, laissant peu de place aux questions du public. Néanmoins, ce dernier s’est vu repartir avec un autographe et un bagage de connaissances qui, ne pourra que faciliter la lecture de l’essai et qui, peut-être, donnera la possibilité de « réinventer l’amour ».

Notes

1 Charles Veillon, 7 avril 2022, Université de Lausanne.

2 Francesco Panese, Modérateur de la discussion, Faculté des Sciences Sociales Et Politiques, Faculté de Biologie Et Médecines, UNIL, Membre du jury Prix de l’Essai Européen.

3 Éléonore Lépinard, Professeure au Centre en Études genre, Intersectionnalité et mouvements féminisme, Spécialistes des quotas dans le monde du travail, Faculté des Sciences Sociales Et Politiques, l’UNIL.

4 Delphine Gardey, Professeure en histoire contemporaine, Institut des Études Genre, Sciences et techniques comme façonnage des corps, UNIGE.

5 Ilana Eloit, Centre en Études genre, Faculté des Sciences Sociales Et Politiques, Spécialiste des théorie Queer et Féministes, Socio histoire des mobilisations, Membre de la plateforme inter facultaire en étude genre (PlaGe), UNIL.

6 Carole Clair, Médecin, Faculté de Biologie Et De Médecine, Professeure à l’unité de Santé et Genre, UNIL.

7 Véronique Boillet, Juriste, Faculté de Droit, Professeure au centre Des Sciences Criminelles Et D’administration Publique, Co-présidente de la plateforme inter facultaire en études genre (PlaGe), Droit et Pensée Féministes-Violence faite aux femmes, UNIL.

8 Mireille Berton, Maitre d’enseignement et de recherche, Section d’histoire et esthétique du cinéma, Faculté des Lettres, Intérêt pour séries télévisé, UNIL.

9 M. Chollet, 7 avril 2022, Université de Lausanne.

10 M. Chollet, 7 avril 2022.

Références

David, E. (s. d.). Mona Chollet reçoit le 44e Prix Européen de l’Essai pour son livre [Communiqué de presse]. https://fondation-veillon.ch/storage/Dossier-presse_Mona_Chollet_PrixEuropeenEssai.pdf

Autres ressources

UNIL [Unil Université de Lausanne]. (2022, 8 avril). Rencontre avec Mona Chollet – 44e Prix Européen de l’Essai – Fondation Charles Veillon [Vidéo]. YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=ZZ8RVLp7nHk

Prix Européen de l’Essai – European Essay Prize. (s. d.). fondation Veillon [Site internet]. Consulté le 24 mars 2022, à l’adresse https://fondation-veillon.ch

Informations

Pour citer cet articleNom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2022, consulté le XX mois 2022. URL :
AutriceAlessia D’Amario, étudiante en Bachelor
Contactalessia.damario@unil.ch
EnseignementSéminaire Sociologie des masculinités

Par Sébastien Chauvin et Estelle Rothlisberger

© Illustration : Katerina Holmes, Pexels

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Comptes-rendus

Le care dans l’espace public

Sandra Laugier, philosophe française, est professeure à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Sa présentation était en lien avec plusieurs de ses domaines de recherche, notamment la philosophie du langage et l’éthique du care, ainsi qu’avec l’un de ses récents ouvrages La société des vulnérables. Leçons féministes d’une crise, co-écrit avec Najat Vallaud-Belkacem.

La pandémie du covid-19 a déconfiné le travail du care rémunéré.

Son intervention portait sur la manière dont la pandémie du covid-19 a déconfiné le travail du care rémunéré en le rendant visible, physiquement et mentalement, dans l’espace public.

En effet, spécialement lors des deux premiers confinements, les travailleur·euses du care étaient les seul·es présent·es dans l’espace public (transports, lieu de travail, etc.), du fait que les autres activités n’étaient pas considérées comme indispensables et/ou pouvaient se pratiquer à domicile.

Cela a donc mis en exergue le caractère essentiel de ces professions du care. S’est ainsi dévoilée, dans l’espace public, une « compréhension évidente du care », autrement dit l’idée que nous sommes tous et toutes dépendant·es les un·es des autres. La question de la vulnérabilité devient donc flagrante, celle de l’ensemble de la population face à la maladie et à la dépendance aux infirmier·ères, caissier·ères, livreur·euses, etc., mais aussi celle des travailleur·euses du care.

Cette visibilité dans l’espace public a été accentuée par une sorte de reconnaissance générale du fait que ces métiers les moins valorisés sont pourtant les plus utiles. Sandra Laugier parle d’ailleurs d’inversion des valeurs et donc de redéfinition de l’espace public particulièrement car le care, normalement associé au privé, au dévalorisé, au féminin, a fait irruption dans l’espace public, valorisé, masculin. Elle explique que « la grammaire du care s’est imposée ».

Passé ce constat, la conférencière s’est interrogée sur deux éléments : pourquoi cette évidence du care a rapidement été oubliée, ré-exclue de l’espace public ? Et pourquoi les décisions et les discours concernant le care ont été formulés par des experts, des politiques, majoritairement des hommes non-travailleurs du care ?

En réponse à ces questions, elle a rappelé les inégalités de genre à la base de la frontière public/privé et de la dévalorisation du privé au profit des « vraies » questions politiques.

Il est nécessaire, autant d’un point de vue démocratique que politique, de reconnaître les compétences professionnelles et politiques des travailleur·euses du care.

Ensuite, elle a présenté le concept de démocratie de John Dewey. Selon lui, il s’agit d’une expérimentation collective, d’une participation des citoyen·nes concerné·es par un problème à la publicisation de ce dernier. Être concerné·e c’est donc être compétant·e politiquement. Sandra Laugier met cela en opposition avec certains discours durant la pandémie affirmant l’incapacité de la population (irrationalité, complotisme, etc.) et, à l’inverse, l’autorité de l’expertise. Selon elle, il est nécessaire, autant d’un point de vue démocratique que politique, de reconnaître les compétences professionnelles et politiques des travailleur·euses du care.

Elle a donc terminé sa présentation par un questionnement : comment le care peut-il être pensé et analysé directement par ses acteur·rices ?

La présentation s’est ensuite conclue par des échanges avec l’auditoire. Ils ont permis de relever, par exemple, que les femmes ne sont pas les seules surreprésentées dans les métiers du care, les étranger·ères aussi. De plus, une autre intervention a questionné les raisons de la ré-invisibilisation du care. Selon Laugier, il s’agit notamment d’un déni de la dépendance qui se manifeste également s’agissant des enjeux climatiques.

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Pour citer cet article Nom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2022, consulté le XX mois 2022. URL :
AutriceElisa Moret, étudiante en Bachelor
Contactelisa.moret@unil.ch
Enseignement Séminaire Sociologie des masculinités

Par Sébastien Chauvin et Estelle Rothlisberger

© Illustration : Laura James, Pexels

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Comptes-rendus

Archéo-sexisme

Le reportage en juin 2020 de la RTS sur le sexisme dans le milieu archéologique suisse romand a permis la venue de l’exposition itinérante Archéo-sexisme qui met en lumière les discriminations en archéologie. Cette conférence s’inscrit dans le cadre de cette même exposition.

Pauline Rappaz, journaliste RTS
En lien avec le reportage de juin 2020, Pauline Rappaz coordonne l’événement. Elle ouvre la conférence en précisant le programme et le cadre.

Le 8 mars journée symbolique

Liliane Michalik, vice-rectrice égalité, diversité & carrières

En cette journée des droits de la femme, Liliane Michalik aborde l’égalité des chances et la diversité des profils dans le domaine de l’archéologie. Elle rappelle qu’en 2021, il n’y avait que 28% de femmes professeures au sein de l’Université de Lausanne (UNIL). Afin de faciliter l’accès aux femmes à ce type de poste, l’UNIL met déjà en place plusieurs mesures. Par exemple, des programmes de mentorats, des formations et des subsides font désormais parties des initiatives pour favoriser l’égalité des chances et la diversité des profils. Cependant, ce sont les mesures institutionnelles qui ont le pouvoir de réellement faire avancer la cause. L’une de ces mesures déjà en place consiste à sensibiliser le recruteur sur les biais au moment des recrutements. En tant qu’employeur principal, l’UNIL est malheureusement aussi fautive, car bien souvent ce processus ne fonctionne pas. Ne perdons pas de vue que l’objectif est aussi d’améliorer la conciliation vie familiale et vie professionnelle pour le personnel avec notamment l’augmentation des places en crèche toujours insuffisantes.

Depuis 2019, l’UNIL a également pris d’autres mesures plus ciblées pour réduire les discriminations comme l’adaptation du congé paternité aux familles homoparentales, l’installation de distributeurs de protections hygiéniques pour lutter contre la précarité menstruelle et la formation aux questions LGBTQIA+ et raciales. Il reste maintenant à voir l’impact de ces initiatives sur le moyen et long terme.

Laura Mary, archéologue-restauratrice
Archéologue-restauratrice au sein de l’association Recherches et prospections archéologiques, membre de l’association Archéo-Ethique et l’une des trois commissaires de l’exposition Archéo-Sexisme, Laura Mary lutte concrètement et frontalement pour l’égalité et la diversité en archéologie avec son projet « Paye Ta Truelle ». À la suite de discriminations vécues, elle a cessé son métier de terrain en 2019 pour se consacrer entièrement à des cours, des conférences et des séminaires qui mettent en lumière le sexisme dans ce milieu.

l’Archéo-réalité : rien de romantique

L’archéologie est souvent perçue comme un métier connu, presque romanesque, symbolisé par des images fantastiques dans les films et séries. Pourtant, la réalité est tout autre nous confie Laura Mary. Cela implique trop souvent des CDD à répétition, mal payés, sans oublier la pression constante de la productivité jusqu’à l’atteinte de la santé. En réalité, les conditions dans lesquelles s’exerce la profession d’archéologue sont tout le contraire de ce que nous renvoient les films. A cela s’ajoute le sexisme, le racisme, l’homophobie, le validisme et bien d’autres discriminations.

« Les humains du passé sont-ils tous des hommes ? »

Le constat des discriminations dans l’archéologie débute en Norvège en 1979, avant de traverser l’Atlantique. Publié en 1984, l’article fondateur de l’archéologie du genre, rédigées par Conkey et Spector, pose les bases de la critique féministe dans la discipline. Laura Mary expose plusieurs éléments de cet article, tels que la valorisation des activités masculines au détriment de celles des femmes et la répartition genrée du travail. Les hommes gèrent les chantiers de fouille tandis que les femmes sont relayées au laboratoire. La conférencière met ainsi en lumière une hiérarchisation du travail. Les femmes à la tête de chantier sont minoritaires et quand elles y sont, c’est généralement en collaboration avec leur mari. A tous les niveaux, leur travail est comparé aux tâches domestiques ainsi qu’aux actions dites féminines. La notion de méritocratie est donc complètement anodine.

« Les enquêtes ne sont pas représentatives de la réalité souvent faites sur des femmes blanches, hétérosexuelles, cisgenres. » cite Laura Mary de témoignages recueillis avec son collectif « Paye ta truelle ».

Les premières publications sur le genre en archéologie datent de 2010. Le premier journal d’étude lui sort en 2019. Le sujet est peu pris au sérieux et très souvent invisibilisé. Les enquêtes sur les personnes homosexuelles, LGBTQIA+, en situation de handicap et victimes de racisme sont quasiment inexistantes. Seuls quelques témoignages relèvent de la mise à l’écart, des agressions morales et physiques que subissent ces archéologues.

« Paye ta truelle »

A l’origine, le but du collectif était de diffuser des témoignes relatant des discriminations vécues dans le métier d’archéologue. Laura mary explique que ce partage d’expériences vécues est un processus de conscientisation politique. Ce qui ne touchait alors que la sphère privée arrive entre les mains des politiques. Les femmes sont plus nombreuses à sortir diplômées des écoles d’archéologie mais une minorité accède aux postes de direction. Le plafond et les murs de verre paraissent indestructibles. « Paye ta truelle » relate plusieurs témoignages tels que : « c’est bien, les femmes sont à leur juste place ici ! » venant d’un chef de chantier à deux femmes en train de balayer. « L’archéologie c’est pour les vrais mecs » venant d’un supérieur à un jeune homme homosexuelle. Certaines ont également dû changer de tenues à cause de photos de leur poitrine et de leurs fesses prises à leur insu, sans que les auteurs ne soient sanctionnés, relate Laura Mary. Les non-propositions d’adaptation du travail pendant la grossesse et l’absence d’infrastructures essentielles telles que le manque de toilettes et d’eau courante sur les sites ne sont que quelques exemples cités par la conférencière qui explicite son choix d’avoir arrêté ce métier. Cette forte puissance du patriarcat remet en question leurs compétences et pousse les archéologues femmes, comme Laura Mary, à quitter le terrain.

« L’archéologie après #METOO : introspection et perspectives dans le canton de Vaud »

En conclusion du propos de Laura Mary, une table ronde ayant pour thème l’archéologie après #metoo a suscité de vifs débats. Cette dernière était composée de Sophie Bartschi, conservatrice du site et du musée romains d’Avenches, Sylvain Fachard, professeur d’archéologie classique à l’Unil, Lionel Pernet, directeur du musée cantonal d’archéologie et d’histoire de Lausanne, Nicole Pousaz, archéologue cantonale et Lucie Steiner, archéologue, Archeodunum sa. Les différents horizons de ces personnes permettent d’articuler une approche de la profession d’archéologue et le propos de la conférencière sous différents points de vue. La culture patriarcale illustrée de multiples manières avec les révélations graves observées dans le domaine de l’archéologie perdure avec la misogynie.

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Pour citer cet articleNom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2022, consulté le XX mois 2022. URL :
AutriceLéa Grellier, étudiante en Bachelor
Contactlea.grellier@unil.ch
EnseignementSéminaire Sociologie des masculinités

Par Sébastien Chauvin et Estelle Rothlisberger

© Illustration : Viktoria Slowikowska, Pexels

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Comptes-rendus

Quand humour et lutte féministe se rencontrent ; la page Instagram MemesPourCoolKidsFeministes

Cette page Instagram est l’une des trois pages créés par Anna Toumazoff, influenceuse féministe et activiste, réalisant de la vulgarisation féministe et dénonçant entre autres le harcèlement sexuel subi par les femmes au quotidien et dans différents espaces.

A ‘’grands coups de hashtags’’, elle tente de faire changer les mentalités et met sur le devant de la scène médiatique des sujets pour le moins interpellants

A grands coups de memes (publications postées sur internet, généralement sur un réseau social, composées d’une image et d’un bref texte humoristique), Anna Toumazoff a fait le pari audacieux de faire avancer la lutte féministe grâce aux réseaux sociaux, notamment Instagram et Twitter. Pari amplement relevé : à ‘’grands coups de hashtags’’, elle tente de faire changer les mentalités et met sur le devant de la scène médiatique des sujets pour le moins interpellants.

A titre d’exemple, Anna Toumazoff a diffusé l’hashtag #UberCestOver, dénonçant et recensant les agressions subies par des utilisatrices de la part de chauffeurs de la compagnie Uber. Elle a ainsi mis en commun des centaines de témoignages, une partie de ceux-ci laissés en story permanente sur son compte Instagram, comme trace du vécu traumatisant de ces personnes. Ces témoignages glaçants ont rapidement eu un effet boule de neige ; le nombre de messages envoyés au compte MemePourCoolKidsFeministes n’ont fait qu’augmenter, témoignant des manquements de la société Uber face aux signalements faits sur l’application1.

Mais elle ne s’est pas arrêtée à cette seule dénonciation. Elle-même diplômée de Science Po, elle n’a pas hésité à médiatiser le scandale qui a touché cette université. A nouveau, de nombreux témoignages ont afflués vers son compte, racontant l’insuffisance des réactions de l’université face aux plaintes des élèves ayant subis des agressions sexuelles en son sein. Répondant également à des interviews télévisées, Anna Toumazoff a été la voix de ces personnes lui ayant confié leur témoignage d’agressions sexuelles. L’affaire n’en est pas restée là : plusieurs IEP (instituts d’études politiques) ont par la suite été visés par le même genre de témoignages2.

Plus récemment, Anna Toumazoff s’est attaquée à un sujet épineux après avoir reçu divers témoignages de personnes victimes de violences sexuelles ayant souhaité déposer plainte. Tout a commencé avec le recensement de témoignages attestant d’un dysfonctionnement profond dans la manière dont les personnes voulant déposer plainte pour violences sexuelles ont été reçues dans un commissariat français. Outrée par les paroles qui ont pu être prononcées par les policier-ères envers les personnes victimes de violences sexuelles, elle a dès lors relayé les témoignages et demandé à sa communauté de faire pression sur ce commissariat. A nouveau, l’impact fut grand : relayé par le journal Le Monde, une enquête a été ouverte sur ce même commissariat qui avait été pointé du doigt par les nombreux tweets d’Anna Toumazoff3.

Bien évidemment, le problème reste institutionnalisé et malheureusement trop souvent ignoré. En revanche, cela permet de mettre en lumière ce qu’il se passe dans de nombreux autres commissariats et de soulever et visibiliser cette problématique systémique. En somme, la lutte féministe se fait également via des réseaux sociaux tel qu’Instagram et non pas sans impacts, cette ouverture d’enquête en est la preuve.

A l’heure où le cyber harcèlement est de plus en plus visibilisé dans les débats, il semble important de mentionner l’importance de certaines plateformes dont cette page Instagram, pour l’éducation et les ressources qu’elles fournissent. La forme que prend le militantisme devient de plus en plus intrigante, aujourd’hui multiforme et dynamique. Sur les réseaux, une personne ayant une communauté suffisamment importante peut rendre concrète cette lutte très rapidement. Les ‘’minorités’’ sociales et les populations discriminées trouvent de plus en plus refuge sur ces plateformes et les pages recensant des témoignages sont de plus en plus présentes sur les réseaux.

Episodes à retenir

« Vous re-voulez quelque chose? », publication instagram

Exemple de meme que l’on peut retrouver sur la page Instagram. La publication fait référence à une problématique particulière : le harcèlement et les violences sexistes subies par les femmes. Dans la description, on remarque l’hashtag ‘’balancetonbar’’, repris par plusieurs comptes ayant pour but de lutter contre le ‘’Spiking’’ (fait de mettre de la drogue dans le verre de quelqu’un à son insu ou de lui l’injecter).

« #Double peine », publication instagram

Autre exemple du contenu que l’on peut trouver sur le compte. On retrouve sur cette publication une capture d’écran d’un des tweets d’Anna Toumazoff, témoignant du travail de repartage des témoignages qu’elle réalise.

Références

1 Forgar, S. (2019, novembre 22). #UberCestOver : Les témoignages glaçants de passagères Uber qui dénoncent leurs agressions sexuelles. Madame Figaro. https://madame.lefigaro.fr/societe/ubercestover-temoignages-glacants-de-passageres-uber-qui-denoncent-leurs-agressions-sexuelles-211119-168058

2 Fourmy, L. (2021, 19 février). Sciences porcs : quand la parole se libère dans les IEP. L’Etudiant. Consulté le 17 novembre 2021, https://www.letudiant.fr/etudes/iep/sciences-porcs-quand-la-parole-se-libere-dans-les-iep.html

3 Le Monde avec AFP. (2021, 13 octobre). Gérald Darmanin annonce l’ouverture d’une enquête sur l’accueil des victimes de violences sexuelles au commissariat de Montpellier. Le Monde. https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/10/13/gerald-darmanin-annonce-l-ouverture-d-une-enquete-sur-l-accueil-des-victimes-de-violences-sexuelles-au-commissariat-de-montpellier_6098196_3224.html

Autres ressources

Toumazoff, A., [@memespourcoolkidsfeministes], (n.d), from https://www.instagram.com/memespourcoolkidsfeministes/

Toumazoff, A., [@cequeveulentlesfemmes], (n.d), from https://www.instagram.com/cequeveulentlesfemmes/

Toumazoff, A., [@AnnaToumazoff], from https://twitter.com/AnnaToumazoff

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Pour citer cet articleNom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2021, consulté le XX mois 2021. URL :
PlateformeInstagram
AutriceManon Divorne
Contactmanon.divorne@unil.ch

© Illustration : Claudio Schwarz, Unsplash

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Comptes-rendus

Le droit aux origines : de l’adoption à la PMA

Conférences de Dominique Mehl et Catherine Fussinger

Compte-rendu par Nathan Coudray

Ces conférences s’inscrivent dans le cadre d’une série de conférences organisées par l’Université de Lausanne et du Centre Hospitalier Universitaire Vaudois autour du sujet du droit aux origines.

Dominique Mehl

Dominique Mehl est sociologue au CNRS et membres émérites du Centre d’étude des mouvements sociaux de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). La conférencière s’est beaucoup intéressée aux mouvements sociaux et à leurs relations avec des domaines tels que la santé, les médias ou la bioéthique notamment. Elle est l’autrice de nombreux ouvrages sur la procréation médicalement assistée (PMA) et en fait l’analyse depuis son intégration dans la loi française en 1994.

Dons de gamètes : anonymat et droit aux origines dans la loi de bioéthique française

La première loi sur la PMA en France constitue un tournant majeur en la matière. Cette loi a suscité de nombreux débats. En 1994, avec l’adoption de la loi de bioéthique, le principe d’anonymat du donneur est devenu central. Ni les donneurs, ni les receveurs ne peuvent se connaître, et les enfants issus du don ne peuvent rien savoir sur leur origine génétique. Cet anonymat, autant pour les donneurs que pour les receveurs, a suscité de nombreux débat avant et après l’adoption de la loi. Depuis 2020, ce principe fondateur est sur le point de changer avec l’arrivée d’une révision de la loi de bioéthique. Pour en comprendre les enjeux, Dominique Mehl met en avant plusieurs arguments qui avaient été mobilisés en 1994 pour justifier cet anonymat : 

Le premier argument repose sur le fait que la stérilité, critère essentiel pour bénéficier d’une procréation médicalement assistée légalement, est une affaire personnelle et ne doit pas être divulguée à son entourage ou à des tiers. Ainsi secret et anonymat sont très liés et tout cela relève d’une affaire de famille qui, elle seule, peut décider de divulguer cette information.

Le second argument est que le gamète n’est rien d’autre qu’une cellule corporelle qui pourrait être transféré dans n’importe quel corps et qui ne dispose d’aucune potentialité propre s’il n’est pas investi dans un projet parental. Ce n’est qu’un simple élément du corps humain.

Ainsi, et comme troisième argument, la conférencière met en avant que c’est le seul le projet des parents receveurs qui donne un futur et une compétence procréative à ce gamète. 

Enfin, comme dernier argument, Dominique Mehl justifie l’anonymat par l’importance de ne pas différencier une famille qui a eu recours à une PMA ou une autre famille. Le mode d’entrée au monde ne doit pas devenir un critère identifiable.

Cette doctrine de l’anonymat, que ce soit avant ou après la loi de 1994, est toujours contestée. Les arguments à l’encontre de celui-ci sont notamment que le gamète n’est pas une cellule neutre comparable à une autre mais est porteur d’hérédité, de culture parfois ou de maladies. Elle souligne cependant que bien que ces personnes soient contre l’anonymat, jamais celles-ci n’ont remis en cause officiellement l’attribution de la parentalité aux parents receveurs.

Cela reste toutefois un sujet contesté et débattu et de nombreuses questions sur cette loi restent en suspens. Faudrait-il intégrer le ou la donneur·euse dans le cadre familial une fois son identité connue ? Pourrait-il avoir un statut officiel ?

Néanmoins, la conférencière souligne que le débat de la procréation médicalement assistée évolue beaucoup avec le temps. Durant l’été 2021, la réforme de cette loi française donnera la possibilité à l’enfant d’obtenir les données du ou de la donneur·euse dès sa majorité. En effet, d’après les milieux médicaux, éthiques et sociologiques, il est clair que l’enfant dispose d’un héritage non-neutre du ou de la donneur·euse (ressemblances physiques, maladies héréditaires, etc.). La rupture de cet anonymat donnerait alors la possibilité à l’enfant de connaître ses racines et de se construire son identité.

Cela reste toutefois un sujet contesté et débattu et de nombreuses questions sur cette loi restent en suspens. Faudrait-il intégrer le ou la donneur·euse dans le cadre familial une fois son identité connue ? Pourrait-il avoir un statut officiel ? Qu’en est-il de la question des demi-sœurs et demi-frères ?

Finalement, beaucoup d’obstacles semblent encore se dresser sur le bon fonctionnement de cette loi, notamment celui de la perte d’anonymat qui pourrait freiner les donneur·euses qui voudraient rester anonymes. Ces donneur·euses resteraient aux confins de la parentalité, ni dedans, ni dehors.

Catherine Fussinger, CHUV

Catherine Fussinger est une chercheuse affiliée au CHUV et à l’Institut des humanités en médecine (IHM) de l’UNIL. Ses travaux portent notamment sur l’approche genre en médecine. 

Le droit aux origines dans la règlementation de la PMA en Suisse : introduction et mise en œuvre 

D’abord sans cadre légal, les premières directives officielles concernant la procréation médicalement assistée en Suisse font leur apparition dans les années 1980 à travers des premières initiatives contre la manipulation génétique (notamment pour limiter les dérives eugénistes et commerciales). Ces lois mettent en avant la transparence comme frein aux abus. 

En 2001, la première entrée en vigueur de la loi sur la procréation médicalement fait son apparition. Toujours sur cette base de transparence, elle donne le droit à l’enfant de savoir qui est le donneur. L’anonymat y est très important et l’enfant a ainsi le droit d’information mais pas le droit de contact.

Catherine Fussinger souligne que 2019 est une date marquante dans l’histoire de la PMA en Suisse car c’est à cette date que les premiers enfants issus de celle-ci atteignent leur majorité. Cela entraîne plusieurs controverses et la première révision de la loi sur la PMA. L’accès aux données du donneur y devient possible. La gestation pour autrui, le don d’embryons ou d’ovocytes y reste toutefois interdit. La conférencière insiste également sur le fait que la révision de cette loi est considérée par beaucoup comme une occasion ratée d’améliorer la situation au sujet du manque d’accompagnement dans les démarches notamment.

Selon Catherine Fussinger, beaucoup de chercheur·euses qui s’opposaient à cette possibilité de l’enfant d’obtenir des informations sur le donneur ont vu leur argumentaire évoluer au fil des années. Selon elle, la majorité est plutôt à tendance favorable maintenant que toutes et tous ont pu constater que les enfants issus de PMA ne présentent pas de risques supplémentaires que des enfants issus de procréation dite « classique ».

Les couples de même sexe ayant recours à la procréation médicalement ou aimablement assistée pour fonder leur famille

Avant le premier janvier 2018, aucun couple homosexuel n’avait accès à la double filiation. Plusieurs méthodes étaient utilisées par les couples homosexuels comme le recours à une clinique de fertilité à l’étranger ou une insémination artisanale en Suisse. Dans ces circonstances, la conférencière précise que l’enfant n’a, dans le meilleur des cas, qu’un seul parent reconnu. Concernant les couples d’hommes ayant recours à la gestation pour autrui (GPA) à l’étranger, car interdite en Suisse, seul le père qui a un lien génétique avec l’enfant était reconnu. Il est ainsi impossible pour le père ne partageant pas de lien génétique d’obtenir une filiation légale avec l’enfant.

Dès 2018, les couples homosexuels ont vu leur droit étendu en Suisse. Le père ou la mère du couple homosexuel est officiellement reconnu et le ou la deuxième partenaire peut, après un an de soins à l’enfant et de 6 mois à 2 ans de procédure légale, reconnaître la paternité ou maternité de celui-ci. D’après les enquêtes de la conférencière auprès de l’Association faîtière Familles arc-en-ciel, elle remarque une grande variation en fonction des cantons, ou même au sein des équipes.

Toutefois, Catherine Fussinger parvient à sortir des points convergents dans le devoir de transparence avec l’enfant. Celui-ci a le droit d’être informé quant à sa conception et ses origines. L’application de ce droit est vérifiée par un entretien effectué par un professionnel dès les 6 ans de l’enfant (ce n’est pas le cas pour les couples hétérosexuels) et on retrouve l’obligation de production de pièces attestant de la possibilité de l’enfant d’accéder à ses origines qui lui permettront de facilement accéder à ses origines. On peut donc remarquer que ces démarches sont absentes lorsqu’un couple hétérosexuel bénéficie d’un don de sperme.

Il subsiste toujours des discriminations pour les groupes sociaux minoritaires (couples homosexuels) en leur imposant des démarches plus restrictives.

De plus, la conférencière remarque que pour les couples de femmes ayant recours à un donneur privé, la convocation du droit aux origines peut être menaçant pour elles, car rien ne précise quel rôle le ou la donneur·euse privé·e obtiendra après cette procédure. A cause de cela, elle constate que certains couples de femmes ont vécu ces démarches comme une barrière à la double filiation par une mise en concurrence entre le ou la donneur·euse et la mère demandant ce statut. Toutefois, du point de vue des professionnel·le·s du milieu de l’adoption, il leur paraitrait normal, d’après Catherine Fussinger, que l’enfant puisse bénéficier du droit à l’origine en connaissant l’identité du donneur.

À ce sujet, de nombreuses associations LGBTQIA+ suisses ont lutté, pour le mariage pour toutes et tous dans la mesure où, selon la loi, le mariage est la seule clé d’accès à la filiation. C’est pourquoi il était, selon elle, important que le référendum aboutisse.

De cette manière, dès juin 2020, les deux mères mariées ont accès à la PMA et l’adoption avec une reconnaissance immédiate de l’enfant (suppression du délai d’au moins un an). Toutefois la loi a été durcie en décembre de la même année pour que ce ne soit applicable que si la PMA a été effectuée dans une clinique suisse, et ce afin de garantir le droit aux origines de l’enfant. Dès décembre 2020, l’accès a été ouvert à tous les couples (peu importe le sexe).

En conclusion, la conférencière propose de mettre en perspective les deux points de vues abordés précédemment : garantir le droit aux origines et assurer à l’enfant et à la famille la double filiation dès la naissance. Catherine Fussinger souligne à ce sujet qu’il subsiste toujours des discriminations pour les groupes sociaux minoritaires (couples homosexuels) en leur imposant des démarches plus restrictives. Elle insiste sur la nécessité de développer des connaissances en la matière, notamment pour éviter de faire du recours à la PMA un secret honteux. Celle-ci propose plutôt de l’intégrer à l’histoire familiale.

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Pour citer cet article Nom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2021, consulté le XX mois 2021. URL :
AuteurNathan Coudray, étudiant en Bachelor
Contactnathan.coudray@unil.ch
Enseignement Séminaire Le genre au coeur des inégalités sociales

Par Sébastien Chauvin et Annelise Erisman

© Illustration : Anna Shvets, Pexels

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Comptes-rendus

(D’)écrire la pandémie : de l’expérience individuelle à l’engagement collectif

Par Héléna Rajon, en collaboration avec Marjolaine Viret

VIRAL est un blog lancé par des médiateur.ices scientifiques du Service Culture et Médiation scientifique de l’Université de Lausanne. Il propose de croiser différents regards sur le vécu de la pandémie. Il est divisé en trois sections distinctes, organisées autour de la temporalité de la crise sanitaire et de sa suite ; apprendre du passé, documenter le présent et penser le futur. 

Au centre de cette démarche, ce sont les expériences individuelles en société durant la pandémie qui sont restituées, autrement dit la manière de chacun.e de percevoir et de raconter ce qui l’entoure. Ce projet collectif, a permis de poser un regard sur le vécu des personnes « oubliées » et « invisibilisées » lors de la pandémie. Que pouvons-nous apprendre des connaissances antérieures ? Comment récolter ces récits et leur donner du sens ? Quelles perspectives en tirer pour l’avenir ? 

Récits individuels d’une expérience partagée

Pour répondre à ces questions, les étudiant.es sont allé.es à la rencontre de différent.es acteur.ices, qu’iels soient ouvrier.ère.s, caissier.ère.s ou art-thérapeutes, pour recueillir leurs expériences et leurs récits. Ces onze enquêtes visent à en rendre compte sur un mode narratif particulier, celui de l’écriture subjective1

Dans une perspective socio-historique, si le fait de se préoccuper de la santé des populations est aujourd’hui un incontournable de la santé publique, il n’en a pas toujours été ainsi. Depuis que la mort est devenue un événement sur lequel il est possible d’agir et que la capacité productive des individus devient importante pour les Etats, la tendance – et la tentation – d’une prise en charge globale se fait sentir. Comme le relève Jean-Pierre Dozon2

« Dans l’attention portée à soi, éclairée par les indications de la biomédecine il y a tout l’espace d’une acculturation qui fait que ce corps et cette santé ne lui appartiennent pas entièrement qu’ils sont également choses collectives intéressant son employeur (…) son fonds de pension, et (…) son pays qui semble le vouloir vivant et alerte le plus longtemps possible »

Dozon, 2001, p. 42

Personnifier l’expérience

L’analyse de cette crise sanitaire peut se réaliser à différentes échelles. D’abord, la gestion de la pandémie par nos Etats se traduit par des mesures sanitaires telles que le port du masque ou la distanciation sociale. Ensuite, les outils de mesure employés se focalisent beaucoup sur les chiffres comme indicateurs de l’évolution de la situation. Ajoutons à cela, l’incitation à s’adapter et la capacité à faire face à l’épreuve qui sont aujourd’hui devenues des valeurs clé de la société occidentale4

Dès lors, comment concilier ces impératifs collectifs et les enjeux particuliers, propres à certains publics ? Nous avons cherché à rendre compte autrement des enjeux de santé publique différemment des statistiques et à révéler ces disparités interindividuelles.

Nous nous sommes intéressé.e.s aux expériences sur plusieurs plans : environnement, objets, pratiques (activités, gestes), socialité (sentiments moraux, valeurs, normes, croyances). Au moyen d’entretiens et d’observations, cette démarche a permis de saisir les expériences à la fois partagées et pourtant pluri-formes de l’existence de différent.es acteur.ices. 

Entre révélatrice et reconfigurations : autres impacts de la crise sanitaire

Le COVID-19 a souvent mis à mal les relations sociales en poussant à l’isolement, l’incompréhension ou encore l’inactivité, de manière parfois bien problématique pour certaines populations – notamment pour les enfants en situation de handicap et leurs proches. Toutefois, la pandémie fut également un révélateur de la centralité de certaines professions, notamment dans le domaine de la vente, ou encore des soins. Elle a mis en lumière la dimension créatrice des innovations dans les pratiques sociales (p. ex. nouvelles plateformes de communication) et le rôle de l’expertise. Est apparue finalement la nécessité pour une société en pleine crise d’intégrer des dimensions plus humaines, telles que les relations sociales et le soin porté aux autres, pour (re)-construire le monde de demain. 

Episodes à retenir

Les caissières de supermarché à l’épreuve du Covid-19 en Suisse

Une enquête de Clémence Danesi et Léonore Vuissoz

Des jeunes diplomé·e·s sur le marché du travail en période de pandémie

Une enquête de Thomas Défago et Florine Gashaza

Le « plus vieux métier du monde » en crise face à la pandémie

Une enquête de Carla Gosteli, Guillaume Pauli et Viviane Adler

Adaptation du monde ouvrier : une épreuve en temps de pandémie

Une enquête de Charlie Gantet et Grégoire Noël

Créer pour nous raconter en temps de pandémie

Une enquête dans le milieu de l’art-thérapie de Pierre Bidaux, Marianne Gabastou et Héléna Rajon

Donner naissance en temps de pandémie

Une enquête de Mathilde Bertuol, Damien Mioranza et Juliana Rodrigues Roza

Tensions en temps de pandémie, des conceptions thérapeutiques a la vie quotidienne

Une enquête dans la communauté anthroposophique de Giulia Diletta Cammarata et José Revollo Patscheider

« Je trouve que dieu a été très inspirant pour moi qui croit en lui ». La traversée de la pandémie de quatre représentant·es religieux·euses

Une enquête de Matilda Bianchetti et Marie Reynard

Militantisme et covid-19 : la lutte continue

Une enquête de Nadège Pio et Antonin Wyss

L’expérience d’enfants sur le spectre autistique en temps de pandémie

Une enquête de Natacha Jeannot et Géraldine Saugy

L’expert·e exposé·e. : partie 1. Expériences de scientifiques mediatisé·e·s durant la pandémie de covid-19. Partie 2. L’expert·e face à la société

Une enquête de Nuria Medina Santana et Marjolaine Viret

Notes

1Dans une même démarche, ici : en établissement psychiatrique, l’auteure Joy Soreman3 restitue l’expérience de certain.e.s patient.e.s par le biais d’une écriture subjective.

Références

2Dozon, J.-P. (2001). « Quatre modèles de prévention », dans Dozon, J.-P. et Fassin, D. (dir.). Critique de la santé publique (p. 23-46). Paris, Balland.

3Soreman, J.  (2021). A la folie. Paris, Flammarion, consulté en ligne : https://flipbook.cantook.net/?d=%2F%2Fwww.edenlivres.fr%2Fflipbook%2Fpublications%2F664493.js&oid=6&c=&m=&l=&r=&f=pdf

4Stiegler, B. (2019). « Il faut s’adapter » Sur un nouvel impératif politique. Paris : Gallimard, Coll. NRF Essais.

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Pour citer cet article Nom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2021, consulté le XX mois 2021. URL :
PlateformesBlog VIRAL, site
AutriceHéléna Rajon, étudiante en master en Sciences sociales, orientation Corps, science et santé
Contacthelena.rajon@unil.ch

© Illustration : cottonbro, Pexels

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Gregoire Simpson : la sociologie à portée des médias sociaux

Se présentant sur son profil Twitter comme voulant faire « de la vulga fouillée et pas trop chiante », Gregoire Simpson utilise les réseaux sociaux pour rendre la sociologie accessible à travers des vidéos et des « threads » tout en gardant un côté comique. 

Des supports vidéos pédagogiques et ludiques…

Sur Youtube, les vidéos abordent des thématiques comme le raisonnement sociologique ou le sens de la vie selon Bourdieu. Gregoire Simpson développe les divers sujets abordés, son propos étant illustré par des extraits de films, de vidéos, de mèmes d’internet ou encore d’entretiens. Ses vidéos sont très riches et denses en information, mais le côté humoristique et les liens avec l’actualité permettent une compréhension complète des sujets abordés. 

La première vidéo de sa chaîne Youtube intitulée « Bourdieu, le sens de la vie » s’appuie sur le livre de Pierre Bourdieu « Méditations pascaliennes ». Selon lui, l’existence humaine n’a pas de sens ni de raison particulière. Cependant, les sociétés, à travers les symboles, donnent une justification à la condition humaine. La sociologie permet alors de « décoder » les symboles donnés d’une société. 

©Pixabay

La trilogie de vidéos suivante se concentre sur le raisonnement sociologique. La première vidéo revient sur les notions développées par Jean-Claude Passeron. En effet, Passeron a démontré que les sciences sociales sont des sciences non-universelles et sont donc dépendantes d’un contexte socio-historique précis. La deuxième poursuit cette réflexion sur la valeur scientifique de la sociologie. La réponse se trouve dans la multiplication d’études de contextes variés pour appuyer une théorie sociologique et ainsi augmenter sa crédibilité scientifique. La dernière vidéo donne un exemple qui démontre sa réflexion, en présentant la vidéo d’un doctorant en psychologie évolutionniste, Stéphane Debove. Le youtubeur démontre alors en quoi son raisonnement n’est pas sociologique car il ne prend pas en compte le contexte socio-historique dans son étude. 

Aux thread twitter accessibles

Tout comme dans ses vidéos, ses résumés d’articles scientifiques en sociologie sur Twitter sont accompagnés d’images animées (GIF) et d’un vocabulaire familier qui permet de découvrir et de comprendre plus facilement le propos de l’article présenté. Les résumés d’articles abordent plusieurs sujets comme les streameur.ses.s de jeu vidéo ou encore la domination des hommes sur les femmes en Nouvelle-Calédonie.

Entre scientificité et accessibilité : un défi à relever

En bref, la chaîne Youtube et le compte Twitter de Gregoire Simpson sont utiles pour les étudiant.e.s commençant leurs études en sciences sociales (en particulier pour les notions abordées dans la trilogie de vidéos sur le raisonnement sociologique) ou tout simplement pour découvrir des articles ou des thématiques nouvelles.

On peut cependant regretter la perspective théorique restreinte abordée par Gregoire Simpson, qui se focalise essentiellement sur des auteurs masculins, porteurs d’une tradition sociologique structuraliste passablement déterministe qui n’est nullement représentative de la diversité des travaux en sociologie. Une ouverture à d’autres perspectives et d’autres auteur.ice.s pourrait être souhaitable dans la suite de ses présentations. 

Si vous êtes intéressé.e.s par ses sujets ou que vous êtes à quelques semaines des examens sans avoir compris Passeron, Popper ou Bourdieu, la chaîne Youtube et le Twitter de Gregoire Simpson sont faits pour vous !

Episodes à retenir

Le raisonnement sociologique, trilogie de vidéos

Gregoire Simpson. (2020b, octobre 18). LA SOCIOLOGIE, UNE SCIENCE À PART  |  Jean-Claude Passeron.

Le sens de la vie selon Bourdieu, vidéo Youtube

Gregoire Simpson. (2020a, septembre 20). BOURDIEU, LE SENS DE LA VIE  | Méditations pascaliennes.

Thread de résumé d’articles sur Twitter

Gregoire Simpson [@GregoireSimpson]. (2021, 13 mai). Un thread pour rassembler tous mes threads/résumés d’articles de socio [Tweet]. Twitter.

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Pour citer cet article Nom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2021, consulté le XX mois 2021. URL :
PlateformesYoutube et Twitter
Autrice Nora Thaçi, étudiante en Bachelor
Contactnora.thaci@unil.ch

©Gregoire Simpson, Twitter

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« Le coeur sur la table » : à l’écoute de la révolution romantique

Par Hermance Chanel

Après Les couilles sur la table, Victoire Tuaillon nous conquiert une fois de plus grâce à son nouveau podcast : Le coeur sur la table, tous deux produits par Binge Audio. Dès septembre 2021, de nouveaux épisodes viendront succéder aux 9 premiers, complétant ainsi la première saison.

La révolution de l’amour     

Victoire Tuaillon nous transporte dans la réflexion de la « révolution romantique » qui est, selon elle, en train de se produire. Cette révolution romantique, intimement liée aux luttes féministes, nous permet de (re)découvrir le sentiment amoureux inscrit dans notre vie de tous les jours, dans différents types de relations, et non uniquement cantonné à nos relations de couple.

La révolution romantique transforme la manière dont nous nous aimons et permet ainsi d’obtenir des relations plus égalitaires. 

Cette révolution nous permet de penser l’amour de manière politique, par exemple en réfléchissant à la question du mariage homosexuel, dont il est question pour les prochaines votations en Suisse. Ainsi, la révolution romantique transforme la manière dont nous nous aimons et permet ainsi d’obtenir des relations plus égalitaires. 

Chaque épisode se focalise sur une thématique, abordant notamment les normes dans les couples et les rôles différenciés entre femmes et hommes, les différentes formes de relations, la socialisation genrée, les mythes amoureux, l’influence de la famille dans notre perception et compréhension de l’amour, le rapport au corps, le soin apporté ou non à la relation, etc. Tuaillon retrace ainsi le sentiment amoureux à travers les époques mais aussi à travers les phases de vie en partant de l’enfance pour arriver jusqu’à l’âge adulte. Les frontières entre la sexualité et l’intimité, les relations amoureuses et les relations amicales, les « plans culs » et les relations de couples, sont selon elle, en plein questionnement et réamménagement. La société sortirait donc petit à petit de la binarité étouffante et contraignante auquel elle s’accroche tant. 

Cette émission, en plus de nous amener à réfléchir à l’amour et aux relations amoureuses, encourage les auditeur·ice·s à une introspection sur les liaisons qu’ils et elles ont déjà entrepris ou sont en train de vivre. Elle permet d’aborder des thèmes trop peu discutés et trop souvent ignorés à l’instar du consentement, de la différence entre séduction et harcèlement, de la monogamie, etc. Même si les épisodes ne durent qu’entre 20 et 60 minutes, ils suscitent pourtant une réflexion pouvant ensuite être approfondie avec les ressources complémentaires proposées sur le site de Binge Audio, comme l’ouvrage de bell hooks intitulé Tout le monde peut être féministe. De plus, cette émission constitue une bonne porte d’entrée pour entamer des discussions avec nos proches, nos ami·e·s et nos amoureux·euses.

©Binge.audio, Le coeur sur la table

Des dialogues, des positionnements et des expériences

Une fois de plus, Tuaillon nous transporte dans son propre univers avec une musique de fond électro très entrainante. En outre, les épisodes sont rythmés par une voix off acérée, traduisant le dialogue interne de la journaliste, amenant à la fois une touche très personnelle à l’expérience tout en éclairant l’expérience collective. Dès le premier épisode, Tuaillon explique adorer être amoureuse et que ce sentiment occupe une grande place dans sa vie. Elle partage ses réflexions et interrogations, ses propres expériences amoureuses, ce qui amène une véritable complicité avec ses auditeur·ice·s, tout en situant ses propos au regard de ses caractéristiques sociales – elle se définit comme femme, cisgenre, blanche et hétérosexuelle. 

Tuaillon retrace le sentiment amoureux à travers les époques mais aussi à travers les phases de vie en partant de l’enfance pour arriver jusqu’à l’âge adulte. Les frontières entre la sexualité et l’intimité, les relations amoureuses et les relations amicales, les « plans culs » et les relations de couples, sont selon elle, en plein questionnement et réamménagement. 

Victoire Tuaillon propose dans cette émission d’analyser l’amour comme un fait social, d’un point de vue politique et non pas individuel. Pour cela, elle base ses recherches sur de nombreux livres, essais et groupes de paroles, amenant d’une part des connaissances concrètes et scientifiques et d’autre part, des témoignages plus personnels, tout aussi pertinents. Les groupes de paroles apportent des points de vue nuancés, avec des individus aux positionnements de genre, de race, d’âge, de classe, d’orientation sexuelle différents. 

Pour compléter ce dialogue intérieur et les échanges collectifs, chaque épisode accueille des expert·e·s, amenant ainsi une diversité de points de vue. Les interviewé·e·s parlent à partir d’une perspective sociologique, mais aussi psychologique, philosophique, linguistique, féministe ou politique. Au fur et à mesure des épisodes, de nombreuses sources sont citées démontrant ainsi l’immense travail de recherche que la journaliste a entrepris pour réaliser ce podcast. 

De l’expérience individuelle à l’épreuve collective

            Toutefois, en écoutant ce podcast, il est possible de ressentir une vague de démoralisation s’abattre sur l’auditeur·ice : comment construire des relations saines dans ce monde hétéronormatif et patriarcal ? Victoire Tuaillon est également passée par cette douloureuse prise de conscience et met en lumière les aspects positifs de cette déconstruction du sentiment amoureux, nous offrant des ébauches de solutions. En effet, se rendre compte des contraintes qui nous entourent permet ensuite de s’en libérer progressivement pour commencer à vivre de nouvelles relations, en espérant que celles-ci soient plus harmonieuses. 

Et puis, si vous n’aimez pas les podcasts audios pour une quelconque raison, il sera possible de retrouver Le coeur sur la table sous forme de livre à partir du 13 octobre 2021 ! De notre côté, nous nous réjouissons de la suite de la saison. 

Episodes à retenir : conseils d’écoute

Prologue : C’est une amoureuse qui vous parle.

Dans ce prologue, Tuaillon explique pourquoi elle a décidé de créer un podcast sur l’amour et les relations. Elle casse les clichés sur cette thématique pour entreprendre une analyse scientifique. Elle explique aussi que l’amour est un sujet important et qu’il faut le comprendre d’un point de vue politique et non pas individuel. 

Épisode 2 : Le plan cul et la vieille fille à chats.

Dans cet épisode, Tuaillon parle du célibat et de la place prépondérante qu’occupe le couple dans notre société. À travers différents témoignages, elle explore les autres manières de s’épanouir sentimentalement, que cela soit dans une relation amoureuse ou dans une relation amicale, et ce que ce type de relations a à nous offrir. 

Épisode 6 : Le chasseur et la proie.

Dans cet épisode, Tuaillon démontre la confusion qu’il y a entre séduction et harcèlement en prenant l’exemple d’un « coach en séduction ». On décortique ainsi les relations hommes-femmes en abordant des thèmes comme la friendzone et la fuckzone. Le thème de l’amitié est aussi traité à travers différents témoignages. 

Épisode 8 : Devenir chèvre. 

Dans cet épisode, Victoire Tuaillon traite du rapport au corps et des défis rencontrés pour accepter son propre corps. Elle montre comment notre corps influence notre vie quotidienne et nos relations avec les autres.

Autres ressources

Binge Audio. (s.d.). Disponible à l’adresse : https://www.binge.audio

hooks, bell. (2020). Tout le monde peut être féministe. Paris, France : Divergences.

Tuaillon, V. (à paraître). Le coeur sur la table. Paris, France : Binge Audio.

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Pour citer cet article Nom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2021, consulté le XX mois 2021. URL :
Plateformes Disponible sur toutes les applications de podcast, Spotify, Youtube, etc. et sur le site de Binge.audio
Autrice de l’articleHermance Chanel, étudiante en Bachelor
Contacthermance.chanel@unil.ch

© Visuel du podcast Le coeur sur la table, Binge audio.