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La diaspora Erythréenne en Suisse : deux camps opposés

Par Nouria Zeggani

basé sur un travail écrit en collaboration avec Chloé Biondo.


La diaspora Erythréenne


La Suisse est l’une des destinations d’exil privilégiées par la communauté́ érythréenne, première population demandeuse d’asile en Suisse. Dispersée en raison de la migration, la population érythréenne compte un tiers d’individus vivant hors du pays  (Gouery & Jeangene Vilmer, 2014: 10) . Cette réalité́ est due entre autres à l’instauration du service national obligatoire à durée indéterminée. Instauré en 2002, il n’a pas pour seul objectif de « défendre le pays, mais aussi de le reconstruire suite à la guerre d’indépendance et de propager l’idéologie nationale »5

Bien qu’une partie considérable de la population érythréenne vive hors du territoire national, les liens au pays d’origine demeurent importants à travers le soutien à la famille et la redevance de 2%5 à l’État, aussi appelée « taxe de reconstruction » sans laquelle aucun retour aux pays n’est possible.

Qu’en est-il alors du sentiment d’appartenance au pays d’origine ? Existe-il un sentiment d’appartenance à une communauté érythréenne résidant en Suisse ? La relation au pays d’origine influe-t-elle sur les liens créés dans le pays d’accueil ?

Guerre d’indépendance3
L’Érythrée, ancienne colonie italienne, à la fin de la seconde guerre mondiale fut donnée à l’Éthiopie par les nations unies en 1950 dans le but d’en faire une province autonome d’un état fédéral socialiste. Dès 1961, sous les ordres du général Isayas Afwärqi, une lutte armée commence qui par l’indépendance de l’Érythrée en 1993. Isayas Afwärqi devenu président, avec le front populaire pour la démocratie et la justice (FPDJ), anciennement le Front populaire de libération de l’Érythrée (FPLE), instaure le service national qui consistant à 6 mois de formation et 1 ans à l’armée ou dans une institution civile étatique. « Tous les citoyens n’ayant pas participé à la guerre pour l’indépendance » y sont contraint, hommes et femmes de 18 à 40 ans. Suite au conflit Erythrée-Etiopie de 1998 à 2000, le service national est prolongé indéfiniment. Impactant aussi sur plusieurs libertés primaires, le service national est considéré comme une forme de travail forcé et est symptomatique d’un état totalitaire et autoritaire.


Faire groupes au sein de la communauté

D’après Brubaker2, il serait préférable de penser l’appartenance communautaire comme un processus et de prendre comme catégorie d’analyse non pas les groupes en soi, mais la manière de faire groupes. En effet, plutôt que de partir du principe qu’un groupe en est un, il s’agit de chercher dans les discours, les actes quotidiens, la manière dont les personnes concernées soulignent ou transgressent les frontières pour faire et défaire les groupes. Ainsi, des facteurs extérieurs peuvent influer aussi sur le maintien du groupe. Il peut s’agir notamment de l’État et des institutions qui sont rattachées, de partis politiques, d’association à l’origine de mouvements sociaux ou encore d’églises6.

Du pays…à la diaspora : une fracture

Il est ressorti des principaux entretiens menés que la population Erythréenne résidant en Suisse est partagée entre anti- et pro-gouvernement erythréen. En effet, la communauté est « divisée en deux », en termes de « pour » ou « contre » (le gouvernement) selon nos interlocuteurs. Si cette division est prégnante au sein de la population en Erythrée, elle l’est aussi au sein de la diaspora. La position face au gouvernement semble être une composante majeure de l’identité́ politique d’un.e Erythréen.ne et joue comme un marqueur social. 

Démarche méthodologique
Nous avons rencontré quatre interlocuteurs (Adiyam*, Efrem*, Maikel*, Abel*), de première génération de migration (ayant vécu en Érythrée) autant que de seconde génération (enfants de la diaspora). Nous avons ainsi pu récolter leurs témoignages sur leur lien direct ou indirect avec le pays d’origine, ainsi que les différents liens formés dans la diaspora érythréenne suisse. La prise de contact avec nos interlocuteurs s’est avérée être un défi. Parfois les interviewés refusaient d’aborder un sujet car traumatique, ne répondaient à nos sollicitations, venaient à des interview sans s’annoncer et sans que nous n’ayons eu de contacts avec, accompagnant un interviewé, ou par le biais du bouche-à-oreille.

Selon les dires d’Adiyam, il s’agit d’un élément engendrant une forme d’altérité́ au-delà̀ des frontières nationales : 

« Du coup dans la diaspora, tu as ce clivage clairement. On a deux communautés. Tu vas avoir la communauté́ pro et la communauté́ contre. »

Adiyam

Selon lui, l’appartenance à l’un ou l’autre des groupes relève moins d’idées politiques personnelles, mais repose sur des affiliations à des factions communautaires et familiales. Loin de former une « communauté » diasporique unifiée – présupposé souvent répandu dans les écrits sur les diasporas, la population érythréenne est divisée en deux communautés qui se différencient par des clivages socio-politiques.

Ancien et nouveau 

Le clivage se retrouve à cheval sur un autre clivage qui construit et est construit par le positionnement pro et anti gouvernemental. En effet, celui-ci est aussi la consequence de deux vagues mirgatoires distinctes. Une premiere plus ancienne constituée de personne fuyant la guerre et une seconde plus recente, celle des exilées. Les anciens et les nouveaux. Le premier terme renvoie aux générations ayant émigré il y a plusieurs dizaines d’années, au moment de l’indépendance, et ont transmis l’image du pays à leurs enfants. En opposition, le terme « nouveaux » désigne ceux et celles qui viennent de quitter l’Érythrée, qui « ont vécu la réalité́ de la chose, du système politique érythréen ». Ce clivage est abordé par nos interlocuteurs : Adiyam mentionne par ailleurs une institution spécialement destinée aux jeunes de la diaspora, participant à la célébration du pays d’origine lointain appelée Youth People’s Front for Democracy and Justice1. Le clivage entre pro et opposants et/ou celui entre anciens et nouveaux est donc rendu significatif par les organisations qui mobilisent la catégorisation politique.


Pro ou anti : quand les clivages politiques organisent la vie communautaire

Ce clivage organise en grande partie la vie sociale des Erythréens en Suisse, puisqu’il participe à la formation des organisations communautaires. Selon Adiyam, il existe des institutions au sein des communautés érythréennes, qui non seulement témoignent du clivage pro-opposants mais le pérennisent également : 

« On s’aime pas, on fait pas les mêmes fêtes. On va fêter l’indépendance [de l’Érythrée] : ils vont faire leur fête, on va faire la nôtre. […] On a des églises séparées opposants et église érythréenne pro. […]». 

Adiyam

Alors que ces structures ont pour rôle premier de matérialiser le sentiment d’appartenance communautaire à travers des actes d’entraide et de solidarité́ lors d’évènements comme les mariages et les enterrements, elles renforcent également ce clivage politique. Adiyam témoigne de la manière dont cette fracture est reflétée au sein des centres communautaires, qui recrutent et excluent des membres selon ce critère.

La position politique face au gouvernement est une composante majeure de l’identité́ d’un·e Erythréen·ne.

Ces rivalités sont allées jusqu’à la dénonciation de certaines activités à l’ambassade, débouchant sur des interdictions de retours au pays. À nouveau, la position politique face au gouvernement est mobilisée par les membres de l’association pour distinguer un “eux” du “nous” et exclure les premiers des activités de l’association. Conscients que la politique est source de conflits, trois de nos interlocuteurs insistent sur le fait que l’ « on ne peut pas parler politique avec n’importe qui ». Cette censure, développée à l’échelle individuelle, participe aussi à la réification du clivage entre « eux » et « nous ».


Au-delà de la fracture idéologique


Comme observé auparavant, la constitution d’un lien communautaire en Suisse par la communauté́ érythréenne s’effectue par la réification de la catégorie politique. Cette construction de l’identité́ communautaire dans la diaspora érythréenne passe par le soutien des organisations autant que par les “everyday actions”2 qui marquent l’appartenance à un groupe et/ou le rejet du groupe adverse. Cependant, plusieurs aspects des témoignages récoltés soulignent des stratégies permettant de contourner le clivage.

Il s’agit de faire ressortir ce qui les rapproche comme le terme « habasha » nous l’apprend.


Celles-ci peuvent passer par la minimisation du clivage comme Maikel qui ressent une tension, mais la dépeint comme minime et s’arrêtant à la politique. Elles peuvent être de l’ordre d’un simple évitement de sujet comme Abel semble le faire. Elles peuvent être autant un acte proche du militantisme, en déconstruisant volontairement les séparations attendues à la manière dont Efrem revendique ses efforts d’accueil de la nouvelle génération. Et elles sont, de manière générale, une façon de faire prévaloir la culture, les langues, les expériences et les origines communes comme Adiyam le verbalise, et comme Efrem, Abel et Maikel le sous-entendent. Il s’agit de faire ressortir ce qui les rapproche comme le terme « habasha » nous l’apprend. En effet, Adiyam explique que lorsqu’elle croise une personne érythréenne ou éthiopienne, c’est par ce terme, intraduisible et qui semble faire référence à ce qu’ils ont de commun, qu’ils et elles s’identifient.

Notes

1Le YPFDJ est une organisation nationaliste de la jeunesse issue de la diaspora érythréenne. Il s’agit d’une branche de l’organisation du Front populaire pour la démocratie et la justice, qui gouverne l’Erythrée en tant que parti unique.

Références

2Brubaker, R. (2002), “Ethnicity without groups” in: Archives Européennes de Sociologie, Vol. 43, No. 2, Études critiques, Cambridge University Press, pp. 163-189. h​ ttps://www.jstor.org/stable/23999234 

3Bozzini, D. (2014). Surveillance, répression et construction collective de l’insécurité en Érythrée. Politique africaine (Paris, France : 1981)135(3), 137–157. https://doi.org/10.3917/polaf.135.0137

4Gouéry, F. Jeangène Vilmer, J.-B. (2014). Erythrée : entre splendeur et isolement. Paris : Non lieu. 

5Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) (2015). Rapport EASO : Erythrée, étude de pays (Résumé). Berne-Wabern : Confédération suisse. P. 2 et 4.

6Brubaker, R. (2002). op. cit., p. 172

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Pour citer cet article Nom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2021, consulté le XX mois 2021. URL :
Autrices Nouria Zeggani et Chloé Biondo, étudiantes de Master en sciences sociales
Contact nouria.zeggani@unil.ch
Enseignement Cours Local/glogal : enjeux, débats et terrains en anthropologie

Par Anne-Christine Trémon et Lucas Gatignol

© Illustration : Pexels

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Comptes-rendus

(D’)écrire la pandémie : de l’expérience individuelle à l’engagement collectif

Par Héléna Rajon, en collaboration avec Marjolaine Viret

VIRAL est un blog lancé par des médiateur.ices scientifiques du Service Culture et Médiation scientifique de l’Université de Lausanne. Il propose de croiser différents regards sur le vécu de la pandémie. Il est divisé en trois sections distinctes, organisées autour de la temporalité de la crise sanitaire et de sa suite ; apprendre du passé, documenter le présent et penser le futur. 

Au centre de cette démarche, ce sont les expériences individuelles en société durant la pandémie qui sont restituées, autrement dit la manière de chacun.e de percevoir et de raconter ce qui l’entoure. Ce projet collectif, a permis de poser un regard sur le vécu des personnes « oubliées » et « invisibilisées » lors de la pandémie. Que pouvons-nous apprendre des connaissances antérieures ? Comment récolter ces récits et leur donner du sens ? Quelles perspectives en tirer pour l’avenir ? 

Récits individuels d’une expérience partagée

Pour répondre à ces questions, les étudiant.es sont allé.es à la rencontre de différent.es acteur.ices, qu’iels soient ouvrier.ère.s, caissier.ère.s ou art-thérapeutes, pour recueillir leurs expériences et leurs récits. Ces onze enquêtes visent à en rendre compte sur un mode narratif particulier, celui de l’écriture subjective1

Dans une perspective socio-historique, si le fait de se préoccuper de la santé des populations est aujourd’hui un incontournable de la santé publique, il n’en a pas toujours été ainsi. Depuis que la mort est devenue un événement sur lequel il est possible d’agir et que la capacité productive des individus devient importante pour les Etats, la tendance – et la tentation – d’une prise en charge globale se fait sentir. Comme le relève Jean-Pierre Dozon2

« Dans l’attention portée à soi, éclairée par les indications de la biomédecine il y a tout l’espace d’une acculturation qui fait que ce corps et cette santé ne lui appartiennent pas entièrement qu’ils sont également choses collectives intéressant son employeur (…) son fonds de pension, et (…) son pays qui semble le vouloir vivant et alerte le plus longtemps possible »

Dozon, 2001, p. 42

Personnifier l’expérience

L’analyse de cette crise sanitaire peut se réaliser à différentes échelles. D’abord, la gestion de la pandémie par nos Etats se traduit par des mesures sanitaires telles que le port du masque ou la distanciation sociale. Ensuite, les outils de mesure employés se focalisent beaucoup sur les chiffres comme indicateurs de l’évolution de la situation. Ajoutons à cela, l’incitation à s’adapter et la capacité à faire face à l’épreuve qui sont aujourd’hui devenues des valeurs clé de la société occidentale4

Dès lors, comment concilier ces impératifs collectifs et les enjeux particuliers, propres à certains publics ? Nous avons cherché à rendre compte autrement des enjeux de santé publique différemment des statistiques et à révéler ces disparités interindividuelles.

Nous nous sommes intéressé.e.s aux expériences sur plusieurs plans : environnement, objets, pratiques (activités, gestes), socialité (sentiments moraux, valeurs, normes, croyances). Au moyen d’entretiens et d’observations, cette démarche a permis de saisir les expériences à la fois partagées et pourtant pluri-formes de l’existence de différent.es acteur.ices. 

Entre révélatrice et reconfigurations : autres impacts de la crise sanitaire

Le COVID-19 a souvent mis à mal les relations sociales en poussant à l’isolement, l’incompréhension ou encore l’inactivité, de manière parfois bien problématique pour certaines populations – notamment pour les enfants en situation de handicap et leurs proches. Toutefois, la pandémie fut également un révélateur de la centralité de certaines professions, notamment dans le domaine de la vente, ou encore des soins. Elle a mis en lumière la dimension créatrice des innovations dans les pratiques sociales (p. ex. nouvelles plateformes de communication) et le rôle de l’expertise. Est apparue finalement la nécessité pour une société en pleine crise d’intégrer des dimensions plus humaines, telles que les relations sociales et le soin porté aux autres, pour (re)-construire le monde de demain. 

Episodes à retenir

Les caissières de supermarché à l’épreuve du Covid-19 en Suisse

Une enquête de Clémence Danesi et Léonore Vuissoz

Des jeunes diplomé·e·s sur le marché du travail en période de pandémie

Une enquête de Thomas Défago et Florine Gashaza

Le « plus vieux métier du monde » en crise face à la pandémie

Une enquête de Carla Gosteli, Guillaume Pauli et Viviane Adler

Adaptation du monde ouvrier : une épreuve en temps de pandémie

Une enquête de Charlie Gantet et Grégoire Noël

Créer pour nous raconter en temps de pandémie

Une enquête dans le milieu de l’art-thérapie de Pierre Bidaux, Marianne Gabastou et Héléna Rajon

Donner naissance en temps de pandémie

Une enquête de Mathilde Bertuol, Damien Mioranza et Juliana Rodrigues Roza

Tensions en temps de pandémie, des conceptions thérapeutiques a la vie quotidienne

Une enquête dans la communauté anthroposophique de Giulia Diletta Cammarata et José Revollo Patscheider

« Je trouve que dieu a été très inspirant pour moi qui croit en lui ». La traversée de la pandémie de quatre représentant·es religieux·euses

Une enquête de Matilda Bianchetti et Marie Reynard

Militantisme et covid-19 : la lutte continue

Une enquête de Nadège Pio et Antonin Wyss

L’expérience d’enfants sur le spectre autistique en temps de pandémie

Une enquête de Natacha Jeannot et Géraldine Saugy

L’expert·e exposé·e. : partie 1. Expériences de scientifiques mediatisé·e·s durant la pandémie de covid-19. Partie 2. L’expert·e face à la société

Une enquête de Nuria Medina Santana et Marjolaine Viret

Notes

1Dans une même démarche, ici : en établissement psychiatrique, l’auteure Joy Soreman3 restitue l’expérience de certain.e.s patient.e.s par le biais d’une écriture subjective.

Références

2Dozon, J.-P. (2001). « Quatre modèles de prévention », dans Dozon, J.-P. et Fassin, D. (dir.). Critique de la santé publique (p. 23-46). Paris, Balland.

3Soreman, J.  (2021). A la folie. Paris, Flammarion, consulté en ligne : https://flipbook.cantook.net/?d=%2F%2Fwww.edenlivres.fr%2Fflipbook%2Fpublications%2F664493.js&oid=6&c=&m=&l=&r=&f=pdf

4Stiegler, B. (2019). « Il faut s’adapter » Sur un nouvel impératif politique. Paris : Gallimard, Coll. NRF Essais.

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Pour citer cet article Nom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2021, consulté le XX mois 2021. URL :
PlateformesBlog VIRAL, site
AutriceHéléna Rajon, étudiante en master en Sciences sociales, orientation Corps, science et santé
Contacthelena.rajon@unil.ch

© Illustration : cottonbro, Pexels

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Comptes-rendus

Gregoire Simpson : la sociologie à portée des médias sociaux

Se présentant sur son profil Twitter comme voulant faire « de la vulga fouillée et pas trop chiante », Gregoire Simpson utilise les réseaux sociaux pour rendre la sociologie accessible à travers des vidéos et des « threads » tout en gardant un côté comique. 

Des supports vidéos pédagogiques et ludiques…

Sur Youtube, les vidéos abordent des thématiques comme le raisonnement sociologique ou le sens de la vie selon Bourdieu. Gregoire Simpson développe les divers sujets abordés, son propos étant illustré par des extraits de films, de vidéos, de mèmes d’internet ou encore d’entretiens. Ses vidéos sont très riches et denses en information, mais le côté humoristique et les liens avec l’actualité permettent une compréhension complète des sujets abordés. 

La première vidéo de sa chaîne Youtube intitulée « Bourdieu, le sens de la vie » s’appuie sur le livre de Pierre Bourdieu « Méditations pascaliennes ». Selon lui, l’existence humaine n’a pas de sens ni de raison particulière. Cependant, les sociétés, à travers les symboles, donnent une justification à la condition humaine. La sociologie permet alors de « décoder » les symboles donnés d’une société. 

©Pixabay

La trilogie de vidéos suivante se concentre sur le raisonnement sociologique. La première vidéo revient sur les notions développées par Jean-Claude Passeron. En effet, Passeron a démontré que les sciences sociales sont des sciences non-universelles et sont donc dépendantes d’un contexte socio-historique précis. La deuxième poursuit cette réflexion sur la valeur scientifique de la sociologie. La réponse se trouve dans la multiplication d’études de contextes variés pour appuyer une théorie sociologique et ainsi augmenter sa crédibilité scientifique. La dernière vidéo donne un exemple qui démontre sa réflexion, en présentant la vidéo d’un doctorant en psychologie évolutionniste, Stéphane Debove. Le youtubeur démontre alors en quoi son raisonnement n’est pas sociologique car il ne prend pas en compte le contexte socio-historique dans son étude. 

Aux thread twitter accessibles

Tout comme dans ses vidéos, ses résumés d’articles scientifiques en sociologie sur Twitter sont accompagnés d’images animées (GIF) et d’un vocabulaire familier qui permet de découvrir et de comprendre plus facilement le propos de l’article présenté. Les résumés d’articles abordent plusieurs sujets comme les streameur.ses.s de jeu vidéo ou encore la domination des hommes sur les femmes en Nouvelle-Calédonie.

Entre scientificité et accessibilité : un défi à relever

En bref, la chaîne Youtube et le compte Twitter de Gregoire Simpson sont utiles pour les étudiant.e.s commençant leurs études en sciences sociales (en particulier pour les notions abordées dans la trilogie de vidéos sur le raisonnement sociologique) ou tout simplement pour découvrir des articles ou des thématiques nouvelles.

On peut cependant regretter la perspective théorique restreinte abordée par Gregoire Simpson, qui se focalise essentiellement sur des auteurs masculins, porteurs d’une tradition sociologique structuraliste passablement déterministe qui n’est nullement représentative de la diversité des travaux en sociologie. Une ouverture à d’autres perspectives et d’autres auteur.ice.s pourrait être souhaitable dans la suite de ses présentations. 

Si vous êtes intéressé.e.s par ses sujets ou que vous êtes à quelques semaines des examens sans avoir compris Passeron, Popper ou Bourdieu, la chaîne Youtube et le Twitter de Gregoire Simpson sont faits pour vous !

Episodes à retenir

Le raisonnement sociologique, trilogie de vidéos

Gregoire Simpson. (2020b, octobre 18). LA SOCIOLOGIE, UNE SCIENCE À PART  |  Jean-Claude Passeron.

Le sens de la vie selon Bourdieu, vidéo Youtube

Gregoire Simpson. (2020a, septembre 20). BOURDIEU, LE SENS DE LA VIE  | Méditations pascaliennes.

Thread de résumé d’articles sur Twitter

Gregoire Simpson [@GregoireSimpson]. (2021, 13 mai). Un thread pour rassembler tous mes threads/résumés d’articles de socio [Tweet]. Twitter.

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Pour citer cet article Nom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2021, consulté le XX mois 2021. URL :
PlateformesYoutube et Twitter
Autrice Nora Thaçi, étudiante en Bachelor
Contactnora.thaci@unil.ch

©Gregoire Simpson, Twitter

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Comptes-rendus

« Le coeur sur la table » : à l’écoute de la révolution romantique

Par Hermance Chanel

Après Les couilles sur la table, Victoire Tuaillon nous conquiert une fois de plus grâce à son nouveau podcast : Le coeur sur la table, tous deux produits par Binge Audio. Dès septembre 2021, de nouveaux épisodes viendront succéder aux 9 premiers, complétant ainsi la première saison.

La révolution de l’amour     

Victoire Tuaillon nous transporte dans la réflexion de la « révolution romantique » qui est, selon elle, en train de se produire. Cette révolution romantique, intimement liée aux luttes féministes, nous permet de (re)découvrir le sentiment amoureux inscrit dans notre vie de tous les jours, dans différents types de relations, et non uniquement cantonné à nos relations de couple.

La révolution romantique transforme la manière dont nous nous aimons et permet ainsi d’obtenir des relations plus égalitaires. 

Cette révolution nous permet de penser l’amour de manière politique, par exemple en réfléchissant à la question du mariage homosexuel, dont il est question pour les prochaines votations en Suisse. Ainsi, la révolution romantique transforme la manière dont nous nous aimons et permet ainsi d’obtenir des relations plus égalitaires. 

Chaque épisode se focalise sur une thématique, abordant notamment les normes dans les couples et les rôles différenciés entre femmes et hommes, les différentes formes de relations, la socialisation genrée, les mythes amoureux, l’influence de la famille dans notre perception et compréhension de l’amour, le rapport au corps, le soin apporté ou non à la relation, etc. Tuaillon retrace ainsi le sentiment amoureux à travers les époques mais aussi à travers les phases de vie en partant de l’enfance pour arriver jusqu’à l’âge adulte. Les frontières entre la sexualité et l’intimité, les relations amoureuses et les relations amicales, les « plans culs » et les relations de couples, sont selon elle, en plein questionnement et réamménagement. La société sortirait donc petit à petit de la binarité étouffante et contraignante auquel elle s’accroche tant. 

Cette émission, en plus de nous amener à réfléchir à l’amour et aux relations amoureuses, encourage les auditeur·ice·s à une introspection sur les liaisons qu’ils et elles ont déjà entrepris ou sont en train de vivre. Elle permet d’aborder des thèmes trop peu discutés et trop souvent ignorés à l’instar du consentement, de la différence entre séduction et harcèlement, de la monogamie, etc. Même si les épisodes ne durent qu’entre 20 et 60 minutes, ils suscitent pourtant une réflexion pouvant ensuite être approfondie avec les ressources complémentaires proposées sur le site de Binge Audio, comme l’ouvrage de bell hooks intitulé Tout le monde peut être féministe. De plus, cette émission constitue une bonne porte d’entrée pour entamer des discussions avec nos proches, nos ami·e·s et nos amoureux·euses.

©Binge.audio, Le coeur sur la table

Des dialogues, des positionnements et des expériences

Une fois de plus, Tuaillon nous transporte dans son propre univers avec une musique de fond électro très entrainante. En outre, les épisodes sont rythmés par une voix off acérée, traduisant le dialogue interne de la journaliste, amenant à la fois une touche très personnelle à l’expérience tout en éclairant l’expérience collective. Dès le premier épisode, Tuaillon explique adorer être amoureuse et que ce sentiment occupe une grande place dans sa vie. Elle partage ses réflexions et interrogations, ses propres expériences amoureuses, ce qui amène une véritable complicité avec ses auditeur·ice·s, tout en situant ses propos au regard de ses caractéristiques sociales – elle se définit comme femme, cisgenre, blanche et hétérosexuelle. 

Tuaillon retrace le sentiment amoureux à travers les époques mais aussi à travers les phases de vie en partant de l’enfance pour arriver jusqu’à l’âge adulte. Les frontières entre la sexualité et l’intimité, les relations amoureuses et les relations amicales, les « plans culs » et les relations de couples, sont selon elle, en plein questionnement et réamménagement. 

Victoire Tuaillon propose dans cette émission d’analyser l’amour comme un fait social, d’un point de vue politique et non pas individuel. Pour cela, elle base ses recherches sur de nombreux livres, essais et groupes de paroles, amenant d’une part des connaissances concrètes et scientifiques et d’autre part, des témoignages plus personnels, tout aussi pertinents. Les groupes de paroles apportent des points de vue nuancés, avec des individus aux positionnements de genre, de race, d’âge, de classe, d’orientation sexuelle différents. 

Pour compléter ce dialogue intérieur et les échanges collectifs, chaque épisode accueille des expert·e·s, amenant ainsi une diversité de points de vue. Les interviewé·e·s parlent à partir d’une perspective sociologique, mais aussi psychologique, philosophique, linguistique, féministe ou politique. Au fur et à mesure des épisodes, de nombreuses sources sont citées démontrant ainsi l’immense travail de recherche que la journaliste a entrepris pour réaliser ce podcast. 

De l’expérience individuelle à l’épreuve collective

            Toutefois, en écoutant ce podcast, il est possible de ressentir une vague de démoralisation s’abattre sur l’auditeur·ice : comment construire des relations saines dans ce monde hétéronormatif et patriarcal ? Victoire Tuaillon est également passée par cette douloureuse prise de conscience et met en lumière les aspects positifs de cette déconstruction du sentiment amoureux, nous offrant des ébauches de solutions. En effet, se rendre compte des contraintes qui nous entourent permet ensuite de s’en libérer progressivement pour commencer à vivre de nouvelles relations, en espérant que celles-ci soient plus harmonieuses. 

Et puis, si vous n’aimez pas les podcasts audios pour une quelconque raison, il sera possible de retrouver Le coeur sur la table sous forme de livre à partir du 13 octobre 2021 ! De notre côté, nous nous réjouissons de la suite de la saison. 

Episodes à retenir : conseils d’écoute

Prologue : C’est une amoureuse qui vous parle.

Dans ce prologue, Tuaillon explique pourquoi elle a décidé de créer un podcast sur l’amour et les relations. Elle casse les clichés sur cette thématique pour entreprendre une analyse scientifique. Elle explique aussi que l’amour est un sujet important et qu’il faut le comprendre d’un point de vue politique et non pas individuel. 

Épisode 2 : Le plan cul et la vieille fille à chats.

Dans cet épisode, Tuaillon parle du célibat et de la place prépondérante qu’occupe le couple dans notre société. À travers différents témoignages, elle explore les autres manières de s’épanouir sentimentalement, que cela soit dans une relation amoureuse ou dans une relation amicale, et ce que ce type de relations a à nous offrir. 

Épisode 6 : Le chasseur et la proie.

Dans cet épisode, Tuaillon démontre la confusion qu’il y a entre séduction et harcèlement en prenant l’exemple d’un « coach en séduction ». On décortique ainsi les relations hommes-femmes en abordant des thèmes comme la friendzone et la fuckzone. Le thème de l’amitié est aussi traité à travers différents témoignages. 

Épisode 8 : Devenir chèvre. 

Dans cet épisode, Victoire Tuaillon traite du rapport au corps et des défis rencontrés pour accepter son propre corps. Elle montre comment notre corps influence notre vie quotidienne et nos relations avec les autres.

Autres ressources

Binge Audio. (s.d.). Disponible à l’adresse : https://www.binge.audio

hooks, bell. (2020). Tout le monde peut être féministe. Paris, France : Divergences.

Tuaillon, V. (à paraître). Le coeur sur la table. Paris, France : Binge Audio.

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Pour citer cet article Nom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2021, consulté le XX mois 2021. URL :
Plateformes Disponible sur toutes les applications de podcast, Spotify, Youtube, etc. et sur le site de Binge.audio
Autrice de l’articleHermance Chanel, étudiante en Bachelor
Contacthermance.chanel@unil.ch

© Visuel du podcast Le coeur sur la table, Binge audio.

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L’automatisation des caisses : diminution ou intensification du travail ?

Par Uyên Khanh Truong

L’introduction des caisses automatiques au début des années 2010 a amplement fait évoluer le secteur du commerce de détail suisse4. Dans le but d’améliorer la fluidité des passages et surtout de diminuer le temps d’attente rencontré aux caisses traditionnelles, les caisses automatiques ont dépassé le seuil des 4000 bornes dans l’ensemble de la Suisse.1 Nous avons tendance à penser que ces machines constituent un bon moyen de gagner du temps lorsque nous effectuons nos achats. Mais est-ce vrai ? D’abord, le taux de fréquentation n’est pas la même selon les heures de la journée.

De plus, l’utilisation des caisses change : les client·e·s effectuent leurs achats et les employé·e·s leur viennent en aide en cas de sollicitation. L’interaction entre ceux-ci diffère donc largement des interactions que l’on pourrait trouver aux caisses classiques. Pour ce faire, nous discutons des observations faites avant la pandémie du COVID-19 sur plusieurs jours à différentes heures dans la succursale Coop à la gare de Lausanne, à l’aide des travaux de la sociologue Sophie Bernard.

Occupation et dynamique de l’espace

L’espace du magasin, étant exigu, comment les client·e·s et employé·e·s se positionnent-iels au sein de la boutique ? En effet, les allées sont étroites, les frigidaires prennent de la place et il devient difficile de se mouvoir dans l’espace quand beaucoup de personnes s’y trouvent, surtout durant les heures de pointe (tôt le matin, midi et fin d’après-midi). Du point de vue des client·e·s, leur activité est pourtant séquentielle : aller chercher les articles désirés, se diriger et payer à la borne automatique, sortir du magasin.  De plus, les client·e·s qui effectuent leurs achats en groupe sont conscients que leurs déplacements impliquent une plus grande occupation de l’espace. Cela peut engendrer entre autres un temps d’attente plus long aux caisses automatiques, surtout en heure de pointe.

Du point de vue des client·e·s, leur activité est plus séquentielle : aller chercher les articles désirés, se diriger et payer à la borne automatique, sortir du magasin.  

Nos observations montrent que les groupes se séparent alors temporairement aux caisses automatiques, le temps de payer leurs articles pour ensuite se retrouver à l’extérieur de l’enseigne. Lors des heures creuses (10h et début d’après-midi), iels auront plus tendance à attendre à l’intérieur du magasin, s’il n’y a pas beaucoup de client·e·s. Les employé·e·s occupent également l’espace selon de l’affluence de la clientèle. Aux heures creuses, les employé·e·s ont la possibilité de se retrouver au même endroit, sur la gauche du magasin où se trouvent les viennoiseries pour discuter. Les postures corporelles qu’iels adoptent sont aussi révélateurs de la situation générale du commerce et nous permettent de savoir ce qui est permis de faire ou de ne pas faire selon les périodes de la journée. Aux heures de pointe, ceux·celles-ci se dispersent à la venue d’un grand nombre de client·e·s. et priorisent les sollicitations des client·e·s

Surveillant·e·s, guides et nettoyeur·euse·s 

Si nous avons tendance à croire que les bornes diminuent la charge de travail des employé.es, celles-ci donnent en réalité lieu à une « intensification du travail » (Bernard, 2014, p.115). Lorsque que des client·e·s viennent en grand nombre,  iels « attendent des [caissier·ère·s] une disponibilité immédiate au moindre blocage de la caisse. »3 Iels endossent également plusieurs rôles : surveillant·e·s., guides et nettoyeur·euse·s.

Le travail de contrôle des bornes illustre cette variabilité des tâches. Celui-ci se fait de manière sporadique et est en fonction de l’affluence de la clientèle tout comme l’occupation de l’espace.

Par conséquent, le travail des employé·e·s aux bornes automatiques est en réalité plus conséquent et plus diversifié que celui aux caisses traditionnelles. 

Le travail de contrôle des bornes illustre cette variabilité des tâches. Celui-ci se fait de manière sporadique et est fonction de l’affluence de la clientèle tout comme l’occupation de l’espace. Selon Bernard, les employé·e·s doivent non seulement suivre la séquentialité des client·e·s qui font leurs achats, mais iels doivent également endosser de façon simultanée les différents rôles que nous évoqués précédemment.2

Nous avons effectivement pu observer que les client·e·s viennent les uns après les autres et occupent une majorité des caisses automatiques, le contrôle des machines devenant alors à nouveau une priorité. En heures de pointe, les employé·e·s guident les client·e·s quand les bornes se libèrent et surveillent les transactions et éventuels vols. Iels s’assurent aussi du bon fonctionnement des bornes automatiques et interviennent en cas de dysfonctionnement ou d’articles défectueux. Or, en heures creuses, les employé·e·s s’attellent à d’autres activités ; vérification des stocks, nettoyage du magasin, etc. 

Les interactions entre les client·e·s et les employé·e·s

Au-delà de l’espace et du travail réalisé, les interactions avec les client·e·s diffèrent de celles aux caisses traditionnelles.   Nous constatons que les échanges aux caisses traditionnelles, qui sont basées sur le SBAM – sourire, bonjour, au revoir, merci – diffèrent grandement de celles en caisses automatiques. En effet, les interactions deviennent « plus fonctionnelles et techniques […]. 2

L’une de nos observations menées en fin d’après-midi l’illustre : dans une situation où une cliente […] se retourne pour voir s’il n’y a pas quelqu’un derrière elle. Une caissière l’observe adossée à un des frigos. Finalement, elle s’approche de la cliente en souriant […]

La relation de service se voit reconfigurée : l’employée se déplace vers la cliente, qui attend, pour l’aider et non pour encaisser, alors que l’inverse se réalise aux caisses traditionnelles. Les interactions aux caisses automatiques se font plus rares et sont souvent initiées par une communication non verbale. En se retournant, la cliente a donné avec son corps une indication à l’employée, un acte qui est suffisant pour comprendre qu’elle a besoin de son assistance. Scanner le même article de manière répétée, voir les émotions manifestes sur les visages des client·e·s sont également d’autres indicateurs non verbaux qui invitent les employé·e·s à venir en aide. 

Quand la technologie remplace l’homme…

Les caisses automatiques nous montrent que les employé·e·s sont devenu·e·s polyvalent·e·s et sont cantonné·e·s à plusieurs tâches et non plus uniquement au travail habituel « derrière la caisse ». Contrairement aux caisses classiques, les caisses automatiques leur donnent donc bien plus de travail et modifient le type de communication : l’interaction aux caisses classiques est faite selon le SBAM, alors que celle aux caisses automatiques commence généralement par des gestes et des regards. Toutefois, ce travail a été écrit avant la pandémie, il serait intéressant de nous questionner sur les différents éléments abordés avant, actualisés à l’ère du coronavirus : l’occupation de l’espace est-elle différente avec la distanciation sociale ? De nouvelles activités sont-elles déployées ? Les interactions entre les client·e·s et les employé·e·s sont-elles minimisées ? Diffèrent-elles avec l’obligation du port du masque ?

Références

1Amacker, M., Büchler, T., Funke, S., Mäder G., (2018). Les effets du self checkout et du self-scanning sur les conditions de travail, sur la santé et sur l’identité professionnelle du personnel de vente dans le commerce de détail. (Étude en ligne), Université de Berne, Centre interdisciplinaire pour la recherche sur le genre IZFG, Suisse.

2Bernard, S. (2012). Conflits de temporalités dans les services : le cas des caisses automatiques. Temporalités, no.16, 1-17. https://doi.org/10.4000/temporalites.2250

3Bernard, S. (2014). Le travail de l’interaction: Caissières et clients face à l’automatisation des caisses. Sociétés contemporaines, 94, 93-119. https://doi.org/10.3917/soco.094.0093

4Bézaguet, L. (2016, 29 décembre). Adieu caissières! Les paiements automatiques s’intensifient. La Tribune de Genève. https://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/adieu-caissieres-paiements-automatiques-s-intensifient/story/14686498

Informations

Pour citer cet article Nom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2021, consulté le XX mois 2021. URL :
AutriceUyên Khanh Truong, étudiante de Master en sciences sociales
Contactuyenkhanh.truong@unil.ch
EnseignementAtelier Ecriture scientifique

Felix Bühlmann

© Illustration : Uyên Khanh Truong

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Articles

Se déplacer avec un déficit visuel : entre autonomie et vulnérabilité

Par Damien Mioranza et Marie Voisard

L’autonomie constitue sans doute l’une des notions clés du travail d’accompagnement médico-social de personnes en situation de handicap, mais elle reste principalement pensée comme une caractéristique individuelle ; une personne est généralement considérée plus ou moins autonome selon sa capacité à réaliser seule différentes actions.

Nous tenterons de repenser cette notion, afin de souligner non seulement les relations que les individus entretiennent avec leur environnement, mais aussi la collaboration entre les divers membres des espaces publics. Pour cela, nous nous appuierons sur l’observation des déplacements de deux jeunes en situation de déficit visuel, Inès et Danni*, respectivement dix-sept et quinze ans. 

Situation de handicap
La notion de situation urbaine handicapante renvoie au modèle de Processus de production du handicap (PPH), qui se situe à la frontière entre une conception individualiste et une conception sociale du handicap. Pour appréhender au mieux les diverses situations de handicap, le modèle du PPH préconise de prendre en compte des facteurs personnels, comme les différences corporelles et fonctionnelles qui influencent le développement des individus. Ainsi que les facteurs environnementaux et sociaux « […] qui, par des processus institutionnalisés d’oppression, d’exclusion, de dévalorisation, d’invalidation, créent le handicap. »(p. 22-28).

Si se déplacer de manière autonome revient pour eux à prendre les transports publics et à se rendre de leur domicile à leur école seul·e. Nous décrirons le travail nécessaire à la réalisation de ces déplacements puis nous nous intéresserons aux interactions entre les jeunes observé·e·s et les autres membres des espaces publics.

L’autonomie comme accomplissement perceptif : mobiliser des prises pour l’action

Pour effectuer leurs déplacements quotidiens et identifier par exemple l’emplacement d’un passage pour piéton, le bord du trottoir ou la sortie d’une gare, Inès et Danni, mobilisent ce que Rachel Thomas5 appelle des « prises pour l’action ».  

Pour devenir une prise pour l’action, une propriété de l’environnement doit non seulement être disponible, perceptible et localisable dans l’espace, mais doit aussi être mise en lien avec l’action en cours. 

Les aménagements urbains spécifiquement conçus pour les personnes en situation de handicap visuel, tels que des revêtements en relief au sol ou les feux de signalisation sonores font office de prises pour l’action. Mais nous constatons également qu’Inès et Danni mobilisent d’autres caractéristiques perceptibles de l’environnement urbain, comme les bruits de la ville ou le rythme de marche des autres piétons. Ainsi sur le chemin de l’école, Inès se sert d’un abaissement de trottoir situé à proximité d’un revêtement pavé, qu’elle perçoit à la canne comme aux pieds. C’est la perception de ces caractéristiques du sol qui lui permettent de situer le passage piéton qu’elle emprunte pour traverser la route.

Pour devenir une prise pour l’action, une propriété de l’environnement doit être à la fois disponible, localisable dans l’espace et mise en lien avec l’action en cours. Se déplacer dans l’espace public relève ainsi d’un accomplissement perceptif situé5.

L’usage de la notion de prise pour l’action nous invite à passer d’une conception du handicap comme propriété individuelle à une focalisation sur la situation urbaine handicapante. Plus encore, elle nous permet d’avancer une conception écologique de l’autonomie. Se déplacer de manière autonome revient ainsi à dépendre de l’adéquation entre les caractéristiques de l’environnement et ses compétences propres de passant·e, voyant·e· ou non voyant·e.

L’autonomie, résultat d’un travail collectif

L’observation fine des interactions entre les personnes voyantes et non-voyantes nous a permis de réaliser que l’autonomie dans les déplacements ne peut pas se limiter à sa dimension perceptive et motrice. Puisqu’elle résulte d’un travail collectif d’ajustement de l’ensemble des membres des espaces publics.

En tant qu’« attracteur catégoriel »4, la canne blanche joue un rôle central entre les personnes voyantes, malvoyantes et non voyantes. Sa visibilisation permet à Danni et Inès de bénéficier de l’attention et de la collaboration des autres passant·e·s. Inès qui est atteinte de cécité ne peut pas s’en passer mais Danni qui est fortement myope en fait une utilisation variée. Ainsi, lorsqu’il est familier des lieux dans lesquels il se rend, il la dissimule partiellement et lorsqu’il en sent le besoin, il la tient devant lui, exposant son déficit aux tiers. Autrement dit, en étant porteurs d’une canne blanche, Danni et Inès produisent la catégorie « malvoyant ». Elle et il attirent l’attention des passant·e·s et les autorisent à rompre l’inattention civile qui régit en principe les relations entre anonymes dans l’espace public. 

Lors de l’observation du déplacement que Danni effectue quotidiennement de la gare à son lieu de formation, nous relevons l’extrême rapidité avec laquelle il se déplace. Bien qu’il soit habitué à ce trajet, la familiarité n’est pas la seule explication de son aisance. En effet, l’école spécialisée dans laquelle il se rend, se situe à proximité de plusieurs échoppes. Les commerçant·e·s, qui semblent ainsi habitué·e·s à la présence des enfants avec un déficit visuel dans le quartier, ont adapté leurs habitudes. Quand Danni s’approche, nous remarquons qu’ils s’empressent de retirer les obstacles qui encombrent son passage.

L’inattention civile
Pour Erving Goffman2 (p. 83-84), les contacts entre inconnus dans les lieux publics sont caractérisés par l’inattention civile, à savoir la démonstration, par un·e passant·e, de la prise en compte de l’existence d’un·e autre sans pour autant lui manifester une attention particulière. L’inattention civile se manifeste habituellement par un échange de coups d’œil et permet notamment aux piétons de ne pas se rentrer dedans et de se signifier mutuellement leurs intentions sans passer par des explications verbales.A la suite de Goffman, Marc Relieu4 propose le concept « d’attention civique ». Il estime qu’un marqueur catégoriel tel qu’une canne blanche rend les passant·e·s attentives et attentifs à la présence et aux besoins des non-voyant·e·s qui les portent. Les passant·e·s seraient alors disposé·e·s à adapter leur comportement et à proposer leur aide.

Cet événement met en lumière la nature coopérative des relations entre les individus voyant·e·s, et mal-voyant·e·s. Ces ajustements se déroulent sur un mode implicite et font rarement l’objet d’explications verbales. Les passant·e·s en présence d’une personne qu’ils estiment non voyante passent alors, pour le dire comme Relieu4 (p. 147) « de l’inattention civile à l’attention civique ». Danni en est conscient et semble compter implicitement sur l’attention active des passant·e·s.

Se déplacer de manière autonome revient ainsi à dépendre de l’adéquation entre les caractéristiques de l’environnement et ses propres compétences de passant·e, et ce que l’on soit voyant·e ou non voyant·e.

De même, Inès nous relate une traversée de route difficile. Sous la pluie, alors que la route mouillée modifie le bruit des voitures, elle ne parvient pas à savoir si un véhicule à proximité s’arrête. Elle attend face au passage piéton, sans oser avancer. Après un certain temps, un conducteur de sa connaissance s’arrête, sort de sa voiture et l’aide à traverser. L’écart à la norme, à savoir un temps d’arrêt particulièrement long attire certainement l’attention du conducteur, qui de plus la connaît. Ce dernier décide de sortir de son véhicule et d’aider Inès à traverser plutôt que de continuer son chemin en s’agaçant. Nous supposons que la canne blanche qu’Inès tient dans sa main ainsi que d’autres marqueurs catégoriels permettent au conducteur d’interpréter la situation de manière adéquate. Autrement dit, il ne voit pas une piétonne qui attend de manière inexpliquée devant un passage piéton, mais une jeune non-voyante en difficulté pour traverser la route sous la pluie. C’est cette interprétation adéquate, permise par la présence de marqueurs catégoriels ainsi que par sa connaissance d’Inès, qui le poussent à s’arrêter pour proposer son aide.

Autonomie et vulnérabilité dans l’espace public

Nos observations nous amènent à considérer que se déplacer de manière autonome revient à être placé·e dans une situation de double dépendance. Les passant·e·s voyant·e·s comme non-voyant·e·s dépendent de l’adéquation entre les caractéristiques de l’environnement et leurs compétences de passant·e, ainsi que du travail collectif d’ajustement et de coopération des autres usager·ère·s des espaces publics. 

« […] La vulnérabilité et la dépendance ne sont pas des accidents de parcours qui n’arrivent qu’aux « autres » quels qu’ils soient : elles caractérisent toutes les vies humaines. »

(Paperman 2010 : 56)

Les jeunes que nous avons observé délèguent une part de l’attention nécessaire aux passant·e·s voyant·e·s qu’elles et ils s’attendent à croiser dans la rue. En ce sens, nous proposons de penser l’autonomie de manière distribuée, non seulement entre les passant·e·s mais également avec les objets techniques, feux sonores, marqueurs au sol ou même véhicules et passages piétons qui habitent, structurent et dynamisent l’espace public. Pour le dire comme Patricia Paperman3 « […] la vulnérabilité et la dépendance ne sont pas des accidents de parcours qui n’arrivent qu’aux «autres» quels qu’ils soient: elles caractérisent toutes les vies humaines.» (p. 56).[4]  Or, nos observations nous permettent de considérer la rue comme un espace de vulnérabilité dans lequel nous dépendrions toutes et tous de l’attention des un·e·s envers les autres.

Références

1Fougeyrollas, P. (2010). La funambule, le fil et la toile. Transformations réciproques du sens du handicap. Québec [Que.] : Presses de l’Université Laval. 

2Goffman, E. (1966). Behavior in Public Places. Notes on the Social Organisation of Gatherings. New York, The Free Press.

3Paperman, P. (2010). Éthique du care : un changement de regard sur la vulnérabilitéGérontologie et société, 2(2), 51-61.

4Relieu, M. (1994). Les catégories dans l’action : L’apprentissage des traversées de rue par des non-voyants. Dans Fradin, B., Quéré, L., & Widmer, J. éd., L’enquête sur les catégories : De Durkheim à Sacks (pp. 144-170). Paris, Éditions de l’École des hautes études en sciences sociales.

5Thomas, R. (2003). L’accessibilité des piétons à l’espace public urbain: un accomplissement perceptif situé. Espaces et sociétés, 2(2-3), 233-252.

Informations

Pour citer cet article Nom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2021, consulté le XX mois 2021. URL :
AuteursDamien Mioranza et Marie Voisard, étudiants de Master en sciences sociales
ContactDamien.mioranza@unil.ch
Marie.voisard.1@unil.ch
EnseignementAtelier Enfant, enfances et santé

Daniela Cerqui Ducret, Michael Cordey et Carla Vaucher
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Comptes-rendus

Le « droit aux origines » : du domaine de l’adoption à celui de la PMA. Histoire, enjeux et controverses

Table ronde animée par Catherine Fussinger

Compte-rendu par Sara Mallén González

La table ronde « Le droit aux origines en pratique » a été organisée dans le cadre d’un cycle de conférences intitulé : « Le ‘droit aux origines’ : du domaine de l’adoption à celui de la PMA. Histoire, enjeux et controverses », le 3 juin 2021 par l’Institut des humanités en médecine (CHUV/UNIL) 1,2

Processus de procréation

Laure de Jonckheere, invitée à la table ronde, est conseillère en santé sexuelle au centre de CPMA (Centre de Procréation Médicalement Assistée) à Lausanne. Elle travaille spécifiquement sur la question des origines en lien avec le don de sperme. Elle accompagne et prépare les personnes qui veulent devenir parents ayant recours au don de sperme, ainsi que les enfants nés de cette conception et qui décident de partir à la recherche de leurs origines. 

Pour les couples qui rencontrent des problèmes de fertilité et qui décident de se tourner vers le don de sperme, le CPMA organise une première rencontre obligatoire avec les concerné·e·s. Ces derniers et dernières arrivent au centre à des différents moments de leur vie ; l’infertilité est parfois connue, tandis que d’autres l’apprennent infertilité au cours de ce processus. À ce moment-là, les conseillers et conseillères aident le couple à accueillir et accepter la notion d’infertilité, leur expliquent la stérilité, les mécanismes corporels en jeu, et comment ils peuvent envisager la suite, soit le recours au don de sperme.

Alors, la personne doit “repenser son scénario”, c’est-à-dire que suite à l’annonce de l’infertilité, elle doit déconstruire son idéal familial, donc son projet de famille, qu’elle s’était construit dans un premier temps. Vient ensuite la question du mariage, surtout pour les couples lesbiens. En effet, aujourd’hui en Suisse, il est encore demandé d’être marié·e·s afin de procéder à un don de sperme. De nouvelles questions émergent donc au sein de certains couples qui ne seraient pas unis par le mariage : Se marie-t-on ou pas ? Part-on à l’étranger pour recourir au don de sperme, sans avoir besoin de se marier ? Laure de Jonckheere accompagne également les personnes dans ce questionnement. Elle explique ensuite que des questions surgissent souvent lors de l’entretien obligatoire, telles que : comment s’est construit le désir d’enfant ? Est- ce qu’il faut annoncer à l’enfant ses origines ? Comment aborder cette question ? Quel est le bon moment pour le faire ? Ces mêmes questionnements sont également posés aux futurs parents, de façon à ce qu’ils soient préparés au mieux pour traverser cette étape. 

Les personnes adoptées et les enfants conçus par don de sperme se retrouvent dans le même besoin de combler un vide, celui de savoir d’où ils viennent

Laure de Jonckheere explique que pendant de nombreuses années, une culture du secret a entouré le processus de don du sperme. En effet, en parler et y recourir était considéré comme honteux, cela ne devait pas se savoir. Néanmoins, cela ne veut pas dire qu’aujourd’hui cette culture du secret n’existe plus. Elle est encore bien présente, mais moins répandue. 

Des parallèles avec l’adoption

Marion Tièche, psychologue-psychothérapeute, explique à son tour qu’il existe une grosse différence entre les personnes adoptées et les personnes conçues par don de sperme. Pour ces dernières, la notion d’abandon – ou cette zone d’ombre qui peut être présente chez les personnes adoptées – serait moins présente : il y aurait moins de « pièces manquantes ». Cependant, selon elle, les personnes adoptées et les enfants conçus par don de sperme se retrouvent dans le même besoin de combler un vide, celui de savoir d’où ils viennent. 

Ainsi, les personnes voulant se reconnecter à leurs origines peuvent le faire de différentes façons, en faisant un voyage dans leur pays d’origine ou en apprenant sa langue par exemple. Selon elle, la rencontre du parent biologique n’est pas le but ultime de la recherche d’origine. 

Une question de droit(s)

Christian Nanchen, juriste, chef du Service cantonal de la jeunesse de l’État du Valais, affirme qu’aujourd’hui, il est très important, dans la recherche des origines et pour le CPMA, de conserver l’information du donneur, donc son identité, ainsi que de respecter le rythme de chaque personne. Il précise qu’il y a toujours cette recherche des origines et que c’est un droit personnel. Le choix revient donc à l’enfant et non aux parents. Cette possible décision prise par l’enfant est une information importante qui doit être communiquée au donneur. Laure de Jonckheere affirme qu’il est essentiel aujourd’hui que le donneur de sperme soit au courant que plusieurs années après son don, l’enfant pourrait vouloir entreprendre des recherches d’origines et donc vouloir le rencontrer. Le CPMA accorde une grande importance au fait d’avertir et de conscientiser les donneurs à ce sujet. 

Aujourd’hui, dans la recherche des origines et pour le CPMA, il est très important de conserver l’information du donneur, donc son identité, ainsi que de respecter le rythme de chaque personne.

Cependant, la Suisse rencontre un problème concernant la quête des origines. Cora Graf-Gaiser, avocate et Cheffe de l’OFEC (l’Office Fédérale de l’État Civil), explique que dans le registre de l’état civil, il est important que les parents génétiques, donc les donneurs ou également appelés parents “d’intention”, aient un lien juridique suisse. Un enfant né par don de sperme en Suisse a le droit de connaître son ascendance. Cependant, il existe des couples qui vont chercher des donneurs à l’étranger et à ce moment-là, l’OFEC ne peut pas fournir ces informations, car les parents d’intention ne sont pas enregistrés en Suisse. Pour que les parents adoptifs créent un lien de filiation juridique avec l’enfant, il faut que chaque rôle (donneur, donneuse, mère porteuse, père et mère adoptifs) soit clarifié dans le registre de l’état civil. De cette façon, l’enfant reçoit toutes les informations nécessaires si celui-ci décide de partir à la recherche de ses origines. 

La table ronde se conclut en mentionnant quelques enjeux en ce qui concerne le don de sperme et l’adoption en Suisse. Les invité·e·s s’accordent sur le fait qu’il faut encore favoriser l’information concernant les donneurs, notamment entre Cantons. Puis, au niveau juridique, Sandra Hotz, avocate à Zürich spécialisée en droit de la médecine, de la famille et de l’égalité, a insisté sur le fait qu’il n’est pas nécessaire d’inscrire le nom de la mère porteuse dans le registre de l’état civil. En effet, ces femmes sont dans la plupart des cas étrangères et ne veulent pas forcément devenir mères, ni voir ce statut figurer sur leurs papiers. En Suisse, il est néanmoins obligatoire pour ces femmes de réaliser cette procédure. Dès lors, l’avocate suggère qu’il serait important de revoir cette loi, car elle estime que cette dernière diminue le droit au choix des mères porteuses. Enfin, la table ronde s’est terminée sur des questions concernant l’avenir du don de sperme et de l’adoption et l’enjeu de comment mieux accompagner les personnes voulant y avoir recours ou les enfants nés par le biais de cette procédure.

Notes

1 Organisateurs·trices du cycle de conférences : C. Fussinger, IHM – CHUV & FBM – UNIL ; V. Boillet, Centre de droit public, Faculté de Droit, UNIL ; M. Roca I Escoda, Centre en études genre, SSP-UNIL ; N. Bühler, SSP-UNIL ; G. Barazzetti, IHM – CHUV & FBM – UNIL & CoLaboratoire-UNIL ; A. Ziegler, Centre de droit comparé européen et international, Faculté de Droit, UNIL.

2 Intervenant·e·s à la table ronde : Cora Graf-Gaiser, avocate et cheffe de l’Office Fédéral de l’État Civil – Office fédéral de la justice ; Sandra Hotz, avocate à Zürich, spécialisée en droit de la médecine, de la famille et de l’égalité, ainsi que professeure de droit civil et de la santé à l’Université de Neuchâtel ; Laure de Jonckheere, conseillère en santé sexuelle et reproductive, sexologue, accompagnante psychologique des couples et des personnes confrontées au désir d’enfant, à l’infertilité et aux traitements de PMA (dont les questions liées au don de sperme), exerce au CPMA à Lausanne, centre médical de fertilité, et est également membre de FertiForum ; Christian Nanchen, juriste et Chef du Service cantonal de la jeunesse de l’État du Valais ainsi que membre de la Conférence Latine des Autorités Centrales en matière d’Adoption (CLACA) ; Marion Tièche, psychologue-psychothérapeute, collaboratrice d’Espace A, association qui offre conseils et soutiens dans le domaine de l’adoption, de l’accueil familial et de la PMA et membre de FertiForum. 

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© Illustration : Pixabay

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