Né pour promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes dans le monde académique, le Bureau de l’égalité, dirigé par Seema Ney, fête ses 25 ans. Son action s’étend aujourd’hui bien au-delà de cette mission fondatrice, en intégrant les enjeux de diversité, d’inclusion et de lutte contre les discriminations.
Les chiffres témoignent du chemin parcouru. En 2005, les femmes occupaient 12,7% des postes professoraux de l’Unil. En 2025, cette proportion atteignait 32,3%. « C’est une évolution qu’il faut relever. Néanmoins, nous sommes encore loin de la parité », constate Seema Ney (voir encadré), directrice du Bureau de l’égalité. Ce dernier célébrera son vingt-cinquième anniversaire le 24 septembre (voir encadré).
Créé en 2001 dans le cadre de l’impulsion du premier programme fédéral « Égalité des chances entre femmes et hommes dans les universités », le Bureau poursuivait trois priorités, soit favoriser les carrières académiques féminines, soutenir la relève scientifique et faciliter la conciliation entre vies professionnelle et privée. Vingt-cinq ans plus tard, le paysage a changé. Le Bureau aussi.
Recruter autrement, soutenir concrètement
Les objectifs initiaux se sont traduits par des mesures concrètes. Les procédures de recrutement ont été revues : mesures inscrites dans une directive, sensibilisation aux biais de genre, formations en ligne et accompagnement des commissions et des facultés. « Un guide sur le recrutement inclusif complétera bientôt ce dispositif, tant pour les carrières académiques que pour les fonctions administratives et techniques », explique Seema Ney. L’accueil de la petite enfance constitue un autre exemple. Le campus de Dorigny compte désormais quatre garderies, auxquelles s’ajoute un partenariat avec une structure privée au Bugnon. Au total, 274 places sont proposées à la communauté universitaire. « Faciliter l’articulation entre le travail, la famille et les études a été un enjeu dès les débuts du Bureau », rappelle sa responsable.
Du soutien aux femmes à l’inclusion de toutes et tous
En 25 ans, le champ d’action du Bureau s’est considérablement élargi. « L’évolution la plus marquante concerne les thématiques et les enjeux que nous prenons en compte », observe Seema Ney. Les intitulés des commissions successives témoignent de cette transformation : des « questions féminines », l’Unil est passée à « l’égalité des chances », puis à « égalité, diversité, inclusion ». « Le Bureau agit aujourd’hui sur les discriminations croisées, les réalités LGBTIQ, l’antiracisme et l’inclusion des personnes en situation de handicap également. » Un tournant a été pris en 2019, lorsque la révision de la directive sur la promotion de l’égalité a intégré explicitement la lutte contre d’autres formes de discrimination.

Quand les mots changent les pratiques
Cette évolution touche aussi la communication institutionnelle. Depuis 2024, une directive sur la communication inclusive fixe un cadre commun. Elle s’accompagne d’un guide pratique et d’un dispositif d’accompagnement destiné aux personnes souhaitant adapter leurs contenus. « Nous avons combiné des éléments réglementaires décidés par la Direction, une directive, à un outil concret, le « guide pour une communication inclusive à l’Unil » et un accompagnement, notamment sous la forme de relectures », affirme Seema Ney. À ses yeux, les directives sont nécessaires, mais insuffisantes. « Il faut parfois des mesures contraignantes pour faire avancer les réalités, mais quand on change les pratiques, il faut épauler les personnes. »
Cette logique traverse toute l’action du Bureau : associer les règles à des outils, des formations et un travail de sensibilisation. Il s’agit d’inscrire le changement dans les pratiques quotidiennes, et pas seulement dans les textes. Cette approche a fait du Bureau un interlocuteur reconnu des facultés et des services, à la fois lieu de conseil, d’expertise et d’accompagnement. Son action s’appuie sur la recherche, ainsi que sur des enquêtes consacrées au climat de travail et d’études. « Elles permettent de mesurer les progrès tout en repérant les situations où des discriminations persistent, ou dans lesquelles certaines personnes ne se sentent pas encore pleinement en sécurité sur notre campus », poursuit la responsable.
Les défis des prochaines années
Les prochains chantiers devront consolider l’élargissement des missions tout en maintenant le combat historique pour l’égalité entre les femmes et les hommes, dont les enjeux sont encore d’actualité. Le Bureau souhaite aussi renforcer le dialogue avec la population étudiante. Une équipe de six à huit étudiantes et étudiants sera engagée pour participer aux stands d’information du Bureau et faciliter les échanges entre pairs. À l’heure de célébrer les 25 ans du Bureau, Seema Ney est loin de considérer sa mission comme achevée. « Dans un monde idéal, j’aimerais pouvoir dire que, dans un quart de siècle, un Bureau de l’égalité ne sera plus nécessaire, mais les statistiques montrent que le chemin est encore long. »
Seema Ney, un parcours nourri par les rencontres
Seema Ney travaille depuis près de 20 ans dans le domaine de l’égalité et de la diversité. Après un premier parcours professionnel d’enseignante, auprès d’enfants de 4 à 8 ans, elle reprend des études en sciences de l’éducation à l’Université de Genève et se spécialise dans les questions de genre. Avant de rejoindre l’Unil comme adjointe de Carine Carvalho, la précédente déléguée à l’égalité, elle a exercé plusieurs fonctions au sein de l’État de Vaud, à la Direction générale de l’enseignement obligatoire, à l’Unité de promotion de la santé et de prévention en milieu scolaire et au Bureau cantonal de l’égalité.
Son parcours passe aussi par Bretigny, « un petit village de 800 habitants », où elle a siégé durant une législature. Municipale chargée notamment de l’enfance, de la formation et du social, elle y a vécu une expérience politique de proximité, au contact direct de la population.
Les rencontres nourrissent sa réflexion. De nombreux échanges tout au long de son parcours l’ont conduite à interroger ses représentations et à mieux saisir la façon dont les discriminations varient selon les parcours. « Toutes ces rencontres ont façonné mon cheminement et ma vision. Rien n’est statique. Mon regard a constamment évolué et il évolue encore », confie-t-elle.
Après avoir remplacé Carine Carvalho durant son congé maternité, Seema Ney a codirigé le Bureau dès janvier 2025, avant d’en reprendre seule les rênes. Elle entend prolonger la méthode développée avec sa prédécesseuse. « Les valeurs de collaboration et d’ouverture au dialogue sont centrales pour moi. »
Célébrer les 25 ans
Le 24 septembre, l’Unil célébrera officiellement le quart de siècle de son Bureau de l’égalité. Une histoire qui dépasse largement ses murs et repose sur une histoire collective, portée par des personnes engagées pour faire avancer l’égalité, la diversité et l’inclusion à l’Université de Lausanne. « C’est un travail qui a impliqué de nombreuses personnes dans les services, les facultés et les directions successives », souligne Seema Ney. La soirée accueillera une conférence publique de Titiou Lecoq, journaliste et essayiste féministe. L’occasion de rapprocher deux univers parfois présentés comme distincts. « De nombreuses avancées historiques sont le fruit des mouvements citoyens et militants. Il est important de faire dialoguer ces mouvements avec les institutions », explique la directrice.

Ce dialogue se poursuivra lors d’une table ronde réunissant quatre générations de responsables du Bureau. Guite Theurillat, première déléguée à l’égalité de l’Unil de 2001 à 2009, y retrouvera Stefanie Brander, qui lui a succédé, Carine Carvalho, entrée en fonction en 2019, et Seema Ney. Participeront également Titiou Lecoq, le professeur Sébastien Chauvin, représentant du Centre en études genre, ainsi que Myriam Schneider, secrétaire générale de la FAE. La discussion sera modérée par Caroline Stevan, journaliste à la RTS.
En parallèle, une exposition, conçue par le Bureau de l’égalité et Unicom, retracera les principales étapes de cette histoire et l’évolution des domaines d’action du Bureau. Le public sera aussi invité à contribuer. Un dispositif lui permettra de proposer des pistes pour le futur plan d’action 2027-2031.
Exposition « Vingt-cinq ans d’égalité à l’Unil » :