Narratologie naturelle / Natural Narratology

Par Monika Fludernik

Traduit de l’anglais par Raphaël Baroni

Dans Towards a « Natural » Narratology, Monika Fludernik (1996) propose une approche des récits basée sur des paramètres cognitifs, et donc « naturels », afin d’élargir les modèles narratologiques classiques (structuralistes) – Genette (1972), Stanzel (1984), Chatman (1978), Bal (1985), Rimmon-Kenan (1983) – pour aborder la fiction postmoderniste, laquelle n’a pas été considérée en détail par la théorie du récit traditionnelle. En même temps, l’approche des récits décrite dans Towards a « Natural » Narratology vise à montrer l’existence d’une continuité entre la fiction et les récits conversationnels – également appelés « naturels » par Pratt (1977) sur la base des travaux de Labov (1972) – ce qui permet d’analyser le développement diachronique des récits du Moyen Âge à nos jours, en se concentrant particulièrement sur la façon dont les textes anglais vernaculaires de la fin du Moyen Âge et du début de la période moderne ont adopté des structures narratives conversationnelles et les ont progressivement modifiées.

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« Transmédialités postcoloniales : les récits postcoloniaux à travers les médias », Il Tolomeo n°24 (appel à contribution)

La revue Il Tolomeo – journal d’études postcoloniales invite tous les chercheurs intéressés à soumettre leurs contributions pour le prochain numéro de 2022 (n° 24). Le numéro sera structuré en une section généraliste à sujet libre et une section thématique consacrée aux transmédialités postcoloniales, à savoir aux récits postcoloniaux dans les médias.

Ces dernières décennies, l’intérêt de la critique pour des structures narratives fondamentales non plus réservées à la littérature mais spécifiques à tout média capable de raconter une histoire, s’est traduit par une multiplication considérable de publications consacrées à la narratologie transmédiale. Nous pouvons citer à titre d’exemple : l’étude monographique de J.-N. Thon, Transmedial Narratology and Contemporary Culture (2016) ; l’article de R. Baroni, «Pour une narratologie transmédiale», publié dans Poétique, n° 182 (2017) ; le texte de M.-L. Ryan «Sur les fondements théoriques de la narratologie transmédiale», paru dans Introduction à la narratologie postclassique. Les nouvelles directions de la recherche sur le récit (2018), sous la direction de S. Patron ; les deux numéros monographiques des revues Mediapolis – Revista de Comunicação, Jornalismo e Espaço Público («Personagens mediáticas: teoria, problemas, análises», n° 6, 2018) et 2i – Revista de Estudos de Identidade e Intermedialidade(«Literatura e televisão: novas narrativas – Ficções transmédia», vol. 2, n° 1, 2020). Si l’idée d’une grammaire des récits propre à l’ensemble des médias avait déjà été proposée par les pionniers de la narratologie (cf. Communications, n° 8, « Recherches sémiologiques : l’analyse structurale du récit », 1966), la discipline ne s’est que très récemment émancipée de son périmètre littéraire d’origine (Baroni 2017, 155). Aujourd’hui, les spécialistes préfèrent plutôt parler de narratologie transmédiale pour mettre davantage l’accent sur le caractère pluriel de certains phénomènes narratifs, en renvoyant ainsi à une approche comparative des médias qui ne privilégie pas un support particulier au détriment des autres (Wolf 2011, 5). Si l’identification de pratiques narratives communes aux différents médias demeure un objectif majeur de la discipline, A. Goudmand et R. Baroni (2019) soulignent cependant que la narratologie transmédiale a aussi pour but de voir « comment les récits exploitent les ressources particulières du support dans lesquels ils s’inscrivent afin d’actualiser ces invariants dans une forme spécifique ».

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« Les récits par et sur le numérique », Cahiers de narratologie (appel à contribution)

« Les récits par et sur le numérique »

Appel à contribution pour un numéro spécial des Cahiers de Narratologie

Coordinateurs : Rémi Cayatte (CERTOP – U. Toulouse III), Dario Compagno (Dicen-IDF – U. Paris Nanterre), Stéphane Goria (CREM – U. de Lorraine)

Présentation

La revue Cahiers de Narratologie vous propose de contribuer à un numéro abordant les relations existantes et émergentes entre les récits et les apports du numérique. À travers ce numéro, l’enjeu est de faire un point à propos d’un objet de recherche qui a subi des transformations importantes en lien avec celles des technologies de communication. En même temps que le récit s’est adapté à de nouvelles formes d’expression et de circulation, les chercheurs se sont saisi des nouveaux potentiels d’interaction et de partage ouverts par ces technologies. Certains spécialistes ont ainsi adopté l’informatique comme support méthodologique à leur travail et pas seulement comme variation de l’objet qu’ils observaient. Dès lors, nous posons à partir de cet appel diverses questions qui prennent en compte l’influence du numérique sur la production, la circulation et la réception des récits par les individus ou les communautés. Pour ce faire, nous chercherons à privilégier des contributions portant sur quatre facettes de cette mise en relation.

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Mondes imaginaires et univers médiatiques (actes de colloque)

Les enregistrements vidéo du colloque « Mondes imaginaires et univers transmédiatiques », qui s’est tenu à Toulon en avril 2021, sont disponibles à cette adresse: https://www.youtube.com/channel/UCnBQkRLC9L0vSXYCs_8WUBg

Retrouvez l’appel à contribution dans les archives du RéNaF: https://wp.unil.ch/narratologie/2019/12/appel-a-communication-mondes-imaginaires-et-univers-transmediatiques/

Téléchargez le programme: https://wp.unil.ch/narratologie/files/2021/04/Programme-Colloque-International.pdf

La confrontation des points de vue dans la dynamique figurale des discours (annonce de parution)

Alain Rabatel, La confrontation des points de vue dans la dynamique figurale des discours. Énonciation et interprétation, Limoges, Lambert Lucas, 2021.

Plutôt que d’appréhender les figures dans le cadre typologique classique des traités de rhétorique, le présent ouvrage propose une approche nouvelle de la figuration fondée sur une conception positive, textuelle, des notions d’écart et de saillance. Partant de la confrontation dialogique des points de vue pour mettre l’accent sur objets-de-discours et les effets-de-figure qui appellent de la part de chacun une interprétation connivente de la figuration, l’auteur en décrit les fonctions représentationnelles iconiques et cognitives d’où découlent d’autres fonctions encore, symboliques et argumentatives. L’ouvrage revisite des figures de pensée (ironie, humour, hyperbole) des figures de mots (lapsus, contrepèteries, à-peu-près, syllepses et antanaclases, antimétaboles, paradoxes, répétitions, créations néologiques) avant de s’ouvrir à des inédits de la problématique figurale tels que formules, reformulations et exemplifications en chaîne dont il dégage le rôle dans l’organisation des textes et des figures d’auteur (notions d’idiolecte, de style, d’éthos). Outre les textes médiatiques, satiriques, parodiques, poétiques et religieux où les figures abondent, le corpus comprend de nombreux genres moins connus sous cet angle tels que lapsus de courriels, devinettes, listes, litanies, etc.

Spécialiste reconnu d’analyse du discours, Alain Rabatel est professeur sciences du langage à l’Université Lyon 1 – Inspé, membre du laboratoire Icar. Ses travaux se signalent par leurs apports théoriques (théories du point de vue, de l’argumentation indirecte, de l’effacement énonciatif, des postures énonciatives) et par l’importance accordée aux effets pragmatiques et interprétatifs. Il fait ici le bilan des travaux qu’il a consacrés à la problématique de la figuration depuis une douzaine d’années.

Lien vers le site de l’éditeur: http://www.lambert-lucas.com/livre/la-confrontation-des-points-de-vue/

Colloque international « Formes narratives et supports médiatiques », 20-23 octobre 2021, Université de Lausanne (annonce de colloque)

Cet événement se déroulera en deux volets. La première partie « Impact de la sérialité sur le récit audiovisuel », organisée par Alain Boillat et Valentine Robert, se tiendra à l’UNIL du 20 au 21 octobre 2021. La deuxième partie « Transferts, reconfigurations et transition numérique dans la bande dessinée », organisée par Rahaël Baroni, Olivier Stucky et Gaëlle Kovaliv, se tiendra à l’UNIL du 21 au 23 octobre.

Impact de la sérialité sur le récit audiovisuel (20-21 octobre)

Le premier volet entend interroger la manière dont les pratiques sérielles contribuent à déterminer et façonner le récit cinématographique et télévisuel, notamment en matière de tension narrative, de temporalité, de point de vue et de construction des personnages. Les principes de segmentation (en volets, épisodes, chapitres, saisons), de répétition/variation et d’amplification (potentiellement infinie) seront au cœur des analyses proposées, ainsi que le rapport au spectateur/ à la spectatrice induit par les différents modes de consommation de ces productions, tant au niveau du support ou canal (DVD, streaming, VOD, etc.) qu’à celui du dispositif (salle de cinéma, salon domestique, écran personnel, etc.) ou de la temporalité (visionnement régulier à horaires fixes, visionnement continu, durée de l’attente jusqu’au volet ou à la saison suivante, etc.). En définissant la série comme la reprise d’une même diégèse (ou de certaines composantes diégétiques) dans des productions filmiques distinctes, ce colloque entend décloisonner les approches de la sérialité en envisageant les phénomènes de manière croisée (voire comparée) par la prise en compte conjointe des domaines cinématographique et télévisuel, et ce dans une perspective d’histoire des discours et des pratiques. Information et programme sur cette page.

Transferts, reconfigurations et transition numérique dans la bande dessinée (21-23 octobre)

Le second volet du colloque, mêlant communications scientifiques et tables rondes, vise à interroger l’interdépendance entre les supports médiatiques et les formes narratives qui s’y déploient dans le cadre particulier de la bande dessinée. L’une des spécificités de ce médium est justement de se définir par la projection d’une séquence d’images sur la surface qui lui tient lieu de support, ce qui explique cette focale particulière. Les questionnements diversifiés qui composent le programme de ces trois journées, tant du point de vue des approches, des méthodes que des objets convoqués, s’inscrivent dans des enjeux particulièrement contemporains. En effet, la problématique de l’évolution de l’identité culturelle de la bande dessinée en lien avec l’émergence des technologies numériques, est très actuelle, car celle-ci semble avoir modifié en profondeur les modes de production, de diffusion et de consommation des récits graphiques. En raison du contexte sanitaire, l’accès physique aux conférence est restreint aux détenteurs d’un certificat COVID. Néanmoins, les conférences seront retransmises à distance sur Zoom, sur inscription. De même, afin de garantir la fluidité de l’organisation et le respect des limitations d’occupation de la salle, il est nécessaire de s’inscrire. Informations, inscription et programme sur cette page.

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Narratologie dans l’antiquité grecque

Par Raphaël Baroni

Mimesis et diegesis

Platon et Aristote se sont penchés l’un comme l’autre l’existence de différents modes de représentation d’une histoire, dessinant les contours d’un débat qui demeure encore, dans ses grandes lignes, celui de la narratologie transmédiale. Le premier déploie sa condamnation de la mimèsis dans un ouvrage visant à définir les contours d’une république idéale, tandis que le second s’attache à élaborer une poétique plaçant les genres dramatiques au cœur de sa réflexion. Cette différence de cadrage, à la fois poétique et politique, apparaît fondamentale pour comprendre la théorisation des formes narratives dans l’antiquité grecque, dans la mesure où les questions formelles sont indissociables de leur portée éducative, éthique ou esthétique.

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Narratologie médiévale

Par Alain Corbellari

Ce qui, dans la culture du Moyen Âge occidental, ressortit à ce que l’on peut appeler des réflexions d’ordre narratologique s’articule selon trois axes :

  1. il y a d’abord les considérations explicites que l’on peut tirer des arts poétiques latins des XIIe et XIIIe siècles ;
  2. il y a ensuite les idées, essentiellement implicites, que l’on peut déduire de la lecture des œuvres vernaculaires, en particulier françaises, de la même époque ;
  3. il y a enfin tous les commentaires (des razos de troubadours au De vulgari eloquentia de Dante) consacrés à la poésie des troubadours. Bien que centrés sur la poésie lyrique, ces commentaires, qui se développent en genre autonome à partir du XIIIe siècle, n’en développent pas moins, incidemment, d’intéressantes considérations sur le rapport de la vie à l’œuvre en développant le potentiel narratif de la poésie troubadouresque.

Le troisième axe étant cependant quelque peu périphérique par rapport à notre objet (on renverra à ce propos au livre de Michel Zink, Les troubadours une historie poétique), c’est sur les deux premiers que l’on se concentrera ici.

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Le troisième souffle (annonce de parution)

Au début des années 2000, les adaptations télévisuelles du Comte de Monte Cristo, des Misérables et du Bossu font émerger la question de l’inceste dans une parenté élective. Tout se passe comme si le mariage du tuteur avec sa pupille qui constituait l’issue heureuse du roman populaire était devenue problématique : l’adaptation des Misérables tourne autour de l’amour impossible de Jean Valjean pour Cosette ; celle du Comte de Monte-Cristoréaménage le scénario pour éviter de laisser partir Monte-Cristo avec Haydée ; celle du Bossu, donne à Lagardère une autre épouse que la jeune Aurore de Nevers, l’enfant qu’il a recueillie et élevée. Vingt ans plus tard, le terme ‘inceste’ est introduit dans le code pénal et la question du consentement est au cœur de l’espace public.

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