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Intersectionnalité

Manon

Manon Zecca nous est apparue comme une interlocutrice idéale pour aborder les inégalités liées à la surdité à travers une approche intersectionnelle. En effet, elle a à la fois une expérience personnelle de ces discriminations en tant que femme sourde, une connaissance pratique à travers son parcours professionnel, et une lecture théorique critique via son parcours militant et sa formation. Après s’être prêtée à l’exercice de l’autoportrait, elle se penche sur la question des violences sexuelles qui visent les femmes sourdes de manière spécifique. Non seulement ces dernières en seraient davantage victimes que les femmes entendantes, mais elles seraient aussi discriminées par un manque de prise en charge adaptée à la surdité. Pour y pallier, Manon Zecca milite pour la mise en place de politiques publiques qui saisissent le problème en amont, à travers des mesures de prévention et de sensibilisation destinées aux personnes sourdes. Elle revendique aussi une meilleure prise en compte de la surdité dans le processus de dénonciation des violences, aux niveaux aussi bien judiciaires, sanitaires que sociaux. Elle dénonce le fait que l’absence de statistiques prenant en compte la situation des personnes sourdes (et en situation de handicap de manière générale) victimes de violences sexuelles mène à une invisibilisation de ce problème. D’entente avec Manon Zecca, l’entretien a été sous-titré afin d’être plus accessible aux personnes sourdes et malentendantes.

Chercheurs·euses : Alexis Alcaras, Leonie Brodmann, Emilie Vuilleumier

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Ève Marie

Ève Marie Perrin s’identifie en tant que femme, haïtienne et lesbienne. Ces identités, et les problèmes ou les discriminations qui peuvent y être liés, elle les a découvertes petit à petit au cours de sa vie: “Vis à vis du parcours, je me suis rendue compte de chaque chose par étape, mais ça ne veut pas dire que le chemin précédent est fini, ça rajoute à chaque fois en fait.” La nécessité pour elle de trouver sa place, sa communauté, et d’être acceptée l’a amenée à s’engager dans une association pour les étudiant·e·s afrodescendant·e·s, puis a créer des projets artistiques pour visibiliser les personnes noires et queer. Elle mentionne dans cet entretien les difficultés à trouver des ressources pour se construire en tant que personne noire et LGBT, notamment dans le domaine de la santé mentale, qui est souvent considérée comme “un truc de blanc” dans son entourage. Pourtant, pour elle qui s’est tant impliquée dans un projet de portraits de personnes noires après le meurtre de Georges Floyd, le self-care joue un rôle essentiel afin ne pas s’épuiser à la tâche lorsque l’on milite. Elle se confie également sur sa vie, son intégration en Suisse en tant que Haïtienne immigrée à onze ans, son expérience au sein de différents milieux militants et l’exclusion de certaines thématiques qu’elle a pu y remarquer. 

Chercheurs·euses : Maya Cherix, Sandrine Gatta, Cloé Vianin

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Inès

Inès El-Shikh est co-fondatrice des Foulards Violets, un collectif de femmes musulmanes ou non, portant le foulard ou non, solidaires de la cause des femmes le portant en Suisse et militant contre l’hostilité et les discriminations islamophobes genrées. Elle a accepté de nous accorder un entretien afin de répondre à nos questions concernant le militantisme intersectionnel. Ayant une formation en astrophysique, son parcours estudiantin ne la prédestinait pas à un engagement aussi passionné dans le militantisme. Fille d’immigré·e·s, de père égyptien et de mère tunisienne, elle a été très tôt confrontée à des discriminations et assignée à une position d’altérité. C’est après ses études qu’elle découvre les écrits du Black Feminism qui lui permettent de se sentir enfin représentée et comprise. Profondément attachée aux idéaux d’égalité et de justice, elle est anti-capitaliste, anti-militariste et anti-nationaliste. C’est à partir de ces valeurs, qui prennent notamment leur source dans l’Islam, qu’Inès puise sa force de mobilisation, veillant toujours à faire régner au sein du collectif une politique de l’amour ainsi qu’un principe d’horizontalité. L’entretien ayant été fait peu après l’initiative populaire suisse « Oui à l’interdiction de se dissimuler le visage » du 7 mars 2021, dans le cadre de laquelle les Foulards Violets se sont positionnés pour le droit à la liberté de choix, nous avons pu la questionner au sujet des enjeux militants à prendre en compte dans un engagement associatif et politique.

Chercheurs·euses : Soraya Boukhari, Géraldine Saugy et Natacha Jeannot. 

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Téo

Notre film présente des extraits d’un entretien avec Téo, dont nous voulions présenter le parcours d’homme blanc privilégié et ne subissant aucune discrimination. Téo se rend compte des avantages dont il bénéficie et essaie de remettre en question son rapport au monde et aux autres, dans un système qui le privilégie. Nous pensons que cette perspective peut contribuer à rendre visibles des structures d’oppressions souvent invisibles pour ceux qui en bénéficient tant elles sont légitimées et rendues naturelles, au point qu’ils les perpétuent parfois involontairement. Au cours de cet entretien, Téo nous présente son parcours, de basketteur dans une high school américaine à homme solidaire durant la grève du 14 juin 2019, en passant par ses prises de consciences et discussions autour de ses manières d’être qui ont évolué et continuent d’évoluer. Entre sentiment de culpabilité et volonté de faire au mieux, Téo navigue entre deux sphères, pas assez représentatif d’un type de masculinité pour certains et trop privilégié pour d’autres. Se pose alors la question de la signification d’être un homme aujourd’hui à ses yeux et de comment il essaie de faire au mieux. Alors suffit-il d’être conscient des privilèges dont on bénéficie pour ne pas les perpétuer ? Que signifie être un homme aujourd’hui et comment ces derniers peuvent-ils s’engager aux côtés des femmes pour combattre les structures d’oppression au lieu de les reproduire ? Ce sont ces questions que nous proposons d’aborder dans cet entretien.

Chercheurs·euses : Angeles Ampliato, Laura Hardmeier et Loriane Hochet.

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Yumie

Yumie Volupté nous est apparue comme une interlocutrice de choix pour aborder les discriminations liées à son statut de travailleuse du sexe à travers une analyse intersectionnelle. En effet, Yumie fait l’expérience de discriminations croisées concernant ses origines, son travail et son autisme. S’identifiant comme métisse, cette dernière est d’origine vietnamienne par sa mère et d’origine française par son père. Étant typée physiquement comme une personne asiatique, Yumie nous parle d’un écart entre sa culture française et ses traits physiques. Cette dissonance entre sa culture et son physique a été, depuis très jeune, une source de discriminations. Se revendiquant également comme courtisane des temps modernes et fière de l’être, Yumie nous confie cependant les difficultés auxquelles les travailleuses du sexe sont confrontées. En effet, la prostitution étant régulièrement jugée comme sale, dégradante et humiliante, il est socialement difficile, dans nos sociétés, d’assumer un statut de travailleuse du sexe en raison des discriminations qui s’abattent sur ces dernières.  Néanmoins, Yumie nous livre un témoignage empli de liberté et de fierté concernant son parcours. Bien qu’elle ait subi, tout au long de ces dernières années, des discriminations et certaines formes d’exclusions, Yumie nous confie être très heureuse et satisfaite de son parcours de vie.

Chercheurs·euses :  Mélissa Zufferey, Thien-Thuong Tran et Emilie Lauper.

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Sofia

Nous sommes parties à la rencontre de Sofia, âgée de 20 ans et née à Lausanne. Cette dernière a grandi à Cugy et poursuit aujourd’hui ses études à l’université de Genève dans la faculté de Relations Internationales. C’est dans ce cadre qu’elle s’investit dans l’association des sciences politiques et relations internationales et prend part à l’un des groupes de travail qui s’intéresse à divers enjeux de société contemporains. Sa mère est originaire du Maroc et son père de Côte d’Ivoire. Sofia possède donc à la fois la nationalité marocaine, ivoirienne et suisse. Elle a une demi-sœur, âgée de 38 ans, née du premier mariage de son papa ; mais a également un grand frère et une grande sœur issus du mariage de ses parents. Sofia nous a offert de son temps et de son intimité pour nous partager son histoire de manière réflexive, dans le rire et la discussion, et ses nombreux questionnements, entre introspections et revendications liées à son expérience.

Chercheurs·euses : Aliciane Ischi, Elise Jaccottet et Nina Rodriguez.

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Laure

Laure est une femme queer originaire de Belgique de 32 ans qui exerce en tant que chirurgienne à l’hôpital de Sion, capitale du canton du Valais. A travers son témoignage, les expériences subies par Laure dans le contexte médical ont permis de mettre en lumière les discriminations vécues par celle-ci en tant que “femme dans un monde de chirurgiens”. De plus, lors des entretiens d’embauche et dans la sphère privée, l’injonction à l’hétéronormativité et aux attentes sont saillantes et démontrent bien des formes de “micro-agressions” quotidiennes éprouvées tout au long du parcours de Laure. Lors de cet entretien, elle nous livre les difficultés rencontrées, en tant que femme, d’être considérée dans un milieu médical à majorité masculine, ainsi revient sur l’obstacle que constituent l’hétéronormativité et l’obligation du “coming-out” auprès de ses pairs. Finalement, notre enquêtée nous explique combien les savoirs, acquis grâce à la littérature queer, ont pu l’aider à comprendre, voire surmonter, sa situation hors-normes.

Chercheurs·euses : Catarina Pinto de Matos & Marie Aymon

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Lily

Lily est une jeune femme suisse âgée de vingt et un ans. Elle est la fille d’une mère blanche originaire du Sud de la France et titulaire d’un passeport suisse, et d’un père noir originaire de Dakar et titulaire d’un passeport français. Sa famille est issue des classes moyennes et défend des idées progressistes. Lily a effectué sa scolarité et vécu à Lausanne jusqu’à ses dix-huit ans et s’est ensuite installée à Londres afin d’y suivre un cursus académique en études culturelles et curation dans lequel elle s’apprête à obtenir son diplôme de Bachelor. Elle est engagée dans les luttes anti-racistes, anti-capitalistes, décoloniales et féministes. La spécificité de son parcours réside dans ses multiples identités – identité de « métisse » qui est souvent projetée sur elle, de femme suisse issue des classes moyennes et étudiant à Londres, etc. Son expérience présente l’intérêt d’éclairer les particularités et les formes différenciées des discriminations qu’elle a subies dans deux pays. Considérer l’imbrication des variables mentionnées avec son statut d’étudiante universitaire à l’étranger ouvre notamment sur la question des privilèges dont bénéficie par ailleurs Lily, et dans ce prolongement, sur celle de la visibilité ou de l’invisibilité de son identité intersectionnelle.

Chercheurs·euses : Céleste Leu, Thalia Rossi et Mariana Wank Da Silva Quelhas.

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Tokyo

Tokyo est une jeune femme trans’ originaire du Laos qui est née en Suisse et qui y a effectué toute sa scolarité. Tant d’identités qui viennent la positionner à l’intersection de multiples discriminations. Ses parents sont arrivés en Suisse dans le courant des années 90, peu avant sa naissance. C’est dès son plus jeune âge, sur les bancs de l’école, que Tokyo a pris conscience de son appartenance raciale et des discriminations qui l’accompagnent. Ne parlant pas encore le français, la jeune femme va rapidement se rendre compte de la pression qui lui est imposée pour s’intégrer. En transitionnant, Tokyo va alors prendre conscience des liens entre les discriminations de genre et de sexualité et son identité raciale : « je pensais que je devais attirer les hommes avec mon corps, avec cette féminité imaginaire que je voulais absolument avoir parce que justement c’était comme ça que les femmes trans’ asiatiques étaient vues ». Dans le cadre de cet entretien, la jeune femme nous invite également à découvrir le monde de la « ballroom », un espace dans lequel elle performe la danse du « voguing ». En tant que performeuse, Tokyo s’inscrit dans une pratique et un milieu militant qui visent à davantage visibiliser les personnes à l’intersection de plusieurs oppressions.

Chercheurs·euses : Lorène Arlettaz, Anna Centamori et Elodie Conus.

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Khaddouj

Arrivée en Suisse à 23 ans, Khaddouj nous raconte quelques unes des histoires marquantes de sa vie. Deux fois médaillée au championnat national marocain de taekwondo, ce sport lui a enseigné discipline et force : confrontée à un milieu marqué par le sexisme, le taekwondo lui a également permis d’acquérir confiance en elle, lui permettant de défendre ses opinions lors de divers conflits par la suite. Née dans une famille portant des valeurs d’égalité, elle débute des études universitaires au Maroc qu’elle interrompt lors de sa venue en Suisse, en raison de la non-reconnaissance de ses diplômes par l’État. À travers des exemples d’agressions dans la rue, au travail ou au sein de sa famille, elle nous explique comment son statut de femme musulmane et marocaine issue de l’immigration l’a amenée à être confrontée à des attitudes parfois stigmatisantes et discriminantes. Mariée à un homme suisse converti à l’islam suite à leur rencontre, son mariage illustre les stéréotypes auxquels sont confrontés les couples binationaux, notamment au sujet de l’acquisition de la nationalité et du soupçon. Ayant passé la majorité de sa vie en Suisse, elle raconte comment le statut d’étrangère est ambivalent et également présent vis-à-vis de son pays d’origine. Khaddouj nous rapporte également comment le choix de porter le voile il y a huit ans l’a impactée dans l’espace public et ce qu’il raconte de la visibilité des femmes musulmanes en Suisse à travers le temps.

Chercheurs·euses : Jawad Baud, Chloé Schaer et Elisa Verga

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Xavier

Xavier a 20 ans. Il a vécu aux Etats-Unis avec ses parents jusqu’à ses 8 ans, puis ils ont déménagé en Suisse. Il a également vécu à Madrid pendant un an dans le cadre d’un Erasmus. Lors de l’entretien, Xavier nous parle de son adoption. Il nous raconte: « j’ai su que j’étais adopté en apprenant les couleurs, parce que moi j’étais brown et mes parents étaient white ». Il évoque notamment la manière dont l’hétérogénéité raciale intrafamiliale fait émerger de nombreux questionnements sur soi-même et sur les autres. Xavier nous parle ensuite de son homosexualité et de son vécu en tant qu’homme racisé. Il nous donne à voir sa propre conception du racisme et la manière dont l’imbrication des oppressions façonne son expérience de vie.

Chercheurs·euses : Jennyfer Niederhauser, India D’addona et Emily Mayer

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Abir

Abir est une jeune femme de 22 ans, née en Suisse, de nationalité tunisienne et de confession musulmane. Sa mère turco-tunisienne et son père tunisien ont immigré en Suisse et ont construit leur vie dans ce pays. Abir a décidé de se voiler à l’adolescence – une décision qui impactera grandement sa vie. Suite aux discriminations subies durant sa scolarité obligatoire en Suisse, ses parents ont décidé de partir vivre en Tunisie afin qu’elle obtienne un bac français. Bien que dans un pays musulman, Abir a continué à être sujette à diverses discriminations liées au port du voile. Espérant recommencer une nouvelle vie en tant qu’adulte, Abir est revenue en Suisse et a entrepris un Bachelor en Soins infirmiers. Toutefois, rien ne s’est passé comme prévu et ses espoirs d’épanouissement personnel et professionnel ont été compromis. Le harcèlement, la mise à l’écart, les regards oppressants ou encore le mobbing au travail ont conduit à Abir à prendre la décision de se dévoiler. Son témoignage nous permet de constater la réalité des femmes voilées en Suisse, mais également en Tunisie. A travers cette vidéo, nous constatons la perception que la société a des femmes voilées, en les considérant comme inférieures à différents niveaux sociétaux.

Chercheurs·euses : Jessica Peixoto Marcon et Zébulyne Rossi.