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Colocation estudiantines : espace de conquête et de recherche féministe ?

Par Emilie Lauper, Sara Lorente Muedra, Tiffany Maradan, Mélissa Zufferey

La majorité des tâches domestiques au sein de la famille est traditionnellement attribuée aux femmes. Même si on pourrait penser que cela a un peu évolué, grâce aux différentes transformations sociales résultant notamment des mouvements féministes, de nombreuses études sur la répartition du travail domestique au sein de la famille traditionnelle ont révélé que les femmes continuaient d’effectuer la majeure partie du travail domestique et cela même si elles sont professionnellement actives.  (Pfefferkorn, 2011; Paihlé et Solaz, 2010).

Cette étude explore les dynamiques genrées des tâches domestiques en colocation étudiante en Suisse Romande, mettant en lumière la persistance des inégalités malgré les évolutions sociales. En analysant l’impact de la socialisation primaire, l’étude révèle que les stéréotypes de genre persistent dans les colocations, avec une répartition inégale des tâches et une charge mentale plus lourde pour les femmes. Les résultats suggèrent que même avec une éducation moins genrée, les inégalités persistent. L’analyse souligne également des tendances genrées dans les attitudes envers la charge mentale. Malgré une légère augmentation de la participation des hommes, la division du travail et la charge mentale restent fortement sexuées, indiquant que davantage d’efforts sont nécessaires pour promouvoir l’équité dans les tâches domestiques en dehors du cadre traditionnel du couple.

Toutefois, ici nous n’allons pas parler de la composition familiale dite traditionnelle mais d’un type de cohabitation dont on sait peu de choses et qui est de plus en plus répandu chez les jeunes, en particulier les étudiant.e.s : la colocation.

Comment se répartissent les tâchent ménagères dans cette nouvelle forme de cohabitation dans laquelle les individus ne partagent pas un logement en raison d’un lien de parenté ? Est-ce que la division des tâches y est plus équitable que dans une cohabitation de couple ? Une socialisation primaire traditionnelle genrée, reproduira-t-elle ces mêmes dynamiques dans ces nouvelles configurations de cohabitation ? Les nouvelles générations, seront-elles plus sensibles au genre lorsqu’il s’agit de partager les tâches à la maison ?  Ou est-ce encore le genre qui serait le facteur principal dans le partage des tâches ménagères ? Afin de répondre à ces questions, nous avons cherché les conséquences de l’éducation et de la socialisation primaire sur la répartition des tâches ménagères d’un point de vue quantitatif et qualitatif dans les colocations estudiantines de Suisse romande.

Notre hypothèse principale reposait sur l’idée que la socialisation primaire influencerait le comportement des étudiant.e.s. Une éducation encourageant la participation des enfants aux tâches ménagères, avec des modèles parentaux égalitaires, pourrait conduire à une plus grande implication dans ces responsabilités à l’âge adulte. Inversement, les femmes, ayant appris implicitement des notions relationnelles liées au travail de « care », pourraient prendre consciemment ou inconsciemment l’initiative d’assumer davantage de tâches domestiques et de charge mentale (Daminguer, 2019; Haicault, 2020), et ce même dans le cadre d’une colocation avec des relations amicales.

Sur le plan quantitatif, le défi auquel nous avons été confrontées était de savoir comment mesurer statistiquement le type de socialisation primaire de chaque individu. Pour ce faire, nous avons dû examiner rétrospectivement l’expérience de l’enfance de chaque individu, avec tous les biais de mémoire que cela implique. À cette fin, nous avons créé deux variables : la première était basée directement sur la fréquence à laquelle chaque individu estimait avoir participé aux tâches ménagères pendant son enfance. La seconde mesurait la façon dont les tâches ménagères avaient été réparties entre le père et la mère.

La perspective de recherche de l’atelier de recherche est celle du parcours de vie, où la notion de temps, l’inscription historique, l’intégration sociale, les facteurs institutionnels et les facteurs psychosociaux des sujets étudiés jouent un rôle central. L’approche de la recherche est celle de la méthode mixte, c’est-à-dire l’utilisation parallèle d’approches quantitatives et qualitatives. Dans un premier temps, nous avons mené une enquête en ligne sous forme de questionnaire à l’aide de l’outil LimeSurvey qui a été envoyé à différentes universités de Suisse romande. Pour l’analyse des données, nous avons reçu un total de 156 réponses que nous avons analysées grâce au logiciel RStudio. Dans un second temps, nous avons élaboré une grille d’entretien semi-structurée qui nous a permis d’explorer en détail les particularités de la vie en colocation de 8 personnes, qu’on a retranscrits et codés sur le logiciel MAXQDA.

D’autre part, et en suivant la définition de la charge mentale de Daminguer (2019) (anticiper les besoins, identifier les moyens de les satisfaire et contrôler les résultats), nous avons créé deux variables liées à la charge mentale assumée par chaque individu, et deux variables liées au sentiment d’injustice qu’ils percevaient envers eux-mêmes et envers les autres.

Au niveau qualitatif, nous avons mené un total de huit entretiens répartis en Suisse romande, à Fribourg, Genève et Lausanne. De plus, nous avons eu accès à des entretiens menés par d’autres collègues, que nous avons codés collectivement selon des critères uniformes à l’aide du logiciel MAXQDA. Pour répondre à notre hypothèse sur l’influence de la socialisation, nous nous sommes concentrées sur la variable B3, à savoir : si vous avez vécu avec vos deux parents durant votre enfance (0-12 ans), qui était en charge des tâches ménagères suivantes ? En fonction des réponses, nous avons codé les participant.e.s dans les catégories suivantes : socialisation genrée (au moins 5 tâches effectuées par la mère ou une tierce personne), socialisation plutôt genrée (au moins 4 tâches effectuées par la mère ou une tierce personne), socialisation plutôt non genrée (au moins 3 tâches effectuées par la mère ou une tierce personne) et socialisation non genrée (au moins 2 tâches effectuées par la mère ou une tierce personne). Dans notre analyse, nous avons décidé de considérer que si la plupart des tâches étaient effectuées par une personne tierce, généralement une employée de maison, cela contribuait également à une socialisation genrée.

Malgré l’observation d’une légère évolution vers la coresponsabilité des tâches domestiques dans les contextes partagés, l’association du genre masculin avec l’évitement de ces tâches et du genre féminin avec une plus grande répartition des responsabilités, persiste.

L’analyse qualitative nous a permis de conclure que chez les personnes qui avaient reçu une éducation genrée et plutôt genrée, les stéréotypes de genre étaient reproduits dans leur colocation. Les tâches étaient réparties de manière plutôt inégale et la charge mentale était plus importante pour les femmes, d’où la persistance du schéma de genre.

“Avant, il y avait une autre femme de ménage, elle venait 3 fois par semaine et là, celle-là, elle vient que 2 fois par semaine, mais elle nettoie les parties communes, donc les toilettes, la cuisine, le salon etc. Et de temps en temps, bah Rick lui paye un peu plus pour… pour qu’elle puisse faire son repassage par exemple, ou des tâches personnelles à lui… “ (Gaël, membre de colocation mixte)

« Alors voilà, si un jour je me sens à bout et que j’ai l’impression de pas pouvoir supporter ce bazar… eh bien, je m’y mets au ménage, peut-être parce que j’ai l’habitude de m’occuper plus du nettoyage. En une demi-heure, j’ai déjà passé le balai, la serpillière, et fait les toilettes, peut-être pas en profondeur, mais au moins quelque chose, tu vois. Ouais, je pense que c’est moi qui m’occupe du plus gros, mais c’est surtout parce que j’aime bien que ça reste bien propre. »  (Valentina, membre de colocation mixte)

En ce qui concerne la catégorie “éducation non genrée”, notre hypothèse suggère que les répondant.e.s ayant connu une socialisation primaire dans laquelle les tâches étaient à peu près également réparties entre la mère et le père appliqueraient une répartition similaire dans leur colocation. Cependant, la faible quantité de données dans cette catégorie suggère que le maintien d’une égalité parfaite au quotidien pourrait être utopique. Malgré cela, des témoignages positifs d’équilibre dans la colocation ont été observés, principalement dans les colocations exclusivement féminines, soulignant l’idée que le partage de la charge mentale, notamment dans l’attente de soulager l’autre, contribue à un partage égalitaire.

“Les tâches domestiques, c’est aussi vraiment d’un commun accord. Au début, on s’était dit aussi avec, mes premiers colocs qu’on allait faire un planning ou comme ça, mais on l’a jamais fait (rires) et ça s’est toujours super bien passé.” (Chloé, membre d’une coloc exclusivement féminine)

En ce qui concerne l’analyse quantitative, et après avoir effectué toutes les combinaisons possibles à la recherche de résultats concluants, presque aucun des tableaux croisés n’était statistiquement significatif. Cependant, l’interprétation de l’analyse des correspondances multiples (ACM) a révélé des tendances plus probantes.

Un graphique d’analyse des correspondances multiples visualise les relations entre les catégories de variables dans un ensemble de données multidimensionnelles, aidant à interpréter les associations entre elles dans un espace réduit pour faciliter la compréhension et l’analyse. Sur l’axe horizontal, nous trouvons les variables liées à la charge mentale, à la prise de responsabilité et au sentiment d’injustice. Les personnes qui assument davantage de responsabilités dans les tâches ménagères ont le sentiment qu’il y a plus d’injustice, tandis que les personnes qui n’assument pas de responsabilités dans les tâches ménagères ont le sentiment qu’il y a moins d’injustice, cela indique une association entre la charge de travail et le sentiment d’injustice. D’autre part, l’axe vertical, lié aux regroupements de variables relatives au genre et à la socialisation, est directement associé à l’importance qu’ils accordent à l’égalité entre les hommes et les femmes. Si les femmes ont tendance à se trouver dans une position indiquant une plus grande importance pour l’égalité des sexes, les hommes se trouvent dans la position opposée, ce qui suggère des différences dans les perceptions de genre dans l’ensemble des données.

La répartition générale des variables suggère que les pratiques liées à la charge mentale, à la surcharge domestique et au sentiment d’injustice sont davantage associées au genre féminin, quelle que soit la nature de leur socialisation de genre. En revanche, les comportements liés au désintérêt pour les tâches ménagères ou à l’absence de charge mentale semblent davantage associés aux hommes, quelle que soit la nature de leur socialisation. L’analyse révèle que les indicateurs de charge mentale sont davantage présents chez les femmes de notre échantillon : elle suggère que les tâches ménagères sont encore fortement genrées et que les femmes assument une charge mentale plus importante. En revanche, la variable sur la socialisation au genre contredit cependant légèrement l’hypothèse initiale de notre analyse qualitative.

En résumé, malgré une légère augmentation de la participation des hommes au partage des tâches ménagères et un plus grand engagement dans le partage des tâches ménagères dans les foyers partagés, les analyses qualitatives et quantitatives soulignent que la division du travail et la charge mentale sont encore fortement genrées.

En résumé, malgré une légère augmentation de la participation des hommes au partage des tâches ménagères et un plus grand engagement dans le partage des tâches ménagères dans les foyers partagés, les analyses qualitatives et quantitatives soulignent que la division du travail et la charge mentale sont encore fortement genrées dans les colocations de Suisse romande. Les femmes continuent de supporter une charge plus importante dans les aspects physiques, émotionnels et cognitifs du travail domestique. Cette étude révèle que les inégalités de genre persistent au-delà de la sphère familiale et que même une éducation moins genrée ne semble pas avoir d’impact positif sur ces situations. En suivant l’affirmation de De Singly (2007), nous pouvons conclure que même en dehors de la dynamique traditionnelle du couple et du mariage, le travail domestique conserve sa nature sociale de « travail de femme ». Nous pouvons donc constater que la légère augmentation de la participation des hommes aux tâches domestiques ne suffit pas à éliminer les inégalités de genre dans ce domaine (Bornatici, Gauthier & al., 2021) Et qu’il est encore nécessaire de repenser nos pratiques et celles des plus jeunes afin d’éviter ces situations de surcharge mentale et du travail ménager encore plus présent chez les femmes.

Références

Bornatici, C., Gauthier J.A. & Le Goff, J.M. (2021). Les attitudes envers l’égalité des genres en Suisse, 2000–2017. Social Change in Switzerland, (25), https://www.socialchangeswitzerland.ch/?p=2227

Daminger, A. (2019). The Cognitive Dimension of Household Labor. American Sociological Review, 84(4), 609–633.

Darmon, M. (2016). La socialisation. Armand Colin. 

De Singly, F., (2007) L’ injustice ménagère. Hachette, coll. « Pluriel », 318 p., EAN : 9782012794191.

Haicault, M. (2020).  La charge mentale, histoire d’une notion charnière (1976-2020). 2020, https://halshs.archives-ouvertes.fr/ HA. Id :  hal-02881589, version 1   HAL Id : hal-02881589, version 1.

Natalier, K. ,2003,  »I’m not his wife’. Doing gender and doing housework in the absence of women’, Journal of Sociology, vol.39, 3, p. 253-269

Pailhhé, A. & Solaz, A. (2010). Concilier, organiser, renoncer : quel genre d’arrangements? Travail, genre et societés, 24, 29-

Pfefferkorn R. (2011) Le partage inégal des « tâches ménagères », Les cahiers de Framespa, travail, pouvoir, justice : questions de genre, n°7, pp. 1-1

Régnier-Loilier, A., & Hiron, C. (2010). Évolution de la répartition des tâches domestiques après l’arrivée d’un enfant. Revue des politiques sociales et familiales, 99(1), 5-25.

Sabot, C., (2020). Le genre, de l’enfance à l’adolescence [note de cours], études genre et théories féministes. Université de Lausanne.

Shelton, B., John, D., 1993, “Does Marital Status Make a Difference? Housework among Married and Cohabiting Men and Women“, Journal of Family lssues, vol. 74, P. 401-420.

Informations

Pour citer cet article Pour citer cet article
Nom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2022, consulté le XX mois 2023. URL :
Auteur·iceEmilie Lauper, Sara Lorente Muedra, Tiffany Maradan, Mélissa Zufferey, étudiantes en Master
Contactsara.lorentemuedra@unil.ch
EnseignementSéminaire Atelier Parcours de vie familial et inégalités sociales

Par Jacques-Antoine Gauthier, Jean-Marie Le Goff, Cécile Mathou, Claire Semaani
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Ruth

Ruth Munganga est une jeune femme de 26 ans, née en Suisse et qui vit actuellement en Belgique pour ses études de Master en journalisme. D’origine suisse, britannique et congolaise, et de genre féminin, Ruth se trouve à l’intersectionnalité de différentes oppressions. De ce fait, elle se revendique comme féministe, mais également – et plus précisément – comme afro-féministe. Elle s’intéresse également aux questions environnementales, au sein du monde de la mode en particulier, ainsi qu’à celles portant sur le colonialisme et le racisme. C’est au travers des réseaux sociaux que Ruth fait passer ses messages militants, par la création d’une communauté de personnes intéressées par les luttes qu’elle défend. L’efficacité des diverses plateformes qu’elle utilise lui permet de toucher un public élargi. Tout cela, Ruth le fait avec un but bien précis : utiliser les réseaux sociaux avec une visée éducative et informative. Selon elle, cette ère du numérique est indispensable afin de changer le monde et la société.

Chercheurs·euses : Séverine Bochatay, Sarah Pascalis, Lena Rusillon

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Annaëlle

Annaëlle Étémé est une jeune femme de 23 ans, de nationalité camerounaise et française, vivant actuellement à Payerne en Suisse. Elle est étudiante en deuxième année à la Haute école de travail social et de la santé à Lausanne (HETSL). Au cours de ce travail, nous avons pu observer comment le parcours scolaire et migratoire, ainsi que les relations familiales et sociales d’Annaëlle, sont imbriquées dans différents rapports de pouvoir (race, classe et genre). Il a ainsi été possible de comprendre la manière dont l’imbrication de ces rapports de pouvoir se manifeste dans les discours comme dans les expériences personnelles auxquelles elle a été confrontées en Suisse. Le concept d’intersectionnalité nous a aidés à comprendre que les multiples discriminations vécues par Annaëlle ne sont pas façonnées uniquement sous le prisme d’une seule catégorisation sociale, mais qu’elles sont le résultat complexe de processus sociaux qui se renforcent et se combinent.

Chercheurs·euses : Bruno Da Silva, Alexandre Pereira, Domenico Ferraro

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Lobali

Née à Kinshasa peu après l’indépendance de la République du Congo, Lobali Mpase arrive en Suisse à l’âge de douze ans afin de poursuivre sa scolarité dans les Préalpes vaudoises. Cette situation lui permet de bénéficier temporairement de ce qu’elle appelle un « passe-droit blanc » dans sa jeunesse. Aujourd’hui âgée de cinquante-six ans, Lobali Mpase, assistante médicale diplômée, est engagée politiquement au sein des Vert·e·s et milite à la Grève féministe. Elle se bat pour une égalité non seulement entre les femmes et les hommes, mais entre les femmes issues de tous milieux et origines.

Chercheurs·euses : Gaia Brezzi, Blaise Strautmann

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Héloïse

Pour ce travail, nous avons choisi de réaliser un entretien avec Héloïse Roman, chargée de projet égalité au sein du service Agenda 21 Ville durable à Genève. L’éducation de Madame Roman ainsi que son expérience personnelle des discriminations liées à son statut de femme l’ont progressivement menée à s’intéresser aux enjeux d’égalité, non seulement dans sa vie privée mais également dans sa vie professionnelle. Dans le cadre du service Agenda 21 Ville durable, Madame Roman et son équipe mettent en place divers projets visant à promouvoir l’égalité entre femmes et hommes ainsi qu’à réduire les différentes discriminations et inégalités dans la ville de Genève. À travers le plan d’action municipal « Objectif zéro sexisme dans ma ville », le service cherche à faire de l’espace public un lieu plus sûr pour tou·te·s les usager·ère·s, notamment les femmes qui y subissent davantage de harcèlement, en travaillant avec diverses associations et institutions genevoises. À travers ce cas spécifique et l’analyse au prisme de l’intersectionnalité, nous observons le croisement de discriminations, notamment sexistes, racistes, lesbophobes, grossophobes, transphobes ou autres, à différents niveaux : personnel, institutionnel et associatif.

Chercheurs·euses : Charlotte Barberis, Fiona Faggioni, Inês Ferreira Martiniano

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Pamela

Pamela Ohene Nyako, assistante doctorante à l’Université de Genève, nous ouvre les portes de son intimité lors d’un entretien abordant divers aspects de son parcours de femme Noire en Suisse romande. Elle est également fondatrice de Afrolitt, une plateforme de rencontres autour de la littérature Noire à des fins thérapeutiques et de réflexion critique. A travers cet entretien, Pamela nous fait part notamment de son rapport au métissage, aux hommes ou encore à sa famille. Elle aborde également son amour pour la culture hip-hop et la littérature, sources d’émancipation et ayant des propriétés thérapeutiques pour elle. L’entretien biographique nous a permis, pour reprendre ses termes, de partir du corps pour revenir au corps. En effet, elle décide de consacrer une part substantielle de son énergie à prendre soin d’elle et de son corps, à se faire du bien. Ainsi, elle affirme : « Le fait d’être une personne qui subit des oppressions, le fait de juste prendre soin de soi c’est déjà révolutionnaire. (…) Et c’est Audre Lorde qui le disait : ‘Self-care is powerful’». Autrement dit, si la vie des personnes minoritaires est politique, prendre soin de soi constitue déjà un acte de résistance face à l’oppression. Visibiliser, affirmer et assumer son travail de care ou plutôt de self-care en tant que femme Noire, bien loin de correspondre à un retrait de la société, nous semble donc constituer un acte de résistance éminemment politique.

Chercheurs·euses : Olympe Challot, Damien Mioranza & Fahd Bamoi

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Thanh-My

Depuis l’apparition du COVID-19, nous avons assisté à une augmentation des discriminations envers les personnes asiatiques, avec notamment des insultes sur les réseaux sociaux ou encore des attaques physiques dans la rue. Mais qu’en est-il de la Suisse ? Et comment les femmes asiatiques vivent-elles ces discriminations, étant sujettes également au sexisme ambiant de notre société ? Sous l’angle de l’intersectionnalité, nous nous sommes entretenues avec Me Thanh-My Tran-Nhu, présidente du Conseil communal de Lausanne en 2021 et avocate. Nous nous sommes ainsi aidées de ses propos afin de mieux comprendre et d’illustrer par ses propres expériences les discriminations subies (ou non) à l’intersection entre le sexisme et le racisme envers les personnes asiatiques.

Chercheurs·euses : Gaëlle Melet, Uyên Khanh Truong, Tatiana Büll

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Francesca

Être une tchoin épileptique. C’est le statut que Francesca revendique. Fille d’une mère émigrée du Chili et d’un père Allemand, elle raconte son rapport au corps, à la sexualité, à la maladie, à ses origines et aux milieux militants. Elle devient militante lorsqu’elle entre à l’Université de Genève. Cette pratique va alors lui faire prendre conscience des multiples oppressions qu’elle subit en tant que femme latina et pansexuelle, ainsi qu’en tant que personne victime d’une maladie neurologique. Dans cet entretien, elle aborde sa rencontre avec le militantisme ainsi que son expérience du racisme. Elle explique le paradoxe entre le privilège de blanchité et le racisme effectif qu’une femme latina peut subir. Elle aborde sa pansexualité et le lien à son corps ainsi qu’à son épilepsie. Enfin elle raconte le passage d’un couple perçu comme lesbien à un couple hétérosexuel aux yeux des autres, dû à la transition de son compagnon ainsi que la réduction des oppressions que cela a entraîné.

Chercheurs·euses : Joan Giabbani, Sultan Yildiz, Nouchine Diba

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Sowita

Procéder à un entretien ayant pour thème l’intersectionnalité, nous a permis de faire la rencontre de Sowita Atangana. Fuyant la guerre en Érythrée, ses parents arrivent en Suisse en 1989, alors qu’elle est âgée d’un an. À 12 ans, elle et ses sœurs sont naturalisées suisses. Désormais âgée de 32 ans, elle est mariée, mère de trois jeunes enfants, et a vécu toute sa vie à Genève où elle travaille en tant qu’assistante sociale. Notre entretien s’est principalement concentré sur son parcours migratoire et professionnel, mais également sur son expérience vécue en tant que femme noire. Au travers de cet entretien, des thèmes ont pu émerger tels que le racisme systémique, la blanchité et la condition postcoloniale. D’une part, cette enquête nous a permis de mettre en lumière des dimensions identitaires pouvant être invisibilisées dans le monde social, et d’autre part il explique que parler explicitement de la notion de “race” et de son intersection avec le genre, tel que le fait l’intersectionnalité, est fondamental.

Chercheurs·euses : Allison Castano Isla, Lucie Libois, Laura Jabaudon

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Iman

Iman Wasser, âgée de 25 ans, étudie les sciences sociales et les sciences des religions à l’Université de Lausanne. Née en Suisse et arrivée à Lausanne il y a 5 ans, elle possède une double nationalité, étant d’origine suisse par son père et marocaine par sa mère. Militante féministe et décoloniale, Iman lutte contre l’islamophobie et commence à militer dans le champ de la musique et via son activité de DJ en se rapprochant du collectif « Ou êtes-vous toutes ? », qui vise à organiser des événements musicaux dans des espaces bienveillants et inclusifs. En 2018, elle découvre un collectif antiraciste et décolonial en participant à un festival d’ateliers sur la question de la race et du passé colonial en Europe. Elle exprime la nécessité d’un féminisme à visée intersectionnelle, qui prend en compte l’imbrication des différentes formes de discriminations subies par les femmes. Iman nous partage son chemin parcouru, du processus de déconstruction de son genre à celui de sa race ainsi que de sa religion. Musulmane pratiquante, elle s’est souvent sentie oppressée par les femmes vis-à-vis de sa religion, et s’inscrit dans un féminisme intersectionnel notamment par le biais de son activisme sur les réseaux sociaux. C’est à travers la création du mouvement culturel et artistique @vousetesreus qu’Iman et sa meilleure amie Inès, toutes deux musulmanes et maghrébines, mettent en avant un espace safe et bienveillant accueillant toutes les femme.x.s, racisées ou non.

Chercheurs·euses : Marie Reynard, Quynh Vu, Loïse Mingard

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Mona

Nous sommes parties à la rencontre de Mona Dennaoui un jour du mois de mai 2021, dans les locaux de Geopolis. Cette jeune femme de 26 ans est fière de ses origines libanaises, héritées de son père pharmacien et de sa mère, mère au foyer. L’immigration de ses parents à deux reprises fait qu’elle possède les nationalités franco-suisses. Musulmane sunnite de confession, elle admet que cela n’a pas toujours été facile pour elle en matière d’intégration. Impliquée dans la lutte contre l’oppression israélienne et pour une Palestine libre, son militantisme s’exprime à travers une prise de parole volontaire qui vise à visibiliser son combat. La cause féministe lui tient également très à cœur, bien qu’elle n’ait rejoint aucun mouvement officiellement. Son parcours de vie met en lumière l’intersectionnalité de ses luttes, autant personnelles que militantes. Le moyen le plus efficace de combattre les discriminations ? En parler ! C’est d’ailleurs sur la thématique de l’(in)visibilité que nous emmène la future diplômée en psychologie clinique de l’Université de Genève.

Chercheurs·euses : Stavroula-Lida Adamopoulou, Corentine Moosmann, Mélanie Caprotti

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Dahaba

« Alors moi je m’appelle Dahaba, je suis une femme noire musulmane, ou une femme musulmane noire, ou une noire femme musulmane. ». Ces mots prononcés par Dahaba Abdirahman permettent de résumer les différentes identités qui structurent son parcours de vie. Celles-ci font écho au thème de l’intersectionnalité car elles s’imbriquent et s’entremêlent. L’histoire que Dahaba nous raconte commence lorsque sa famille émigre de la Somalie vers la Suisse. Dès son plus jeune âge, elle grandit au sein d’une double culture qui se scinde essentiellement entre l’école et la maison. Si c’est par ses études académiques qu’elle acquiert le bagage nécessaire afin de comprendre les situations de discriminations intersectionnelles et de micro-agressions quotidiennes auxquelles elle a pu faire face par le passé, l’Université est aussi le lieu où celles-ci sont réitérées. C’est lors d’un voyage avec sa famille en Somalie, où elle est obligée de porter le voile, qu’elle décide, après de multiples questionnements, de le garder à son retour en Suisse. L’anticipation des réactions est omniprésente dans l’esprit de Dahaba qui décide de prévenir toutes les personnes qu’elle côtoie : ses proches, ses professeur·e·s, son employeur. Dans cet entretien, elle interroge notamment les conséquences du choix de se voiler en Suisse en tant que femme noire.

Chercheurs·euses : Bianchetti Matilda, Défago Thomas, Lamrani Myriam