L’heure du premier bilan pour le nouveau Master en taphonomie de l’Unil

Deux ans après son lancement, ce cursus va diplômer sa première volée. Vincent Varlet, responsable pédagogique de la formation, tire un bilan.

Deux ans après son lancement, ce cursus, pionnier, est sur le point de diplômer sa première volée. Vincent Varlet, responsable pédagogique de la formation, revient sur ces deux années et en tire le bilan. 

« On a réussi à couvrir tout ce qu’on prévoyait et les étudiantes et étudiants continuent d’avoir le sourire. Alors je pense que le bilan est positif », se réjouit Vincent Varlet, professeur associé à la Faculté de biologie et médecine de l’Unil et responsable pédagogique du Master en taphonomie humaine lancé en 2024, qui s’apprête à célébrer sa première promotion. La diversité des profils constitue, selon lui, l’une des réussites de cette première édition. « Nous avons eu des profils hypervariés qui ont su s’approprier la discipline de manière large. » Il cite notamment l’exemple de deux étudiantes qui ont choisi d’orienter leur cursus en direction de l’archéologie, « avec des profils un peu à la Indiana Jones », image-t-il. Tandis que d’autres se sont davantage tournés vers les sciences de l’environnement et la contamination des sols, ou encore vers des approches plus sociétales, mêlant biologie humaine et sociologie. « La deuxième volée, qui a débuté en 2025, compte des profils davantage orientés vers les sciences forensiques », note le responsable. Une diversité qui, selon lui, « reflète bien la volonté du master de présenter la taphonomie comme une discipline véritablement transversale ».

Qu’est-ce que la taphonomie ?

La taphonomie s’intéresse aux processus de décomposition des corps après la mort. Elle interroge notre rapport à la mort ainsi que les pratiques funéraires qui lui sont associées. Cette discipline se situe au croisement de plusieurs domaines, tels que la médecine légale, les sciences forensiques, l’écologie ou encore la sociologie. Pour en découvrir davantage sur le sujet, réécoutez notre épisode du podcast de l’uniscope, réalisé en 2024 à l’occasion du lancement de ce nouveau cursus.

L’uniscope a rencontré deux étudiant·es de cette première volée !

Qu’est-ce qui a orienté ton choix vers ce master ?

Thomas Oriol, 23 ans
Chloé Athanasiadès, 25 ans
Des critères d’admission exigeants

La première volée a ainsi réuni six étudiantes et étudiants dans ses rangs. Un chiffre certes modeste, mais qui n’inquiète pas le responsable. « C’est normal car nous sommes au début. » Si les effectifs demeurent limités, Vincent Varlet admet que les critères d’admission y sont certainement pour beaucoup.

Faire partie d’une petite volée, c’est comment ?

Chloé Athanasiadès, 25 ans

Les candidates et candidats doivent être en mesure de justifier d’une expérience préalable en taphonomie. « Ce n’est pas spécifiquement pour sélectionner les meilleur·es, mais pour s’assurer que les personnes savent à quoi elles s’engagent. Ils et elles vont participer à des autopsies ou à des exhumations. On ne veut pas que ce soit leur première confrontation à ce type de situations. Et cela permet aussi d’écarter celles et ceux qui seraient simplement attirés par une curiosité fantasmée à partir de séries diffusées à la télévision. »

Quelle expérience préalable en taphonomie t’a permis d’accéder au cursus ?
Thomas Oriol, 23 ans
Chloé Athanasiadès, 25 ans
Comment appréhendais-tu la confrontation à la mort ? Est-ce que tu te sentais prêt·e ?
Thomas Oriol, 23 ans
Chloé Athanasiadès, 25 ans
Une discipline encore méconnue

Mais pour Vincent Varlet, le principal défi consiste aujourd’hui à consolider la place de la taphonomie à l’Unil. Pour l’heure, le master fait intervenir quasiment une centaine de personnes, dont un tiers est externe à l’institution, un fonctionnement que le responsable souhaite faire évoluer. « C’est un défi de proposer quelque chose de cohérent avec autant de personnes extérieures. J’aimerais pouvoir compter davantage sur des collègues internes à l’Unil et créer une dynamique interfacultaire. » Vincent Varlet estime en effet que la discipline peine encore à susciter l’intérêt de ses alter ego. « Si on veut construire un véritable pôle suisse ou romand en taphonomie, il faut que cette discipline soit davantage relayée dans les facultés et les départements. »

Certes la taphonomie bénéficie déjà d’une certaine visibilité, notamment dans les médias, mais sa reconnaissance institutionnelle reste fragile. « Nos partenaires admettent qu’il existe ici de la recherche, de l’enseignement et une activité de terrain. Cette triple casquette est reconnue. Mais il faut maintenant maintenir cette dynamique », estime Vincent Varlet. Et pour développer le domaine il faudrait pouvoir « lancer davantage de projets de recherche et renforcer les enseignements liés à la taphonomie humaine ».

Selon toi, quels sont les points forts et les points faibles de ce master ?
Thomas Oriol, 23 ans
Chloé Athanasiadès, 25 ans

Selon lui, la discipline souffre encore de nombreuses idées reçues. « Personne n’aime parler de la mort, ce que je comprends, mais elle existe et on ne peut pas simplement l’invisibiliser. Beaucoup pensent que la taphonomie, c’est uniquement du forensique. Pourtant nous travaillons aussi avec des architectes sur les cimetières de demain, sur le biocompostage ou encore sur les enjeux démographiques liés aux pratiques funéraires. Les thématiques humanitaires et de sécurité mondiale sont également abordées pour développer des profils pertinents pour le monde de demain. »

Dans quelle direction as-tu orienté ton travail de master ?

Thomas Oriol, 23 ans

Est-ce que ce cursus a changé ton rapport à la mort ?

Chloé Athanasiadès, 25 ans
Un enseignement pionnier

À l’échelle internationale, la recherche en taphonomie s’est implantée dans plusieurs universités, notamment autour des célèbres body farms, des centres de recherche scientifique où l’on étudie la décomposition des cadavres humains. En revanche, les formations diplômantes, elles, restent rares. « Il y a beaucoup d’infrastructures de recherche, mais pas de véritable relais pédagogique. Il n’existe pas de masters ou de chaires en taphonomie. »

Et Vincent Varlet de conclure : « À Lausanne, nous voulons former des diplômé·es capables d’aborder l’ensemble des problématiques de la discipline. Nous cherchons à leur offrir le panel le plus complet possible, tant en hard skills qu’en soft skills. Et en matière d’enseignement l’Unil est pionnière. »

Un dernier mot pour nous raconter le voyage qui a rythmé votre cursus ?
Chloé Athanasiadès, 25 ans
Crédits musiques :

A Window to Your World by Earth Tone, Soleil by Stanley Gurvich, Do This Right – Instrumental version by Novembers. © Artlist