Le chancelier de la Confédération donnera une conférence sur les défis que rencontre l’administration à l’Université de Lausanne, le 30 septembre. Depuis son bureau du Palais fédéral à Berne, Viktor Rossi se livre avec une grande ouverture sur cette fonction hautement exigeante et discrète.
Organisée à l’IDHEAP le 30 septembre, la conférence « Administration sous pression : quelles réformes de l’État pour répondre aux nouvelles attentes ? » permettra de réfléchir aux changements qu’affronte ce colosse. Pour ce faire, le chancelier de la Confédération y dévoilera ses réflexions et les coulisses de son institution. Pour l’uniscope, Viktor Rossi évoque en primeur, avec bienveillance et humilité, une partie de ses activités et de son parcours hors norme.
Monsieur Rossi, vous serez présent à l’Université de Lausanne. Pourquoi avoir accepté cette invitation ?
Viktor Rossi : La science est d’une grande importance pour notre pays. Lors de la pandémie de Covid, j’occupais le poste de vice-chancelier. J’ai pu mesurer l’importance de son rôle de conseil auprès des autorités. Entre science et politique, le dialogue me paraît essentiel.
Sur quoi portera votre intervention ? Pouvez-vous en dire davantage ?
Je m’exprimerai sur les défis rencontrés par l’administration. J’en profiterai pour expliquer les buts de notre institution, les changements intervenus, ainsi que les possibilités de développement technologique. Depuis 20 ans, les défis deviennent de plus en plus complexes et défilent à une cadence plus soutenue. En tant qu’administration fédérale, nous devons accélérer les processus, en développant des structures plus flexibles, tout en conservant la même qualité.
De manière plus large, la population n’a pas nécessairement une vision claire des missions d’un chancelier fédéral. En quoi consistent-elles ?
(Rires) C’est sans doute bon signe, car cette fonction est par nature discrète. Le cœur de mon activité, avec le soutien de mes collaboratrices et collaborateurs, est de préparer les séances du Conseil fédéral, de faire en sorte qu’il dispose des informations nécessaires pour se prononcer en connaissance de cause, mais aussi de communiquer ses décisions. Au sein du collège, je porte chaque année une centaine de dossiers qui relèvent de la Chancellerie fédérale. En parallèle, le chancelier de la Confédération est responsable des droits politiques, de la transformation numérique de l’administration et des services linguistiques centralisés, qui garantissent la qualité des textes juridiques dans les différentes langues nationales, ainsi qu’en anglais.
Vous participez donc aux séances du Conseil fédéral. Faites-vous des propositions ? Êtes-vous suivi ?
Lors de ces séances, auxquelles assistent également les deux vice-chancelières, je participe aux discussions, partage mon avis et conseille au besoin les membres du Gouvernement, mais, à leur différence, je n’ai pas de droit de vote. Mon opinion est parfois suivie, parfois non. L’essentiel est que le Conseil fédéral prenne les décisions en considérant toutes les données et arguments.
L’administration fédérale doit prendre le virage du numérique. En tant que chancelier, vous avez la charge de ce dossier. L’usage de l’IA, panacée ou miroir aux alouettes ?
Les possibilités offertes par l’intelligence artificielle sont incroyables. Pour notre administration, la question se pose de l’opportunité qu’elle représente, en termes d’efficacité et d’automatisation. Mais notre institution doit veiller à préserver la confiance et ne pas faire craindre que certaines décisions puissent être prises par l’IA. Aussi, nous sommes en train d’établir une stratégie à trois niveaux sur la question : identifier où gagner en efficacité, créer des compétences au sein de l’administration et établir des principes éthiques pour son utilisation.
Vous avez traversé, en tant que vice-chancelier, puis chancelier, la pandémie, la faillite de Credit Suisse ou l’affaire des signatures falsifiées. Comment vit-on de telles tensions ?
Pour l’anecdote, durant la pandémie de Covid, ma montre connectée, mesurant mes pulsations, me félicitait chaque soir pour les quatre à cinq heures de sport effectuées… Ce qui n’était évidemment pas le cas… Il fallait une grande résilience. J’ai débuté ma carrière par un apprentissage de cuisinier. Cela m’a appris à conserver mon calme, même dans les moments intenses. La gestion de la crise ne s’est pas arrêtée à la fin de la pandémie. Il a fallu mener diverses évaluations, ainsi que diverses adaptations dans l’organisation de crise de l’administration fédérale pour être mieux préparé pour les prochaines crises. Cette nouvelle organisation prévoit l’implication des cantons, des communes, mais aussi des milieux scientifiques avec qui nous avons signé une convention de collaboration. Nous investissons également beaucoup dans les travaux d’anticipation. Les signatures falsifiées ne représentaient pas vraiment une crise, mais plutôt un défi dans lequel il s’agissait de montrer rapidement que la confiance pouvait être maintenue dans notre système politique.
Plus personnellement, vous êtes sans doute le premier chancelier fédéral à avoir débuté par un apprentissage de cuisinier et assurément le premier vert’libéral à avoir accédé à un tel poste. Vous êtes un précurseur, au fond ?
Peut-être suis-je aussi l’un des premiers à accéder à un tel poste en Suisse avec deux parents issus de l’immigration. Au-delà de mon histoire personnelle, je veux surtout y voir un signal pour notre pays, qui permet un tel parcours. On a parfois tendance à oublier les fabuleuses possibilités qu’offre la Suisse, notamment au niveau de son système de formation. Cela doit rester un signal encourageant pour les nouvelles générations.
Vous avez été élu sous la bannière des Vert’libéraux. Être d’un bord politique qui n’est pas représenté au Conseil fédéral, est-ce un avantage dans une telle fonction, un gage de neutralité ?
Ce n’est, dans tous les cas, pas un handicap. Cette fonction n’est a priori pas politique. Même s’il est élu par le Parlement, le chancelier de la Confédération est en quelque sorte le premier représentant de l’administration au service du Conseil fédéral. Et j’ajouterais au service de la population. Je garde toujours cela en tête.
« Cœur d’expertise »
Cette conférence est le premier événement public organisé, avec le soutien de la direction de l’IDHEAP, par l’Association du corps intermédiaire de l’IDHEAP. Assistant-doctorant et instigateur de l’événement, Darius Farman précise : « Créée mi-2025, notre association est un espace de dialogue et de socialisation, visant à simplifier la représentation du corps intermédiaire de l’institut, tout en entreprenant différentes initiatives et divers projets. »
C’est dans ce cadre que l’idée de faire venir Viktor Rossi est née. « Nous voulions réaliser un grand événement public, notamment pour marquer le lancement de l’association, souligne Darius Farman. À l’IDHEAP, l’administration publique constitue notre cœur d’expertise. Qui mieux que le chancelier de la Confédération pour évoquer ces questions ? »
Conférence
« Administration sous pression : quelles réformes de l’État pour répondre aux nouvelles attentes ? », avec Viktor Rossi, aula de l’IDHEAP, 30 septembre, à 17h30. La conférence est complète, mais peut être suivie en ligne.