La psychothérapie est-elle rentable ?

Unisanté a mené une large revue de littérature pour mesurer le rapport entre les coûts et les résultats de thérapies psychologiques. Analyse.

Unisanté a mené une large revue de littérature pour mesurer le rapport entre les coûts et les résultats de thérapies psychologiques. Les chercheurs ont pu  mettre en évidence ce que rapporte à la société chaque franc investi lors des séances.

Depuis 2022, les consultations chez les psychothérapeutes peuvent être prises en charge par l’assurance obligatoire, à condition d’être prescrites par un ou une médecin généraliste, pédiatre ou psychiatre. « Le problème est qu’il n’y avait pas de structure tarifaire adaptée, explique Jacques Spycher, chargé de recherche dans le secteur économie et politiques de santé à Unisanté. Une structure provisoire a été mise en place et la structure finale va bientôt entrer en vigueur. » La question se pose alors : les séances de psychothérapie en valent-elles la peine ? Nous savons qu’elles requièrent de nombreuses séances, généralement individuelles, et représentent donc une somme non négligeable pour le suivi par un ou une professionnelle. En retour, il n’est plus à prouver que ce travail porte ses fruits et que la santé mentale des patient·es bénéficie de ce suivi. Mais l’un dans l’autre, le rapport coût-bénéfices est-il positif ? C’est pour répondre à cette question que la Société suisse de psychologie et la Fédération suisse des psychologues ont conjointement demandé à Unisanté de mener cette étude, dont les résultats ont été publiés récemment.

78% des études montrent la rentabilité des thérapies

« Oui, c’est rentable », annonce rapidement Jacques Spycher, premier auteur de l’étude. Pour répondre à cette question, il s’appuie sur le fait que 78% des études recensées dans sa revue de littérature mettent en évidence un rapport coût-bénéfices favorable à la psychothérapie. « Nous souhaitions comparer le coût de la psychothérapie à celui de ne pas se faire suivre », explique le chercheur, après avoir épluché 138 études menées dans 17 pays à hauts revenus.

Une des mesures comprises dans cette revue de littérature concerne la rentabilité financière de la thérapie pour la société. Entre le prix de l’absentéisme, des arrêts maladie, mais aussi l’impact sur les proches, ne pas se faire aider par un ou une psychothérapeute lorsqu’il serait nécessaire de le faire peut coûter cher. Unisanté a relevé que chaque franc investi dans les consultations rapporterait entre 1,50 et 4,05 francs en retour à la société. En comparaison, la vaccination a un taux beaucoup plus haut, avec un franc investi qui rapporterait plus de 50 francs en retour. « En psychothérapie, le retour sur investissement est plus bas, mais il est important de noter qu’il est positif », commente le chercheur.

Le coût de la qualité de vie

D’autres mesures sont utilisées dans ces recherches pour déterminer si une intervention est rentable ou non, dont le « coût-efficacité » et le « coût-utilité ». Le premier mesure le taux de phénomènes directement liés à la santé mentale, tels que le taux de suicide ou de rechute dans le cas d’addictions. Cependant, cela ne permet pas de prendre en compte la globalité de la santé mentale d’un individu, ni son bien-être. Le coût-utilité, lui, le permet, grâce à des mesures de la qualité de vie d’une personne, relevées grâce à un questionnaire avant et après les interventions. La mesure la plus utilisée est la qualité de vie ajustée pour l’année (QALY), dont une unité correspond à une année en parfaite santé.

« Une fois la qualité de vie d’une personne chiffrée grâce à cette mesure, c’est aux institutions ou gouvernements de décider combien ils sont prêts à débourser », explique Jacques Spycher. Certains pays ont une limite bien définie, comme le Royaume-Uni qui annonce investir un maximum de 30’000 livres sterling, soit 33’000 francs suisses, pour chaque augmentation d’unité QALY chez une personne. La Suisse, elle, n’a pas de limite rigide, mais utilise généralement la somme de 100’000 francs comme budget raisonnable à débourser pour chaque point QALY ajouté. Au-delà, cela serait jugé non rentable.

Différent en fonction des motifs de consultation

Dans l’étude, il a aussi constaté que les taux de rentabilité s’avèrent différents en fonction des troubles mentaux considérés. Le retour sur investissement serait particulièrement important pour la dépression, où 89% des études montrent un rapport coût-efficacité favorable à la thérapie.

Les troubles du comportement et de la personnalité auraient en comparaison les taux les plus bas, avec seulement 47% des études indiquant un rapport favorable. « C’est probablement dû au fait que certains de ces troubles ne peuvent pas être traités avec la psychothérapie seule, commente Jacques Spycher. Il y a un besoin supplémentaire de médicaments et nous n’avons pas retenu les études qui s’intéressent à la rentabilité des traitements avec médicaments. »

Pourcentage d’études concluant à un rapport coût-efficacité favorable selon le trouble de la santé mentale étudié. Tiré de Spycher et al, 2026
Une course à la rentabilité ?

La société bénéficie donc économiquement de la psychothérapie. Mais à la question de savoir si cette étude emprisonnerait dans une course à la productivité et à la rentabilité, Jacques Spycher se veut rassurant : « C’est une crainte que les professionnels de la santé avaient aussi il y a plusieurs dizaines d’années face à des comptables qui risquaient de leur couper les fonds. Ils refusaient cette vision mécanique de la santé mentale et cette volonté d’y apposer une unité monétaire. Mais mon impression est que lorsque les études quantitatives ont confirmé que la psychothérapie avait un impact positif sur la santé avec un coût raisonnable, il y a eu un changement d’attitude. L’idée n’est pas de penser uniquement à l’argent, mais de pouvoir comparer les interventions. » Et aider, ultimement.