Expérientialité / Experientiality

Marco Caracciolo

Traduit de l’anglais par Raphaël Baroni[1]


Le terme « expérientialité » a été introduit par Monika Fludernik, qui l’a défini comme « l’évocation quasi-mimétique de l’expérience de la vie réelle » (1996 : 12). L’expérientialité fait référence à la manière dont la narration exploite la familiarité des lecteurs avec l’expérience en activant des paramètres cognitifs « naturels » (voir Fludernik 2003), c’est-à-dire des structures de base de l’engagement humain avec le monde qui comblent le fossé entre l’expérience réelle et les représentations narratives de l’expérience. Nous pouvons regrouper ces paramètres dans quatre catégories : l’incarnation (embodiment), l’intentionnalité, la temporalité et l’évaluation. Ces catégories se retrouvent sous une forme de prototypique dans les récits « naturels » (c’est-à-dire conversationnels), où un narrateur ou une narratrice relate une expérience passée en transmettant sa propre manière d’appréhender corporellement et émotionnellement les actions qui se déroulent dans le temps. Cette situation narrative « naturelle », où l’expérienceur et le narrateur coïncident, constitue le fondement du modèle narratologique de Fludernik.

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Discours et style / Discourse and Style

Par Dan Shen

Traduit de l’anglais par Gaspard Turin & Raphaël Baroni

À première vue, la distinction narratologique entre l’histoire et le discours semble correspondre à la distinction stylistique entre le contenu et le style. Le discours fait référence à la manière dont l’histoire est racontée, le style renvoie à la manière dont le contenu est présenté. En d’autres termes, discours et style semblent interchangeables, l’un comme l’autre faisant référence au niveau de présentation par opposition à celui du contenu. Mais en réalité, le discours de la narratologie et le style de la stylistique ont une portée très différente et ne se chevauchent que de façon limitée (Shen 2025 ; voir aussi Shen 2005, 2023a [2014]).

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Récit en bande dessinée

par Jan Baetens

Le succès commercial, soutenu et durable, de la bande dessinée, la pléthore d’adaptations de textes tant fictionnels que non fictionnels, la place de plus en plus nette de la bande dessinée dans l’exploration transmédiale des contenus médiatiques, la « littérarisation » de ce genre d’histoires qui émergent peu à peu comme média indépendant (le « neuvième art »), ainsi que l’institutionnalisation de toutes ces pratiques au sein de la recherche et de l’enseignement universitaires, expliquent l’intérêt grandissant de la narratologie pour la bande dessinée – terme générique que le français continue à préférer aux variations anglophones sur le concept de « récit graphique », terme qui permet de mettre en sourdine l’opposition peut-être fallacieuse entre « comics » et « roman graphique[1] ».

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Narrativité de l’image fixe isolée

Par Jan Baetens

S’il est vrai qu’« innombrables sont les récits du monde », y compris dans le domaine de l’image fixe, et qu’il n’y a « nulle part aucun peuple sans récit » (Barthes 1966 : 1), cette omniprésence est sans doute liée à la pulsion narrative de l’être humain. Aptitude à tout narrativiser que semble résumer la maxime « every picture tells a story », mais qui pose tout de suite la question fondamentale : est-ce l’image qui raconte ou, au contraire, le spectateur qui, en partant de certaines propriétés de l’image, la convertit en narration ?

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Fictions multiverselles, Fictions multiversions (appel à contribution)

N.B. : Cet ouvrage prendra la suite des journées d’étude organisées sous le même titre par le Pôle de narratologie transmédiale, transculturelle et transhistorique (NaTrans) à La Grange, le Centre Arts et Sciences de l’Université de Lausanne. Ces journées ont eu lieu les 3 et 4 octobre 2024 dans le cadre d’une semaine de programmation artistique et scientifique intitulée La Mixtape du Multivers.

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Fictions multiverselles, fictions multiversions (journées d’étude)

Fictions multiverselles, fictions multiversions. Pour une poétique des mondes fictionnels parallèles

Journées d’étude organisées par le Pôle de narratologie transmédiale (NaTrans) de l’Université de Lausanne, dans le cadre du Festival du Multivers de La Grange – Centre / Arts et Sciences / UNIL. Foyer de La Grange, campus de Dorigny, Université de Lausanne, du 3 au 4 octobre 2024

Ces journées proposent de réfléchir à deux phénomènes narratifs distincts, qui cependant – c’est le pari que nous voulons tenter – peuvent être pensés ensemble et gagnent à l’être : d’une part les fictions multiverselles, dont le monde représenté consiste en plusieurs univers ou dimensions parallèles, p.ex. la trilogie romanesque His Dark Materials (À la croisée des mondes, 1995-2000) de Philip Pullman ou le film Everything Everywhere All At Once (Tout, partout, tout à la fois, 2022) de Dan Kwan et Daniel Scheinert ; d’autre part les fictions multiversions, qui ne représentent aucun multivers et ne ressortissent que parfois aux genres de l’imaginaire (fantasy, science-fiction), mais consistent en plusieurs versions différentes et successives d’un même récit, p.ex. le film Lola rennt (Cours, Lola, cours, 1998) de Tom Tykwer, voire les récits interactifs du type « Livre dont vous êtes le héros ». On pourrait encore ajouter à ce dernier ensemble les œuvres suggérant plus ou moins explicitement la possibilité d’autres versions (sans toutefois les réaliser) ou existant de facto en plusieurs versions concurrentes en raison d’une adaptation ultérieure interventionniste ou d’une récriture : sans faire œuvre de la coexistence ou de la concurrence entre plusieurs versions d’un même récit, elles y font écho ou se confrontent incidemment à ce phénomène.

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Variantes. La déclinaison des possibles comme objet de la recherche (annonce de parution)

Le colloque international « Variantes », organisé dans le cadre du programme doctoral « Dispositifs de vision : cinéma, photographie et autres médias » de la Section d’histoire et esthétique du cinéma de la Faculté des lettres de l’UNIL par Anne Besson (Université d’Artois), Alain Boillat (Université de Lausanne) et Matthieu Letourneux (Université Paris Nanterre), s’est tenu à l’UNIL les 27 et 28 septembre 2023, avec un prolongement « national » de présentation par Alain Boillat, Jeanne Modoux et Achilleas Papakonstantis des archives de la Cinémathèque suisse à Penthaz le 29 septembre. Il s’est inscrit dans l’axe « Fictions médiatiques » autour duquel se noue le partenariat entre les trois universités et qui a été initié les 9 et 10 septembre 2021 à l’Université d’Artois à l’occasion du colloque « Cultures populaires et cultures savantes : frontières de la légitimité ».

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Narrateur auctorial / Authorial Narrator

Par Sylvie Patron

Le terme et le concept de narrateur auctorial (auktoriale Erzähler) sont dus à Franz K. Stanzel (voir 1955 et 1971 [1955]). «Les interprètes du roman négligent souvent le fait que la figure du narrateur auctorial n’est pas simplement identique à la personnalité de l’auteur» (Stanzel 1971 [1955]: 24[1]). Issu de l’aire germanophone, le narrateur auctorial est aussi essentiellement utilisé dans cette aire. Gérard Genette et Seymour Chatman, par exemple, n’y ont pas recours; les représentants de la narratologie rhétorique contemporaine non plus, qui rattachent «auctorial» à «auteur» (plus exactement, «auteur implicite»). On trouve «voix auctoriale» et «narrateur auctorial» chez Susan Sniader Lanser, mais ces termes prennent sens dans un autre système théorique. Chez Stanzel, le narrateur auctorial fait système avec le je-narrateur (Ich-Erzähler, traduit en anglais par first-person narrator, littéralement «narrateur à la première personne») et le réflecteur du récit figural (voir 1971 [1955] et 1984 [1979]); chez Lanser, la voix auctoriale fait système avec la voix personnelle et la voix communautaire (voir 1992). La traduction française de l’ouvrage de Käte Hamburger (1968 et 1986 [1968]) gomme la présence du terme «narrateur auctorial», repris par Hamburger dans un rapport polémique avec Stanzel.

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Assises de la recherche en cultures populaires et médiatiques (annonce de colloque)

Assises de la recherche en cultures populaires et médiatiques, Seconde édition

CPM 2023 : « Futurs POP – Quel(s) avenir(s) pour les études en cultures populaires et médiatiques ? »

Dates : 12, 13 et 14 octobre 2023

Lieux : Université Paris Nanterre et Sorbonne Université

Les Assises de la recherche en cultures populaires et médiatiques 2018 visaient à constituer un événement scientifique centralisateur autour du thème commun « Approches critiques des fictions médiatiques : enjeux, outils, méthodes ». Réunissant une centaine d’intervenant·e·s issu·e·s de diverses disciplines, cet événement a permis de confronter les objets, les méthodes et les champs théoriques, confirmant le dynamisme des recherches en cultures populaires et médiatiques et contribuant à affirmer la place incontournable qu’elles occupent dans le paysage universitaire.  

Après ce premier état des lieux des recherches sur les cultures populaires et médiatiques, cette deuxième édition des Assises choisit cette fois de regarder vers l’avenir, le terme étant ici entendu dans un sens large.

Les Assises CPM 2023 sont organisées par l’Association internationale des chercheur·euse·s en Littératures Populaires et Culture Médiatique (LPCM). Fondée en 2011, la LPCM a pour but d’étudier, dans une perspective résolument pluridisciplinaire et intermédiale, les formes des cultures médiatiques, les pratiques qu’elles ont favorisées et les imaginaires qu’elles ont suscités dans les époques moderne et contemporaine. Depuis sa création, l’Association a fédéré des initiatives interdisciplinaires variées permettant une saisie problématisée des objets produits et diffusés par les industries culturelles et circulant dans l’espace public depuis l’avènement du roman-feuilleton.

Retrouvez le programme complet sur le site de la LPCM: https://lpcm.hypotheses.org/27886

Contact : assisescpm2023@protonmail.com

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Impact de la sérialité sur le récit audiovisuel (annonce de parution)

Nous avons le plaisir de vous annoncer la parution en ligne d’un numéro des Cahiers de narratologie dont le dossier, intitulé « Impact de la sérialité sur le récit audiovisuel », est issu d’un colloque organisé à la Section d’histoire et esthétique du cinéma de l’Université de Lausanne en octobre 2021.

Vous trouverez l’intégralité du numéro sur OpenEdition: https://journals.openedition.org/narratologie/14220

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