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Intersectionnalité

Pamela

Pamela Ohene Nyako, assistante doctorante à l’Université de Genève, nous ouvre les portes de son intimité lors d’un entretien abordant divers aspects de son parcours de femme Noire en Suisse romande. Elle est également fondatrice de Afrolitt, une plateforme de rencontres autour de la littérature Noire à des fins thérapeutiques et de réflexion critique. A travers cet entretien, Pamela nous fait part notamment de son rapport au métissage, aux hommes ou encore à sa famille. Elle aborde également son amour pour la culture hip-hop et la littérature, sources d’émancipation et ayant des propriétés thérapeutiques pour elle. L’entretien biographique nous a permis, pour reprendre ses termes, de partir du corps pour revenir au corps. En effet, elle décide de consacrer une part substantielle de son énergie à prendre soin d’elle et de son corps, à se faire du bien. Ainsi, elle affirme : « Le fait d’être une personne qui subit des oppressions, le fait de juste prendre soin de soi c’est déjà révolutionnaire. (…) Et c’est Audre Lorde qui le disait : ‘Self-care is powerful’». Autrement dit, si la vie des personnes minoritaires est politique, prendre soin de soi constitue déjà un acte de résistance face à l’oppression. Visibiliser, affirmer et assumer son travail de care ou plutôt de self-care en tant que femme Noire, bien loin de correspondre à un retrait de la société, nous semble donc constituer un acte de résistance éminemment politique.

Chercheurs·euses : Olympe Challot, Damien Mioranza & Fahd Bamoi

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Intersectionnalité

Thanh-My

Depuis l’apparition du COVID-19, nous avons assisté à une augmentation des discriminations envers les personnes asiatiques, avec notamment des insultes sur les réseaux sociaux ou encore des attaques physiques dans la rue. Mais qu’en est-il de la Suisse ? Et comment les femmes asiatiques vivent-elles ces discriminations, étant sujettes également au sexisme ambiant de notre société ? Sous l’angle de l’intersectionnalité, nous nous sommes entretenues avec Me Thanh-My Tran-Nhu, présidente du Conseil communal de Lausanne en 2021 et avocate. Nous nous sommes ainsi aidées de ses propos afin de mieux comprendre et d’illustrer par ses propres expériences les discriminations subies (ou non) à l’intersection entre le sexisme et le racisme envers les personnes asiatiques.

Chercheurs·euses : Gaëlle Melet, Uyên Khanh Truong, Tatiana Büll

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Intersectionnalité

Francesca

Être une tchoin épileptique. C’est le statut que Francesca revendique. Fille d’une mère émigrée du Chili et d’un père Allemand, elle raconte son rapport au corps, à la sexualité, à la maladie, à ses origines et aux milieux militants. Elle devient militante lorsqu’elle entre à l’Université de Genève. Cette pratique va alors lui faire prendre conscience des multiples oppressions qu’elle subit en tant que femme latina et pansexuelle, ainsi qu’en tant que personne victime d’une maladie neurologique. Dans cet entretien, elle aborde sa rencontre avec le militantisme ainsi que son expérience du racisme. Elle explique le paradoxe entre le privilège de blanchité et le racisme effectif qu’une femme latina peut subir. Elle aborde sa pansexualité et le lien à son corps ainsi qu’à son épilepsie. Enfin elle raconte le passage d’un couple perçu comme lesbien à un couple hétérosexuel aux yeux des autres, dû à la transition de son compagnon ainsi que la réduction des oppressions que cela a entraîné.

Chercheurs·euses : Joan Giabbani, Sultan Yildiz, Nouchine Diba

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Sowita

Procéder à un entretien ayant pour thème l’intersectionnalité, nous a permis de faire la rencontre de Sowita Atangana. Fuyant la guerre en Érythrée, ses parents arrivent en Suisse en 1989, alors qu’elle est âgée d’un an. À 12 ans, elle et ses sœurs sont naturalisées suisses. Désormais âgée de 32 ans, elle est mariée, mère de trois jeunes enfants, et a vécu toute sa vie à Genève où elle travaille en tant qu’assistante sociale. Notre entretien s’est principalement concentré sur son parcours migratoire et professionnel, mais également sur son expérience vécue en tant que femme noire. Au travers de cet entretien, des thèmes ont pu émerger tels que le racisme systémique, la blanchité et la condition postcoloniale. D’une part, cette enquête nous a permis de mettre en lumière des dimensions identitaires pouvant être invisibilisées dans le monde social, et d’autre part il explique que parler explicitement de la notion de “race” et de son intersection avec le genre, tel que le fait l’intersectionnalité, est fondamental.

Chercheurs·euses : Allison Castano Isla, Lucie Libois, Laura Jabaudon

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Iman

Iman Wasser, âgée de 25 ans, étudie les sciences sociales et les sciences des religions à l’Université de Lausanne. Née en Suisse et arrivée à Lausanne il y a 5 ans, elle possède une double nationalité, étant d’origine suisse par son père et marocaine par sa mère. Militante féministe et décoloniale, Iman lutte contre l’islamophobie et commence à militer dans le champ de la musique et via son activité de DJ en se rapprochant du collectif « Ou êtes-vous toutes ? », qui vise à organiser des événements musicaux dans des espaces bienveillants et inclusifs. En 2018, elle découvre un collectif antiraciste et décolonial en participant à un festival d’ateliers sur la question de la race et du passé colonial en Europe. Elle exprime la nécessité d’un féminisme à visée intersectionnelle, qui prend en compte l’imbrication des différentes formes de discriminations subies par les femmes. Iman nous partage son chemin parcouru, du processus de déconstruction de son genre à celui de sa race ainsi que de sa religion. Musulmane pratiquante, elle s’est souvent sentie oppressée par les femmes vis-à-vis de sa religion, et s’inscrit dans un féminisme intersectionnel notamment par le biais de son activisme sur les réseaux sociaux. C’est à travers la création du mouvement culturel et artistique @vousetesreus qu’Iman et sa meilleure amie Inès, toutes deux musulmanes et maghrébines, mettent en avant un espace safe et bienveillant accueillant toutes les femme.x.s, racisées ou non.

Chercheurs·euses : Marie Reynard, Quynh Vu, Loïse Mingard

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Mona

Nous sommes parties à la rencontre de Mona Dennaoui un jour du mois de mai 2021, dans les locaux de Geopolis. Cette jeune femme de 26 ans est fière de ses origines libanaises, héritées de son père pharmacien et de sa mère, mère au foyer. L’immigration de ses parents à deux reprises fait qu’elle possède les nationalités franco-suisses. Musulmane sunnite de confession, elle admet que cela n’a pas toujours été facile pour elle en matière d’intégration. Impliquée dans la lutte contre l’oppression israélienne et pour une Palestine libre, son militantisme s’exprime à travers une prise de parole volontaire qui vise à visibiliser son combat. La cause féministe lui tient également très à cœur, bien qu’elle n’ait rejoint aucun mouvement officiellement. Son parcours de vie met en lumière l’intersectionnalité de ses luttes, autant personnelles que militantes. Le moyen le plus efficace de combattre les discriminations ? En parler ! C’est d’ailleurs sur la thématique de l’(in)visibilité que nous emmène la future diplômée en psychologie clinique de l’Université de Genève.

Chercheurs·euses : Stavroula-Lida Adamopoulou, Corentine Moosmann, Mélanie Caprotti

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Dahaba

« Alors moi je m’appelle Dahaba, je suis une femme noire musulmane, ou une femme musulmane noire, ou une noire femme musulmane. ». Ces mots prononcés par Dahaba Abdirahman permettent de résumer les différentes identités qui structurent son parcours de vie. Celles-ci font écho au thème de l’intersectionnalité car elles s’imbriquent et s’entremêlent. L’histoire que Dahaba nous raconte commence lorsque sa famille émigre de la Somalie vers la Suisse. Dès son plus jeune âge, elle grandit au sein d’une double culture qui se scinde essentiellement entre l’école et la maison. Si c’est par ses études académiques qu’elle acquiert le bagage nécessaire afin de comprendre les situations de discriminations intersectionnelles et de micro-agressions quotidiennes auxquelles elle a pu faire face par le passé, l’Université est aussi le lieu où celles-ci sont réitérées. C’est lors d’un voyage avec sa famille en Somalie, où elle est obligée de porter le voile, qu’elle décide, après de multiples questionnements, de le garder à son retour en Suisse. L’anticipation des réactions est omniprésente dans l’esprit de Dahaba qui décide de prévenir toutes les personnes qu’elle côtoie : ses proches, ses professeur·e·s, son employeur. Dans cet entretien, elle interroge notamment les conséquences du choix de se voiler en Suisse en tant que femme noire.

Chercheurs·euses : Bianchetti Matilda, Défago Thomas, Lamrani Myriam

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Manon

Manon Zecca nous est apparue comme une interlocutrice idéale pour aborder les inégalités liées à la surdité à travers une approche intersectionnelle. En effet, elle a à la fois une expérience personnelle de ces discriminations en tant que femme sourde, une connaissance pratique à travers son parcours professionnel, et une lecture théorique critique via son parcours militant et sa formation. Après s’être prêtée à l’exercice de l’autoportrait, elle se penche sur la question des violences sexuelles qui visent les femmes sourdes de manière spécifique. Non seulement ces dernières en seraient davantage victimes que les femmes entendantes, mais elles seraient aussi discriminées par un manque de prise en charge adaptée à la surdité. Pour y pallier, Manon Zecca milite pour la mise en place de politiques publiques qui saisissent le problème en amont, à travers des mesures de prévention et de sensibilisation destinées aux personnes sourdes. Elle revendique aussi une meilleure prise en compte de la surdité dans le processus de dénonciation des violences, aux niveaux aussi bien judiciaires, sanitaires que sociaux. Elle dénonce le fait que l’absence de statistiques prenant en compte la situation des personnes sourdes (et en situation de handicap de manière générale) victimes de violences sexuelles mène à une invisibilisation de ce problème. D’entente avec Manon Zecca, l’entretien a été sous-titré afin d’être plus accessible aux personnes sourdes et malentendantes.

Chercheurs·euses : Alexis Alcaras, Leonie Brodmann, Emilie Vuilleumier

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Ève Marie

Ève Marie Perrin s’identifie en tant que femme, haïtienne et lesbienne. Ces identités, et les problèmes ou les discriminations qui peuvent y être liés, elle les a découvertes petit à petit au cours de sa vie: “Vis à vis du parcours, je me suis rendue compte de chaque chose par étape, mais ça ne veut pas dire que le chemin précédent est fini, ça rajoute à chaque fois en fait.” La nécessité pour elle de trouver sa place, sa communauté, et d’être acceptée l’a amenée à s’engager dans une association pour les étudiant·e·s afrodescendant·e·s, puis a créer des projets artistiques pour visibiliser les personnes noires et queer. Elle mentionne dans cet entretien les difficultés à trouver des ressources pour se construire en tant que personne noire et LGBT, notamment dans le domaine de la santé mentale, qui est souvent considérée comme “un truc de blanc” dans son entourage. Pourtant, pour elle qui s’est tant impliquée dans un projet de portraits de personnes noires après le meurtre de Georges Floyd, le self-care joue un rôle essentiel afin ne pas s’épuiser à la tâche lorsque l’on milite. Elle se confie également sur sa vie, son intégration en Suisse en tant que Haïtienne immigrée à onze ans, son expérience au sein de différents milieux militants et l’exclusion de certaines thématiques qu’elle a pu y remarquer. 

Chercheurs·euses : Maya Cherix, Sandrine Gatta, Cloé Vianin

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Inès

Inès El-Shikh est co-fondatrice des Foulards Violets, un collectif de femmes musulmanes ou non, portant le foulard ou non, solidaires de la cause des femmes le portant en Suisse et militant contre l’hostilité et les discriminations islamophobes genrées. Elle a accepté de nous accorder un entretien afin de répondre à nos questions concernant le militantisme intersectionnel. Ayant une formation en astrophysique, son parcours estudiantin ne la prédestinait pas à un engagement aussi passionné dans le militantisme. Fille d’immigré·e·s, de père égyptien et de mère tunisienne, elle a été très tôt confrontée à des discriminations et assignée à une position d’altérité. C’est après ses études qu’elle découvre les écrits du Black Feminism qui lui permettent de se sentir enfin représentée et comprise. Profondément attachée aux idéaux d’égalité et de justice, elle est anti-capitaliste, anti-militariste et anti-nationaliste. C’est à partir de ces valeurs, qui prennent notamment leur source dans l’Islam, qu’Inès puise sa force de mobilisation, veillant toujours à faire régner au sein du collectif une politique de l’amour ainsi qu’un principe d’horizontalité. L’entretien ayant été fait peu après l’initiative populaire suisse « Oui à l’interdiction de se dissimuler le visage » du 7 mars 2021, dans le cadre de laquelle les Foulards Violets se sont positionnés pour le droit à la liberté de choix, nous avons pu la questionner au sujet des enjeux militants à prendre en compte dans un engagement associatif et politique.

Chercheurs·euses : Soraya Boukhari, Géraldine Saugy et Natacha Jeannot. 

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Téo

Notre film présente des extraits d’un entretien avec Téo, dont nous voulions présenter le parcours d’homme blanc privilégié et ne subissant aucune discrimination. Téo se rend compte des avantages dont il bénéficie et essaie de remettre en question son rapport au monde et aux autres, dans un système qui le privilégie. Nous pensons que cette perspective peut contribuer à rendre visibles des structures d’oppressions souvent invisibles pour ceux qui en bénéficient tant elles sont légitimées et rendues naturelles, au point qu’ils les perpétuent parfois involontairement. Au cours de cet entretien, Téo nous présente son parcours, de basketteur dans une high school américaine à homme solidaire durant la grève du 14 juin 2019, en passant par ses prises de consciences et discussions autour de ses manières d’être qui ont évolué et continuent d’évoluer. Entre sentiment de culpabilité et volonté de faire au mieux, Téo navigue entre deux sphères, pas assez représentatif d’un type de masculinité pour certains et trop privilégié pour d’autres. Se pose alors la question de la signification d’être un homme aujourd’hui à ses yeux et de comment il essaie de faire au mieux. Alors suffit-il d’être conscient des privilèges dont on bénéficie pour ne pas les perpétuer ? Que signifie être un homme aujourd’hui et comment ces derniers peuvent-ils s’engager aux côtés des femmes pour combattre les structures d’oppression au lieu de les reproduire ? Ce sont ces questions que nous proposons d’aborder dans cet entretien.

Chercheurs·euses : Angeles Ampliato, Laura Hardmeier et Loriane Hochet.

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Yumie

Yumie Volupté nous est apparue comme une interlocutrice de choix pour aborder les discriminations liées à son statut de travailleuse du sexe à travers une analyse intersectionnelle. En effet, Yumie fait l’expérience de discriminations croisées concernant ses origines, son travail et son autisme. S’identifiant comme métisse, cette dernière est d’origine vietnamienne par sa mère et d’origine française par son père. Étant typée physiquement comme une personne asiatique, Yumie nous parle d’un écart entre sa culture française et ses traits physiques. Cette dissonance entre sa culture et son physique a été, depuis très jeune, une source de discriminations. Se revendiquant également comme courtisane des temps modernes et fière de l’être, Yumie nous confie cependant les difficultés auxquelles les travailleuses du sexe sont confrontées. En effet, la prostitution étant régulièrement jugée comme sale, dégradante et humiliante, il est socialement difficile, dans nos sociétés, d’assumer un statut de travailleuse du sexe en raison des discriminations qui s’abattent sur ces dernières.  Néanmoins, Yumie nous livre un témoignage empli de liberté et de fierté concernant son parcours. Bien qu’elle ait subi, tout au long de ces dernières années, des discriminations et certaines formes d’exclusions, Yumie nous confie être très heureuse et satisfaite de son parcours de vie.

Chercheurs·euses :  Mélissa Zufferey, Thien-Thuong Tran et Emilie Lauper.