Rats et cafards : l’exposition qui met en avant les mal-aimés de la ville

L’exposition « Indésirables !? »propose de regarder autrement rats, cafards et autres bestioles qui peuplent nos villes.

« Indésirables !? »propose de regarder autrement les bestioles qui peuplent nos rues et habitations sans y être les bienvenues. Joëlle Salomon Cavin, géographe à l’origine du projet, raconte sa fascination pour ces sales bêtes.

Ils grouillent avec un nombre de pattes qui semble toujours trop élevé. Ils envahissent nos espaces sans souci de propriété privée. Ils se retrouvent dans des recoins qui semblent physiquement inaccessibles. Lorsqu’on s’en débarrasse, ils reviennent à la charge. On pense aux cafards, aux araignées, aux punaises de lit, aux pigeons ou encore aux rats… qu’on préfère savoir loin de nous. Pourtant, Joëlle Salomon Cavin, maître d’enseignement et de recherche à l’Institut de géographie et durabilité, a décidé, elle, de s’en approcher : « Je travaille sur la nature en ville depuis longtemps. Quand on y songe, on a tout de suite des étoiles dans les yeux. On imagine les arbres et les oiseaux qui chantent. On pense à l’amélioration de la qualité de vie, à la biodiversité. Mais la nature en ville, ce sont aussi ces petites bêtes qu’on aime moins. »

Punaises-des-lits
Collection de punaises de lits ©MZL/Marion Podolak

Mais pourquoi est-ce qu’on déteste les cafards, tandis que les hirondelles égaient nos journées ? Il y a cette idée d’atteinte à notre espace intime. Comme un instinct primaire face à la violation de notre territoire, on sert les dents lorsque ces petites bêtes osent s’introduire dans nos placards. Il y a la sensation de perte de contrôle aussi, comme avec les punaises de lit qui se nourrissent autant de notre sang que de notre patience.

Une exposition qui grouille à Lausanne
Entrée de l’exposition « Indésirables !? ». © Marion de Vevey

Dès le 9 décembre et jusqu’en juillet 2023, vous aurez la chance de vous intéresser vous aussi à ces bêtes dans le cadre de l’exposition « Indésirables !? Les animaux mal-aimés de la ville » au palais de Rumine à Lausanne. Grâce à une bourse Agora du Fonds national suisse qui finance des projets liant science et société, des financements de l’UNIL et du Musée de zoologie, Joëlle Salomon Cavin et Anne Freitag, conservatrice du musée et co-commissaire de l’exposition, emmènent les visiteuses et visiteurs le long d’un parcours étonnant. Les deux chercheuses offrent trois regards sur ces animaux mal-aimés en ville au travers de salles aux ambiances distinctes. D’abord, la perspective de l’habitante ou de l’habitant aux témoignages souvent tragiques, parfois comiques, toujours poignants. Ensuite, celle des désinfestateurs ou désinfestatrices. À travers leurs expériences, c’est aussi l’histoire de la chimie, de l’évolution des pratiques et des instruments de lutte qui se découvre.

La ville est leur nature
Fier portrait de la blatte Periplaneta australiasiae ©MZL/Marion Podolak

Le troisième regard se porte sur les animaux eux-mêmes. Des espèces qui ont développé des capacités d’adaptation extraordinaires dans la ville devenue leur écosystème. Les cafards qui peuvent s’aplatir à l’épaisseur d’une carte de crédit, les pigeons qui développent une matière spéciale sur leurs ailes pour se protéger de la pollution, les rats qui retiennent leur respiration pour remonter six étages de canalisations, l’intestin des souris new-yorkaises qui s’adapte à la malbouffe… Passé une première impression de dégoût, on ne peut s’empêcher de saluer ces « superpouvoirs », comme les nomme la géographe.

Fascinée, elle en a même écrit un livre qui accompagne l’exposition. Elle y partage des anecdotes personnelles, récits romanesques, éléments historiques et biologiques, le tout rédigé de manière accessible à un large public avec de nombreuses illustrations.

On ne choisit pas ses voisins
Pigeon des villes
Pigeon des villes ©MZL/Michel Krafft

La chercheuse de l’UNIL explique que le point d’exclamation suivi du point d’interrogation contenus dans le titre de l’exposition imagent bien la complexité des indésirables, cette « autre nature » qui n’est a priori pas sympathique et que l’on oublie souvent. D’abord, il y a cette réaction instinctive de surprise et de rejet, ce « beurk ! » Vient ensuite la curiosité de voir la ville comme milieu de vie. Des « ah bon ? » à découvrir dans l’exposition grâce aux témoignages, aux collections naturalistes, aux mises en scène et à tout le reste.

À la question de savoir si on ressortira de l’exposition en aimant les punaises de lit, Joëlle Salomon Cavin répond : « Non, ce n’est pas le but. Il n’y a pas à aimer ou détester la nature, elle est juste là. Ce qu’il faut, c’est réussir à voisiner avec elle. Je n’utilise pas le mot « cohabiter » car je ne pense pas que ça soit possible avec des punaises de lit. Comme avec des voisins que l’on n’a pas choisis, il y en a de sympathiques et d’autres pas du tout. Il faut trouver un moyen de les gérer, et c’est plus facile avec ce qu’on connaît. »

Liens vers l’exposition, les activités de médiation et le livre

Tappette à souris
©Gabrielle Lechevallier