C’est le virus qui vous parle !

Quatrième livre édité par La Joie de Lire dans le cadre des portes ouvertes de l’UNIL, Les Mystères d’une pandémie, écrit par Christophe Gallaz, sort le 26 mai.

Quatrième livre édité par La Joie de Lire dans le cadre des portes ouvertes de l’UNIL, Les Mystères d’une pandémie, écrit par le chroniqueur et écrivain romand Christophe Gallaz, sort le 26 mai. Gagnez 20 exemplaires de ce bel ouvrage !

C’est inédit, un virus qui s’adresse à vous à la première personne. « Bonjour, chers jeunes des sociétés humaines actuelles et chers autres dont l’esprit reste agile. Je suis le virus. Le coronavirus. » Ainsi s’ouvre Les Mystères d’une pandémie, ouvrage publié à l’occasion de la dix-septième édition des portes ouvertes de l’UNIL (du 1er au 4 juin). Son auteur, le chroniqueur et écrivain romand Christophe Gallaz, a sollicité plusieurs scientifiques de l’UNIL (Vincent Barras, Philippe Christe, David Hamidovic, Julia Steinberger, Laurence Kaufmann) pour étayer ses propos.

Dans son monologue, le virus scrute l’être humain sous tous les angles, donne des renseignements historiques, statistiques, sociaux, médicaux. Il s’en prend à la justice, à la politique, et voit la puissance de cette pandémie comme un signe du « dérèglement civilisationnel ». Un livre intelligent qui pose de vraies questions sur notre temps. La collection des Mystères est certes destinée à un jeune public âgé de 9 à 13 ans, mais les plus grands aussi y trouveront leur compte. Entretien.

Christophe Gallaz, pourquoi avez-vous choisi de faire parler le coronavirus à la première personne ?

J’ai passé une grande partie de ma vie à écrire des chroniques pour des journaux. L’une d’elles, intitulée Le monologue du virus, avait été publiée en mars 2022, ce qui m’a conduit à développer cette idée. Je trouve tout à fait légitime que le virus, surgi il y a 3,5 milliards d’années, puisse développer un discours d’autorité par rapport aux humains, dont l’espèce est apparue beaucoup plus récemment. En lui donnant la parole, j’ai pu libérer des zones de perception puis de rédaction très élargies. La façon qu’il a de s’ajuster au monde est d’ailleurs plus harmonieuse que la nôtre, dans la mesure où lui-même et ses « congénères » sont considérés comme les meilleurs agents de la biodiversité, que nous nous acharnons à réduire. De plus, en tant qu’ouvrier de l’écriture, j’ai pensé que cette option réclamerait des compétences rédactionnelles intéressantes : lorsqu’on est un virus et qu’on essaie de rendre compte de ce qui se passe dans les journaux, ou de rapporter un échange avec des interlocuteurs sans recourir à la forme peu crédible d’un dialogue classique, il faut inventer des astuces. J’espère que le résultat se tient.

Vous définiriez-vous comme un spécialiste des livres pour enfants ?

Non, même si j’ai fini par écrire plusieurs ouvrages dans ce genre. Le premier naquit en 1985, quand mon ami le dessinateur et peintre Étienne Delessert me fit voir une série d’esquisses que l’illustrateur italien Roberto Innocenti venait de lui faire parvenir. Il y résumait l’histoire d’une petite fille qui découvre les camps de concentration nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. Tout nouveau dans ce domaine, j’ai composé un texte bref qui faisait tournoyer les pronoms du « je » au « tu », et du « elle » au « nous » en passant par le « ils » : le lecteur en devenait tour à tour l’auteur du récit ou son lecteur, ou la petite fille, ou les autres ou chacun, de quoi montrer la guerre en phénomène impliquant chacun. Un album en est résulté qui fut intitulé Rose Blanche en hommage à un petit groupe de jeunes Allemands opposés à Hitler en 1942 avant d’être fusillés. Puis l’album ricocha partout, de Suisse au Japon en passant par les États-Unis. Et depuis lors, voilà, j’écris de temps en temps pour les enfants.

Quel ton utiliser pour parler de la pandémie à un jeune public ?

Lorsqu’on écrit pour les jeunes et les très jeunes, il est important de se demander s’ils comprendront le texte, bien sûr, mais tout autant de ne pas les infantiliser en usant d’un langage évitant ses aspérités. Ce sont elles qui peuvent le rendre mémorable. Par exemple, j’avais six ou sept ans quand j’entendis parler d’un « ornithorynque » jamais oublié depuis lors. L’idéal est simplement d’adopter un vocabulaire familier, d’éviter les phrases trop complexes et de trouver un ton opportun, de la même manière qu’on se penche à l’oreille des tout-petits pour s’en faire écouter. Il faut cheminer entre l’accessibilité du texte et sa qualité littéraire, aussi définie par un style minimal : un peu de singularité dans la pâte. J’espère que la recette fonctionne.

Le virus prend parfois un ton solennel, parle de la sixième extinction de masse des espèces et de la race humaine dévastatrice. Les jeunes ne sont-ils pas déjà suffisamment éco-anxieux comme ça ?

Oui, ils le sont, mais ce n’est pas une raison de leur dissimuler les circonstances que nous connaissons depuis les travaux du Club de Rome en 1972. Pour aborder des thématiques aussi massives que l’écologie ou le Covid-19, il est effectivement fondamental de trouver un juste équilibre. D’en parler sans pour autant fortifier l’anxiété déjà présente chez les lecteurs ou les auditeurs, en particulier les plus jeunes. Le fait d’aborder ces sujets de manière positive, en mettant davantage l’accent sur les actions et les solutions possibles à l’échelle des individus, peut réconforter certains tout en leur signalant les espoirs possibles en l’avenir. Mais susciter des sentiments de béatitude, jamais ! A contrario, je ne cherche pas non plus à me montrer condescendant envers l’humanité. À la sermonner. En explicitant dans ce livre les causes sous-jacentes de la pandémie, j’essaie simplement de sensibiliser le public à l’urgence de protéger notre planète, et de lui suggérer qu’une splendeur poétique inouïe pourrait émaner de notre relation bienveillante avec elle. Mon but est aussi de montrer que cette problématique ne doit pas séparer nos générations et qu’il ne s’agit ni de blâmer les aînés, ni de les excuser. On sait bien que seul un sursaut collectif pourrait atténuer l’effet de nos erreurs.

Selon vous, la pandémie est une anecdote de l’histoire ?

La pandémie, bien sûr, eut un impact profond sur nous, notre existence quotidienne et notre économie. Mais il fut très ponctuel, même si certaines de ses conséquences persistent. Ce qui confirma le caractère anecdotique de l’épisode à l’aune de la grande Histoire et du Vivant, ce fut la volatilité des bonnes résolutions proclamées par tous quand les eaux de Venise redevinrent poissonneuses sous un ciel à nouveau bleu. Nous ressentîmes alors presque aussitôt cette résurrection miraculeuse comme un accident de la norme à réparer d’urgence, d’où la reprise insensée des voyages aériens superflus et de ces échanges commerciaux consistant à remplir nos supermarchés d’asperges péruviennes en février. De quoi nous interroger sur nous-mêmes, comme vous voyez, et sur nos agissements collectifs. Mais vous savez que j’ai raison, c’est le virus qui parle…

Les Mystères d’une pandémie, éditions La Joie de Lire, illustrations de Rémi Farnos, en librairie dès le 26 mai, en vente sur le site Payot pendant les Mystères de l’UNIL du 3 au 4 juin, UNIL, Amphipôle.

Christophe Gallaz s’exprime aussi dans cette vidéo.

Christophe Gallaz dédicacera son livre le samedi 3 juin entre 12h30 et 13h, à l’Amphipôle.   

Un simple email suffit !

Vous souhaitez obtenir gratuitement un exemplaire du livre Les Mystères d’une pandémie ? Il vous suffit d’écrire un email à uniscope@unil.ch. Les 20 premières personnes qui se manifesteront pourront le retirer à la réception d’Unicom, à l’Amphimax, dès le 30 mai.