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Stérilisations forcées au Pérou : de la violence obstétricale à la justice reproductive

Par Hugo Guillermo Valdivia Barrera

Le PSRPF 1996-2000 (Programa de Salud Reproductiva y Planificación Familiar – Programme de santé de la reproduction et de planification familiale) a été développé dans un contexte de crise économique, politique et sociale au Pérou dans le gouvernement du président Alberto Fujimori. Ce document avait été officialisé par une résolution ministérielle du 6 février 1996.

Ce programme visait à établir le contrôle des naissances pour les populations des zones rurales et les plus pauvres du pays. Malgré le fait que le gouvernement du président Fujimori ait pris soin de présenter cette politique publique comme une grande avancée pour la société péruvienne en faveur des droits des femmes en matière de droits reproductifs et sexuels, ce PSRPF s’est soldé par des stérilisations forcées.

D’autre part, le PSRPF, endossé par le Ministère de la Santé (MINSA), a utilisé un discours en faveur des droits sexuels et reproductifs des femmes qui a finalement abouti à 272 028 ligatures des trompes, entre 1996 et 2001 ou 346 219 ligatures de trompes entre 1993 et 2000 (2, p. 28) (4, p. 64).

Les droits reproductifs et la justice reproductive sont pertinents pour les femmes victimes de stérilisation forcée au Pérou. Les droits reproductifs des femmes blanches n’ont pas été les mêmes que ceux des femmes opprimées par les stérilisations. Les féministes occidentales appelant à l’accès à l’avortement ou aux services de contraception ont été critiquées pour avoir ciblé le « luxe » des femmes privilégiées face aux militantes des pays en développement où les femmes victimes de discrimination raciale ont subi une stérilisation forcée. Ce contexte occidental des droits reproductifs et de la justice reproductive est très similaire à ce qui s’est passé au Pérou avec les stérilisations forcées dans les années 1990.

Violence obstétricale ou racisme obstétrical ?

Bien que l’exercice de la médecine nécessite une projection sociale envers les patientes, le consentement doit être reconnu sans induire des pratiques médicales au détriment des personnes. Cela marque la relation de pouvoir entre le personnel de la santé et leurs patientes. Dans le cas du Pérou, à travers le PRSPF, de nombreuses femmes se sont plaintes de subir de mauvaises pratiques sans leur consentement. L’attitude du personnel de la santé dans ce contexte répondait au respect de « quotas » comme objectifs à atteindre pour obtenir des améliorations salariales, mais aussi pour un contenu racial.

Les survivantes de stérilisations forcées affirment que la violation de leur vie privée et la violence générée sur leur corps leurs ont laissé de graves répercussions physiques et psychologiques à vie. Actuellement, cette reconnaissance des droits des femmes contre les violences obstétricales (y compris gynécologiques) est récente et peu visible dans la société péruvienne.

Au Pérou, la violence obstétricale est généralement différenciée en catégories, car toutes les femmes péruviennes ne souffrent pas de ce grief, mais il existe une plus grande vulnérabilité de la violence obstétricale envers les femmes autochtones, amazoniennes, afro-péruviennes, handicapées et LGTBIQ+5 (p. 5). Parmi plusieurs causes qui permettent la violence obstétricale au Pérou, elle est due à l’insuffisance des politiques, stratégies et interventions sectorielles visant à prévenir la violence, à l’exercice des droits sexuels et reproductifs des femmes, à l’inculcation aux femmes et aux adolescents qui prennent des décisions concernant leur l’autonomie corporelle, c’est-à-dire sur son propre corps5 (p. 6). La violence obstétricale est aussi l’omission ou du non-respect adéquat de la procédure d’obtention du consentement éclairé5 (p. 8).

Le problème de la violence obstétricale au Pérou n’est abordé que d’un point de vue critique envers le personnel de la santé et les structures déficientes des politiques publiques impliquées dans la vulnérabilité des patientes. L’Amérique latine, en tant que partie du Global South, diffère du North Global en ce sens que la violence obstétricale a conduit depuis ses débuts à un contour racialisé et socio-économique des violations de la reproduction, pour cette raison dans ces contextes, il n’est pas possible de conceptualiser la violence obstétricale uniquement comme une question de « genre » 3 (p. 112).

Témoignages des survivantes

Des entretiens ont été menés avec les quatre survivantes : Mme Victoria Vigo Espinoza, elle est de Huánuco, située au centre nord du Pérou. Mme Rosa del Carmen Reátegui Huaymacari. Elle est originaire d’Iquitos, située dans la région de Loreto, en Amazonie péruvienne. Mme Juana Taipe Condori. Elle est originaire de Puno, située dans les hautes terres du sud du Pérou. Mme Flor Mori. Elle est la seule à être née dans la capitale Lima.

L’important était de rechercher des personnes qui parlaient espagnol, car nous savons que beaucoup de victimes parlent quechua ou une autre langue maternelle du Pérou et ne parlent pas espagnol, ce qui limiterait la communication.

Cette recherche adopte une méthodologie qualitative pour les entretiens avec quatre survivantes ayant subi des stérilisations forcées. Elles ont donné leur consentement à l’utilisation de leurs données et photos.

J’ai travaillé avec deux types de recherche : la recherche de terrain et la recherche par questionnaire. Les interviews réalisées au Pérou en août 2022 ont été faites aux survivantes des stérilisations forcées, qui sont des actrices qui se sont organisées pour revendiquer leurs droits.

Étant donné que je suis un homme hétérosexuel qui interroge quatre femmes, je considère que « la possibilité – ou non – pour un homme hétérosexuel cisgenre de comprendre, puis de rendre compte des discours des femmes qui font l’objet de ses recherches, c’est-à-dire à “parler pour elles” malgré les positions sociales toujours largement inégales […] dans nos sociétés occidentales patriarcales »1 (p. 4).

Les survivantes évoquent implicitement des revendications comme la liberté de décider du nombre d’enfants à avoir et la justice réparatrice (économiquement et moralement). Seule Mme Vigo était celle qui avait le plus de connaissances théoriques sur ces termes, puisqu’elle a plus de vingt ans d’activisme. Cependant, les quatre ne se considèrent pas comme des victimes, mais comme des survivantes. Par conséquent, elles ne sont pas restées anonymes et ont décidé de montrer leur identité en signe de leur autonomisation.

Puis je vois un promoteur de santé s’approcher. […] Puis il m’a dit : “ […] Vous avez beaucoup d’enfants et vous vivez également dans une extrême pauvreté. Savez-vous que le gouvernement fait des ligatures des trompes ? Et vous aimeriez continuer à faire votre planning familial ?

Mme Reátegui

D’autre part, les quatre survivantes ont été traitées par divers personnel de la santé : infirmiers, promoteurs de la santé, obstétriciens, médecins et gynécologues. En effet, elles montrent le modus operandi commun du personnel de la santé à travers la coercition, les menaces, la désinformation et la négligence des soins médicaux (caractéristiques de la violence obstétricale utilisée au Pérou).

L’essentiel de cette politique (de stérilisations) se faisait dans les zones rurales où c’était un poste et non un hôpital […] Dans un poste médical, il n’y a même pas de centre chirurgical pour effectuer une stérilisation.

Mme Vigo

Par contre, il y avait différents centres de santé où elles étaient stérilisées. Par exemple, dans les zones rurales et les plus pauvres du Pérou, ils étaient soignés dans des « postas médicas » dont l’infrastructure était inférieure à celle d’un hôpital public. Le risque pour la santé était élevé, car il y avait une négligence médicale avec des effets post-stérilisation. Il y a eu un cas particulier, Mme Taipe a déclaré avoir perdu un rein lorsqu’elle a été stérilisée sans son consentement. À cause des stérilisations forcées, elles ont eu des problèmes conjugaux.

Madame, il paraît qu’à l’époque où ils vous ont ligaturé, ils ont pris le rein, dites-moi, où l’avez-vous fait et en plus vous savez, madame, que vous n’aurez plus jamais d’enfants parce qu’ils vous ont ligaturé ?

Un médecin à Mme Taipe

Les quatre survivantes soutiennent qu’elles ont été stérilisées pour des raisons raciales. Elles souffrent lorsqu’elles se souviennent des épisodes de stérilisation comme une violation de leur corps sans leur consentement. Elles déplorent également le fait que l’État leur ait retiré la liberté de choisir le nombre d’enfants qu’elles pourraient avoir. En ce sens, elles font appel, implicitement, au droit reproductif dont la politique publique du PSRPF leur a dénié.

Références

1Amrein, Thierry. (2023). Des actrices et un chercheur : Une configuration qui pose problème sur le terrain ? ethnographiques.org. https://www.ethnographiques.org/2022/Amrein

2Ballón, Alejandra., Carranza, Ñusta., Cedano, María., Silva, Rocío., Stavig, Lucía., Vidal, Ana., & Westendorp, Rocío. (2021). Perú: Las esterilizaciones forzadas, en la década del terror. Acompañando la batalla de las mujeres por la verdad, la justicia y las reparaciones. (A. Chirif, Éd.) Lima: IWGIA et Demus.

3Chadwick, Rachelle. (2021). Breaking the frame : Obstetric violence and epistemic rupture. Agenda-Empowering Women for Gender Equity, 35(3), 104‑115.

4Ruiz, Inés. (2021). Pájaros de medianoche. Las esterilizaciones forzadas en el Perú de Alberto Fujimori y la lucha de sus víctimas por ser reivindicadas. Lima: Planeta.

5UNFPA Perú & Defensoría del Pueblo. (2021). Violencia obstétrica en el Perú. https://peru.unfpa.org/es/publications/violencia-obst%C3%A9trica-en-el-per%C3%BA

Autres références

Informations

Pour citer cet article Pour citer cet article
Nom Prénom, « Titre ». Blog de l’Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2022, consulté le XX mois 2023. URL :
Auteur·iceHugo Guillermo Valdivia Barrer, étudiant de Master en science politique
ContactHugoguillermo.valdiviabarrera@unil.ch
EnseignementCours-Séminaire Santé, sexualité et reproduction : regards anthropologiques

Par Irene Maffi et Gladys Robert
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Groupe 2 – Dirigeant·e·s des entreprises extractrices d’énergies fossiles

Eléonore Petit, Noé Jollien et Francisco Ferreira De Melo

Quelles études pour faire partie de l’élite ?

Les études en « Finance et économie » sont les plus représentées. À l’inverse, dans le secteur « Tech », ces études sont totalement absentes, cela peut suggérer une nouvelle forme d’élite représentant la modernité technologique, exigeant des études d’ingénierie. Le secteur « Matières premières », quant à lui, ne représente aucune particularité, il est similaire aux autres secteurs.

Les élites sont-elles sectaire ou est-ce une grande bande d’ami.e.s ?

Dans le graphique ci-dessus, les entreprises du secteur « Matières premières » sont au cœur du réseau des plus grandes entreprises. Tout de même, une nette différence se voit selon leur nationalité. Malgré qu’elles soient reliées au cluster principale les entreprises chinoises sont moins importantes et centrales dans le réseau mondial que les entreprises européennes et américaines.

Transition énergétique vs développement économique ? Le dilemme du discours des élites.

Ce graphique met en évidence une relation négative entre le thème du développement économique et la transition énergétique. En effet, plus les lettres aux actionnaires parlent de développement économique moins l’on retrouve le thème de la transition énergétique et vice versa. Cela suggère que les entreprises communiquent des informations concernant leur performances économique de l’année, soit des aspirations écologiques pour l’année suivant ou leur efforts écologiques qui ont été fait, il y a une prioritarisation d’un thème sur l’autre.

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Groupe 1 – Analyse des parlementaires suisses

Elisa Verga, Alias Poma et Léo Mégroz

Répartition des catégories professionnelles au sein du Parlement suisse 2019-2023 en fonction de l’affiliation politique

En se basant sur les données fournies par la Confédération suisse sur les parlementaires de la législature 2019-2023, qui donnent des indications biographiques multiples dont leur(s) profession(s), ce graphique tend à montrer la distribution des catégories professionnelles des élus selon leur affiliation politique. Nous avons distingué neuf catégories professionnelles dans lesquelles classer leurs occupations rémunérées (en dehors de leur activité de politicien.ne) : (1) les agriculteur.rices, (2) les cadres du privé, (3) les cadres du public, (4) les chef.fes d’entreprise, (5) les employé.es subalternes du public, (6) du privé, (7) les indépendant.es/commerçant.es, (8) les professionnels de la politique et (9) les professions libérales. Le code couleur se réfère aux couleurs officielles des six partis suisses représentés au Parlement.

Ce graphique rend compte d’une certaine tendance des élu.es situé.es à droite de l’échiquier politique à être sur-représenté.es dans les catégories chef.fes d’entreprise, professions libérales et cadres du privé. 58% des élu.es du PLR font ainsi partie de l’une de ces trois catégories. On note également Le Centre et ses près de 30% représentés dans des professions libéral.es Les Vert.e.s sont quant à eux.elles composé.es de 35% d’élu.es travaillant dans le domaine public, presque autant que les Verts libéraux dans le même domaine. Le Parti socialiste se retrouve en revanche distribué relativement équitablement au sein des différents types de profession. Enfin, le parti ayant le plus grand pourcentage de représentant.es du milieu agricole est l’UDC.

Comment les parlementaires de la législative 2019 sont-ils et elles liés aux différents lobbys de l’énergie et du climat ?

Les graphiques de réseau présentés ci-dessus ont été élaborés à partir des données fournies par Lobbywatch, une organisation à but non lucratif dédiée à la collecte d’informations sur les liens d’intérêts entre les parlementaires et diverses entités telles que entreprises, associations et institutions. Cette base de données précieuse offre un aperçu détaillé des relations complexes entre le monde politique et les acteurs extérieurs.

Comment les parlementaires lient les lobbys de l’énergie ?

Comment les parlementaires lient les lobbys du climat ?

Les graphiques se concentrent sur deux aspects cruciaux : les lobbys liés au climat et ceux liés à l’énergie. Chacun de ces réseaux est représenté par des nœuds interconnectés, symbolisant les différents lobbys impliqués. Les liens entre ces nœuds, représentés par des arêtes, indiquent la présence de parlementaires au sein des entreprises associées à ces lobbys spécifiques. Les boucles ont été effacées des graphiques pour des raisons de lisibilité car elles étaient très sporadiques.

Les Lobbys liés au Climat

Le graphique révèle une implication marquée des membres des partis de gauche, notamment les Vert·e·s et le Parti socialiste, dans les entreprises liées au climat. Leur présence est notable dans tous les lobbys climatiques identifiés. En revanche, les partis de droite montrent une moindre présence et sont majoritairement impliqués dans des lobbys aux thématiques plus généralistes.

Cette cartographie met en évidence une dynamique politique spécifique où les partis de gauche jouent un rôle proactif dans le secteur climatique, tandis que les partis de droite sont plus dispersés et présents principalement dans des lobbys aux domaines d’action moins spécifiques. Ces constatations soulignent l’importance de comprendre les affiliations politiques dans le contexte des enjeux climatiques et de leurs implications au sein des lobbys concernés.

Les Lobbys liés à l’Énergie

La seconde exploration se penche sur les lobbys actifs dans le domaine de l’énergie. Pour faciliter la compréhension, les nœuds ont été regroupés en trois catégories distinctes à l’aide de symboles : l’énergie nucléaire, l’industrie du gaz et du pétrole, ainsi que les fournisseurs d’énergie ont été amalgamés sous le logo « Non-durable ». Les énergies alternatives, l’anti-nucléaire et l’énergie hydraulique sont étiquetés avec le logo « Durable », tandis que l’énergie en général est symbolisée par un logo neutre.

Une analyse plus approfondie révèle des dynamiques spécifiques au sein des principaux partis politiques. L’UDC, bien que présente dans deux catégories « Non-durables », montre une connectivité limitée. Le PLR, quant à lui, démontre une présence relativement importante tant dans les lobbys « Non-durables » (Fournisseur d’énergie, Énergie nucléaire, Industrie du gaz et du pétrole) que dans les lobbys « Durables » (Énergies alternatives et Énergie hydraulique).

Le parti du centre affiche une présence notable, aussi bien dans les lobbys « Durables » (Fournisseur d’énergie, Énergie nucléaire) que dans les lobbys « Durables » (Énergies alternatives et Énergie hydraulique). En revanche, les Verts libéraux et les Verts se montrent peu présents, concentrés exclusivement dans les lobbys liés aux énergies alternatives, à l’anti-nucléaire, aux fournisseurs d’énergie, et à l’énergie en général. Enfin, le Parti socialiste apparaît très sporadiquement, établissant seulement quelques liens dans les domaines de l’anti-nucléaire, des énergies alternatives et des fournisseurs d’énergie.

Conclusion

L’analyse des réseaux, basée sur les données de Lobbywatch, offre une perspective fascinante sur les interconnexions complexes entre les parlementaires et les lobbys. Ces graphiques ne sont pas seulement des représentations visuelles, mais des outils essentiels pour éclairer le débat public et promouvoir une prise de décision éclairée et transparente.

Éclairage sur l’Engagement Parlementaire Suisse : Les Thématiques Environnementales « Clés de 2019-2023 »

Comment est-ce que les parlementaires suisses s’expriment sur des différentes thématiques en lien avec la protection de l’environnement et des animaux? Les graphiques suivants présentent la fréquence d’exploitation de diverses thématiques au cours de trois débats parlementaires ayant un lien avec l’environnement qui ont eu lieu pendant la législature 2019-2023. Ces débats ont porté spécifiquement sur les initiatives « Pour les glaciers/pour un climat sain », « Non à l’élevage intensif en Suisse » et « Pour une eau potable propre et une alimentation saine ».

Les débats parlementaires se distinguent par l’expression des parlementaires dans les quatre langues nationales. Afin de pouvoir regrouper et analyser les thématiques plus aisément, une traduction intégrale des débats en anglais a été réalisée à l’aide de logiciels de traduction. Ensuite, les thématiques ont été extraites et lemmatisées grâce au logiciel R, aboutissant à l’identification de 15 thématiques regroupées en trois catégories générales, chacune illustrée dans un graphique distinct. Sur l’axe des abscisses, les fréquences d’utilisation de chaque thématique par chaque parti sont présentées, avec les partis eux-mêmes sur l’axe des ordonnées.

Ces graphiques permettent de comprendre quelles thématiques sont davantage mobilisées par chaque parti. Cependant, il est crucial de souligner que l’interprétation de ces données nécessite une approche nuancée. Les débats parlementaires présentent une tendance à reprendre des arguments entre les partis, que ce soit pour exprimer un accord ou une divergence. Ainsi, une fréquence élevée de mobilisation d’une thématique ne signifie pas nécessairement que le parti est particulièrement favorable ou opposé à celle-ci, mais plutôt une propension à la mobiliser et à la réutiliser pendant les débats.

Commentaire sur les graphiques

En ce qui concerne les graphiques relatifs à l’énergie et au chauffage, il est intéressant de noter que le parti des Verts libéraux affiche une proximité plus marquée avec les partis de droite. À l’inverse, du côté de la gauche, la question des antibiotiques et des produits phytosanitaires occupe une place plus importante par rapport aux autres partis.

Passons maintenant au graphique « Agriculture et élevage ». L’élément le plus frappant réside dans l’uniformité presque totale de la mobilisation des différentes thématiques par l’UDC. En d’autres termes, toutes les questions liées à l’agriculture et à l’élevage semblent avoir une importance équivalente pour ce parti, qui entretient des liens historiques étroits avec les milieux agricoles. Un autre élément intéressant à relever est la similarité entre les Vert·e·s et le PS quant à la fréquence à laquelle les thématiques sont mobilisées.

Enfin, pour ce qui est du graphique « Droits et respect des animaux », il est intéressant de noter que la thématique de la législation est davantage mobilisée par les partis du centre et de droite, peut-être en raison de leur position affirmant que la législation en vigueur est déjà assez contraignante. La gauche, quant à elle, mobilise davantage la thématique de la violation des droits des animaux.

Conclusion

En conclusion, l’analyse des discours parlementaires révèle des différences intéressantes quant à la fréquence à laquelle les partis mobilisent différentes thématiques. Cependant, cette approche présente des limites, notamment en raison de la nature des débats politiques dans le système politique suisse : la reprise des arguments des opposants ne permet pas de discerner la position d’un parti sur une thématique donnée sans une lecture approfondie de chaque échange. De plus, la traduction en anglais des débats pourrait entraîner une perte de signification et de nuances quant à la manière dont les parlementaires se sont exprimés, représentant ainsi une autre limite de ce travail.

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Journal de bord

Les Creuseurs de puits de Doddaballapura

Pour notre septième journée à Bangalore, nous avions appris que nous nous éloignerions un peu du centre de la ville pour se perdre dans les paysages sans fin de Bangalore rural. Après une heure de route, nous sommes arrivé·es dans le camp de Doddaballapura Road, un lieu qui réunit de nombreux Scouts de tous les âges. C’était aussi à cet endroit qu’allait nous accueillir Rackshita. Elle est venue de Biome Environmental Trust pour nous accompagner et nous faire rencontrer les fameux Welldiggers (les « creuseurs de puits ») dont les puits étaient disséminés dans cet immense camp, principalement laissé à la nature et investi par de nombreuses espèces d’oiseaux. 

Après quelques échanges chaleureux avec les Scouts, nous avons été présenté·es par notre guide Rackshita au Welldigger Shankar et à ses collègues, rassemblé·es autour d’un arbre. Nous pouvions alors nous enfoncer dans la dense forêt pour découvrir l’œuvre de ces travailleurs de l’eau. Avec eux, nous communiquions par l’intermédiaire de notre guide, ceux-ci ne parlant que la langue locale – le Kannada.  

Sur le chemin, accompagné·es par une chienne et ses petits, nous apprenions que les différents puits avaient été construits par les ancêtres de nos hôtes et qu’ils avaient pendant longtemps été laissés à l’abandon, le gouvernement de Bangalore préférant importer de l’eau venant d’ailleurs. Ce n’est que très récemment qu’ils avaient été reconstruits pour récolter l’eau de pluie dans le but d’approvisionner les alentours pour différents usages. 

Quelques centaines de mètres plus loin, plongé·es dans la végétation et concentré·es sur le récit de ces lieux, nous n’avions pas remarqué qu’un puits de sept mètres de diamètre s’étendait désormais devant nos pieds. Un trou, dont nous apprendrions plus tard qu’il s’enfonçait à plus de seize mètres de profondeur, nous présentait son eau sombre et trouble à travers une grille. Bien moins inquiétés que nous par la fragilité apparente de la grille, les trois Welldiggers s’étaient instantanément affairés, au-dessus du puits, à diverses occupations. Tout en se communiquant des informations les uns aux autres, ils scrutaient l’eau avec concentration, inspectaient les pierres des murs du puits et leur regard se dirigeait successivement vers les alentours et le ciel ; les plantes et les nuages semblant avoir tout à leur dire. 

Pendant ce temps, notre guide Rackshita avait pu commencer son exposé, tout en vérifiant parfois certaines informations auprès des Welldiggers avec lesquels elle communiquait à la manière d’une collègue. Nous allions alors découvrir le savoir-faire et l’ampleur du travail nécessaire à l’entretien de ces puits. Construits sans ciment, ils ne retenaient la terre et l’eau que par la précision de la disposition de pierres soigneusement choisies, effritées puis alignées. Malheureusement, ce savoir-faire avait disparu avec la génération du père de Shankar. Nous pouvions effectivement observer que lors de la reconstruction récente, les bords supérieurs du puits avaient été arrangés avec du mortier. 

Au milieu de son explication, Shankar a ouvert une trappe dans la grille et a enlevé sa chemise. Intriguée, l’une d’entre nous interpelait notre guide pour lui demander s’il allait plonger. « Évidement ! » répondait Rackshita, « C’est un Welldigger ». Une fois dans l’eau, on pouvait le voir enlever les différentes plantes qui poussaient entre les pierres du murs. Rackshita nous expliquait que c’était un des nombreux savoirs que les Welldiggers possédaient : quelles plantes allaient être favorables ou nocives pour une eau pure, et parmi elles lesquelles risquaient de fragiliser le puits par leurs racines. Après ce désherbage, Shankarremontait sans problèmes sur la paroi aux prises pourtant invisibles. En plus de ces tâches d’entretien et de vérification, il fallait aussi vider le puits pour que l’eau puisse être consommée. Cette impressionnante tâche était réalisée uniquement au moyen d’une sorte de grue en bois, munie d’un seau et fonctionnant à la force des bras. L’eau serait ensuite filtrée et vérifiée par Rackshita et ses collègues pour qu’elle soit conforme aux standards. 

Plus tard dans la journée, à quelques kilomètres du camp Scout, nous arrivions à Mayasandra un petit village ou vivait Shankar et sa famille. Nous les retrouvions autour d’une fontaine dont l’eau venait des différents puits de la région. Rackshita nous expliquait que les habitant·es du hameau étaient ravi·es de pouvoir consommer cette eau tous les jours. 

En effet, ce mode de récolte de l’eau de pluie était, selon de nombreux·se·s expert·es comme Rackshita, un moyen de sauver Bangalore de l’un de ses plus gros problèmes. En effet, l’administration de la ville faisait face à un important problème de gestion des eaux. Entre des privés qui proposaient d’acheminer de l’eau du nord du pays à prix réduit et des personnes fortunées qui récoltaient l’eau de pluie sur le toit de leur gratte-ciel pour la revendre dans d’autres régions, la ville n’exploitait pas son potentiel. À la marge de cette organisation complexe se trouvaient les Welldiggers, avec leur solution de récolte d’eau de pluie dans des puits. Une proposition peu coûteuse, respectueuse de l’environnement et accessible à l’ensemble de la population. Malheureusement, malgré leur implication dans leur travail et la pertinence de leur solution, les « creuseurs de puits » sont une castes très mal considérée dans la société indienne. Tant au niveau du gouvernement que des consommateur·ices, il serait très compliqué de faire boire une eau qui a été manipulée par une caste si mal considérée. C’est ce que nous a expliqué Rackshita de Biome Environnemental Trust. Pour sa part, elle avait une autre approche du travail de ces personnes et tentait de la valoriser et de la diffuser dans le paysage politique. En retour, on pouvait voir chez les Welldiggers une grande gratitude à son égard et le sentiment d’être reconnu pour le travail quotidien. 

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