Dans le cadre du cours-séminaire de Master « Sciences sociales de la médecine et de la santé », des étudiant·es ont réalisé au semestre d’automne 2024 des enquêtes autour de la thématique « Santé, démocratie et politique ». Articulés chacun autour d’un sujet spécifique, ces travaux thématisent collectivement quelques-uns des enjeux sociaux et politiques associés à la santé et au soin.
Une enquête de Maxence Chevallet
Cinq participant·e·s (un homme et quatre femmes) ont participé à un entretien. Recruté·e·s par le biais d’associations, tous·te·s les participant·e·s ont 80 ans et plus et résident en région lausannoise. Les entretiens étaient composés de deux parties distinctes. La première consistait en une série de questions relatives au contexte de vie des participant·e·s, les raisons du non-usage d’internet et l’identification des domaines de vie affectés par celui-ci. La seconde partie consistait en un entretien biographique sur le parcours de vieillissement des participant·e·s depuis leur entrée à la retraite, en retraçant les événements positifs et les défis qui ont marqué cette trajectoire. Les participant·e·s ont aidé à la co-construction d’une grille de vie, élaborée en parallèle de l’entretien. Cette dernière a servi à consigner les événements de trois domaines de vie : la santé, les relations aux proches et les changements dans le quotidien. La grille de vie est un outil ayant montré de nombreux avantages dans le cadre des entretiens biographiques, notamment lorsque ceux-ci sont menés avec des seniors23, 24. L’analyse des données a été effectuée selon l’approche analyse de narratif, dont l’objectif est l’élicitation de thèmes et catégories communs au récit des individus25. Le traitement des données a été effectué à l’aide du logiciel d’analyse de données qualitatives LiGRE.
Au cours des trente dernières années, internet a eu l’effet d’un tsunami, progressant le long des côtes de la société occidentale et engloutissant sur son passage l’ensemble des sphères du quotidien : communications, démarches administratives, accès au savoir… Rares sont les domaines où son usage ne s’est pas imposé. En Suisse, cette généralisation s’est opérée de manière exponentielle dès la fin du XXe siècle. Alors qu’internet ne comptait que 150 000 utilisateur·ice·s en 19961, ils·elles étaient 91,6 % à l’utiliser au moins une fois par jour en 20232.
Malgré ce taux d’utilisation élevé, une inégalité numérique persiste, marquée par une disparité d’accès aux technologies de l’information et de la communication (TIC) et liée aux caractéristiques structurelles des individus3. Cette inégalité, initialement causée par des disparités d’accès matériel aux TIC et à internet, réside maintenant davantage dans des différences d’accès en matière d’acquisition des compétences nécessaires à leur usage4. En effet, les TIC et internet s’inscrivent dans la transition vers une société de l’Information5, où les technologies sont marquées par des évolutions constantes entraînant de nombreux changements dans leur fonctionnement. Chacun de ces changements fait encourir à un individu le risque de perdre ses compétences d’usage des TIC, l’empêchant de profiter des avantages offerts par l’accès à internet3.
Une partie de la population suisse marquée par cette disparité d’accès est la catégorie des seniors, définie ici comme les individus ayant 65 ans et plus. En effet, tandis que 97.5% des Suisse·sse·s de 15 à 59 ans utilisent internet régulièrement, cette proportion descend à 79.1% pour les 60-69 ans, avant d’atteindre à peine plus de 50% chez les Suisse·sse·s de 70 ans et plus2. Ce taux d’usage diminue d’autant plus que l’âge des seniors augmente : seulement 38.5% des personnes de 85 ans et plus utilisent internet au moins une fois tous les six mois6. Les études sur les inégalités numériques considèrent souvent les seniors en tant que catégorie unique, malgré de grandes différences selon leur âge7. Dans le cadre de cette recherche, la population d’étude est constituée des seniors de 80 ans et plus, une catégorie que ces mêmes auteurs décrivent comme souvent invisibilisée dans les études relatives au non-usage d’internet.
L’inégalité numérique chez les seniors ne dépend pas que de la stratification d’âge, mais aussi du genre des individus, les femmes utilisant moins interne8. Un autre facteur régissant les inégalités numériques est le niveau d’éducation : en 2019, seulement un tiers des seniors ayant terminé leur formation par l’école obligatoire utilisait internet6.
Il est important de noter que non-utilisation ne signifie pas nécessairement inégalité. En effet, il est possible que des individus choisissent de ne pas utiliser internet3. Par exemple, en Suisse, 46.8% des seniors non-utilisateurs·trice·s voient l’usage d’internet d’un œil négatif6. Malgré cette proportion importante de personnes hostile à l’usage d’internet, 35,2% des seniors de 80 ans et plus n’employant pas internet se décrivent comme intéressé·e·s6. Ces seniors rencontrent cependant des barrières empêchant l’usage d’internet qui pourraient s’insérer dans des inégalités numériques9, telles que l’indisponibilité de moyens d’apprentissages adaptés.
Le vieillissement est une étape de la vie souvent caractérisée par une accumulation de difficultés, telles que les maladies chroniques, la perte des proches, ou encore la perte de mobilité. Les défis auxquels sont confronté·e·s les seniors sont nombreux. Sans les ressources nécessaires pour y faire face, ces défis peuvent faire basculer les seniors dans la vulnérabilité.
Afin d’éviter ce processus de vulnérabilité, les seniors peuvent mobiliser les ressources accumulées au cours de leur parcours de vie de manière à limiter les effets des stress susceptibles d’apparaitre au cours du vieillissement. Dans le prolongement du cadre conceptuel de la vulnérabilité10,11,12, internet peut être envisagé comme l’une de ces ressources. Son usage offre en effet divers appuis face aux transformations liées à l’avancée en âge. Il permet notamment : (1) de lutter contre la solitude, un facteur de risque majeur pour la santé et la mortalité des personnes âgées13,14,15; (2) d’améliorer l’accès à l’information en matière de santé, favorisant ainsi une participation plus active et éclairée des seniors dans les décisions les concernant16 ; (3) de limiter les effets délétères de certains stress liés au vieillissement17. Cependant, le non-usage d’internet peut aussi représenter un stresseur pour les seniors. Il peut par exemple empêcher l’accès à des ressources exclusivement disponibles en ligne comme les informations de santé16. Les compétences d’usage de TIC sont aussi nécessaires à l’emploi des nouveaux services basés sur la technologie6, un ensemble d’opérations s’effectuant dorénavant uniquement par le biais du numérique telles que l’achat de billets de transports publics. Le fait de ne pas savoir les utiliser peut représenter une entrave supplémentaire à l’indépendance des seniors6,18. Le stress que peut représenter le non-usage d’internet a aussi été visibilisé en Suisse durant les périodes de confinement du COVID-19, au cours desquelles ce non-emploi a été un obstacle pour certains seniors en empêchant l’accès aux informations et dispositifs de santé, ainsi qu’en accentuant leur solitude19.
En 2023, le Département de la santé et de l’action sociale de l’État de Vaud (DSAS) a publié le programme Vieillir2030, servant de guide aux politiques publiques et interventions à destination des seniors20. Un des objectifs du programme est le renforcement de l’accessibilité aux prestations socio-sanitaires pour les seniors et leurs proches. Cependant, bien que l’accompagnement des seniors dans la transition numérique soit mentionné, il s’agit d’un objectif secondaire. En outre, plusieurs mesures proposées dans le cadre de cet axe concernent la mise en place de dispositifs d’information de santé disponibles uniquement en ligne, limitant potentiellement une partie des seniors d’accéder à ces services.
Pour établir les mesures du programme, le DSAS a organisé un ensemble de focus groups via des associations pour seniors, qui ont invité plusieurs·e·s de leurs membres à y participer21. Cette approche participative vise à replacer les seniors au centre du processus de décision, un enjeu essentiel dans les politiques publiques de santé. Cependant, le recrutement par volontariat pourrait avoir pour conséquence une invisibilisation des seniors les plus précaires, ces dernier·ère·s participant souvent moins aux activités de recherche22. Dès lors, il devient crucial d’interroger la représentativité des voix mobilisées dans ce cadre, notamment en analysant la manière dont le non-usage d’internet s’articule aux processus de vulnérabilisation chez les seniors déjà intégrés aux milieux associatifs. Une telle analyse permettrait d’évaluer dans quelle mesure le recrutement fondé sur le volontariat reflète (ou non) la diversité des situations vécues, et s’il est nécessaire de mettre en œuvre des stratégies actives de repérage et d’inclusion des personnes âgées les plus vulnérables dans les dispositifs participatifs.

« […] il devient crucial d’interroger la représentativité des voix mobilisées dans ce cadre, notamment en analysant la manière dont le non-usage d’internet s’articule aux processus de vulnérabilisation chez les seniors déjà intégrés aux milieux associatifs. »
L’objectif de cette recherche est ainsi de comprendre quelle place occupe internet dans les processus de vulnérabilité accompagnant le parcours de vieillissement. Un second objectif est de comprendre quel rapport ont les participant·e·s, recruté·e·s via des associations, à internet et aux processus de vulnérabilité. Ceci dans le but d’explorer dans quelle mesure ce mode de recrutement peut s’avérer représentatif pour l’inclusion de seniors dans les processus de prise de décision partagée en santé.
Résultats de l’enquête
Le premier élément à être ressorti de l’analyse est l’importance majeure des ressources sociales des participant·e·s. En effet, l’ensemble de ces dernier·ère·s ont pu s’appuyer sur leurs proches, inséré·e·s dans différents cercles, afin d’apporter le soutien nécessaire à l’affrontement des stresseurs liés au vieillissement. Parmi ces proches, la personne la plus importante pour la majorité des enquêté·e·s est le·la partenaire : il s’agit d’un pilier, ponctuant non seulement leur quotidien, mais représentant aussi un soutien important face aux stresseurs accompagnant le vieillissement. Cette place du·de la partenaire en tant que ressource sociale principale dans leur vie rend sa perte d’autant plus impactante, transformant profondément leur quotidien et leur rapport aux autres. Annabellea décrit d’ailleurs comment, pour elle:
» C’est bien deux périodes complètement différentes. C’est la période où j’étais mariée et où j’ai eu mon mari. Et puis la période après. Maintenant, ça fait quand même… Bon, ça fait pas très longtemps que je suis seule, mais ça fait quand même 7 ans. Et maintenant, c’est comme si je vivais autrement.«
Les participant·e·s peuvent aussi compter sur le reste de leur famille pour faire face aux stresseurs, notamment leurs enfants, qui les aident à faire face aux problèmes de mobilité en effectuant des actes tels que les courses ou le trajet pour des rendez-vous médicaux. Les enfants peuvent aussi jouer un rôle important dans la lutte contre la solitude en rendant régulièrement visite à leurs parents. Enfin, dans le cas où les membres de la famille des participant·e·s ne sont pas en mesure de leur apporter de l’aide, les seniors peuvent compter sur les amitiés que ces derniers ont accumulées au cours de leur vie. Les participant·e·s peuvent aussi s’appuyer sur le recours aux ressources institutionnelles, telles que les bureaux d’aide et associations. Cependant, la majorité d’entre eux·elles tend à mobiliser en priorité l’aide de leurs proches. C’est le cas de Mathilda, qui, évoquant les démarches administratives, affirme :
“ […] il y a quand même des endroits où on pourrait se faire aider ou on peut demander de l’aide, etc. Mais, moi, je ne suis pas encore dans ce cas parce que mon aide, c’est mon mari. »
Malgré la disponibilité des ressources sociales et institutionnelles, leur mobilisation par les participant·e·s n’est pas un automatisme pour l’intégralité d’entre eux·elles : le maintien de l’indépendance est un point central pour une partie, qui fait le choix de faire face aux stresseurs par leurs propres moyens. C’est par exemple le cas de Frank, qui déclare que « personne ne s’occupe de moi, je ne demande rien non plus ». Cette disparité de mobilisation des ressources entre les participant·e·s pourrait trouver son origine dans la répartition traditionnelle des rôles de genre, qui auraient entrainé une accumulation différenciée des ressources dans différents domaines du parcours de vie26. Ainsi, dans le cadre de cette étude, la majorité des participant·e·s ont orienté ce parcours autour de leur vie de famille, mettant fin à l’exercice d’un emploi avant la retraite. Cette orientation a eu pour effet une accumulation des ressources sociales liées au cercle familial, que les participant·e·s mobilisent en priorité pour faire face aux défis du vieillissement. Contrairement à ces dernier·ère·s, Frank et Mathilda ont suivi un autre parcours, travaillant au moins jusqu’à l’âge de la retraite. Cette différence leur a permis l’accumulation de ressources non sociales, telles que des savoirs spécifiques et des ressources financières propres, qu’ils·elles mobilisent en priorité afin de faire face aux défis rencontrés lors du vieillissement. Mathilda illustre d’ailleurs l’importance de son parcours professionnel, qu’elle qualifie de « formatif ». Elle continue aussi d’assurer en partie son activité professionnelle, ce qui lui permet de maintenir son autonomie financière.
Les épreuves qu’ont traversées les participant·e·s dans leur parcours de vie ont aussi mené à l’acquisition de résilience, qu’ils·elles peuvent mobiliser pour faire face aux défis du vieillissement. En parlant des conséquences importantes d’un accident dans son quotidien, Josiane décrit par exemple comment « Je ne trouve pas que ça pèse. Y a rien qui pèse ». Ce sentiment est partagé par Frank, qui déclare que:
“ S’il y a quelque chose qui a changé, on s’adapte, on cherche pourquoi et on fait autrement. Je n’ai jamais de problème. «
Bien que les participant·e·s ne possèdent pas les compétences nécessaires à l’accès à internet et à ses bénéfices, ils·elles peuvent compenser ce déficit via la mobilisation de leur réseau social pour profiter des ressources disponibles en ligne. Mathilda raconte par exemple qu’il lui suffit de « téléphoner à un copain » pour accéder à des informations disponibles uniquement en ligne, tandis que Geneviève énonce mobiliser régulièrement ses proches pour accéder à internet. Malgré cette possibilité, le recours à internet par les participant·e·s n’est pas systématique, et plusieurs·e·s d’entre eux·elles ont une perception positive de leur non-usage. Mathilda et Geneviève mentionnent par exemple comment ce dernier permet d’améliorer leurs relations interpersonnelles en enrichissant les échanges qu’elles entretiennent avec leurs proches. Certain·e·s relèvent aussi une sensation de perte de temps liée à l’usage d’internet, notamment dans le cadre de la recherche d’informations et des procédures administratives.
L’appui sur le réseau social pour l’accès à internet peut aussi devenir un facteur de vulnérabilité. Par exemple, la perte des proches peut avoir un effet négatif considérable sur le processus de vieillissement des individus. C’est notamment ce qu’énonce Geneviève, qui décrit comment:
“ Si maintenant je devrais être seule un jour, je ne sais pas très bien comment ça irait [en mentionnant les procédures administratives]. «
La nécessité de devoir s’appuyer sur les proches pour accéder à internet peut aussi être un poids pour les seniors ne bénéficiant pas d’un réseau social fort. Annabelle, par exemple, se décrit comme ayant « toujours été joliment seule » pour affronter les stresseurs du vieillissement. Elle est aussi la seule à ressentir le poids de l’incapacité à utiliser internet, notamment depuis la perte de son partenaire, qui était un soutien important dans tous les aspects du quotidien. Rencontrant des problèmes de mobilité, elle décrit que le fait de ne pas utiliser internet l’empêche de profiter de services qui pourraient modérer les difficultés du quotidien, tels que la livraison de courses en ligne. Elle énonce aussi que l’implantation de nouveaux services basés sur la technologie entrave sa capacité à être autonome, l’empêchant par exemple d’emprunter les transports publics. Contrairement aux autres participant·e·s, qui ne perçoivent pas le non-usage d’internet comme un frein à leurs relations sociales, Annabelle, l’une des rares de son entourage à ne pas savoir utiliser internet, considère ce non-usage comme une barrière qui ralentit fortement sa communication avec certain·e·s de ses proches.
Cette différence de vécu fait remonter l’importance du réseau social des seniors comme modérateur des effets négatifs du non-usage d’internet. Elle montre aussi comment les seniors les plus désavantagé·e·s par ce non-usage tendent à être ceux·celles isolé·e·s socialement19,27.
Un autre domaine de vie marqué par l’apparition de stresseurs chez les participant·e·s concerne leur santé. Ces dernier·ère·s ont, au cours de leur parcours de vieillissement, contracté des maladies chroniques, et dont une des conséquences importantes est la limitation de leur mobilité. Ces problèmes de santé impactent négativement le quotidien des individus, comme celui de Josiane qui doit renoncer graduellement à ses activités culturelles :
“ J’ai renoncé à tout, je ne peux pas marcher […] . Je vais encore à l’opéra, je prends mon taxi, puis j’arrive. Mais c’est la dernière fois «
Encore une fois, internet ne constitue pas une barrière supplémentaire pour ce qui est d’accéder aux informations ou services de santé. Les participant·e·s passent soit par des TIC traditionnelles telles que la télévision, y visionnant les émissions de santé, s’en remettent au jugement de leur médecin ou demandent à leurs proches d’effectuer des recherches pour eux·elles. Cette approche soulève cependant des questions par rapport à la possibilité de participation des seniors aux processus de décision relatifs à leur santé, surtout au vu de la surestimation des compétences des médecins28. En effet, le programme Vieillir2030 propose de nouveaux outils pour participer à ce processus de décision, tel que le développement de la plateforme Info Senior Vaud (ISV) sur internet et une application pour smartphone l’accompagnant20. Ces outils sont cependant exclusivement disponibles par le biais des TIC, risquant par la même occasion de creuser davantage les inégalités séparant les usager·ère·s et non-usager·ère·s d’internet.
Ainsi, la priorisation de la création de formations adaptées pour apprendre aux seniors à exploiter internet pourrait permettre une augmentation nette de la littératie en santé des non-usagers·ère·s et une réduction de cet écart. En effet, bien que le programme Vieillir2030 propose déjà la création d’un groupe de travail afin d’améliorer les dispositifs d’accompagnement à la transition numérique des seniors20, leur mise en place est établie comme une priorité secondaire. Or, l’inadéquation des formations est un des éléments principaux qui empêche les non-usager·ère·s de développer les compétences nécessaires à l’utilisation d’internet7,18. Plusieur·e·s participant·e·s s’y sont d’ailleurs heurté·e·s, comme Mathilda qui raconte comment, dans un de ses cours :
“ Le secrétaire […] m’a mis un ingénieur à côté de moi… On ne parlait pas le même langage. Moi, je lui posais des questions toutes simples, et il croyait que je me fichais de lui. »
Ainsi, cette mise au ban du développement de formations plus adaptées, couplée à une augmentation des ressources nécessitant des compétences d’usage des TIC telles que la plateforme ISV ou les nouveaux services en ligne, pourrait mener à un double désavantage pour les non-utilisateur·trice·s.
La démarche de recrutement effectuée pour les focus groups par le DSAS est, dans une certaine mesure, celle utilisée dans cette enquête. Or, les participant·e·s partagent en majorité une situation homogène, notamment la possession d’un réseau social fort et la résidence en milieu urbanisé. Cette combinaison d’éléments pourrait permettre aux participant·e·s d’échapper plus facilement aux processus de vulnérabilité. Il est possible que cette homogénéité soit due aux aléas d’un petit échantillonnage et au cadre limité de cette enquête. Cependant, l’éventualité que les seniors vulnérables aient renoncé à participer à cette étude est aussi à considérer. La réticence à la participation des populations invisibilisées, telles que les seniors précaires, est d’ailleurs un phénomène observé dans la littérature19. Ainsi, bien que cette hypothèse soit à confirmer de manière plus formelle, il est possible que le seul recrutement de membres d’associations ne soit pas suffisant pour représenter des parties vulnérables et invisibilisées de la population senior. Si tel est le cas, il serait nécessaire de mettre en place des moyens de garantir la représentativité de cette population dans les démarches participatives la concernant, tels que des critères d’échantillonnage.
Conclusion

« Nous avons établi la possibilité que le recrutement par le biais d’associations présente des limites potentielles pour les processus de gouvernance en santé, en invisibilisant une partie de la population des seniors. »
Dans le cadre de cette enquête, nous avons établi des pistes méritant une exploration plus approfondie. Tout d’abord, il semblerait que le réseau social puisse avoir un effet modérateur face aux potentielles conséquences négatives liées au non-usage d’internet. Nous avons établi la possibilité que le recrutement par le biais d’associations présente des limites potentielles pour les processus de gouvernance en santé, en invisibilisant une partie de la population des seniors. Cette enquête n’est pas sans limites et souligne la nécessité de garder une distance par rapport à ses résultats. En effet, une exploration plus poussée des problématiques soulevées, par exemple via la réalisation d’une enquête qualitative sur les réalités vécues par les seniors isolé·e·s au niveau romand, pourrait permettre la confirmation de ces dernières. De la même manière, l’étude à la fois du parcours de vieillissement des participant·e·s et des conséquences du non-usage d’internet représente un cadre de recherche très large. De ce fait, il est possible que la profondeur de la récolte de données en ait souffert en conséquence, et que certains thèmes et éléments pertinents y aient échappé. Malgré ses limites, cette enquête participe à fournir une meilleure compréhension du non-usage d’internet des seniors. Il serait pertinent de confirmer le bien-fondé du recours aux membres volontaires d’associations pour s’assurer du suivi du procédé permettant de donner la voix à tous·te·s les seniors, y compris ceux·celles la nécessitant le plus.
Cet article mobilise le cadre analytique de la gouvernance en tant qu’outil capable de mettre en lumière le rôle central que joue les Autorités cantonales en matière d’addiction pour la question de la coordination et de la coopération entre les différents piliers de la politique drogues. La gouvernance permet ainsi de comprendre de quelle manière les différents secteurs et territoires s’accordent pour produire une politique globale et nationale, dans des situations pourtant hétérogènes.10 (pp. 564-566)
an.d.a: des prénoms d’emprunt ont été attribués aux participant·e·s
Biographie
1Sansonnens, Jean. (2011). Une brève histoire de l’internet en Suisse. Revue Suisse d’Histoire, 61(3), 341-354. https://doi.org/10.5169/SEALS-170297
2Office fédéral de la statistique. (2024, 5 juin). Utilisation d’internet. https://www.bfs.admin.ch/asset/fr/31605926
3Brotcorne, Périne, Damhuis, Lotte, Laurent, Véronique, Valenduc, Gérard, & Vendramin, Patricia. (2010). Diversité et vulnérabilité dans les usages des TIC. Academia Press. netpublic-archive.societenumerique.gouv.fr
4Van Dijk, Jan A. G. M. (2006). Digital divide research, achievements and shortcomings. Poetics, 34(4-5), 221-235. https://doi.org/10.1016/j.poetic.2006.05.004
5Fassa, F. (2002). Société de l’information : Quel savoir pour quel avenir ? Revue européenne des sciences sociales / European Journal of Social Sciences, XL-123, 115-146. https://doi.org/10.4000/ress.620 researchgate.net
6Seifert, A., Ackermann, T., & Schelling, H.R. (2020). Digital senior 2020 — Utilisation des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) par les personnes de 65 ans et plus en Suisse (Rapport No. 3). Centre de gérontologie de l’Université de Zurich, mandaté par Pro Senectute Suisse.
7Van Deursen, A.J., & Helsper, Ellen J. (2015). A nuanced understanding of internet use and non-use among the elderly. European Journal of Communication, 30(2), 171-187. https://doi.org/10.1177/0267323115578059
8Office fédéral de la statistique. (2024, 19 novembre). Le numérique et le genre. https://www.bfs.admin.ch/bfs/fr/home/statistiques/culture-medias-societe-information-sport/societe-information.assetdetail.32289969.html
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11Spini, D., Hanappi, D., Bernardi, L., Oris, M., Bickel, J.F. (2013). Vulnerability across the life course : A theoretical framework and research directions (LIVES Working Paper No. 2013/27).
12Spini, D., Bernardi, L., & Oris, M. (2017). Toward a Life Course Framework for Studying Vulnerability. Research in Human Development, 14(1), 5-25. https://doi.org/10.1080/15427609.2016.1268892
13Cotten, S.R., Anderson, W.A., McCullough, B.M. (2013). Impact of internet Use on Loneliness and Contact with Others Among Older Adults : Cross-Sectional Analysis. Journal of Medical internet Research, 15(2), e2306. https://doi.org/10.2196/jmir.2306
14Rico-Uribe, L. A., Caballero, F. F., Olaya, B., Tobiasz-Adamczyk, B., Koskinen, S., Leonardi, M., … & Miret, M. (2016). Loneliness, social networks, and health: a cross-sectional study in three countries. PloS one, 11(1). https://doi.org/10.1371/journal.pone.0145264
15Steptoe, A., Shankar, A., Demakakos, P., Wardle, J.. (2013). Social isolation, loneliness, and all-cause mortality in older men and women. Proceedings of the National Academy of Sciences, 110(15), 5797-5801. https://doi.org/10.1073/pnas.1219686110
16Gibbard, E. A. (2013). An examination of the self-rated health of older adults to determine if the internet influences personal health (Doctoral dissertation, Capella University, Publication No. 3511207). ProQuest Dissertations & Theses Global.
17Roquet, A., Martinelli, P., Lampraki, C., Jopp, D. S. (2024). internet Use as a Moderator of the Relationship Between Personal Resources and Stress in Older Adults : Cross-Sectional Study. JMIR Aging, 7(1), e52555. https://doi.org/10.2196/52555
18Martinelli, P. (2024). internet et bien-être au troisième âge. OSF. https://doi.org/10.31234/osf.io/k42mr
19Repetti, M., & Fellay-Favre, E. (Éds.). (2024). Ageism and the digital divide in Switzerland during COVID-19 : Lessons for the post-pandemic world. Journal of Aging Studies, 69, 101227. https://doi.org/10.1016/j.jaging.2024.101227
20Département de la santé et de l’action sociale (DSAS). (2024). Vieillir 2030 — Plan de mesures. https://www.vd.ch/fileadmin/user_upload/themes/social/Vieillir2030/VIEILLIR_2030_MESURES_A4_18.01.2024_01.pdf
21Département de la Santé et de l’Action Sociale (DSAS). (2024). Réalisation de focus groups dans le cadre de la stratégie « Vieillir 2030 » (Rapport de synthèse, 26 p.). Canton de Vaud. https://www.vd.ch/population/seniors/politique-cantonale-de-la-vieillesse/vieillir-2030-table-ronde1Sansonnens, Jean. (2011). Une brève histoire de l’internet en Suisse. Revue Suisse d’Histoire, 61(3), 341-354. https://doi.org/10.5169/SEALS-170297
2Office fédéral de la statistique. (2024, 5 juin). Utilisation d’internet. https://www.bfs.admin.ch/asset/fr/31605926
3Brotcorne, Périne, Damhuis, Lotte, Laurent, Véronique, Valenduc, Gérard, & Vendramin, Patricia. (2010). Diversité et vulnérabilité dans les usages des TIC. Academia Press. netpublic-archive.societenumerique.gouv.fr
4Van Dijk, Jan A. G. M. (2006). Digital divide research, achievements and shortcomings. Poetics, 34(4-5), 221-235. https://doi.org/10.1016/j.poetic.2006.05.004
5Fassa, F. (2002). Société de l’information : Quel savoir pour quel avenir ? Revue européenne des sciences sociales / European Journal of Social Sciences, XL-123, 115-146. https://doi.org/10.4000/ress.620 researchgate.net
6Seifert, A., Ackermann, T., & Schelling, H.R. (2020). Digital senior 2020 — Utilisation des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) par les personnes de 65 ans et plus en Suisse (Rapport No. 3). Centre de gérontologie de l’Université de Zurich, mandaté par Pro Senectute Suisse.
7Van Deursen, A.J., & Helsper, Ellen J. (2015). A nuanced understanding of internet use and non-use among the elderly. European Journal of Communication, 30(2), 171-187. https://doi.org/10.1177/0267323115578059
8Office fédéral de la statistique. (2024, 19 novembre). Le numérique et le genre. https://www.bfs.admin.ch/bfs/fr/home/statistiques/culture-medias-societe-information-sport/societe-information.assetdetail.32289969.html
9Chen, W., & Wellman, B. (2008). Minding the Cyber-gap : The internet and Social Inequality. In The Blackwell Companion to Social Inequalities (pp. 522-539). John Wiley & Sons. DOI: 10.1002/9780470996973.ch23
10Spini, D., Bernardi, L., & Oris, M. (2020). Vulnérabilité. In Dictionnaire de politique sociale suisse (J.-M. Bonvin, V. Hugentobler, C. Knöpfel, P. Maeder & U. Tecklenburg, Éds.). https://digital.csic.es/bitstream/10261/354577/1/Vuln%C3%A9rabilit%C3%A9.pdf
11Spini, D., Hanappi, D., Bernardi, L., Oris, M., Bickel, J.F. (2013). Vulnerability across the life course : A theoretical framework and research directions (LIVES Working Paper No. 2013/27).
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