Le médecin Mathieu Saubade s’apprête à participer à deux études sur la pratique de l’immersion en eau froide. Rencontre avec un passionné qui rappelle que se baigner, cela s’apprend.
Huit à neuf degrés, c’est la température du Léman en décembre. Mais pas de quoi refroidir les ardeurs. Les adeptes de baignade en eau froide sont de plus en plus nombreux dans les lacs suisses.
Pourtant, une telle immersion n’est pas sans dangers. « Comme pour la reprise d’une activité physique, il est bon de consulter au préalable pour faire le point sur sa santé, sur le plan cardiaque, neurologique et respiratoire, résume Mathieu Saubade, médecin au Centre de médecine du sport au CHUV et au Département promotion de la santé et préventions à Unisanté. Il y a très peu de contre-indications absolues. Il faut surtout du bon sens, car le froid représente un risque pour certaines maladies mal stabilisées. »
Attention agression
L’organisme est poussé dans ses retranchements : tachycardie, augmentation du débit sanguin et de la tension artérielle, hyperventilation, libération d’adrénaline, de dopamine et de sérotonine. Selon le médecin, « même deux minutes suffisent pour ressentir un bien-être. Au-delà de dix minutes, le bénéfice ne semble pas plus grand, le risque oui. »
Et mieux vaut s’équiper : bonnet, gants, chaussons. « On perd jusqu’à 30 à 35% de chaleur corporelle en plus en immergeant sa tête, note Mathieu Saubade. Pour ma part, cet équipement a changé mon expérience. » Car ce médecin de l’équipe nationale de rugby se baigne régulièrement. « En sortant, on ressent de l’euphorie grâce aux endorphines », relève-t-il. Mais ce sentiment ne doit pas faire oublier de se rhabiller rapidement et d’attendre pour une douche chaude.
Hydrocution et pollution
Afin d’éviter un choc thermique, rien ne vaut la technique des petits pas. « Sous peine d’un possible malaise vagal et une potentielle noyade, précise le spécialiste. L’hypothermie survient souvent en dernier et dépend de la température de l’eau : plusieurs heures à 15 degrés, une demi-heure à 5 degrés. »
La pollution n’est pas non plus à négliger. « On déconseille de se baigner 48 heures après une forte pluie, car elle draine toutes les rivières dans le lac. Il ne faut pas non plus avaler l’eau en raison des germes, rappelle Mathieu Saubade. Et on sous-estime les chutes. Face à des rives gelées, une glissade est vite arrivée. Ces traumas sont plus fréquents qu’on ne le pense. »
Le bien-être avant tout
Pour autant, cette cryothérapie naturelle apporte son lot de bienfaits. « Les vaisseaux apprécient qu’on les stimule. Grâce à la vasoconstriction et la vasodilatation. Le rythme cardiaque au repos est amélioré, explique le médecin. Sur le plan mental, il y a une meilleure régulation de l’humeur et moins d’irritabilité, ainsi qu’un impact sur le développement de la graisse brune. Certains se sentent moins enrhumés, mais des études dans ce domaine montrent des résultats hétérogènes. Idem pour le sommeil et la récupération musculaire. »
L’immersion en eau froide est donc avant tout une question de bien-être. « Si on pratique cette activité pour sa santé, les effets sont très légers et individuels par rapport à une bonne alimentation, une activité physique et un sommeil réguliers. Mieux vaut construire un socle solide avant », estime Mathieu Saubade.
Sous la loupe
Une étude du Service de psychiatrie du CHUV, à laquelle collabore Mathieu Saubade, devrait commencer début 2026. L’idée est de comparer deux groupes de personnes atteintes de dépression, l’un se baignant en eau froide, l’autre se rendant au bord du lac sans s’immerger.
Avec une étudiante en médecine, Mathieu Saubade s’apprête en outre à évaluer cette pratique en Suisse. « Un questionnaire en ligne permettra de connaître la fréquence, la durée, la période de l’année, les motivations et les effets ressentis. Le but est aussi d’échanger avec leurs proches qui ne se baignent pas », développe le spécialiste. Les résultats sont attendus pour l’été 2027.