Coup de pouce pour éviter des fausses couches

S’appuyant sur un protocole utilisé lors des greffes, trois spécialistes du CHUV ont uni leurs compétences pour lutter contre certaines fausses couches.

S’appuyant sur un protocole utilisé lors des greffes, trois spécialistes du CHUV ont uni leurs compétences pour lutter contre certaines fausses couches. Résultat ? Deux femmes traitées, deux enfants à la clé.

Perdre un bébé durant la grossesse représente un moment très difficile pour les futurs parents. Et parfois une longue errance et une grande souffrance, quand le phénomène se répète. Si les origines des fausses couches sont diverses, certaines peuvent être traitées.

Une équipe pluridisciplinaire du CHUV et de la Faculté de biologie et de médecine de l’Université de Lausanne est ainsi parvenue à aider deux mamans touchées par une pathologie identifiée récemment, en s’appuyant sur un protocole thérapeutique utilisé pour la prévention du rejet de greffe en transplantation d’organes. Un résultat qualifié d’« encourageant » par David Baud, Mathilde Gavillet et Dela Golshayan, respectivement obstétricien, hématologue et néphrologue responsable du programme de greffes rénales au CHUV.

« L’intervillite histiocytaire chronique et ses mécanismes inflammatoires sous-jacents commencent à être reconnus », explique Dela Golshayan. Et Mathilde Gavillet d’ajouter : « Plutôt que de réinventer la roue pour cette pathologie, nous nous sommes appuyés sur des mécanismes et traitements très étudiés en médecine de la transplantation, pour avoir suffisamment de recul. Mais cela reste une première, au CHUV, que d’utiliser ce type de protocole pour traiter une complication de la grossesse. »

Enjeu de santé

Une femme sur quatre sera concernée par une fausse couche reconnue au cours de son existence. « C’est un chiffre considérable. Il y a peu de pathologies qui touchent un quart de la population féminine », constate David Baud, responsable de l’obstétrique au CHUV.

Environ 3% des femmes en connaîtront même plusieurs. Au-delà de trois, on parle de fausses couches à répétition, ce qui nécessite des investigations complémentaires. « Il faut alors réfléchir sur son désir d’enfant et sur certaines maladies sous-jacentes pouvant avoir des répercussions à long terme. L’une des causes possibles est notamment une anomalie de la coagulation du sang, qui peut avoir un impact sur une fausse couche et sur le risque de thrombose. Il y a un enjeu pour la grossesse et pour la santé de la patiente à long terme », note-t-il.

La cause d’une fausse couche n’est toutefois établie que dans la moitié des cas. « La plupart du temps, ce sont des problèmes chromosomiques liés au bébé. Dans la majorité de ces cas, la gestation va s’arrêter spontanément, relève l’obstétricien. Il peut également y avoir des causes locales comme des malformations utérines, des causes endocriniennes comme un diabète mal équilibré, un mauvais fonctionnement de la thyroïde ou des causes auto-immunes. » Et Mathilde Gavillet, hématologue au CHUV, de rappeler que « nous n’avons parfois pas d’explication, ce qui peut représenter une frustration pour la patiente et le praticien ».

Réaction inadéquate

Le placenta représente normalement une barrière protectrice entre le fœtus, considéré comme un « corps étranger », et le système immunitaire maternel. Il arrive pourtant que ce mécanisme s’enraye, avec passage de cellules fœtales dans le sang maternel, déclenchant une réponse inflammatoire. Comme dans l’intervillite.

Au fil des grossesses, cette réponse immunitaire inadaptée augmente, induisant une perte de fœtus de plus en plus précoce. Un véritable cercle vicieux. « Avec cette pathologie, il y a un rejet du placenta comme dans le cas d’un rejet de greffon », résume Dela Golshayan.

Lourdes prises en charge

La première patiente, âgée de 37 ans et ayant fait six fausses couches après un premier enfant, a été traitée trois mois avant de tomber enceinte et durant toute sa grossesse. David Baud souligne que « le traitement a même été intensifié vers la fin, en raison d’un ralentissement de croissance du fœtus et de signaux d’alerte du placenta ». La seconde patiente, âgée de 42 ans, a été suivie après deux fausses couches, à partir de la sixième semaine de grossesse. Les deux mamans ont accouché de nourrissons en bonne santé.

« Certes, cette stratégie thérapeutique n’aidera pas toutes les femmes touchées par des fausses couches, mais si de nouveaux cas d’intervillite se présentent, nous évoquerons cette option, précise David Baud. Il faut toutefois être conscient que le traitement est très lourd pour la maman, en termes de suivi, de nombre d’échographies, de perfusions, de médicaments, de prises de sang. » Mathilde Gavillet se souvient d’ailleurs qu’« une jeune femme a décliné la proposition il y a quelques mois, ne se voyant pas traverser tout ce processus ».

Effets secondaires

Dans le cadre du traitement de l’intervillite, une combinaison d’immunoglobulines et de médicaments antirejet, associée à un étroit suivi de la mère et de l’enfant, est proposée. La cortisone et le tacrolimus administrés favorisent cependant la prise de poids, le diabète gestationnel et une plus faible taille du bébé.

En raison des immunosuppresseurs, il y a en outre des risques plus élevés d’infections, nécessitant une vaccination contre la grippe et le Covid, par exemple. « Les médicaments utilisés traversent le placenta et le fœtus y est exposé, mais leur profil de sécurité est bien connu. Des femmes greffées, enceintes, prennent les mêmes traitements, et nous avons un long recul sur les issues de ces grossesses », explique Dela Golshayan, spécialiste de médecine de la transplantation au CHUV.