Née en 1926, la revue Études de lettres propose un numéro spécial anniversaire édité par Marc Escola, Constance Frei et Martine Hennard Dutheil de la Rochère. Une quarantaine de chercheurs et professeurs de toutes les sections de la Faculté des lettres de l’Unil se sont immergés dans les archives – entièrement numérisées depuis 2021 – pour un dialogue inspirant, riche et nourri.
Plus qu’à un simple hommage, c’est à un dialogue vivant et nourri avec sa mémoire qu’invite la revue Études de lettres pour marquer le centenaire de sa naissance. À l’appel du comité éditorial et scientifique de ce numéro spécial (soit Marc Escola, Constance Frei et Martine Hennard Dutheil de la Rochère, par ailleurs présidente du comité de rédaction depuis 2019), une quarantaine de membres de la communauté professorale et scientifique de la Faculté des lettres de l’Unil se sont plongés dans les archives de la revue pour se réapproprier, et commenter, la longue histoire des disciplines.
« Nous avons lancé notre appel il y a trois ans sans savoir quel accueil il recevrait. Nous sommes très heureux que toutes les sections aient répondu présent », se réjouit Martine Hennard Dutheil. Relativement brèves, les notices réunies dans ce 368e numéro de la revue, intitulé « Mémoire des savoirs. Cent ans d’Études de lettres (1926-2026) », sont ainsi corrélées à un article, à un sommaire ancien, voire à plusieurs numéros, en donnant à entendre deux voix et deux époques à la fois.
Entrée de la traduction littéraire
Sous une belle couverture figurant une pertinente Nature morte avec livres de Giovanni Giacometti, le lecteur découvre la grande histoire des disciplines et la petite histoire des personnalités qui les font vivre, et prend conscience de l’importance des échanges scientifiques, des réseaux, des amitiés et rencontres. Apparaissent ainsi au cours du temps et des pages la création d’une section d’histoire et esthétique du cinéma, l’entrée de la traduction littéraire à la faculté, de la littérature comparée, de la musicologie, les recherches autour des egodocuments, la lente mais certaine féminisation du corps professoral, son internationalisation, ou encore les sciences du langage et de l’information, via une minutieuse cartographie digitale des contenus de la revue à laquelle s’est livré Aris Xanthos.
De Paul Aebischer à Gilbert Guisan
Quelques figures de proue traversent les décennies, tels le médiéviste Paul Aebischer (1897-1977), Louis Junod (1906-1985), professeur d’histoire médiévale, de paléographie et de diplomatique qui mit au service de la revue sa rigueur d’archiviste, ou encore Gilbert Guisan, fondateur en 1965 du Centre de recherches sur les lettres romandes (CRLR), qui permit d’élever le patrimoine local au rang de discipline scientifique majeure.
Née en tant que Bulletin de la Société des études de lettres, fondée à Lausanne au lendemain de la Première Guerre mondiale à l’initiative de Georges Bonnard, la revue a été progressivement intégrée au sein de la Faculté des lettres de l’Université pour devenir en 1958 une revue académique à part entière. « Se plonger dans les archives de la revue, puis lire les articles passionnants rédigés par mes collègues, m’a permis de prendre réellement conscience du développement formidable de la Faculté des lettres notamment au cours des 50 dernières années : le nombre de disciplines, les effectifs, les objets d’études, les types d’approches », confie Martine Hennard Dutheil. « Ce numéro témoigne du fait que notre faculté n’a jamais cessé d’évoluer, de s’enrichir et de se diversifier. Les 38 contributions du volume révèlent l’âme de notre institution, passionnée et obstinée, attachée à son autonomie, arrimée à son esprit critique, attentive aux changements et aux besoins de la société », souligne Danielle van Mal-Maeder, doyenne de la faculté.
Un rôle fédérateur
Outre son rôle de chambre d’écho de la recherche menée à la Faculté des lettres, le revue joue par ailleurs un rôle fédérateur en son sein. « Dans la première moitié du XXe siècle, Études de lettres était un lieu phare de la sociabilité intellectuelle, rappelle Martine Hennard Dutheil. L’essor important de la faculté, la démultiplication des enseignements et des domaines de recherches, peuvent créer une forme d’atomisation des savoirs. La revue valorise, et suscite, les collaborations interdisciplinaires au sein de notre faculté. Précisément pour créer, ou recréer, une communauté intellectuelle, une dynamique de cohésion, que l’évolution du système universitaire peut faire perdre. »
Le centenaire d’Études de lettres rappelle l’importance de l’existence et de la circulation d’une telle revue, que ce soit en version papier (disponible sur abonnement et dans nombre de bibliothèques publiques) ou en format électronique, puisque tous les numéros sont disponibles sur OpenEdition Journals, ou en libre accès sur e-periodica pour les numéros de la revue antérieurs à 2007.
Un numéro alléchant
« La revue constitue l’une des vitrines de la recherche vivante en lettres et sciences humaines à l’Unil, souligne Marc Escola. Les sommaires retenus par le comité de rédaction parmi les propositions formulées par les enseignants et chercheurs de la Faculté des lettres font la part belle à l’interdisciplinarité ou aux collaborations spontanées entre chercheurs et entre les différentes sections. Chaque sommaire, rendu universellement accessible par sa diffusion numérique, vaut aux travaux des chercheurs lausannois d’être cités par leurs homologues de Berkeley, de Berlin ou de Bamako. » L’audience de la revue est ainsi tout à la fois de proximité, au sein de la communauté universitaire lausannoise et de la scène intellectuelle suisse, et internationale. « Chaque thématique abordée parle à un réseau de chercheurs spécifique dans le monde entier », précise Martine Hennard Dutheil. C’est pourquoi la publication, tout en tenant à publier pour moitié des articles en langue française, accueille des articles en allemand, italien et anglais. Loin de se reposer sur ses lauriers, l’alerte centenaire annonce d’ores et déjà pour décembre un alléchant numéro double, édité par Daniele Carluccio et Dominique Kunst Westerhoff, dédié aux « livres cultes ».
« Mémoire des savoirs. Cent ans d’Études de lettres (1926-2026) ». Volume édité par Marc Escola, Constance Frei et Martine Hennard Dutheil de la Rochère. Coordination et édition : Catherine Chène. Université de Lausanne, 390 p.
Disponible à la librairie Basta Dorigny à Lausanne, ainsi que sur commande à l’adresse de la revue.
Présentation lors de la manifestation Lire à Lausanne (16-26 septembre).