Découvrez les témoignages de Lausannois·es qui cultivent leur plantage urbain ! Des étudiant·e·s de Master ont réalisé ces entretiens dans le cadre du séminaire d’agriculture urbaine en 2021. Toutes les vidéos sont disponibles en pied de cet article.
Comment ceux qui pratiquent le jardinage urbain perçoivent la biodiversité ? Cette question est à la base de ce projet de semestre qui aborde les types de natures associés à la biodiversité – faune et flore, fruits, légumes et fleurs, mais aussi oiseaux, insectes des jardins – les pratiques pour la favoriser et, plus généralement, la définition même de la biodiversité.
Ces portraits vidéos ont finalement permis d’obtenir une perspective expérimentale, sensible et intime sur la biodiversité dans le jardinage. D’un portrait à l’autre, les jardiniers y dévoilent l’influence de leurs origines, de leur formation et de leurs valeurs sur leurs pratiques jardinières, à commencer par le choix des légumes : chou kale pour Jennifer, fèves pour Martine, tomates pour Vicenzo. Chacun apprécie le jardin comme lieu d’apprentissage et d’échange de savoir-faire plus encore que de graines.
Toutes et tous associent le jardin et le jardinage au bien-être et à la qualité de vie en ville. Être dehors, mettre les mains dans la terre, voir et discuter avec son voisin, autant d’opportunités qui sont apparues précieuses durant le confinement.
Ressource rare et précieuse en ville, le sol y est par toutes et tous bichonné et soigné. Il est aéré, amendé et protégé au moyen de divers couverts végétaux, mais ne doit surtout pas être retourné. La grelinette est l’outil qui lui est dédié. Le champignon et le ver de terre sont les organismes-travailleurs à préserver.
Le vivant que l’on trouve dans les parcelles peut être cultivé ou spontané et les associations entre espèces plus ou moins planifiées. Mais, si la biodiversité est à l’évidence considérée comme bénéfique, toute intrusion et toute espèce n’est pas forcément bienvenue ! Les limaces apparaissent souvent en tête des indésirables avec les pucerons et les fourmis. Pour les « mauvaises herbes », que l’on rechigne d’ailleurs souvent à qualifier comme telles, la tolérance des jardiniers sera plus ou moins partagée. Le territoire de l’envahissante est contrôlé par l’arrachage manuel, au cas par cas.
Le jardin apparait finalement comme espace partagé entre humains et non-humains.
La vidéo : un défi méthodologique
L’usage de la vidéo est à la fois outil de collecte de données, matériau à analyser et mode de représentation des discours et pratiques. Loin d’être un médium neutre, la vidéo constitue, au dire des étudiant·e·s, un défi méthodologique. Pour Floriane, les portraits vidéos permettent de montrer de manière simple les significations qu’un concept multidimensionnel comme la biodiversité représente pour les jardinier·ère·s rencontré·e·s. C’est un support qui permet le partage et l’échange. Mais le travail de sélection, de découpage et de montage du matériau est aussi un véritable casse-tête. Lors de la phase de terrain, la vidéo implique de composer avec les contraintes narratives d’un scénario, l’appropriation du matériel de tournage et l’imprévisibilité d’un entretien et d’un environnement extérieur. Selon les dires de Thomas, observer le jardin pour en réaliser différents plans est une façon privilégiée d’ouvrir son attention et de percevoir concrètement la biodiversité qui fait l’objet de leur entretien. Pour nombres d’étudiant·es la réalisation de ces vidéos a permis de belles rencontres.
La vidéo sélectionne ce que l’on donne à voir et à entendre, mais aussi les personnes que l’on rencontre. La première année, à travers ces vidéos, les étudiant·e·s sont parti·e·s à la rencontre d’une grande majorité de femmes et de professions intellectuelles, plus encline à se prêter à l’exercice du témoignage filmé. En 2021, les étudiant.es ont utilisées d’autres manières d’entrer sur le terrain – le bouche à oreille, la rencontre spontanée dans les jardins – qui ont permis de diversifier les témoignages sur la biodiversité dans les plantages.
L’année prochaine, ces expériences vidéo et jardinières se renouvelleront : « jardins et militantismes urbains » sera le nouveau thème proposé aux étudiant·e·s.
Vidéos des Masters 2021
la biodiversité vue par 4 jardiniers et une jardinière…
Entretien avec Branco Mauro au plantage de Cour
Entretien avec Christophe Pesce au plantage de la Bourdonnette
Entretien avec Navaranjithan Navaratnam au plantage de Boissonnet
Entretien avec Vincenzo au plantage de Florency
Entretien avec Rosa da Silva au plantage de Victor Ruffy
Séminaire de Master
Depuis 2020, des étudiant·es de Master interviewent des agriculteur·rices et de jardinier·ères sur leurs rapports à la nature, dans le cadre d’un séminaire en agriculture urbaine.
Le projet continue : retrouvez les entretiens de toutes les sessions, ainsi que les réflexions surgissant autour de ces belles rencontres entre humains et non-humains.
Nadav Peleg, Institut des dynamiques de la surface terrestre
Comment le changement climatique affecte-t-il l’hydrologie ? Et comment pouvons-nous mieux nous préparer aux défis futurs des risques hydrologiques ? Le désir de trouver des réponses à ces questions brûlantes motive les recherches de Nadav Peleg, récemment nommé professeur FNS Eccelenza à la FGSE.
Le professeur Peleg est hydrométéorologue de formation. Jusqu’à présent, ses recherches ont porté sur l’analyse des interactions entre le climat et les systèmes hydrologiques et sur l’exploration des impacts du changement climatique. Par exemple, ses collègues et lui ont récemment étudié comment le changement climatique influe sur la localisation, l’intensité et la fréquence des précipitations extrêmes et des inondations (Peleg et col. 2020).
Quelle est votre question de recherche principale pour les prochaines années à la FGSE ?
Nadav Peleg: Ces dernières années ont vu une augmentation de l’urbanisation, et nous nous attendons à ce que la majorité de la population mondiale vive dans les villes d’ici la fin du siècle. En devenant plus grandes et plus denses, les villes vont aussi devenir plus chaudes et plus sèches. En conséquence, les précipitations extrêmes vont s’intensifier, entraînant une augmentation de la fréquence des inondations urbaines.
Je voudrais étudier comment les villes modifient les précipitations extrêmes, ainsi que les raisons physiques de ces modifications. Nous comptons utiliser ces connaissances pour étudier différents scénarios de croissance urbaine et de changement climatique. Nous ajusterons les changements attendus dans les inondations à la forme des villes.
Pourquoi cette question est-elle importante pour vous ?
NP : Je pense que nous pouvons mieux nous préparer à faire face aux inondations urbaines si nous posons cette question. Pour réduire les dommages causés par les futures inondations urbaines, nous devrions commencer à concevoir des systèmes de drainage et prendre d’autres mesures d’atténuation dès aujourd’hui. Ce projet nous rapprochera de cet objectif.
Pourquoi avez-vous choisi la FGSE pour votre projet Eccellenza ?
NP : La FGSE m’a attiré parce que je prévoyais de nombreuses collaborations internes dans les trois instituts. Notamment sur des sujets liés au changement climatique et aux extrêmes climatiques, à la modélisation des systèmes naturels et à la recherche urbaine. Je pense que ce projet s’intégrera donc bien dans les recherches en cours de la faculté.
Vous avez mis en place un réseau international : comment allez-vous travailler ensemble ?
NP : Plusieurs villes seront impliquées dans ce projet, comme Milan, Pékin et Sydney. Nous aurons des collaborateurs dans chaque ville qui nous aideront à collecter les données, à travailler sur le terrain et à mettre en place les modèles hydro-climatiques. Le travail avec nos collaborateurs nous oblige à voyager un peu dans les différentes villes, ce qui est un défi avec les restrictions actuelles de certains pays sur les voyages, mais reste gérable.
Eric Verrecchia, Institut des dynamiques de la surface terrestre (IDYST)
Si vous désirez apprendre à connaître la nature la plus intime des sols, découvrez le nouvel Atlas de micromorphologie du sol qui vient de paraître.
Cet ouvrage de référence a été publié en Open access par le professeur Eric Verrecchia (Institut des dynamiques de la surface terrestre) et son collègue Luca Trombino (Université de Milan).
Eric Verrecchia, à la rentrée vous publiez avec votre collègue le Prof. Luca Trombino de l’Université de Milan, un atlas visuel pour micromorphologues chez Springer-Nature. De quoi s’agit-il ?
Le Visual Atlas for Soil Micromorphologists repose sur le principe des atlas de sciences naturelles, que ce soit en pétrologie, en histologie, botanique, etc. Dans celui-ci, il s’agit de présenter des concepts, des objets et des caractéristiques que l’on observe communément dans les sols à l’échelle microscopique. Un tel ouvrage n’existait pas encore, et il nous a semblé opportun d’écrire cet atlas car nous avions remarqué lors de nos cours de micromorphologie des sols que cela manquait à l’évidence à nos étudiants. Il s’agit donc d’un ouvrage d’aide à l’apprentissage mais aussi de référence rapide si une question spécifique émerge au sujet d’un trait particulier.
Vous avez fait le choix de l’Open Access. C’est assez rare pour ce genre d’ouvrage, surtout chez Springer. Pourquoi ?
Nous avons réalisé ce travail au cours de nos activités de recherche, c’est-à-dire que nous percevions, durant ce temps-là, un salaire en tant que professeurs. Ne pas recevoir de droits nous semblait donc légitime puisque nous sommes déjà rémunérés pour faire ce genre de travail pour la collectivité. Toutefois, il fallait payer l’éditeur pour que l’ouvrage soit disponible gratuitement au format numérique. Et là, nous avons été intégralement soutenus par le FNS que nous remercions très vivement – j’ai d’ailleurs demandé à l’éditeur de faire figurer le logo du FNS en quatrième de couverture pour que cela se sache. Lors de nos très nombreuses séances de travail, les Relations Internationales de l’UNIL, la FGSE, ainsi que la Fondation Herbette ont veillé à ce que les conditions de réalisation soient les plus optimales possibles. Bref, nous avons été très largement aidés. Enfin, nous avons aussi pensé aux nombreux étudiants internationaux, et en particulier dans les pays en développement, qui pourront ainsi avoir accès gratuitement à un ouvrage de base pour la description des sols à l’échelle microscopique.
Soutien financier du FNS pour la Gold Road
Le FNS finance la publication de livres scientifiques accessibles directement, gratuitement et sans restriction sous forme numérique (« gold road »).
Les monographies et les ouvrages collectifs soumis à un comité de lecture sont ainsi financés, qu’ils résultent ou non d’un projet soutenu par le FNS. Le FNS rembourse les prestations éditoriales pour le contrôle qualité, la production et la diffusion de livres sous la forme de Book Processing Charge (BPC).
Les chercheurs peuvent publier un livre imprimé en parallèle à la version numérique en OA. Le site web sur le libre accès fournit des informations détaillées sur l’offre de financement du FNS et sur l’OA en général.
En fait oui, la micromorphologie constitue l’une des étapes essentielles d’investigation si l’on veut comprendre la dynamique des sols, ces interfaces fragiles et ô combien fondamentales puisqu’elles nous nourrissent, assainissent nos eaux et contribuent à la machinerie climatique, entre autres. Comprendre cette évolution complexe des sols passe nécessairement par l’observation de leurs constituants et de leurs interrelations. Et cette discipline récente, née dans les années 1930, n’a cessé d’évoluer et de se perfectionner depuis. Nous consacrons d’ailleurs une petite partie à ce qu’elle pourrait être dans le futur. Enfin, c’est une discipline indispensable pour déchiffrer les transformations intimes de nos paysages : prélever un échantillon sur le terrain et passer directement à des analyses de laboratoire compliquées conduit trop souvent à des interprétations fonctionnelles biaisées. Aborder la complexité nécessite des approches multiscalaires, c’est-à-dire à des échelles différentes, qui chacune apporte son lot d’informations complémentaires.
Haut gauche : dépôt d’argile dans un sol brun (Italie). Haut droite : cristaux de vivianite dans un sol perturbé par l’espèce humaine (Italie). Bas gauche : granule de calcite de vers de terre dans un sol calcaire (Suisse). Bas droite : cellules végétales calcifiées dans un sol brun sur loess (Chine).
Le besoin est donc réel. Il semblerait d’ailleurs que ce soit d’ores et déjà un succès…
Oui, nous avons été très surpris. Après deux jours il y avait 30’000 téléchargements et au quatrième jour plus de 45’000. Notre éditeur a aussi été très agréablement surpris, car aujourd’hui nous en sommes à plus de 150’000 téléchargements. Il y avait donc un manque criant dans ce domaine.
Revenons au contenu. Cet atlas s’adresse-t-il à tout le monde ?
Il s’agit tout de même d’un ouvrage technique. La micromorphologie permet d’observer les sols à des échelles allant du centimètre à plusieurs dizaines de millième de millimètre. Elle fait donc appel à des notions éclairées de minéralogie et de science du sol si l’on veut identifier des objets et des processus, et émettre des hypothèses sur la dynamique du sol observé. Néanmoins, il est clair qu’au sein même de la FGSE, cet Atlas pourra servir de base illustrative aux cours de pédologie de ma collègue la Dre Stéphanie Grand, tout comme aux travaux de bachelor sur les sols et à certains géologues s’intéressant aux paléosols ; mais le public sans aucun doute le plus intéressé sera celui des masterant-es en Biogéosciences où cette discipline est enseignée et pratiquée lors de la réalisation des mémoires. J’aimerais aussi souligner que certaines images sont tellement belles et surprenantes que je suis sûr que l’Atlas pourrait aussi inspirer des artistes ou de simples personnes curieuses de ce qui est sous leurs pieds lors de leurs promenades dans la nature !
Merci Prof. Verrecchia et souhaitons longue vie et de multiples rééditions à ce superbe atlas.
Merci à vous.
Résumé de l’éditeur
This open access atlas is an up-to-date visual resource on the features and structures observed in soil thin sections, i.e. soil micromorphology. The book addresses the growing interest in soil micromorphology in the fieldsof soil science, earth science, archaeology and forensic science, and serves as a reference tool for researchers and students for fast learning and intuitive feature and structure recognition. The book is divided into six parts and contains hundreds of images and photomicrographs. Part one is devoted to the way to sample properly soils, the method of preparation of thin sections, the main tool of soil micromorphology (the microscope), and the approach of soil micromorphology as a scientific method. Part two focuses on the organisation of soil fragments and presents the concept of fabric. Part three addresses the basic components, e.g. rocks, minerals, organic compounds and anthropogenic features. Part four lists all the various types of pedogenic features observed in a soil, i.e. the imprint of pedogenesis. Part five gives interpretations of features associated with the main processes at work in soils and paleosols. Part six presents a view of what the future of soil micromorphology could be. Finally, the last part consists of the index and annexes, including the list of mineral formulas. This atlas will be of interest to researchers, academics, and students, who will find it a convenient tool for the self-teaching of soil micromorphology by using comparative photographs.
Jorge Spangenberg, Institut des dynamiques de la surface terrestre
Certaines limaces de mer sont capables de voler des cellules spécialisées encore actives, les chloroplastes, dans leur source de nourriture telle que les algues pour effectuer leur photosynthèse.
Le phénomène, connu, s’appelle la kleptoplastie. Il permet en l’occurrence aux petits mollusques sacoglosses Elysia timida (Elysies timides) couramment appelées limaces de mer, de booster leur reproduction grâce à l’énergie lumineuse via la photosynthèse.
La démonstration expérimentale de ce phénomène, menée et aboutie de plusieurs instituts de recherches européens dont Aveiro, Grenoble, Concarneau, Nantes, Copenhague, et Lausanne (UNIL et EPFL), vient d’être mise en évidence par la revue Nature. L’étude vient aussi confirmer la pertinence biologique de l’association symbiotique remarquable entre un métazoaire (animal) et ce chloroplaste séquestré aux algues.
Le chloroplaste ainsi volé est lentement digéré par la limace sans être altéré, ce qui permet à cette dernière de maintenir à court terme une condition physique optimale. Jusqu’à aujourd’hui, ce processus unique de subtilisation de chloroplastes était largement reconnu chez les organismes marins eucaryotes unicellulaires tels que les foraminifères, les dinoflagellés et les ciliés, mais moins bien compris chez les limaces de mer. Un groupe de recherche de l’université d’Aveiro au Portugal, dirigé par Sónia Cruz, avait toutefois démontré que ce vol de chloroplastes pouvait avoir des répercussions sur le système reproductif des limaces de mer de type Elysia viridis.
Ces derniers résultats prometteurs ont ainsi déclenché une étude plus approfondie par des chercheuses et chercheurs de plusieurs universités, dont l’UNIL et l’EPFL. L’étude a démontré que l’espèce Elysia timida – une limace de mer hermaphrodite – possédant donc des organes mâles et femelles – produit plus d’œufs en présence de lumière que dans l’obscurité. Le phénomène étudié est donc une réponse à cette réalité. C’est grâce au marquage isotopique en carbone 13 et azote 15 (13C-bicarbonate, 15N-ammonium) qu’il a été possible de prouver le bon fonctionnement de l’appareil photosynthétique dérobé dans les algues. En effet, l’imagerie des éléments chimiques et isotopiques à très haute résolution (NanoSIMS) effectuée par le Prof. Anders Meibom et ses collaborateurs, dont le Dr Stéphane Escrig dans le Laboratoire de géochimie biologique de l’EPFL, a montré que seules les molécules des individus incubés à la lumière étaient marquées de manière forte et homogène au 13C et 15N. C’est précisément dans le tube digestif contenant les chloroplastes que ce marquage isotopique est initialement le plus intense, suivi par une rapide translocation et accumulation des produits dérivés de la photosynthèse vers les organes reproducteurs qui, eux ne contiennent pas de chloroplastes.
L’apport décisif du Dr Jorge Spangenberg de l’Institut des dynamiques de la surface terrestre (IDYST) de l’Université de Lausanne par ses analyses isotopiques des composés (CSIA) sur les différents tissus et œufs pondus par les limaces de mer, a permis de suivre l’incorporation du carbone 13 au niveau moléculaire. En effet, les chloroplastes ingérés par les limaces de mer produisent des molécules qu’elles utilisent ensuite pour la fabrication des acides gras polyinsaturés favorisant leur reproduction.
Cette étude menée en collaboration entre différents instituts de recherche européens apporte les premières preuves expérimentales solides du rôle de la photosynthèse dans les capacités de reproduction des limaces de mer porteuse de chloroplastes volés. Cette découverte a fait l’objet d’une publication dans The Royal Society Proceedings B (Cartaxana, P. et al.Proc. R. Soc. B.) et mise en évidence dans la revue Nature.
Thèse soutenue par Simon Lissa, le 20 octobre 2021, Institut des sciences de la Terre (ISTE)
La présence de fractures dans la croûte terrestre peut réduire la rigidité des roches et augmenter leur perméabilité hydraulique. Ces caractéristiques jouent un rôle important dans plusieurs activités souterraines. Par exemple, la rigidité de la roche est importante pour les constructions d’ingénierie telles que les barrages, les tunnels et les bâtiments. Etant donné que les fractures constituent un chemin préférentiel pour l’écoulement du fluide, leur présence est indésirable dans les roches destinées à sceller les réservoirs de séquestration géologique du CO2. D’autre part, elles sont souvent induites artificiellement dans les roches pour l’extraction d’hydrocarbures non conventionnels ou la production d’énergie géothermique.
Pour ces raisons, leur identification et leur caractérisation au moyen de techniques géophysiques non invasives sont d’un grand intérêt. En raison de la sensibilité des ondes sismiques à la présence de fractures dans les roches, les méthodes sismiques sont potentiellement capables de fournir des informations sur celles-ci. En particulier, si les ondes sismiques qui se propagent dans des roches poreuses saturées et fracturées ont des longueurs d’onde supérieures à la taille des fractures, l’amplitude et la vitesse des ondes peuvent être affectées par la diffusion de la pression du fluide.
Ce processus se produit parce que les fractures sont plus compressibles que la roche encastrée et, par conséquent, la déformation causée par une onde sismique augmente la pression du fluide dans les fractures plus que dans le roche poreuse hôte. Ensuite, les gradients de pression de fluide induits par les ondes entre la fracture et le roche poreuse hôte sont équilibrés par la diffusion de la pression de fluide qui dissipe l’énergie sismique en chaleur en raison de la friction dans le fluide.
Ce processus peut également se produire entre des fractures hydrauliquement connectées ayant des orientations différentes et qui sont donc comprimées différemment par l’onde. Le même phénomène se produit à l’échelle micro (ou à l’échelle des pores) entre les micro-fractures et est connu sous le nom de squirt flow. Les effets de ce processus multi-échelle sur la réponse sismique ont été étudiés au moyen de méthodes analytiques, numériques et expérimentales en considérant, en général, des formes géométriques simples pour modéliser les fractures. Les résultats suggèrent le potentiel élevé des méthodes sismiques pour fournir des informations sur les propriétés hydromécaniques des roches fracturées.
Cependant, les fractures sont des éléments complexes présentant des parois rugueuses et courbes avec des zones de contact. La motivation principale de cette thèse est d’analyser les effets que des géométries réalistes de fractures ont sur la réponse sismique. En particulier, nous étudions l’atténuation sismique et la dispersion des vitesses dues à la diffusion de la pression du fluide à deux échelles. A l’échelle micro, nous explorons l’impact d’une micro-fracture interconnectée avec des parois rugueuses sur la réponse sismique due au squirt flow. Dans ce sens, nous montrons que l’ouverture minimale des micro-fractures joue un rôle prédominant dans la fréquence sismique correspondant à l’atténuation maximale.
Afin d’envisager des modèles numériques entièrement basés sur la véritable géométrie des micro-fractures, nous développons un flux de travail numérique de physique des roches appliqué à un marbre de Carrare traité thermiquement qui présente une atténuation significative des ondes P et S due au squirt flow entre les micro-fractures interconnectées. à l’échelle méso, nous analysons les effets de la densité et de la distribution des zones de contact sur la réponse sismique due à la diffusion de la pression du fluide entre les fractures et le roche poreuse hôte.
En utilisant ces résultats, nous validons la représentation des fractures ayant des parois rugueuses et des zones de contact au moyen de couches planes simples poroélastiques pour rendre compte de la réponse sismique anisotrope du modèle pour tous les modes d’onde. Cependant, la présence d’une légère courbure du plan de fracture déclenche une dissipation d’énergie supplémentaire dans le roche poreuse hôte et à l’intérieur de la fracture qui est contrôlée par la perméabilité de la fracture.
Thèse soutenue par Lucas Haldimann le 22 octobre 2021, Institut de géographie et durabilité (IGD)
La mobilité temporaire regroupe des séjours éducationnels, professionnels ou culturels, réalisés dans un pays différent ou dans une autre région linguistique, sans un objectif purement touristique. Ce type de mobilité revêt une signification particulière pour les jeunes et est vu par certaines populations comme un rite de transition à l’âge adulte. Toutefois, la diversité des séjours rend l’obtention de données fiables difficile et l’analyse de ce phénomène se concentre souvent sur des populations spécifiques. La thèse comble cette lacune en analysant les expériences et les intentions de (non-)mobilité temporaire à travers une large enquête sur des jeunes hommes suisses de 18 à 20 ans ainsi qu’un échantillon complémentaire de plus de 2000 jeunes femmes suisses.
La mobilité temporaire est un phénomène sélectif. Les jeunes provenant d’un milieu favorisé ont une plus grande probabilité de devenir mobile. Mais la situation familiale et l’éducation du jeune ont aussi une influence sur la probabilité de devenir mobile. L’analyse démontre aussi l’accumulation d’un capital de mobilité à travers le parcours de vie, formé au cours des diverses expériences de mobilités (déménagements, vacances, etc.) et facilitant de futurs séjours. Les femmes sont plus souvent mobiles que les hommes. Ces derniers partent plus souvent pour des raisons d’employabilité, et tendent à limiter les efforts pour partir en séjour. Les femmes valorisent plus souvent l’expérience en elle-même et mettent davantage en avant des motivations hédonistes, ainsi que l’envie d’acquérir de l’indépendance.
Les motivations à partir en séjour relèvent de trois types et dépendent du parcours de vie ainsi que du capital de mobilité accumulé. L’analyse met en évidence trois groupes de jeunes : les Curieuxpossèdent un fort capital de mobilité et partent plus souvent pour des raisons hédonistes (découvrir une culture, faire de nouvelles rencontres, etc.) ; les Professionnelscherchent à accumuler du capital de mobilité et répondent à des critères utilitaires (employabilité, connaissances linguistiques) ; enfin, les Pragmatiquespossèdent moins de capital de mobilité et profitent de temps à disposition dans une période de transition pour partir dans une logique opportuniste.
Quatre groupes de jeunes non mobiles sont identifiés en fonction de leurs freins à la mobilité. Les jeunes du groupe des contraints font face à de nombreuses difficultés liées à leur classe sociale. Le deuxième groupe représente les jeunes en difficulté financière, qui sont fortement intéressés par la mobilité temporaire, mais font face à un manque de ressources financières. Le troisième groupe des ancrés privilégie son ancrage local et ses liens sociaux alors que le quatrième groupe, nommé les non-mobiles satisfaits, choisit la non-mobilité et ne possède pas de contraintes particulières.
Thèse soutenue par Florian Eggli, le 21 octobre 2021, Institut de géographie et durabilité (IGD)
Depuis plus de deux cents ans, Lucerne est un lieu touristique très prisé. Au fil du temps, l’industrie du tourisme a non seulement façonné l’aspect physique du paysage urbain, mais aussi son image et son identité. Alors qu’au début du tourisme, dans les années 1840, la ville attirait principalement des visiteurs d’Europe, en particulier des premières régions industrialisées du nord, comme le Royaume-Uni, le tourisme s’est développé de manière plus internationale après les deux guerres mondiales. À partir du milieu du XIXe siècle, ce sont de plus en plus des visiteurs des États-Unis qui se rendent à Lucerne.
Cette situation a de nouveau sensiblement changé au tournant du millénaire, lorsque de nouveaux marchés touristiques émergents ont été activement recherchés. Cela a conduit à un éventail de visiteurs de plus en plus diversifié, provenant principalement de pays asiatiques en plein essor, et surtout de Chine. Cette évolution des segments de visiteurs s’est accompagnée d’une croissance constante du nombre de visiteurs, ce qui a suscité un débat sur le type de tourisme souhaité par Lucerne, sur le nombre de visiteurs suffisant et sur les axes de développement de l’industrie touristique. Avec l’expression « surtourisme », une controverse globale, vive et engagée sur la manière de gérer le tourisme de manière adéquate a dominé le discours public ces dernières années.
Dans ce débat sur le tourisme, le conflit se concentre principalement sur les touristes en groupe voyageant dans des autocars de tourisme selon un itinéraire dense à travers l’Europe. En raison de leur emploi du temps serré, ils ne visitent le plus souvent Lucerne que pour une courte durée, lors d’une simple escale. Le débat sur le tourisme à Lucerne présente plusieurs caractéristiques, que la thèse de doctorat proposée veut dépasser :
Premièrement, le débat actuel oppose souvent à tort les hôtes aux invités. Il s’agit d’une simplification excessive qui ne reflète pas suffisamment la réalité, car les personnes présentes sur le terrain n’entrent pas forcément dans l’un ou l’autre de ces catégories. Il convient en effet de considérer les navetteurs, les étudiants internationaux, la main-d’œuvre mondiale, les nouveaux arrivants et les résidents à temps partiel, les excursionnistes d’un jour ou encore les visiteurs d’une nuit. En élargissant le champ, il devient clair que les lignes de conflit ne sont pas seulement entre deux pôles, mais plutôt entrelacées dans toute la société.
Deuxièmement, le débat actuel se concentre à tort sur le nombre d’hôtes. C’est souvent trompeur, car il n’y a pas de seuil ou de limite supérieure qui définisse la capacité d’accueil d’une ville. C’est plutôt la manière dont les différents acteurs habitent le lieu par leurs pratiques qui conduit à des conflits ou à des rencontres fructueuses. La thèse identifie des pratiques banales et quotidiennes, des pratiques extraordinaires, des pratiques de création de valeur économique, des pratiques de réflexion critique et des pratiques de protestation et de résistance.
Troisièmement, la thèse soutient que Lucerne n’est pas une destination unique avec une seule vision du tourisme. Au contraire, Lucerne possède une multitude de lieux qui sont tous co-construits et produits par ses habitants. Ces lieux sont tous liés les uns aux autres et constituent mutuellement le tissu diversifié de la ville.
La thèse de doctorat s’appuie donc fortement sur le nouveau paradigme des mobilités (Sheller et Urry 2006), qui propose que les lieux touristiques soient coproduits et activement façonnés par différents acteurs et mobilités. Suite à cette conceptualisation théorique, il convient d’en tirer les conséquences pour l’approche méthodique. Les situations de tourisme urbain ne peuvent pas être observées de manière satisfaisante dans des laboratoires fermés, mais seulement dans un espace de vie vivant, ouvert et dynamique comme l’est une ville.
Cette recherche opte donc pour des méthodes de recherche mobiles (Büscher et al. 2009 ; Fincham et al. 2010 ; Urry 2007) qui succèdent aux informations et aux informateurs en mouvement. Une approche de théorie ancrée a fait ressortir les idées et les résultats de 38 entretiens à pied (avec plus de 80 partenaires d’entretien) et d’une observation participante extensive. Les résultats empiriques se déploient sous la forme d’une ethnographie urbaine qui met en lumière le fait de « vivre avec le tourisme » à Lucerne en trouvant de nouvelles raisons pour les conflits liés au tourisme et de nouvelles perspectives sur les développements potentiels futurs.
Références
Büscher, Monika; Urry, John (2009): Mobile Methods and the Empirical. In: European Journal of Social Theory 12 (1), pp. 99–116.
Fincham, Benjamin; Murray, Lesley; McGuinness, Mark; Sheller, Mimi (Eds.) (2010): Mobile methodologies. ebrary, Inc. New York: Palgrave Macmillan.
Sheller, Mimi; Urry, John (2006): The New Mobilities Paradigm. In: Environ Plan A 38 (2), pp. 207–226.
Urry, John (2007): Mobilities. Cambridge, Malden, Mass.: Polity Press.
Thèse soutenue par Raphaël Ceré, le 15 octobre 2021, Institut de géographie et durabilité (IGD)
De nombreuses stratégies permettent de simplifier l’information numérique dont le volume ne cesse de croitre. En analyse de données, de nombreuses stratégies de simplification par l’exécution totale ou partielle d’opérations par des machines, dites automatiques, sont utilisées. Dans ce domaine, la vision par ordinateur aborde ce problème par la segmentation d’image par exemple. Plus précisément, il s’agit de méthodes qui visent à regrouper automatiquement les plus petites unités (pixels) d’une image en de plus grands ensembles. Ici, en analyse spatiale, il s’agit de regrouper automatiquement des petits éléments géographiques en de plus grands ensembles. En fait, l’automatisation de ce processus à travers les mathématiques, les statistiques et l’informatique s’inspire à bien des égards du processus de regroupement automatique humain : la capacité cognitive à percevoir les formes. Cet entrelacement humain-machine nous permet actuellement d’aller au-delà de nos capacités humaines, celles du géographe par la même occasion, dans la détection de régularités ; un enjeu majeur pour une société de l’information.
L’approche du problème de la segmentation qui est proposée dans cette recherche se base principalement sur des réseaux irréguliers et pondérés en lien avec l’autocorrélation spatiale. Dans sa forme généralisée, l’autocorrélation spatiale se révèle être un indicateur particulièrement robuste de régularités dans les données spatiales. De plus, grâce à la combinaison élémentaire formulée de la distance spatiale et de la dissimilarité entre toutes les paires d’éléments, le problème de la segmentation peut être approché par de l’optimisation d’énergie libre pour regrouper ces éléments. Sur des principes de thermodynamique et de mécanique statistique, il s’agit de mettre en compétition la distance spatiale sous la forme d’une matrice d’échange et la différence sous la forme d’une matrice de distance ultramétrique par un processus itératif de minimisation dans un système contrôlé par une température. Ce système prend ici la forme d’une fonctionnelle d’énergie libre pour déterminer l’appartenance d’éléments à un certain nombre de groupes pour un certain minimum trouvé. Plus nombreux que les groupes, les éléments peuvent être des unités géographiques de différentes tailles, c.-à-d. de pondération variable, ou de pondération uniforme dans les cas d’un recensement hectométrique et de pixels dans une image ; pour citer des exemples illustrés dans cette recherche. Depuis une partition d’appartenance éléments-groupes initiale, la déclinaison d’algorithmes a pour but de maximiser la proximité et la similarité des éléments au sein de chaque groupe, maximiser une certaine homogénéité intra-groupe, de manière supervisée ou non et de manière floue, c.-à-d. probabiliste, par l’ajout d’un terme entropique. De nature flexibles, les fonctionnelles sont librement paramétrables quant au mode de l’appartenance, le Ncut généralisé ou la Modularité, combinée à une température qui intervient comme régulateur entre la proximité spatiale et/ou la similarité des éléments étudiés. Enfin, sous diverses perspectives, elles permettent de révéler de manière itérative la présence de formes par la recherche d’un minimum local qui définit une simplification possible d’un grand nombre d’éléments en un petit nombre de groupes ou en d’autres termes : une partition. Cette stratégie de simplification machine a l’avantage de tenir compte des capacités intuitives d’un opérateur humain, une supervision d’un géographe par exemple, tout en tenant compte d’une stratégie automatique, non-supervisée.
En plus de proposer des approches originales, les différentes publications qui composent cette recherche illustrent des applications concrètes sur des images, des données spatiales socio-économiques suisses ainsi que sur de l’information descriptive textuelle.
À la croisée du Musée de zoologie de Lausanne (MZL) et de la Faculté des géosciences et de l’environnement, une nouvelle exposition scientifique se dessine. Elle ouvrira ses portes de décembre 2022 à juin 2023. Les conceptrices Joëlle Salomon Cavin (Institut de géographie et durabilité) et Anne Freitag (MZL), bénéficiaires d’une bourse FNS AGORA, sont aussi soutenues par l’UNIL et la Ville de Lausanne, à travers « Sauvageons en ville », et le MZL.
Avez-vous croisé des animaux en ville ? Que vous inspirent-ils ? Les chats sont souvent choyés comme des proches, les martinets alpins, fascinent par leur beauté. Mais les autres ? Rats, pigeons, cafards, mites ou punaises de lit provoquent surtout répugnance et peur. Ils ont longtemps été qualifiés de « nuisibles ». « Indésirables!? » sera consacrée à ces animaux souvent « mal aimés » des villes : une faune intimement liée aux villes, mais avec laquelle beaucoup préféreraient ne pas cohabiter, surtout dans l’intimité de leur foyer !
Dans cette exposition, le public se confrontera à une autre nature urbaine : une nature qui contraste avec le désir et les vertus auxquels la nature est souvent associée. Une nature, a priori indésirable, mais aussi formidablement adaptée à l’environnement bâti de la ville. Trois regards se mêleront dans cette exposition : la vision des responsables de la désinsectisation, notre vision – celles des habitantes et habitants – et enfin, la vision des animaux eux-mêmes.
Dr Joëlle Salomon Cavin nous parle des grandes idées qui sous-tendent cette exposition.
Nous vous proposons un petit avant-goût : Et si vous tentiez de voir avec les yeux du cafard ? Grâce aux études des éthologues, et avec un peu d’imagination, essayons d’écouter ce que le cafard pourrait bien nous dire.
Un article du journal Le Monde paru en avril 2020 « A la Cité U de Villeneuve-d’Ascq, des jeunes livrés à eux-mêmes », relatait les conditions de vie déplorables d’étudiant·es durant le Covid dans une cité universitaire en France. En situation précaire, dépendants de l’aide alimentaire, confinés dans les bâtiments insalubres, ils ont dû cohabiter avec des cafards. Un cafard a souhaité réagir à cet article. Voici son témoignage.
Blattella germanica
Bonjour,
Aujourd’hui, j’ai décidé de témoigner et sortir de mon anonymat. Je suis un cafard (c’est mon nom commun) ou une blatte germanique (c’est mon nom scientifique Blattella germanica), c’est comme vous préférez. Et je suis outrée d’être toujours présentée comme une horrible bestiole. Soyons clair, si nous pullulons dans cette cité universitaire c’est que ces bâtiments sont parfaits pour nous. Les matériaux sont légers et mal jointés, les briques creuses offrent autant de niches et d’abris depuis lesquels nous pouvons circuler, à l’abri de la lumière, via les tuyauteries, les cloisons et les faux plafonds un peu moisis. L’humidité permanente et la douce chaleur qui y règne sont parfaites pour nous.
D’habitude, c’est vrai nous sommes plutôt discrets. J’apprécie la nuit et me cache à l’abri de vos regards le jour. Si je vous croise, c’est par mégarde, dans la cuisine, les sanitaires ou la chaufferie quand vous venez durant la nuit et allumez la lumière. Mais je déguerpis alors rapidement. Avec le confinement, les logements universitaires étaient tout le temps plein. Personne n’allait plus étudier en bibliothèque ou travailler au McDo. Tout le monde étudiait dans sa chambre, se parlait ou regardait son écran jusqu’aux petites heures du matin. S’éveiller ensuite le plus tard possible leur permettait d’économiser le coût d’un repas. Du coup, nos heures habituelles de sortie croisaient leurs insomnies. Alors voilà, la cohabitation est devenue plus évidente, mais aussi plus difficile.
« Votre désir d’extermination avec votre guerre chimiquen’a fait que nous rendre plus résistants »
Blattella germanica
Mais, ce n’était pas leurs pauvres bombes insecticides qui allaient nous faire partir. Avec elles se sont notamment les araignées qui sont massacrées, car elles ne déguerpissent pas aussi vite que nous. Surtout, depuis le temps, nous nous sommes adaptés à tous les produits chimiques que vous pouvez développer. Les plus résistantes d’entre nous ou celles qui ont naturellement une répulsion aux produits utilisés survivent et leurs descendants se multiplient. Ce n’est rien d’autre que la sélection naturelle, comme l’a dit ce brave Charles. Votre désir d’extermination avec votre guerre chimique n’a fait que nous rendre plus résistants tout en détruisant nos prédateurs naturels. Et puis vous nous aidez tellement à nous multiplier (mais j’y reviendrai !).
Si on trouve mes congénères aussi bien dans les beaux quartiers que dans les quartiers déshérités, c’est toujours dans les beaux quartiers que vous déployez des mesures efficaces pour vous débarrasser de moi.
« Je suis le symptôme de votre monde cassé […] et profondément inégalitaire »
Blattella germanica
C’est pourquoi, je tiens à clarifier un peu les choses, je ne suis pas le problème de ces étudiant·e·s même si j’ai bien compris que je participe de leur mal être. Depuis toujours, je suis le marqueur de la pauvreté et de la dégradation urbaine. Je suis aussi le signe d’une certaine infamie sociale. Ma présence traduit le mauvais entretien de l’espace technique de la ville ou plutôt son impossible contrôle. Je suis le symptôme de votre monde cassé, mal entretenu ou détruit, déséquilibré et profondément inégalitaire.
« On peut porter des pathogènes, mais ni plus ni moins que vos enfants ou votre voisinage, comme les actualités vous le rappellent »
Blattella germanica
Si je suis sorti de mon anonymat, c’est aussi que j’aimerais bien qu’on me regarde autrement, car finalement, vous n’avez pas grand-chose à craindre de moi, de nous. Nous ne sommes vecteurs d’aucune maladie. C’est vrai que l’on peut porter des pathogènes, mais ni plus ni moins que vos enfants ou votre voisinage, comme les actualités vous le rappellent. C’est seulement quand nous sommes nombreux que certains d’entre vous deviennent allergiques sans parler des phobiques.
Nous ne sommes pas non plus signe de saleté ou de manque d’hygiène. Apprenez qu’on nous trouve aussi bien dans les logements salles que dans ceux qui sont parfaitement nettoyés. Nous arrivons chez vous, grâce à vous, dans des emballages alimentaires provenant de votre supermarché, dans des appareils électroménagers ou dans vos valises au retour des vacances.
Notre présence traduit également l’hospitalité de la conception du bâtiment. Les vide-ordures ont été notre viatique. Une autoroute d’accès à tous les étages et de la nourriture disponible en permanence. Les canalisations derrière les cloisons sont également merveilleuses. Une fois installés, nous passons facilement d’un immeuble à l’autre par les canalisations. Les immeubles dans les villes denses se touchent, c’est bien pratique.
Quelque chose qui m’a beaucoup agacé les antennes durant la pandémie, c’est la manière dont vous vous êtes extasiés devant la « Nature en ville » : les chevreuils à Genève, les canards à Paris, les pieuvres dans les eaux de la lagune à Venise. Que sais-je, encore ? Vous avez admiré le chant des merles et mésanges redevenus audibles dans des quartiers où les voitures et autres rumeurs de la ville se sont, pour un temps, tues. Comme si la nature ce n’est pas aussi nous ? Quand on vous parle d’animaux en ville vous ne pensez qu’à vos animaux de compagnie, vos chiens, vos chats et puis aux oiseaux et aux rats, mais très peu aux insectes. Ah si, j’oubliais, vous pensez aux admirables abeilles, si industrieuses et si nécessaires à la pollinisation. J’en ai un peu ma claque qu’on ne parle que d’elles. Après tout, elles sont là parce que les citadins les bichonnent et maintenant qu’elles sont installées partout sur les toits, ce sont les abeilles sauvages qui dépérissent, car elles doivent se décarcasser pour encore trouver des fleurs à butiner.
« Vous croyez être seuls chez vous ? Détrompez-vous. Vous pouvez tomber sur une espèce inconnue dans votre salon »
Blattella germanica
On ne pense jamais à moi et aux insectes en général alors qu’ils sont partout en ville et en particulier dans vos habitations. Vous croyez être seuls chez vous ? Détrompez-vous. Votre appartement abrite quantité d’insectes et d’arthropodes. Beaucoup de ces animaux « domestiques » demeurent mal connus. Pourquoi ? Parce que la plupart des entomologistes ne s’intéressent qu’aux espèces les plus rares et situées dans les régions les plus reculées du monde. Et oui, vous pouvez tomber sur une espèce inconnue dans votre salon. Je ne parle pas de moi, parce que faisant partie des animaux nuisibles, les entomologistes m’ont beaucoup étudiée pour savoir comment me détruire. La rançon du succès en quelque sorte !
Pour la plupart d’entre vous, nous ne sommes même pas des animaux : nous sommes des bestioles, des saletés, des nuisibles, des choses abjectes. Nous faisons partie d’une nature répulsive, d’une nature mal-aimée, d’une nature niée.
Partant, notre mise à mort ne vous pose aucun problème par ce que nous vous dégoutons et que nous sommes nombreux.
« Vos villes sont notre biome, notre habitat et même notre Eldorado »
Blattella germanica
Vos discours sur la nature en ville me font doucement rigoler. S’il faut parler de la part de nature sauvage de la ville, je ne vois pas de meilleur exemple que moi, que nous. Vos villes sont notre biome, notre habitat et même notre Eldorado. Avant que les villes ne se développent, nous étions une espèce parmi d’autres. Notre vie était compliquée et brève. Mais la ville nous a offert tout ce dont nous avions besoin : un habitat chaud, humide et des coins sombres toute l’année.
Notre espèce fait partie de la nature urbaine. La ville est bien notre milieu de vie. Nous sommes parfaitement adaptées au climat de votre immeuble, sans saison. Nous sommes bien ce que l’on peut appeler une nature sauvage, car si nous avons besoin de vous pour nous développer, de votre confort domestique à l’abri des changements saisonniers, nous survenons en dehors de votre volonté, bien malgré vous, donc.
Nous occupons un espace que vous croyez maîtriser : l’échelle micro, celle de l’intime, du chez soi. Nous profitons des merveilleux interstices de vos logis. Votre chez vous est aussi notre chez nous. Nous sommes uniquement forts et féconds en votre présence dans le confort de votre logement. C’est peut-être pour ça aussi que vous ne nous aimez pas. Nous apprécions les mêmes conditions de vie que les vôtres, le confort de vos appartements et pourtant nous sommes radicalement étrangers à vous. Habitant au plus près de vous, nous amoindrissons la Maîtrise que vous croyez détenir de votre espace privé. Nous faisons entrer la saleté du dehors dans votre intimité.
Mais voilà, loin de l’idée de la nature enchanteresse, vous ne voyez en nous que laideur et saleté. Nous ne correspondons pas à l’idée que vous vous faites de la nature, de sa beauté, de son harmonie.
« Cafard » : « qui n’a pas la foi », « qui fuit la lumière »
Blattella germanica
Toutes les expériences que vous pouvez avoir avec nous sont entachées par l’univers symbolique dans lequel nous baignons et auquel vous nous associez : celui de la noirceur, de la tristesse, du sournois. Mes mœurs nocturnes, ma couleur sombre, mon aversion pour la lumière jouent beaucoup dans les représentations négatives à mon égard. Le mot cafard qui émerge au 16e vient de l’arabe kafir « qui n’a pas la foi ». Le mot a été ensuite repris dans le sens d’hypocrite ou de faux dévots. Le terme de Blatte a été forgé par Pline pour signifier « qui fuit la lumière ». Plus tard, Baudelaire m’associera aux idées noires dans un poème des Fleurs du mal intitulé « la destruction » : avoir le cafard… Cet univers symbolique nous prive de toute valeur. Votre culture nous relègue dans l’indignité, dans l’insignifiance, dans l’abjecte.
Quand le Suédois Linné nous a qualifiées de « germaniques » au 18e siècle, c’est parce qu’à cette époque les Suédois combattaient les Prussiens. Linné a sans doute pensé que blattes germaniques était un parfait sobriquet pour une espèce qu’il ne devait pas trop aimer.
La littérature foisonne de références malheureuses à notre égard. Rappelez-vous de Gregor dans la Métamorphose de Kafka qui se réveille un matin transformé en cafard. Les gens hurlent en le voyant, cherchent à l’écraser. Sa famille l’enferme de peur que l’on sache qu’ils hébergent un tel monstre dans leur logis. Gregor meurt seul dans sa chambre. Ses parents et sa sœur adorée sont soulagés de sa disparition, la vie pouvant enfin reprendre son cours normal, sans la honte d’abriter une bestiole immonde.
Rappelez-vous aussi ceux parmi vos semblables qui ont été associés à nous. Vous vous servez de nous pour insulter vos congénères et signifier qu’il faut s’en débarrasser. En 1994, le pouvoir hutu au Rwanda avait désigné les Tutsis comme des « inyenzi » (des cafards) pour convaincre une population entière de prendre les machettes et massacrer un million de leurs voisins. Utilisant le même genre d’analogie que la propagande nazie élaborait à l’égard des juifs pour justifier leur massacre, les extrémistes hutus ont affirmé que les tutsis représentaient une vermine particulièrement résistante et que si quelques cafards-inyenzi étaient épargnés, ils continueraient à se multiplier et infester le pays.
« Nous avons traversé le monde entier avec vos bateaux, vos voitures et vos avions »
Blattella germanica
Et si, pour changer, vous essayiez de nous regarder autrement que comme des saletés ? Cela fait 350 millions d’années que nous sommes là et il y a beaucoup de chance pour qu’on vous survive même si on a tellement besoin de vous. Nous sommes originaires d’Afrique et c’est grâce au développement des échanges maritimes que nous nous sommes répandus en Occident au 16e siècle. À la fin du 19e siècle, nous étions à New York. Actuellement, nous sommes présents dans toutes les villes du monde de l’Alaska à l’Antarctique. Nous avons traversé le monde entier avec vos bateaux, vos voitures et vos avions. Partout où la température et l’humidité de ne varie pas trop, nous sommes présents. Dès que vous installez le chauffage ou l’air conditionné, nous pouvons nous installer.
« Lorsqu’un danger survient, nos jeunes se regroupent le plus souvent autour de leur mère »
Blattella germanica
Nous ne sommes pas difficiles. Nous nous nourrissons indifféremment d’aliments d’origine animale ou végétale et de détritus, ce qui nous garantit de presque toujours trouver de quoi nous restaurer. Nous communiquons par l’intermédiaire de sécrétions de phéromones pour séduire nos congénères, mais aussi pour leur faire savoir l’existence d’une bonne source de nourriture. Je passe d’ailleurs beaucoup de temps à nettoyer mes antennes, en les mettant dans ma bouche pour les lécher. Elles doivent en effet être parfaitement propres pour que je puisse communiquer avec mes semblables. Nous vivons en groupe. De nuit, dans vos cuisines c’est pour ça que vous nous voyez la plupart du temps regroupés. Ce grégarisme augmente les chances de reproduction et réduit les risques. Lorsqu’un danger survient, nos jeunes se regroupent le plus souvent autour de leur mère.
Je sais que certains d’entre vous aimeraient sincèrement nous voir différemment, non pas comme des intrus, mais comme des espèces compagnes dans un monde « plus qu’humain ». J’aimerais bien qu’on investisse mon histoire, mon milieu, mon territoire comme celui des chiens, des abeilles et même, de la flore intestinale. J’aimerais bien que vous fassiez un peu plus de place à mon monde dans le vôtre. Que vous cessiez de me dénigrer. Sans parler d’affection, j’aimerais bien que vous nous respectiez un peu : pour notre endurance, notre intelligence, notre adaptabilité, nos compétences, en résumé pour notre formidable animalité urbaine…
À dire vrai, je sais que ce n’est pas facile. Je sais que même les êtres humains les plus bienveillants d’entre vous, les plus opposés à toute forme d’oppression peuvent être ébranlés par notre présence. Même les plus pacifistes d’entre vous ne souhaitent que notre disparition quand nous les croisons dans l’intimité de leur salle de bain, sur les dalles de leur cuisine ou derrière leurs assiettes bien rangées dans les placards.
Mais merci quand même de m’avoir écouté. Bien animalement, Un cafard sorti de son anonymat.
Ce projet de Joëlle Salomon Cavin (IGD) et Anne Freitag (MZL) a été réalisé avec le concours de Nathalie Blanc (CNRS), Daniel Cherix (UNIL), Chantal Ebongué (MZL), Max Hagner, Studio KO, Séverine Trouilloud (L’éprouvette / Laboratoire sciences et société de l’UNIL), Timothée Brütsch (IGD, MZL, Mystères) et l’Association des amis du musée de zoologie (AAMZ).
Thèse soutenue par Yan Wang, le 4 octobre 2021, Institut de géographie et durabilité (IGD)
Tourisme et classement au patrimoine mondial de l’Unesco, deux processus intiment liés, ont transformé les espaces ruraux du comté de Honghe en Chine. Ces processus ont progressivement intégré ces espaces reculés dans des réseaux sociaux plus larges, introduit de nouveaux groupes sociaux dans le processus de production des lieux, doté le site de nouvelles significations et réorganisé l’espace matériel autour d’une nouvelle identité, celle du site du patrimoine mondial des rizières en terrasses de Honghe Hani (Honghe Hani Rice Terraces : HHRTs).
Ce processus de transformation est la question centrale abordée dans cette thèse. Pour déconstruire ce phénomène, quatre aspects interdépendants de la transformation des HHRT sont étudiés :
la transformation du lieu en un patrimoine mondial par la construction de significations pendant et après l’inscription sur la liste du patrimoine mondial ;
les changements visibles du paysage des rizières en terrasse et du paysage de l’habitat dans les HHRT sous le regard des « touristes » et des « experts » ;
l’urbanisation déclenchée par le tourisme et les changements de qualité des lieux dans les villages traditionnels ;
les relations de pouvoir et négociations impliquées dans la production des lieux dans les villages traditionnels. D’un point de vue théorique, cette thèse repose sur le concept de « production des lieux ».
La thèse soutient que la production des lieux doit être considérée comme un processus dans lequel les aspects idéels et matériels des lieux sont constamment façonnés par divers individus et groupes sociaux à travers l’interprétation et la pratique. Pour analyser plus spécifiquement les quatre thèmes interdépendants, la thèse s’appuie sur les théories relatives à la construction des sites du patrimoine mondial, à l’urbanité et aux jeux de pouvoir. En termes de contributions théoriques, la thèse propose le concept de « settlement-scape » (« paysage-habitat ») pour souligner les caractéristiques visuelles de l’habitat. Elle propose également des modèles analytiques pour étudier le processus de construction de significations à travers le classement au patrimoine mondial, l’émergence de caractéristiques urbaines dans les espaces ruraux, et les dynamiques de pouvoir dans la production des lieux.
La thèse présente plusieurs résultats empiriques novateurs. Elle expose tout d’abord les différents éléments de la construction de significations dans le processus de patrimonialisation des HHRT. Elle explore les phénomènes de délimitation, les représentations idéalisées dans les documents de nomination, et l’intégration du discours sur le patrimoine au niveau local.
Deuxièmement, la thèse aborde la transformation du paysage et du settlement-scape dans les HHRT. En ce qui concerne le paysage, la thèse montre que sous le regard des touristes, non seulement les qualités 4 visuelles du site ont été « redécouvertes » par les habitants locaux, mais des images plus précises du paysage ont également émergé. En ce qui concerne le settlement-scape , l’étude retrace l’émergence de quatre types de paysage: le moderne, le semi-vernaculaire, le néovernaculaire et l’hybride.
Troisièmement, la thèse étudie les changements de qualités des lieux dans le village de Pugaolaozhai. Les résultats indiquent que le tourisme patrimonial a contribué au transfert de qualités urbaines à des espaces ruraux, comme en témoignent la densité et la diversité accrues des usages du sol et de la population, les styles architecturaux urbanisés, l’émergence d’une centralité symbolique et la transformation des espaces publics. Mais Pugaolaozhai est loin d’avoir été complètement urbanisé puisqu’il reste périphérique d’un point de vue fonctionnel pour ses habitants, et que des éléments spatiaux et architecturaux traditionnels existent toujours.
Enfin, la thèse décrit les jeux de pouvoir entre les acteurs sur le site. Le cas du village d’Azheke montre que les jeux de pouvoir entre les autorités, les experts, les investisseurs et les villageois ont façonné les aspects matériels et immatériels du lieu. Ces différents acteurs étaient motivés par des objectifs à la fois communs (notamment l’amélioration des conditions de vie des villageois) et divergents (en termes de réussite politique, d’intérêts professionnels, de profits économiques). Les relations de pouvoir étaient se sont manifestées par des conflits liés à la construction de routes et de logements. Les acteurs dominants (les autorités et les experts) et les acteurs de l’opposition (les villageois et les investisseurs) se sont appuyés sur une diversité de ressources (ressources juridiques, expertise, statut social, etc.) et de tactiques (telles que la persuasion, la manipulation, etc.) lors des négociations.
Thèse soutenue par Joshua Vaughan-Hammon, le 1er octobre 2021, Institut des sciences de la Terre (ISTE)
Mountain building processes have shaped the present-day European Alps. Here, tectonic processes such as collision, subduction and exhumation of the Earth’s crust has resulted in changes in both the structure and chemistry of the rocks involved. Chemical changes in rocks are largely due to changes in temperature and pressure (metamorphism), whereby pressure is commonly assumed to be a function of the depth of burial, e.g. during subduction. Tectono-metamorphic observations from the Monte Rosa nappe (European Alps) have challenged the assumption that metamorphic pressure is solely due to depth of burial.
Variable pressures are recorded in the Monte Rosa nappe (for the same metamorphic event), and we propose that these disparities are a consequence of local pressure variations during:
periods of high differential stresses, and/or
volumetric changes due to metamorphism.
A multi-disciplinary approach is presented in this thesis, that combines chemical and structural analysis from portions of the Monte Rosa nappe that are now exposed due to recent climate change, as well as state-of-the-art numerical modelling that simulates the large-scale geological evolution of the European Alps.
The results of these investigations continue to highlight that local pressure variations likely existed during the Alpine evolution within the Monte Rosa nappe, and that a better understanding of the interplay between metamorphic and tectonic processes is essential to ultimately unravel the tectono-metamorphic history of the Alps.
Notre environnement et les interactions qui le régissent sont au cœur des questions que différentes équipes de la FGSE cherchent à résoudre. Ces interactions conditionnent la qualité et le rythme des grands cycles biogéochimiques dans le sol : l’apparition et la dégradation des nutriments, des minéraux, mais aussi des polluants.
Pietro de Anna, promu professeur associé à l’Institut des sciences de la Terre , apporte une nouvelle perspective à ces questions. Physicien théoricien de formation, le professeur de Anna intègre aujourd’hui une approche expérimentale à l’étude des interactions, entre la physique, la chimie et la microbiologie : il se place à l’échelle de la bactérie dans son environnement. C’est à cette échelle que se tissent la plupart des réactions géo-bio-chimiques qui contrôlent les phénomènes globaux (comme les cycles). La bactérie est un microélément de la grande chaine qui gouverne l’environnement et la vie sur Terre, dont Pietro de Anna cherche à comprendre le comportement. Il nous a ouvert les portes de son laboratoire.
Imaginez que vous êtes une bactérie, et que vous vous déplacez dans le sol… Vous n’y êtes pas ? Suivez donc le guide.
Une bactérie dans une goutte d’eau
Vous vous représentez peut-être un laboratoire de géochimie ou de microbiologie environnementale avec de grands flacons contenant diverses mixtures et suspensions. C’est dans ce genre de fiasques de plusieurs décilitres que sont souvent étudiées les populations et les communautés bactériennes. Un volume immense par rapport à l’échelle de la bactérie – qui se situe autour du micromètre (µm), c’est-à-dire d’un millionième de mètre. Cela équivaut à étudier un être humain nageant au milieu d’un océan, ou perdu seul dans un désert. Assez loin de la réalité « ressentie » par l’individu en somme. Ces fiasques constituent par ailleurs uniquement un milieu homogène. On y examine l’évolution temporelle d’une ou plusieurs grandeurs – comme le pH, ou la concentration en oxygène, la population d’une espèce microbienne, par exemple. Cette approche classique de la microbiologie environnementale et de la géochimie – basées sur des systèmes bien mélangés – permet de comprendre un système microbiologique et ses relations avec la chimie de son environnement. D’un autre côté, cette approche néglige la variabilité spatiale de l’environnement naturel.
À très petite échelle, les bactéries et les composantes chimiques qui sont transportées dans les sols font face à beaucoup de barrières et de surfaces. Le sol se présente comme un milieu irrégulier : pH, nutriments et oxygène varient dans l’espace et avec le temps. Le sol est donc pour la bactérie un espace hétérogène (donc, variable) et confiné (entre les grains solides qui constituent sa matrice). C’est l’impact de ces deux facteurs, hétérogénéité et confinement, sur le comportement macroscopique d’un système environnemental que Pietro de Anna essaie de comprendre.
Pour décrire le transport des microorganismes, des colloïdes et des solutés dans des conditions plus proches de « la vraie vie du sol », Pietro de Anna et son équipe ont développé des techniques de pointe dans le Laboratoire de mécanique des fluides environnementale.
Les microfluidiques, faites en PDMS (un polymère organo-minéral), recréent des milieux confinés simplifiés, remplis d’obstacles dont la taille et la forme sont façonnées à volonté. Ces micromaquettes sont une manière d’élucider les processus souterrains au niveau microscopique.
Passer du micro au macro
Grâce à des micromaquettes transparentes (microfluidiques) creusées de manière contrôlée et collées sur des lames en verre, l’équipe suit en temps réel la présence et le transport de bactéries, solutés ou suspensions colloïdales, injectées à pression ou débit contrôlés. Avec un microscope muni d’une caméra numérique à haute résolution (video-microscopy), il est possible de mesurer et localiser le transport de ces éléments, leur filtration par le milieu, la consommation d’oxygène, etc.
Comment relier les mécanismes à petite échelle avec leurs conséquences observées au niveau macroscopique ? Les théories classiques de mélange et transport ne parviennent pas à combler cette brèche, à réaliser cette liaison entre échelles très différentes (ou upscaling). Pietro de Anna travaille à améliorer ces modèles théoriques, afin de pouvoir prédire les résultats observés. Les expériences menées ici en laboratoire permettent d’une part de quantifier ces mécanismes de petite échelle et d’autre part de valider ou non les nouveaux modèles théoriques.
Par vidéo-microscopie, l’équipe observe les mouvements microscopiques. Des images sont acquises avec un microscope optique à une fréquence contrôlée. Si nécessaire, la température du système est contrôlée et ajustée en fonction de l’expérience. L’objectif global est de démêler les liens complexes qui existent entre deux échelles : ce qui se déroule au niveau microscopique et les observations macroscopiques.
Par exemple, dans un article publié récemment dans Nature Physics, Pietro de Anna et collaborateurs ont montré que les gradients chimiques à très petite échelle – au niveau de pores microscopiques – modulent le mouvement de dispersion globale des bactéries. Cette avancée a été possible grâce à un système de microfluidique constitué d’une distribution aléatoire d’obstacles cylindriques à section circulaire ou en forme de croissant. Ce modèle simule des sols naturels pour capturer le désordre d’écoulement et les gradients chimiques à l’échelle des pores. Les bactéries parviennent à exploiter des microgradients pour profiter de micropoches de nutriments, modifiant ainsi la dispersion globale de la population bactérienne dans le milieu. Il s’agit d’une nouvelle démonstration que la dynamique à grande échelle est souvent déterminée par le comportement des micro-organismes au niveau des individus – en particulier, les comportements visant à détecter et à exploiter les gradients de ressources et à améliorer l’absorption des ressources.
Un monde microscopique à découvrir
On sait encore très peu de choses sur l’univers de bactéries : on estime que seulement 1% des bactéries existantes sont connus, et que seulement 1% de celles-ci peuvent être étudiées en laboratoire. Pietro de Anna transmet son enthousiasme aux étudiant·es, pour qui il a développé un laboratoire didactique, grâce à un fonds FIP (Virtual Didactic laboratory). Cela les aide à mieux appréhender les équations complexes vues en cours.
Ce qui se passe à l’échelle de la bactérie peut donc nous aider à comprendre des phénomènes globaux comme les cycles biochimiques, la reminéralisation, la biorémédiation (la décontamination de milieux pollués, notamment à l’aide de microorganismes) et l’ampleur de ces phénomènes. Comprendre le transport et le mélange de bactéries dans le sol pourra peut-être aussi aider à mieux comprendre comment les gènes vont passer d’une population à l’autre – ce qu’on appelle le transfert horizontal. La transmission de gènes entre bactéries joue un rôle particulièrement important pour les populations humaines si on pense aux gènes responsables de la résistance aux antibiotiques. Le taux de transferts va, très probablement, dépendre de processus à très petites échelles, que les expériences menées dans ce laboratoire contribuent à élucider.
Pour en savoir davantage, jetez un œil à Environmental Fluid Mechanics qui montre les derniers résultats de l’équipe. Laissez-vous séduire par la beauté de la recherche à l’échelle microscopique !
Thèse soutenue par Morgane Müller-Roux, le 27 septembre 2021, Institut de géographie et durabilité (IGD)
Le tourisme et plus précisément la pratique touristique s’est définie entre 1800 et 2000, soit plus de deux siècles comme une rupture avec le quotidien où le « dé-placement » et la pratique des lieux autres étaient primordiaux. Cette distinction entre le quotidien et le hors-quotidien était maintenue de part la difficulté du maintien des communications et des connexions avec les proches restés « chez-soi ». Désormais, l’ubiquité et la généralisation des moyens de communication et d’information remettent en cause cette discontinuité fondatrice du tourisme ; cette affirmation sera discutée et analysée tout au long de cette thèse. En effet, la mobilité généralisée couplée aux nouvelles technologies du numérique pose désormais de nouveaux enjeux en termes de relations humaines. Le contact entre les individus est maintenu en permanence et ce même lors que les personnes sont séparées physiquement et géographiquement.
Dans ce contexte, une nouvelle forme de pratique touristique émerge : soit se déconnecter des technologies de l’information et de la communication (TIC) pour ainsi (re)créer une rupture avec le quotidien. Les parcs nationaux semblent offrir l’espace idéal pour que les gens « s’éloignent de tout », car la nature – et la wilderness plus particulièrement – devient de plus en plus importante au sein des imaginaires touristiques car elle symboliserait une rupture avec le stress de la vie quotidienne. Cette étude réalisée au sein du parc national de Banff, au Canada tâchera d’illustrer ces nouvelles manières de faire avec la nature.
Cette thèse met également en exergue le fait que les imaginaires touristiques forts ainsi que l’utilisation des réseaux sociaux impliquent la mise en place de nouvelles stratégies pour capturer la matérialité de la nature sauvage et ce faisant crée de nouvelles façons de s’engager avec elle ; des performances photographiques sont produites de manière très particulière en se conformant à l’imaginaire produit par Instagram. En somme, ce travail soulignera l’importance de comprendre comment l’omniprésence des TIC produit de nouvelles pratiques touristiques de nature.
Gabriel Salerno, Institut de géographie et durabilité (IGD)
Thèse soutenue par Gabriel Salerno, le 24 septembre 2021, Institut de géographie et durabilité (IGD)
Depuis plusieurs années maintenant, le mot « effondrement » résonne avec force dans l’espace médiatique et scientifique occidental suscitant craintes, négations, approbations ou critiques. Cette thèse a eu pour objectif de se saisir de ce terme à forte connotation, de le comprendre, le définir et l’analyser. Car, plus qu’un mot, l’effondrement est une notion qui renvoie à une véritable nébuleuse. Et force est de constater qu’elle est révélatrice d’une époque charnière dans l’histoire de l’humanité. À partir d’une position méta, en surplomb des discours d’effondrement, cette recherche tente d’élaborer une pensée de l’effondrement, en passant de sa dimension physique à sa dimension philosophique.
En raison de la nature et de l’étendue de l’objet d’étude, cette recherche a demandé une approche interdisciplinaire. Elle se situe à la croisée des SHS et des sciences naturelles dont elle requiert une prise de connaissance des avancées, et s’inscrit ainsi sous le chapeau des humanités environnementales. Plus précisément, elle touche à la philosophie de l’environnement et à la philosophie de l’histoire.
Trois parties principales composent ce travail de doctorat. Tout d’abord, il a été question, à travers un état des lieux planétaire détaillé, de légitimer le choix de mon sujet, en montrant la pertinence de parler d’effondrement aujourd’hui, et d’en consolider l’assise scientifique. À la suite de quoi, deux ruptures furent identifiées, à savoir une première quant à notre relation à la nature, qui se traduit en la fin du dualisme homme-nature, et une seconde quant à notre rapport au temps. À la lumière de cette dernière – la fin du dualisme étant déjà largement actée dans la littérature écologique – ma recherche prit une certaine direction : j’allais m’intéresser aux liens entre la thématique de l’effondrement et celle du temps.
Mais avant cela, il convenait de bien clarifier ce que l’on entend par effondrement. Tel fut l’objet de la deuxième partie, au terme de laquelle nous sommes arrivés à la conclusion qu’en raison de leur grande complexité, une part d’interprétation est inévitable dans l’étude des effondrements de société. Qu’il s’agisse d’un état de choses contemporain ou d’une réalité historique, ils relèvent d’une mise en récit. L’effondrement qui nous concerne aujourd’hui présente toutefois une particularité inédite : parce qu’il est question de l’altération des conditions d’habitabilité de la Terre, il questionne la grande aventure humaine sur Terre. S’ouvrent alors des réflexions sur les implications philosophiques d’un tel phénomène. Sachant qu’il est appréhendé d’une certaine façon à travers un récit et qu’il concerne l’espèce humaine, que signifie-t-il par rapport à l’évolution du genre humain ? Il en découle mon intérêt pour les chronosophies, soit les diverses représentations de la temporalité humaine.
La troisième et dernière partie fut par conséquent consacrée à l’analyse de différents récits d’effondrement, catégorisés sous les appellations du bon ou du mauvais Anthropocène, à l’aune des chronosophies progressiste, rétrograde et cyclique. Cette analyse a permis de mettre en évidence la manière dont l’effondrement est inscrit par les auteurs dans l’histoire humaine et de répondre à ma question de recherche : est-ce que les récits d’effondrement suggèrent ou véhiculent une autre chronosophie que celle progressiste dominante dans la pensée occidentale et, partant, sont le signe d’une sortie pleine de l’idéologie moderne ? Cette question renferme comme prémisses que la modernité présente deux caractéristiques clés, à savoir le dualisme homme-nature et l’idée de progrès. La fin du dualisme semble actée, mais celle du progrès l’est-elle aussi ? En d’autres termes, qu’est-ce que le succès des ouvrages sur l’effondrement nous dit aujourd’hui des imaginaires de l’avenir ? L’effondrement est-il le versant dystopique du progrès ? Étonnamment non, l’idéologie du progrès est toujours présente. Cependant, on trouve également dans les récits des marques des deux autres chronosophies. La sortie de la modernité, affirmée par d’aucuns, n’est donc pas franche, mais selon moi balbutiante. Tantôt, l’effondrement est perçu comme le début d’une désagrégation, tantôt comme l’occasion d’un dépassement. Parfois aussi, il est envisagé comme le catalyseur d’un nouveau cycle et considéré ainsi comme nécessaire, pour ne pas dire souhaitable ; un renouveau n’étant possible que si table rase est faite. On observe en somme diverses méta-interprétations de l’effondrement.
Par voie de conséquence, les positions divergent entre celles qui consistent à penser que la solution se trouve dans le futur – l’effondrement est un défi technique dont il faut triompher ou alors une étape vers une société meilleure et réconciliée ; celles qui consistent à penser que la solution se situe dans le passé – il convient de prendre exemple sur les peuples premiers, de se re-connecter à la nature, de restaurer certaines vertus ; celles qui consistent à penser que la situation est inextricable et qu’il s’agit dès lors de se préparer, s’adapter et survivre ; ou celles qui consistent à penser qu’il n’existe pas de véritables solutions et tant mieux, car l’effondrement est une opportunité, un mal pour un bien – il permet d’ouvrir les possibles sous forme de nouvelles émergences, de régénérescence ou de renaissance.
Il en résulte une querelle naissante, qui nous rappelle celle des Anciens et des Modernes au siècle des Lumières. Dans les récits, les différentes visions de la temporalité humaine se côtoient, s’entremêlent, et entrent de plus en plus en opposition. Par exemple, pour certains le passé est modèle et leçon, pour d’autres cauchemar. L’effondrement, en venant heurter l’idée de progrès, ouvre à nouveau la question du sens de l’histoire. Il interroge et remet en mouvement les diverses représentations du temps au sein de la pensée occidentale. Eu égard à l’effondrement, quel (nouveau) sens conférer à l’histoire ? Engagés dans cette quête, les récits d’effondrement tâtonnent pour l’instant, mais pourraient bien marquer un tournant dans l’évolution de la pensée occidentale. Par ailleurs, ils constituent selon moi le seul pont possible entre un avenir sombre qu’une pensée rationnelle anticipe et le devoir moral d’agir. Car il est bien question aujourd’hui de composer avec l’effondrement, soit d’en atténuer les conséquences tout en préservant, pour citer Hans Jonas, une vie humaine authentique et digne sur Terre.
Christophe Lambiel, Institut des dynamiques de la surface terrestre (IDYST)
La Montagne froide s’installe dans ce site destiné aux enseignants de gymnase et à plusieurs autres publics.
Entretien avec Christophe Lambiel, Maître d’enseignement et de recherche à l’Institut des dynamiques de la surface terrestre, sur le site de ressources d’enseignement Géomorphologie de la montagne froide.
Quelles ont été les motivations pour la mise en ligne de ce site ?
La Société suisse de géomorphologie avait mis en ligne en 2009 le site Géomorphologie de la montagne – Fiches pour l’enseignant destiné à mettre à disposition des enseignants du secondaire II et d’un plus large public, des connaissances de base sur la géomorphologie de montagne. Après 10 ans de bons et loyaux services, cette ressource commençait à devenir obsolète tant au niveau de la forme que du contenu.
La Société suisse de géomorphologie a donc engagé une révision et une refonte complète du site en collaboration avec les Universités de Lausanne et de Fribourg, ainsi que les bureaux d’étude Relief et Geoazimut.
L’objectif de cette révision a été de documenter largement les domaines de la géomorphologie glaciaire et périglaciaire (nommées « montagne froide » dans ce contexte) qui sont les zones pour lesquelles les quinze dernières années ont entraîné des évolutions conséquentes en lien avec le réchauffement climatique. Les textes originaux ont été revus et complétés par de riches illustrations et de nombreuses données actualisées. Des fiches d’activités directement utilisables par les enseignants du secondaire II ont également été ajoutées.
Les différentes moraines présentes en rive gauche du glacier de Tsijiore Nouve, Arolla. Photo Sébastien Ruttimann
Le site regroupe un nombre considérable de données, illustrations etc… D’où proviennent-elles ?
Le monitoring régulier des zones de montagne froide a débuté dans les années 2000. Au moment de la première version du site, il y avait encore peu de données à disposition et peu de recul sur ces données.
L’augmentation de la densité des lieux équipés de capteurs et l’arrivée de nouveaux outils de monitoring tels que les drones, les GPS permanents ou les webcams ont amené la possibilité d’avoir davantage de données précises et en temps réel sur le comportement des glaciers et des formes périglaciaires (glaciers rocheux en particulier). Le site a bénéficié de l’apport de ces données, qui sont d’ailleurs pour partie mises à disposition des personnes en charge de la surveillance des risques en région de montagne.
La Suisse a donc la chance de pouvoir compter désormais sur un réseau de surveillance de son domaine alpin (glaciers et permafrost notamment) qui est à la pointe grâce au matériel engagé et à la densité des sites de monitoring.
Certaines données sont issues de liens sur des site actualisés régulièrement, mais au vu de l’évolution actuelle du climat et des milieux alpins, il est vraisemblable qu’une nouvelle mise à jour sera nécessaire dans une dizaine d’années.
Quelle est l’implication spécifique de la FGSE dans ce projet ?
La FGSE a dès le début grandement contribué à ce projet en élaborant une partie des textes et des illustrations. Elle contribue également à l’acquisition des données mises à disposition via les recherches effectuées dans le domaine de la géomorphologie glaciaire et périglaciaire. Pour cette nouvelle version, Emmanuel Reynard (Prof. IGD) et moi-même avons révisé une partie des textes produits. La conception du site a été réalisée par deux bureaux privés dont font partie d’anciens doctorants de la FGSE.
Quel est le public visé ? Est-ce que ces ressources pourront être utilisées dans le cadre des cursus de la FGSE ?
En premier lieu le site vise les enseignant.e.s du secondaire II pour lesquels des fiches d’activités détaillées et des chapitres d’enseignement ont été mis à disposition.
Le site a l’avantage d’avoir plusieurs niveaux de lecture. Ainsi des notions générales accessibles à un large public peuvent être lues et comprises par tout un chacun pour mieux connaître la montagne. Puis des approfondissements et des données scientifiques permettent d’aborder des notions plus pointues. Ceci permet d’utiliser cette ressource pour les étudiant.e.s de bachelor de FGSE, ou pour des mises à niveau destinées à des étudiant.e.s de master n’ayant pas suivi le cursus en géomorphologie à l’UNIL.
Les professionnels de la montagne font aussi partie du public cible. Ils peuvent également en retour fournir de nombreux renseignement sur l’évolution du milieu dans lequel ils travaillent.
Le complexe sédimentaire de Tsarmine (Arolla), associant glacier, glacier couvert, glacier rocheux et marge préglaciaire. Photo Jean-Baptiste Bosson
A-t-on déjà des retours suite à la mise en ligne ?
Pas encore de retours formels. L’information de la mise à disposition de cette ressource a été effectuée auprès des enseignant.e.s du secondaire II par exemple via le Geoagenda et auprès de différents publics via la Société Suisse de Géomorphologie. Comme le site actuel consiste en une révision d’un site existant, il est déjà bien connu et utilisé par les milieux concernés.
De la publicité a été effectuée auprès de collègues français, avec des retours très positifs, et une version en allemand est envisagée.
Pourrait-on imaginer des démarches similaires pour d’autres domaines de la géographie ou des géosciences et y a-t-il déjà des projets dans ce sens ? On pourrait imaginer une même démarche dans les domaines de la géologie ou de la botanique pour décrire des milieux dans lesquels le public évolue et qu’il observe régulièrement.
Des sites d’informations destinés à différents publics tels que celui-ci peuvent contribuer à la sensibilisation aux enjeux des changements climatiques, particulièrement visibles dans le milieu alpin.