Tourism, heritage and the transformation of the World Heritage Site of Honghe Hani Rice Terraces

Thèse soutenue par Yan Wang, le 4 octobre 2021, Institut de géographie et durabilité (IGD)

Tourisme et classement au patrimoine mondial de l’Unesco, deux processus intiment liés, ont transformé les espaces ruraux du comté de Honghe en Chine. Ces processus ont progressivement intégré ces espaces reculés dans des réseaux sociaux plus larges, introduit de nouveaux groupes sociaux dans le processus de production des lieux, doté le site de nouvelles significations et réorganisé l’espace matériel autour d’une nouvelle identité, celle du site du patrimoine mondial des rizières en terrasses de Honghe Hani (Honghe Hani Rice Terraces : HHRTs).

Ce processus de transformation est la question centrale abordée dans cette thèse. Pour déconstruire ce phénomène, quatre aspects interdépendants de la transformation des HHRT sont étudiés :

  1. la transformation du lieu en un patrimoine mondial par la construction de significations pendant et après l’inscription sur la liste du patrimoine mondial ;
  2. les changements visibles du paysage des rizières en terrasse et du paysage de l’habitat dans les HHRT sous le regard des « touristes » et des « experts » ;
  3. l’urbanisation déclenchée par le tourisme et les changements de qualité des lieux dans les villages traditionnels ;
  4. les relations de pouvoir et négociations impliquées dans la production des lieux dans les villages traditionnels. D’un point de vue théorique, cette thèse repose sur le concept de « production des lieux ».

La thèse soutient que la production des lieux doit être considérée comme un processus dans lequel les aspects idéels et matériels des lieux sont constamment façonnés par divers individus et groupes sociaux à travers l’interprétation et la pratique. Pour analyser plus spécifiquement les quatre thèmes interdépendants, la thèse s’appuie sur les théories relatives à la construction des sites du patrimoine mondial, à l’urbanité et aux jeux de pouvoir. En termes de contributions théoriques, la thèse propose le concept de « settlement-scape » (« paysage-habitat ») pour souligner les caractéristiques visuelles de l’habitat. Elle propose également des modèles analytiques pour étudier le processus de construction de significations à travers le classement au patrimoine mondial, l’émergence de caractéristiques urbaines dans les espaces ruraux, et les dynamiques de pouvoir dans la production des lieux.

La thèse présente plusieurs résultats empiriques novateurs. Elle expose tout d’abord les différents éléments de la construction de significations dans le processus de patrimonialisation des HHRT. Elle explore les phénomènes de délimitation, les représentations idéalisées dans les documents de nomination, et l’intégration du discours sur le patrimoine au niveau local.

Deuxièmement, la thèse aborde la transformation du paysage et du settlement-scape dans les HHRT. En ce qui concerne le paysage, la thèse montre que sous le regard des touristes, non seulement les qualités 4 visuelles du site ont été « redécouvertes » par les habitants locaux, mais des images plus précises du paysage ont également émergé. En ce qui concerne le settlement-scape , l’étude retrace l’émergence de quatre types de paysage: le moderne, le semi-vernaculaire, le néovernaculaire et l’hybride.

Troisièmement, la thèse étudie les changements de qualités des lieux dans le village de Pugaolaozhai. Les résultats indiquent que le tourisme patrimonial a contribué au transfert de qualités urbaines à des espaces ruraux, comme en témoignent la densité et la diversité accrues des usages du sol et de la population, les styles architecturaux urbanisés, l’émergence d’une centralité symbolique et la transformation des espaces publics. Mais Pugaolaozhai est loin d’avoir été complètement urbanisé puisqu’il reste périphérique d’un point de vue fonctionnel pour ses habitants, et que des éléments spatiaux et architecturaux traditionnels existent toujours.

Enfin, la thèse décrit les jeux de pouvoir entre les acteurs sur le site. Le cas du village d’Azheke montre que les jeux de pouvoir entre les autorités, les experts, les investisseurs et les villageois ont façonné les aspects matériels et immatériels du lieu. Ces différents acteurs étaient motivés par des objectifs à la fois communs (notamment l’amélioration des conditions de vie des villageois) et divergents (en termes de réussite politique, d’intérêts professionnels, de profits économiques). Les relations de pouvoir étaient se sont manifestées par des conflits liés à la construction de routes et de logements. Les acteurs dominants (les autorités et les experts) et les acteurs de l’opposition (les villageois et les investisseurs) se sont appuyés sur une diversité de ressources (ressources juridiques, expertise, statut social, etc.) et de tactiques (telles que la persuasion, la manipulation, etc.) lors des négociations.

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