Un livre célèbre René Laennec, père du stéthoscope et du diagnostic moderne

L’historienne de la médecine Jacalyn Duffin a consacré sa vie à celle de l’inventeur du stéthoscope, René Laennec. Son ouvrage paraît enfin en français.

L’historienne de la médecine Jacalyn Duffin a consacré sa vie à celle de l’inventeur de cet instrument d’auscultation qui symbolise les professionnels de la santé. Son ouvrage paraît enfin en français, dans une version augmentée.

Pour fêter le bicentenaire de la mort de René Laennec, que l’Histoire retient comme l’inventeur du stéthoscope, les éditions BHMS, rattachées à l’Institut des humanités en médecine du CHUV et de l’Unil, et les Presses Universitaires de Rennes (PUR) unissent leurs forces pour publier un ouvrage monumental retraçant son parcours.

L’autrice de ces 660 pages, l’historienne de la médecine et hématologue canadienne Jacalyn Duffin a consacré toute son existence à étudier celle du médecin breton. Aujourd’hui à la retraite, elle poursuit néanmoins ses recherches. Bien plus qu’une traduction, il s’agit d’une version augmentée : « On découvre régulièrement de nouvelles lettres de Laennec, ce qui rend sa biographie vivante », précise Laurence Monnais, directrice de BHMS. Et de souligner que cette parution a été prévue pour coïncider avec le bicentenaire de la mort de Laennec : « Cette occasion nous semblait idéale pour publier son travail en français », relève l’éditrice.

Les fondements de la clinique

En remettant ce personnage sur le devant de la scène, l’idée était aussi de se défaire de quelques mythes, comme le rappelle le docteur David Gachoud, médecin au CHUV, qui signe la postface : « Pour toute une catégorie de la population, Laennec est le père du stéthoscope. Mais cette compréhension est restreinte : nous lui devons les fondements de la clinique ! » Ou, pour reprendre les termes du sous-titre de l’ouvrage, « l’invention du diagnostic moderne ».

Pendant toute sa carrière, Laennec s’est interrogé : « Comment recueillir et optimiser la collecte des bruits du corps ? Comment ausculter sa patientèle de la façon la plus efficace possible ? À son époque, on n’avait guère de moyens pour le faire », rappelle le docteur Gachoud. Détails que l’on oublie aisément à l’heure de l’imagerie et de l’échographie au lit du malade.

Qualité de la relation

Malgré ces avancées, David Gachoud plaide pour que l’auscultation perdure, « parce que ce geste permet d’obtenir certaines informations que l’on ne récoltera pas autrement. Et enfin parce que c’est ce qui fait l’intérêt du métier – on peut prescrire une IRM à quelqu’un qui vient consulter pour une douleur au genou, mais on peut aussi prendre le temps d’examiner cette articulation », rappelle-t-il. Un savoir-faire qui peut éviter des investigations onéreuses.

Et de rappeler que, loin d’être anodin, ce geste scelle aussi un rituel : « Le patient accepte le contact physique du médecin qui place ses mains sur lui et son stéthoscope à la peau, écrit-il. Ce rituel (…) contribue à la qualité de la relation médecin-patient et aurait même des vertus thérapeutiques. »1

L’ouvrage intéressera les amoureux de l’histoire de la médecine comme les amatrices de biographies. S’il résulte d’une impressionnante somme de recherches, l’autrice s’est immergée dans son sujet au point de parvenir à le rendre vivant. « Notre but consiste surtout à ramener ce sujet sur le devant de la scène, à lancer la discussion sur la pratique », conclut Laurence Monnais. Plusieurs événements en Suisse et en France devraient y contribuer.

Note1 p. 521

Pour en savoir plus

Mardi 28 avril 2026, 17h30-18h30, auditoire Mayor, bâtiment hospitalier, CHUV, Lausanne

Conférence de Jacalyn Duffin, hématologue et historienne, professeure émérite à l’Université Queen’s, Canada, et discussion avec le docteur David Gachoud, médecin, Service de médecine interne du CHUV, et maître d’enseignement et de recherche (FBM), autour du livre Laennec. L’invention du diagnostic moderne.

La conférence sera également diffusée en visioconférence (lien à venir sur le site de l’IHM).