Découvrez l’engagement des Lausannois·es dans l’agriculture urbaine ! Des étudiant·e·s de Master ont réalisé ces portraits filmés dans le cadre du séminaire d’agriculture urbaine en 2022. Toutes les vidéos sont disponibles en pied de cet article.
Sous la direction de Joëlle Salomon Cavin, Maître d’enseignement et de recherche à l’Institut de géographie et durabilité (IGD) et de Gustavo Nagib, post-doctorant boursier de la Confédération (2021-2022). Ces vidéos ont été rendues possibles grâce au soutien du Centre de soutien à l’enseignement de l’UNIL.
L’activisme dans toutes ses dimensions
En quoi jardiner/cultiver la ville peut-il être considéré comme un acte de résistance ou de contestation ou comme un acte militant ? Telle était la question proposée cette année aux étudiant·e·s du séminaire d’agriculture urbaine. L’idée de travailler sur cette question en 2022 est notamment inspirée par les travaux de Gustavo Nagib. Postdoctorant à l’IGD, ce chercheur brésilien a mené sa recherche doctorale sur la place de l’activisme dans les jardins partagés de Sao Paolo et de Paris.
Loin d’une définition arrêtée du militantisme et de l’activisme en agriculture urbaine, le séminaire a visé au contraire à en interroger ses multiples contours. Il s’attache notamment à une analyse concrète des modes d’engagements, de résistance et de militantismes d’acteurs et d’actrices de l’agriculture urbaine lausannoise.
Au total, huit portraits filmés ont été réalisés. A partir d’une liste proposée par Gustavo Nagib sur la base de ses propres enquêtes, les étudiant·e·s ont choisi les personnalités dont ils souhaitaient réaliser le portrait. Au final, ces travaux offrent un panel très large de postures engagées, des plus radicales aux plus ordinaires, de la zone à défendre aux petits gestes militants du quotidien, tout en faisant découvrir les personnalités de celles et ceux qui s’engagent.
Au travers de leurs témoignages, on apprend quels sont les profils et les parcours des militant·es de l’agriculture urbaine à Lausanne, quelles sont leurs motivations et parfois les luttes, projets politiques ou utopiques qui s’y rattachent.
Révéler les turpitudes du capitalisme par l’agriculture urbaine – Entretien avec les militant·e·x·s du Quartier libre de Clandé
Graines de rébellion – Entretien avec Isabelle Veillon de l’association Chailly 2030
Les paniers de la Mule : une agriculture urbaine engagée ? – Entretien avec Alexis Dubout des Paniers de la Mule
Redonner le pouvoir d’agir par l’agriculture urbaine – Entretien avec Elise Magnenat du Jardin aux 1000 mains
Quiconque jardine est un militant – Entretien avec Sonia Vieira de Graines de Villes
Cultiver l’esprit critique – Entretien avec Baptiste de la Ferme de Bassenges
Trois militantes de l’association d’étudiant-e-s la PEL
Association EnVie Montchoisi : Les petits gestes militants du quotidien
Séminaire de Master
Depuis 2020, des étudiant·es de Master interviewent des agriculteur·rices et de jardinier·ères sur leurs rapports à la nature, dans le cadre d’un séminaire en agriculture urbaine.
Le projet continue : retrouvez les entretiens de toutes les sessions, ainsi que les réflexions surgissant autour de ces belles rencontres entre humains et non-humains.
Thèse en géographie, soutenue le 17 octobre 2022 par Emilie Simon, rattachée à l’Institut de géographie et durabilité (IGD) de la FGSE.
Augmentation de la température moyenne de l’air, réchauffement des océans, déclin régulier de la cryosphère, élévation accélérée du niveau de la mer et concentration croissante des gaz à effet de serre dans l’atmosphère : le changement climatique et l’influence de l’homme sur ce phénomène sont désormais sans équivoque. Notre système énergétique actuel, basé sur les énergies fossiles, est le principal responsable des émissions anthropiques mondiales. Il est donc crucial de commencer à construire un nouveau système énergétique sûr, capable de répondre à la demande d’énergie tout en tenant compte de la nécessité absolue de limiter le réchauffement climatique à un niveau acceptable. Cela implique une transition d’un système énergétique qui dépend fortement des combustibles fossiles tels que le charbon, le pétrole et le gaz naturel vers un système énergétique qui repose principalement sur les énergies renouvelables.
L’objectif est clair, mais le chemin pour y parvenir n’est pas encore tracé. Comment orchestrer le déclin des combustibles fossiles ? Ayant la plus faible intensité de carbone de combustion des trois principaux combustibles fossiles, le gaz naturel est parfois présenté comme le combustible fossile de transition. Il est souvent décrit comme un compagnon des énergies renouvelables intermittentes, car il peut être une source bienvenue de flexibilité pour le système électrique. En outre, son infrastructure pourrait favoriser l’émergence de gaz renouvelables tels que le biométhane, le méthane de synthèse et l’hydrogène. Cette énergie doit-elle donc jouer un rôle particulier dans la transition énergétique ? En Suisse, le gaz naturel joue un rôle important dans son système énergétique. En effet, il représente 15% de la consommation finale d’énergie et son réseau s’étend sur 20’000 km. Alors que le pays s’est engagé à transformer son système énergétique afin d’atteindre la neutralité climatique d’ici 2050, quel sera le rôle du gaz naturel demain ? Est-il possible de mettre ses infrastructures au service de la transition énergétique ?
L’objectif de cette thèse cumulative composée de trois articles différents est donc d’explorer le rôle que le gaz naturel et ses infrastructures peuvent jouer dans la transition énergétique bas carbone en Suisse.
Le premier article a adopté une approche qualitative et holistique afin d’explorer tous les aspects de cette question. Les deux plus grands défis liés à la transition énergétique en Suisse ont été identifiés : L’approvisionnement en électricité en hiver ainsi que la lenteur de la décarbonisation du secteur du bâtiment. La mesure dans laquelle le gaz naturel et son infrastructure pourraient les résoudre a été mise en lumière.
Le deuxième article a adopté une approche quantitative pour analyser l’implication du déploiement de l’un des rôles identifiés dans le premier article : Les centrales de production combinée de chaleur et d’électricité alimentées au gaz naturel comme solution de production d’électricité pour la transition énergétique. Les résultats ont montré que le développement de cette solution peut réduire l’empreinte GES de l’électricité consommée en Suisse.
Le troisième article a adopté une approche quantitative pour améliorer le modèle développé dans le deuxième article et pour analyser l’impact du démantèlement de la centrale nucléaire de Mühleberg. L’article a également utilisé une approche qualitative pour identifier les barrières qui empêchent la pénétration de la cogénération en Suisse. Les résultats ont montré que les PCCE sont confrontés à de nombreux obstacles. Tant qu’il n’y a pas de définition claire d’une stratégie concernant la technologie PCCE au niveau fédéral et cantonal, une réelle pénétration du marché semble compromise.
Globalement, cette thèse contribue à une meilleure compréhension du rôle du gaz naturel et de son infrastructure dans le contexte de la transition énergétique en Suisse.
Thèse en géographie, soutenue le 29 septembre 2022 par Sebastian Vivero, rattaché à l’Institut de géographie et durabilité (IGD) de la FGSE.
Les glaciers rocheux actifs sont des éléments importants de la cryosphère situés dans de nombreuses régions montagneuses, où des facteurs géomorphologiques et climatiques favorables permettent leur développement. Le mouvement des glaciers rocheux représente la manifestation du fluage du pergélisol de montagne, qui a fait l’objet d’une attention considérable en raison de ses changements dynamiques actuels, principalement constatés dans les Alpes européennes.
Les développements récents dans le domaine des systèmes de drones et de la photogrammétrie numérique permettent une augmentation des données à haute résolution, ainsi que l’amélioration du traitement des images et des protocoles d’acquisition. La combinaison de jeux de données à haute résolution et d’analyses géomorphologiques détaillées peut apporter de nouvelles perspectives pour mieux comprendre la dynamique des glaciers rocheux.
Cette thèse de doctorat vise à tester ces nouveaux instruments et protocoles de traitement des données afin d’étudier les variations de vitesse des glaciers rocheux en différents endroits et d’améliorer notre compréhension de l’évolution du relief.
Les résultats de plusieurs glaciers rocheux suisses indiquent une accélération rapide et des changements de surface drastiques avec des implications sur la stabilité du terrain. D’autres résultats provenant des Andes Arides indiquent une accélération constante et la déstabilisation de certaines glaciers rocheux. Finalement, ce travail souligne les avantages d’une surveillance à résolution fine pour mieux comprendre la dégradation actuelle du pergélisol dans le contexte du changement climatique.
Judith Eeckman, Institut de géographie et durabilité
Après avoir exploré les versants du Népal, la Dre Judith Eeckman a posé ses capteurs dans le Vallon de Nant. Cette réserve naturelle des Alpes vaudoises présente un système hydro-climatique particulièrement passionnant : la structure du Vallon offre un relief varié, avec un glacier situé au fond du vallon, et des alpages séparés par les anciens verrous glaciaires. Savez-vous que «nant» est le nom des petits ruisseaux qui parcourent le vallon ? Ils confluent pour former la rivière principale : l’Avançon de Nant.
La géologie et l’environnement de ce site ont été étudiés depuis le 19e siècle au moins et sont très bien documentés. Plusieurs groupes de recherche de la FGSE y ont travaillé ou y sont actifs, dans les domaines de l’écologie, du changement climatique, de l’hydrologie, de la géologie et de la pédologie. Pour mener à bien ses recherches, Judith Eeckman, première assistante à l’Institut de géographie et durabilité, profite du matériel mis en place par d’autres groupes de la FGSE (trois stations météo et une station hydrologique). Elle a également mis en place ses propres instruments de mesure. Elle nous décrit sa recherche et son travail dans le Vallon.
Quels sont les axes essentiels de votre recherche ?
Judith Eeckman : Je mène actuellement deux projets :
Premièrement, j’établis une climatologie spatialisée des températures dans le vallon : en somme, j’estime les températures mensuelles sur un maillage de résolution très fin (de 25 m en 25 m) à partir des mesures sur le terrain, mais aussi de calculs statistiques.
En parallèle, je décris les mécanismes d’infiltration des eaux de fonte des neiges dans les différents types de sols que l’on rencontre dans le vallon. J’estime aussi les temps de stockage de cette eau dans les sols avant qu’elle ne s’exfiltre vers la rivière.
Cette recherche s’inscrit dans la continuité de ma thèse, durant laquelle j’ai mis en place une modélisation numérique pour comprendre le fonctionnement hydrologique de petits bassins versants dans l’Himalaya. Ce sont des milieux très complexes et il faut faire beaucoup d’hypothèses simplificatrices pour réussir à les modéliser. En général, l’on considère qu’en montagne, les sols sont peu épais, sableux et que l’eau ruisselle plutôt en surface du fait de la pente. Mais c’est loin d’être toujours vrai, en particulier pour l’eau de fonte qui peut s’infiltrer lentement dans les sols. L’aboutissement principal de ma thèse était donc de me pencher sur cette problématique peu documentée, en particulier en montagne.
Quel matériel utilisez-vous pour vos recherches ?
JE : Pour le premier projet, j’utilise en partie les données des trois stations météorologiques qui étaient déjà en place dans le Vallon (et que j’ai en partie remises en état). J’ai également installé de nombreux thermomètres répartis dans tout le vallon. Ceux-ci me permettent d’avoir des mesures de la température à des endroits clés du Vallon et de pouvoir ainsi en constituer une cartographie précise.
Pour mon deuxième projet, j’utilise plusieurs mesures : d’une part, la surface et l’épaisseur du manteau neigeux et d’autre part, le volume d’eau susceptible de s’infiltrer dans les sols lors de la fonte de la neige.
Le manteau neigeux est-il mesuré automatiquement ?
JE : Aux stations météorologiques, un capteur de hauteur de neige fonctionne avec des ultrasons et des caméras permettant de vérifier les jours d’enneigement.
Capteur de hauteur de neige
Station météo et webcam sur le plateau du Vallon
Un deuxième système moins commun a été mis en place en 2021 grâce au soutien du Fond d’investissement de la FGSE (FINV). Il s’agit d’un portique métallique muni de deux électrodes qui se placent à 3 cm du sol. Ces électrodes permettent de mesurer la quantité d’eau contenue dans la couche neigeuse à proximité du sol, dont on estime qu’elle va quasi totalement s’infiltrer. Cet appareil fournit de précieuses mesures, mais fonctionne moins bien lorsque la couche neigeuse est faible (quelques centimètres). C’est pourquoi la combinaison de ces trois sources de mesures est nécessaire afin d’avoir des données précises de l’enneigement du vallon.
Comment peut-on suivre l’infiltration de l’eau ?
JE : L’humidité des sols est mesurée à l’aide de capteurs d’humidité du sol en forme de petits tridents, disposés dans le sol à trois profondeurs différentes. Trois sites de mesure ont été choisis en fonction de leur intérêt (deux sur des poches argileuses, un sur sol sablo-limoneux représentatif de la majorité des sols du vallon) et de leur accessibilité. Ils sont aussi placés de manière à ne pas déranger promenade et élevage, et sont munis d’une petite pancarte explicative pour les esprits curieux.
Boîtier d’enregistrement des données d’humidité des sols. Les capteurs en forme de trident sont enfouis dans le sol à trois profondeurs différentes
Finalement la part d’eau qui arrive dans la rivière principale est mesurée au niveau de la station hydrométrique installée et maintenue par le groupe de Virginia Ruiz-Villanueva. Cette station me permet de suivre le débit de la rivière tout au long de l’année.
Station hydrométrique permanente située sur l’Avançon de Nant, en aval du Vallon de Nant, hors de la Réserve. Le débit de l’eau y est enregistré en continu
Les premiers résultats obtenus sont prometteurs : j’observe la fonte rapide de la neige au printemps ou durant l’hiver, puis avec un intervalle de décalage, une augmentation de l’humidité des sols selon une courbe moins rapide. Une troisième courbe se dessine ensuite au niveau du débit de la rivière qui augmente également. Ces courbes dessinent comme une danse en se succédant selon leur propre rythme. L’effet tampon des sols dans un tel système est très important, notamment dans des situations de sécheresse, car il permet d’assurer la disponibilité de l’eau dans les sols et dans les rivières, même en dehors des périodes de pluie ou de fonte de la neige. Cependant les écoulements dans les sols en montagne restent encore peu compris. Cette question est au cœur de ce projet.
Quels sont les aspects les plus difficiles de votre travail sur le terrain ?
JE : Le travail de terrain en montagne est la plupart du temps sportif : les sites de mesures sont éloignés les uns des autres et un grand dénivelé est à parcourir. Outre les relevés réguliers à effectuer, il a par exemple fallu quatre jours à deux personnes pour installer les thermomètres dans le Vallon. Tout cela en transportant des piquets de 2 mètres de haut, en plus du reste du matériel. Les aléas de la météo font également partie du travail. Durant l’hiver 2021-22, une caméra n’a pas résisté au froid et une station météo a été emportée dans une coulée de neige. En début d’été, il faut donc consacrer du temps à remettre le matériel en place et en fonction. Le fait de travailler la plupart du temps seule sur le terrain me pèse parfois.
Qu’est-ce que vous appréciez le plus dans votre activité sur le Vallon ?
JE : Le cadre de travail est magnifique et vraiment idéal pour ma recherche. Le Vallon de Nant est un peu comme un «concentré» des divers milieux que l’on peut trouver en montagne, avec différents mécanismes hydrologiques. On trouve d’anciennes moraines glaciaires, qui stockent énormément d’eau tout au long de l’année, mais aussi des alpages avec différents types de sols. Ce terrain est à la fois relativement accessible et assez préservé des infrastructures humaines, ce qui permet d’étudier les processus hydrologiques «naturels».
Par ailleurs, ce travail me donne l’occasion d’échanger avec divers acteurs du Vallon. J’ai pu créer un contact avec les usagers réguliers du Vallon et leur expliquer mes recherches et mes démarches. Lorsque je travaille près des sentiers touristiques, des randonneurs s’arrêtent souvent pour me demander ce que je fais et sur quoi je travaille, ou posent des questions sur les instruments de la station météo. C’est suite aux questions qui me sont régulièrement posées lorsque j’y travaille que j’ai décidé d’installer un panneau pédagogique à l’intention des visiteurs.
JE : Je vais récolter les données des thermomètres que j’ai installés en 2021. Ces données vont me permettre de comparer de manière critique les estimations de températures que j’ai effectuées à partir de modèles ou de méthodes statistiques. L’idée est de publier ces résultats sur la température pour que cela puisse servir à d’autres études dans des domaines comme la botanique ou l’écologie dans le Vallon de Nant. Ensuite, durant l’hiver 2022-2023, je réinstallerai l’instrument de mesure de la fonte et tout mon dispositif de mesure «hiver», pour récupérer les données au printemps. J’aurai ainsi deux années de mesures de la neige dans le Vallon, ce qui, je l’espère, me permettra d’analyser l’infiltration de l’eau de fonte dans les sols. Il s’agit pour moi d’approfondir cette question du rôle de «tampon» des sols, de décrire le trajet de l’eau et le temps qu’elle prend dans ses transferts. Je pense qu’il est fondamental actuellement de mieux comprendre le rôle des sols au niveau hydrologique, en particulier pour ce qui est d’estimer et de réduire le risque de sécheresse.
Le Swiss Polar Institute (SPI) et des experts scientifiques de l’ETHZ, UNIBERN et UNIL vont collaborer avec l’équipe de voile offshore Oliver Heer Ocean Racing pour collecter des données environnementales pendant leur campagne du Vendée Globe 2024.
Suite au contact entre le Swiss Polar Institute et Oliver Heer qui considère que la collaboration avec des scientifiques et la collecte de données environnementales sont au cœur de sa responsabilité en tant que chef de campagne et skipper, soutenant sa vision #RaceForChange, le Swiss Polar Institute a réuni un groupe d’experts scientifiques de l’ETH Zurich, de l’Université de Berne et de l’Université de Lausanne pour concevoir une campagne scientifique innovante en lien avec le changement climatique.
Oliver Heer Ocean Racing et le SPI annoncent ainsi une collaboration de trois ans pour placer la science suisse de pointe au niveau mondial sur le voilier de course IMOCA – Gitana 80 d’Oliver Heer et mener une campagne de collecte de données pendant les phases d’entraînement et de course du défi Vendée Globe entre 2023 et 2025.
Le Swiss Polar Institute a été approché par le skipper suisse Oliver Heer dans le cadre de sa propre campagne en vue de participer à la course du Vendée Globe 2024. Cette campagne est centrée sur le thème du changement climatique et s’oriente vers la neutralité climatique grâce à un partenariat avec ClimatePartner.
Samuel Jaccard, Institut des sciences de la Terre
Le Prof. Samuel Jaccard de la FGSE (UNIL, ISTE) nous en dit plus sur sa contribution au projet et ce qui est attendu en termes de résultats :
Pour votre part, quelle est le type de données qui vous intéresse par rapport à l’ensemble d’informations qui sera capté par les sensors ? Sur combien de temps ou combien de courses s’étalera la collecte avant que les données ne soient analysées ? Sont-elles transmises en temps réel ?
Samuel Jaccard : La collecte des données s’étalera sur l’ensemble des courses auxquelles participera Oliver Heer, ainsi qu’à ses sorties d’entraînement. Pour autant que les connections satellitaires le permettent, les données devraient être transmises en temps réel. Pour ma part, les données qui a priori m’intéresseront le plus sont les mesures du CO2 dissout dans l’Océan Austral, qui permettront de mieux quantifier les échanges de CO2 entre l’océan de surface et l’atmopshère. L’Océan Austral absorbe en effet une quantité importante de CO2 d’origine anthropique, permettant de limiter en tout cas temporairement le réchauffement climatique. Malgré l’importance de l’Océan Austral dans le système climatique, sa dynamique reste comparativement peu connue, ce avant tout pour des raisons logistiques. Ces données seront donc très utile à cet égard.
S’agissant d’une course au large à la voile, la route suivie par le navigateur suisse n’est évidemment pas totalement établie à l’avance, dépendant des conditions météorologiques et de l’adaptation de la stratégie de course tout au long de celle-ci et les scientifiques ne peuvent, nous l’imaginons, pas influencer celle-ci: comment cela influence-t-il les données obtenues et la méthode de traitement de celles-ci ?
Samuel Jaccard : En effet. La récolte des données sera tributaire des conditions météorologiques, ainsi que de la stratégie de course. Cela étant, l’itinéraire général est tracé et connu et devrait nous permettre de récolter des informations précieuses quant au fonctionnement de l’océan, notamment hors des routes principales empruntées par les navires commerciaux.
Comment va se répartir la collaboration entre les chercheurs des institutions impliquées et quels sont les objectifs communs en termes scientifiques ?
Samuel Jaccard : Nous allons travailler dans un esprit de collaboration. Nous nous connaissons bien at avons travaillé ensemble par le passé. L’équipe de l’université de Berne s’intéresse avant tout aux paramètres de températures et salinité, alors que mon collègue de l’ETH et moi-même allons peut-être nous focaliser davantage sur les données de CO2 dissout.
Delphine Gilliard, Institut des sciences de la Terre
Delphine Gilliard, doctorante à l’Institut des sciences de la Terre, a participé, du 31 août au 6 octobre 2021, à une campagne d’échantillonnage sous-marin près des Açores, effectuée par une équipe interdisciplinaire, à bord du bateau de recherche allemand Meteor.
Une expérience nouvelle pour elle et un peu unique, qu’elle nous fait partager dans un carnet de bord en quatre volets, à déguster au long de l’été.
Le dernier jour d’échantillonnage a été célébré avec un barbecue et une fête sur le pont.
Pendant le chemin du retour (environ 6 jours), le temps était dédié au rangement et au ménage dans les laboratoires, ainsi qu’à l’écriture d’un rapport sur ce que chaque participant-e avait fait à bord. Les derniers jours étaient les plus longs car l’on n’avait plus grand chose à faire et que l’on était de retour dans la mer du Nord avec une météo pluvieuse et froide.
Le dernier jour, il a fallu déplacer, empaqueter et charger dans des containers le matériel et les boites d’échantillons.
Enfin c’était l’heure des au revoir et de prendre le car direction Kiel. Retour un peu triste à la vie normale et au calme après avoir vécu cinq semaines dans un espace contigu sans jamais être seule : une expérience que je recommande définitivement !
Pause dans la cabine pendant le trajet du retourLe Meteor au port d’EmdenDéchargement et stockage des échantillons qui doivent rester congelés.
Thèse en sciences de l’environnement, soutenue le 8 septembre 2022 par Pascal Perolo, rattaché à l’Institut des dynamiques de la surface terrestre (IDYST) de la FGSE.
Si les eaux intérieures ont été reconnues comme d’importants émetteurs de CO2 et réacteurs du cycle global du carbone, la lumière a été essentiellement faite sur les zones humides, le pergélisol et les lacs humiques, sous le paradigme selon lequel la sursaturation des lacs en CO2 découle de processus métaboliques. Dans ce tableau, les grands lacs profonds, avec des duretés de l’eau élevées, tels que le lac Léman, ont été largement négligés, considérés comme neutres vis à vis de l’atmosphère. Cependant, ces conceptions reposent sur des données mal résolues dans le temps et dans l’espace, ce qui conduit à une compréhension déficiente de la dynamique du CO2 de surface à petite échelle dans les grands lacs d’eau dure profonds et à des incertitudes majeures sur leurs émissions annuelles de CO2 estimées à l’échelle du lac. En utilisant le lac Léman comme site modèle, les principaux objectifs de cette thèse de doctorat sont
d’obtenir une compréhension à haute résolution de la dynamique et des flux de CO2 de surface au lac,
de dénouer les liens physiques et processus biogéochimiques contrôlant les flux de CO2 à l’interface lac-atmosphère,
de dériver des directives méthodologiques sur la fréquence à laquelle les différentes composantes des flux de CO2 doivent être surveillées pour obtenir des estimations représentatives des flux annuels de CO2.
Les flux de CO2 à la surface des lacs opèrent par un transport diffusif net, obéissant à la première loi de Fick, souvent exprimée comme F = k(Cw – Csat), où F est le flux de gaz CO2, k est la vitesse de transfert du gaz, Cw est la concentration de CO2 à la surface de l’eau, et Csat est la concentration de CO2 à saturation avec l’atmosphère. La ligne directrice de ce travail est la décomposition des termes de l’équation Fickienne pour quantifier le rôle des processus physiques et biogéochimiques sur leur dynamique. Dans cet objectif, la variation temporelle du CO2 de surface du lac et la vitesse d’échange de gaz a été mesurée à une résolution horaire tandis que leur composante spatiale a été abordée en comparant les environnements pélagiques et littoraux. Ces travaux ont bénéficié de l’initiative continue des stations off-shore et in-shore de surveillance haute fréquence : la plateforme LéXPLORE (profondeur 110 m) et le mât de Buchillon (profondeur 4 m), représentatifs des deux milieux.
La première étude est dédiée aux processus impliqués dans la vitesse de transfert du gaz (k). Les mesures directes et continues de k sont techniquement difficiles, de sorte que les valeurs de k introduites dans les estimations annuelles des flux de CO2 pour les lacs sont modélisées plutôt que quantifiées sur le terrain. Jusqu’à présent, les modèles k dans les lacs ont tenu compte de l’effet du cisaillement du vent (toutes tailles de lacs) et de la convection (petits lacs). Contrairement aux études océanographiques, l’effet des vagues de surface, bien qu’occasionnellement présent dans les grands lacs lorsque le fetch du vent (distance de bord à bord d’un lac ou distance d’un bord à un point donnée sur le lac) est suffisamment long, n’est généralement pas inclus dans les modèles de k pour les lacs. Ici, nous démontrons que la prise en compte des vagues de surface générées lors d’événements venteux (> 5 m s– 1) améliore considérablement la précision des estimations de k dans les grands lacs (fetch > 15 km). L’application sur une période de 1 an du nouveau modèle k amélioré montre que des événements extrêmes épisodiques avec des vagues de surface peuvent générer plus de 20% du k cumulé annuel et plus de 25% des flux nets annuels de CO2 dans le lac Léman. De plus, l’intégration de la variabilité spatiale du k est proposée à l’aide d’un modèle météorologique spatial.
Étant donné que tous les termes de l’équation de flux sont difficiles à mesurer ou à paramétrer à une résolution fine à l’échelle temporelle et spatiale sur des périodes annuelles, peu d’études peuvent relier simultanément les variabilités du flux de CO2, du CO2 de l’eau et de k. L’objectif de cette deuxième étude est d’évaluer la fréquence minimale d’échantillonnage des données d’entrée, nécessaire aux estimations représentatives des flux annuels de CO2 à la surface d’un grand lac. Ici, nous montrons que des estimations représentatives des flux de CO2 nécessitent des k modèles à haute fréquence (horaire), tout au long de l’année, pour capturer des événements de turbulence intense mais de courte durée. Des mesures quotidiennes et hebdomadaires du CO2 de l’eau sont nécessaires pendant les périodes de transitions (printemps et automne), tandis que la fréquence d’échantillonnage du CO2 peut être relâchée pendant les périodes de stabilité comme l’été. En outre, nous montrons que les flux de CO2 littoraux, qui sont supérieurs d’un ordre de grandeur aux flux pélagiques, contribuent de manière significative aux émissions totales du lac même lorsque le littoral ne représente qu’une très petite part de la surface totale du lac. Enfin, nous proposons des solutions pour améliorer ces quantifications des échanges de gaz de CO2 en utilisant des outils numériques actuels tels que les modèles météorologiques spatiaux, les modèles hydrodynamiques et la reconstruction de données.
La dernière étude est consacrée à l’interaction entre l’alcalinité et les processus biologiques, en relation avec les dynamiques de CO2 de surface. Dans les systèmes d’eau douce alcalins tels que le lac Léman, l’apparente absence de limitation du carbone à la production primaire brute (GPP) à de faibles concentrations de CO2 suggère que les bicarbonates peuvent soutenir la GPP. Cependant, la contribution des bicarbonates à la GPP n’a jamais été quantifiée dans les lacs au fil des saisons. Nous pouvons démontrer pour la première fois que le CO2 disponible à la surface du lac n’est pas suffisant pour maintenir la GPP pendant les deux tiers de l’année dans le lac Léman. Pour soutenir le taux élevé de production d’O2, les producteurs primaires aquatiques pompent les bicarbonates de l’alcalinité pour soutenir la GPP. Le rôle négligé de l’alcalinité dans le cycle du carbone de l’eau douce est mis en évidence tout au long d’un cycle annuel. De plus, nous montrons que la fixation des bicarbonates par les producteurs primaires, loin d’être anecdotique, peut être le modèle dominant pour les lacs d’eau dure.
Finalement, l’ensemble des résultats de ces trois études, couplé à la littérature existante, permet de proposer un cycle conceptuel du carbone pour les grands lacs alcalins profonds. Il met en évidence l’interaction complexe des processus physiques et biogéochimiques responsables des émissions de CO2 sur un cycle annuel et démontre que le lac peut être considéré comme un transformateur de carbone actif. Pour conclure, les limites et les perspectives de cette recherche sont discutées en mettant l’accent sur les estimations futures des flux de CO2 des lacs intégrés dans le temps et dans l’espace à l’aide de nouveaux outils numériques tels que le couplage de modèles physiques et biogéochimiques, et le Deep Learning.
Delphine Gilliard, Institut des sciences de la Terre
Delphine Gilliard, doctorante à l’Institut des sciences de la Terre, a participé, du 31 août au 6 octobre 2021, à une campagne d’échantillonnage sous-marin près des Açores, effectuée par une équipe interdisciplinaire, à bord du bateau de recherche allemand Meteor.
Une expérience nouvelle pour elle et un peu unique, qu’elle nous fait partager dans un carnet de bord en quatre volets, à déguster au long de l’été.
Les journées sont bien remplies et on n’a pas le temps de se tourner les pouces. On travaille tous beaucoup mais les moments de pauses sont toujours relaxants et agréables. Il y avait beaucoup d’entraide entre les chercheurs et on trouvait toujours quelqu’un pour un coup de main. A la fin de nos journées de travail (vers 20h pour moi), on se retrouvait souvent dehors sur le pont pour boire un verre et se détendre. J’ai trouvé ces soirées importantes pour le moral car même quand les journées étaient dures, on savait qu’elle serait suivies à la fin par un bon moment.
Laboratoires flottants
Les CTDs, qu’est-ce que c’est ? (photo : DG)
Mon travail à bord comprenait plusieurs tâches entre les CTDs, le laboratoire du thorium-uranium et le chrome. Du coup je changeais souvent de laboratoire. Dans mon laboratoire «principal», je filtrais, préparais et mesurais le thorium. Je stockais aussi mes échantillons de chrome. La partie manipulation chimique du thorium se passait dans un autre laboratoire car cela nécessitait l’utilisation d’une chapelle et d’eau déminéralisée.
Finalement les manipulations chimiques pour le chrome se passait dans ce qu’on appelle le clean container. Ce labo est différent des autres car il doit rester le plus propre possible en termes de particules et de métal. C’est-à-dire que toute la structure interne du labo est en plastique pour éviter des contaminations métalliques et qu’il y a un sas pour éviter que l’air extérieur n’entre dans le labo. Le chrome est présent dans beaucoup de matériels métalliques et est facilement contaminable, c’est pourquoi mon travail avec le chrome s’effectuait dans ce laboratoire. Pour y accéder, on devait passer une combinaison, mettre un filet sur notre tête et changer de chaussures. Finalement la chapelle est aussi différente, l’air est propulsé au dehors pour éjecter toutes les particules de l’air ambiant, c’est l’opposé d’une chapelle traditionnelle de laboratoire.
Le gros plus de chaque labo (sauf le clean container) est qu’ils étaient dotés d’un ordinateur avec une sono et un vaste choix musical pour travailler avec un fond musical !
De manière générale, la météo était favorable, donc une mer calme à part une journée un peu plus mouvementée qui a rendu les manipulations en laboratoire plus délicates.
Les nuits sur le bateau
Les nuits sont généralement courtes à cause des horaires de travail mais aussi à cause du mouvement du bateau. Il y avait de bonnes et de moins bonnes nuits… Par exemple, dans les bonnes nuits, les vagues nous berçaient de manière perpendiculaire aux lits. On a alors la sensation de se faire bercer de haut en bas avec ce mouvement de tangage. Cependant il y a les moins bonnes, quand le To-Yo (appareil de mesure) était utilisé pendant la nuit, les allers-retours du bateau nous berçaient de gauche à droite. A cause de ça, on avait toujours la sensation de rouler de gauche à droite, voire de tomber. En fait, quand on n’a pas l’habitude de ce mouvement de roulis, on a l’impression qu’on va basculer, ce qui nous réveille. Une des techniques pour atténuer la sensation de bascule était de se caller contre le mur et de rouler la couverture contre nous pour bloquer les mouvements. Cela fonctionnait partiellement…
Toutes les manipulations des CTD pour le thorium-uranium-radium m’ont été enseignées par André Mutzberg. C’est aussi lui qui m’a appris comment préparer, lancer, fermer les CTD et a travaillé avec moi. Il a été d’une aide précieuse pour moi pendant toute l’expédition et je lui en suis reconnaissante. Il arrivait aussi que tout le programme soit décalé et que l’on doive réadapter les horaires. Parfois nous devions travailler après le repas jusqu’à 22h.
La Journée-type du «chercheur marin»
06:00 Réveil 06:15 Début du labo pour le thorium 06:40 Regarder les données de la «trace metal rosette» pour savoir ou échantillonner le chrome 06:50 Labelliser les bouteilles et tubes pour l’échantillonnage du chrome, lancer les nouvelles mesures pour le thorium 07:00 Réveiller ma colocataire de cabine 07:15 Petit déj en petit comité car la plupart des scientifiques dorment encore 07:45 Pause-café sur le pont en profitant du lever de soleil et du calme avant la tempête 08:15 Préparer la CTD pour le thorium, les nutriments, l’uranium et le radium 09:00 Lancement du programme et de la première CTD, mise à l’eau et prise de note 09:15 Manipulation sur les échantillons du thorium de la veille et préparation-labellisation des bouteilles pour le thorium et l’uranium 10:00 Analyse des données de la première CTD, choix de la profondeur d’échantillonnage thorium-uranium-radium, remontée de la première CTD 10:10 Fermeture des bouteilles de la première CTD, préparation de la seconde CTD 10:30 Échantillonnage de la première CTD, lancement de la deuxième CTD 11:00 Analyse des données de la seconde CTD, choix de la profondeur d’échantillonnage thorium-uranium-radium, remontée de la seconde CTD 11:30 Fermeture des bouteilles de la première CTD 11:50 Pause midi ! 12:10 Remontée et échantillonnage de la deuxième CTD 13:00 Acidification du thorium-uranium 14:00 Filtration des échantillons de thorium de la veille, préparation des échantillons de thorium pour les mesurer 14:30-16:00 Préparation des échantillons de chrome(III) dans le clean lab, préparation de la troisième CTD 16:30 Échantillonnage de la troisième CTD et acidification du thorium et de l’uranium 17:45 Repas du soir ! 18:20 Parfois encore un peu de travail pour préparer les échantillons de thorium à être mesurer. Profiter de la soirée avec les membres de l’équipage et l’équipe scientifique comme partager un verre sur le pont avec de la musique, regarder un film, jouer au ping-pong, karaoké, discuter au calme ou simplement profiter d’être seule et lire un livre. La soirée est aussi le meilleur moment pour essayer de téléphoner à ses proches. 20:00-22:00 Continuer à se détendre et vérifier les mesures de thorium et si possible lancer les prochaines mesures et dormir !
Delphine Gilliard, Institut des sciences de la Terre
Delphine Gilliard, doctorante à l’Institut des sciences de la Terre, a participé, du 31 août au 6 octobre 2021, à une campagne d’échantillonnage sous-marin près des Açores, effectuée par une équipe interdisciplinaire, à bord du bateau de recherche allemand Meteor.
Une expérience nouvelle pour elle et un peu unique, qu’elle nous fait partager dans un carnet de bord en quatre volets, à déguster au long de l’été.
Les sept premiers jours ont été consacrés au transit jusqu’à notre région d’échantillonnage au milieu de l’océan Atlantique, proche des Açores. Ce qui nous a laissé le temps de nous acclimater à la mer pour ceux et celles qui avait le mal de mer (comme moi), de mettre en place nos laboratoires et de faire connaissance avec les scientifiques et les membres de l’équipage. La première semaine s’est aussi déroulée sous le signe du Covid-19 avec masque obligatoire hors de nos cabines et tests rapides tous les matins jusqu’au test PCR le 7e jour. Une fois l’équipage et l’équipe scientifique déclarée « Covid free », on a pu retirer nos masques retourner à une vie normale. La langue parlée sur le bateau était principalement l’anglais puisqu’il y avait différentes nationalités au sein de l’équipe scientifique (principalement allemande, colombienne, canadienne, étasunienne, chinoise, indienne et suisse) et les scientifiques allemands étaient les plus représentés.
Le trajet effectué en bateauUn moment de détente dans la cabine
Les premiers jours ont été exigeants en termes d’énergie car tout était nouveau, le lieu, les gens, la mer, les règles à bord. Pour commencer, j’ai eu le mal de mer et j’ai passé beaucoup de temps à fixer l’horizon et à dormir, car les médicaments contre le mal ont un effet soporifique. Au moins, je pouvais sociabiliser avec les gens dans le même état que moi en ayant de longues discussions en fixant l’horizon.
Il m’a fallu quelques jours pour prendre mes marques et sympathiser avec l’équipe à bord, j’avais l’impression de découvrir un environnement parfaitement inconnu. J’imagine que c’est toujours le cas pour les gens qui font leur première expérience sur un bateau. Au début, mon stress était de savoir comment j’allais organiser mon travail car j’avais deux projets à exécuter : le thorium-uranium pour GEOMAR et le chrome pour mon projet de thèse à l’UNIL et que j’étais la seule de mon groupe de recherche à bord. Finalement et avec l’aide de l’équipe, j’ai vite trouvé ma place et une organisation qui fonctionnait plutôt bien. Il faut dire que l’équipage et l’équipe scientifique sont toutes et tous prévenants-es et aidants-es. Une très bonne ambiance s’est vite installée.
Les premiers jours d’échantillonnage
Je m’étais préparée du mieux que je pouvais pour cette première journée crash test et disons que ça s’est passé sans trop de casse. On est un peu lancé dans le grand bain et absolument tout est à apprendre et découvrir, c’était passionnant. Les jours qui ont suivi m’ont permis de m’organiser de mieux en mieux et de trouver ma routine. Bien sûr, il y avait des journées plus compliquées que d’autres. Par exemple quand du matériel de laboratoire ne fonctionne pas ou que les expériences chimiques ne se passent pas comme prévu. On prend vite du retard ou on perd un peu patience quand on loupe une expérience. On comprend vite que chaque jour on devra faire preuve d’adaptabilité et qu’on ne peut se fier que partiellement au programme. Chaque jour se ressemble tout en étant différent.
Thèse en sciences de la Terre, soutenue le 3 août 2022 par Lidia Loiotine, rattaché à l’Institut des sciences de la Terre (ISTE) de la FGSE.
Les phénomènes d’instabilité des masses rocheuses constituent un risque important pour la société et peuvent causer des dommages importants aux infrastructures anthropiques ou au patrimoine naturel, culturel ou historique des sites protégés. Bien que les glissements de terrain soient typiques des environnements montagneux, des phénomènes mineurs peuvent affecter les falaises côtières, également en raison du changement climatique. Ces épisodes représentent un risque non négligeable, notamment dans les lieux urbains ou touristiques. L’évaluation de la stabilité des versants rocheux, visant à définir le danger de glissement de terrain et, par conséquent, à celui du risque, nécessite un haut niveau de connaissance sur le comportement des matériaux et des processus capables de déclencher des phénomènes d’instabilité. En raison de la complexité de tels systèmes, il existe un degré d’incertitude important dans la modélisation des masses rocheuses, en particulier lorsque des systèmes de fractures sont présents qui déclenchent et guident leur comportement mécanique.
Ces dernières années, les géosciences ont utilisé des outils comme des drones, des laser scanners et des caméras thermiques pour soutenir la compréhension de ces systèmes complexes. Malgré cela, à l’heure actuelle, une procédure standard pour la caractérisation des masses rocheuses qui combine à la fois les levés traditionnels sur site et les techniques de télédétection n’a pas encore été formulée.
Cette thèse de doctorat se place dans ce contexte, qui a pour objectif principal l’étude de l’applicabilité des techniques évoquées pour la caractérisation des masses rocheuses dans des environnements complexes, « perturbés » par la présence de végétation, le passage de touristes et avec des géométries produites par les processus karstiques et atmosphériques. Le but ultime est de développer une procédure standard pour le développement de modèles géomécaniques tridimensionnels, qui résument toutes les informations sur la morphologie, la géologie et les processus en action nécessaires pour évaluer quantitativement la stabilité ou la propension à l’instabilité des masses rocheuses.
La première partie de cette thèse est informative et elle fournit une description des techniques et méthodes abordées dans la thèse, ainsi qu’une illustration de la démarche de recherche.
La deuxième partie du manuscrit concerne les tests, la validation et l’optimisation de différentes techniques de télédétection pour la caractérisation des masses rocheuses et présente un outil numérique innovant pour l’analyse bidimensionnelle des systèmes de fractures.
À cette fin, une cas d’étude a été identifiée dans un environnement côtier affecté par une morphologie complexe, comme des processus karstiques, atmosphériques, la présence d’une végétation méditerranéenne et des activités anthropiques.
Plus précisément, une comparaison quantitative des techniques de Terrestrial Laser Scanning (TLS), de photogrammétrie depuis le sol et à travers des systèmes de véhicules aériens sans pilote (UAV, c’est-à-dire des drones) est rapportée pour la caractérisation des masses rocheuses dans des environnements complexes à partir des nuages de points acquis. Une attention particulière a été portée à l’étude de la précision de ces méthodes pour l’extraction et la caractérisation des fractures et pour le suivi des pentes.
En outre, l’applicabilité de la thermographie infrarouge (IRT), assistée par des drones, a été évaluée pour la caractérisation des masses rocheuses et, plus précisément, visant à identifier les fractures et les cavités. La surveillance de 24 heures et l’analyse et l’interprétation subséquentes des données ont permis d’obtenir des corrélations entre la réponse thermique de la paroi rocheuse étudiée et certaines propriétés de la masse rocheuse. Cette section offre de nouvelles perspectives sur une technique encore en développement et propose une méthodologie innovante pour acquérir des informations utiles (quoique avec certaines limites) même si les conditions sur site ne sont pas favorables, avec la possibilité d’utiliser des techniques IRT dans des zones inaccessibles.
La dernière section de cette partie de la thèse est consacrée à l’analyse 2-D des traces d’orthophotofractures (vues de dessus) générées par télédétection. Bien que plusieurs méthodes soient disponibles pour la caractérisation 3-D à partir de nuages de points, les analyses 2-D, proposées dans la littérature il y a quelques décennies, sont obsolètes et chronophages. Par conséquent, dans le cadre de cette thèse, les méthodes proposées dans la littérature ont été adaptées à un environnement numérique (en MATLAB) pour identifier de manière semi-automatique les fractures et les caractériser d’un point de vue quantitatif, plus rapidement et plus efficacement. Cette procédure a d’abord été adaptée à des données générées artificiellement, puis appliquée à l’étude de cas et validée à travers les analyses réalisées in situ de manière conventionnelle.
Dans la troisième partie de ce manuscrit, l’objectif principal de la recherche est atteint. En détail, une procédure d’évaluation de la stabilité des masses rocheuses grace à l’intégration de techniques de télédétection et d’enquêtes sur le terrain, développée dans le cas d’étude, est rapportée. Toutes les données précédemment obtenues à partir d’enquêtes sur le terrain, de télédétection et d’essais en laboratoire ont été combinées pour générer un modèle géomécanique 3D sophistiqué avec des programmes spécifiques. La stabilité du cas d’étude a été évaluée à la fois dans les conditions actuelles et dans différents scénarios hypothétiques sur la base d’observations de terrain, tels que, par exemple, l’érosion marine et le développement de grandes fractures. Une attention particulière a été portée aux résultats de ces simulations en supposant à la fois un modèle de roche « intacte » et un modèle fracturé. Cette étude a été menée pour observer l’effet de la mise en place de fractures, générées statistiquement à partir des résultats rapportés dans la deuxième partie de la thèse, sur le comportement de la falaise modélisée.
Cependant, compte tenu de la complexité du cas d’étude, d’autres recherches, suggérées comme perspectives futures, peuvent être appropriées. Cette dernière partie de la thèse intègre toutes les investigations menées sur la zone d’étude et illustre comment différentes données peuvent être combinées pour obtenir des analyses de stabilité fiables et avancées, soulignant l’importance des données d’entrée et les difficultés de production et d’interprétation des résultats.
Delphine Gilliard, Institut des sciences de la Terre
Delphine Gilliard, doctorante à l’Institut des sciences de la Terre, a participé, du 31 août au 6 octobre 2021, à une campagne d’échantillonnage sous-marin près des Açores, effectuée par une équipe interdisciplinaire, à bord du bateau de recherche allemand Meteor.
Une expérience nouvelle pour elle et un peu unique, qu’elle nous fait partager dans un carnet de bord en quatre volets, à déguster au long de l’été.
La campagne d’échantillonnage du système hydrothermal sous-marin du «Rainbow vent» a été menée à bord du bateau de recherche allemand Meteor, sous la direction de l’Institut allemand GEOMAR. Nous avons pris la mer depuis le port de Emden le 31 août 2021 et accosté le 6 octobre 2021 dans le même port.
Le navire MeteorEmbarquement à Emden
Le but de cette expédition était d’échantillonner avec une grande résolution (beaucoup d’échantillons sur un petit espace) puis d’analyser de l’eau de mer, des sédiments et de l’eau interstitielle au-dessus du système hydrothermal et dans son voisinage proche (principalement dans le sens du courant marin).
L’objectif ? Mieux comprendre le fonctionnement biogéophysique de cet environnement à petite échelle géographique.
Les recherches effectuées à bord étaient diverses et multidisciplinaires. Ainsi, des scientifiques s’intéressaient au phytoplancton, à des éléments chimiques comme le mercure, le thorium, le radium, le chrome, la composition chimique de l’eau comme les nutriments ou l’oxygène. Les expéditions scientifiques en mer sillonnent parfois des mers entières et des portions immenses d’océan. Dans notre cas, nous nous étions focalisés sur une toute petite parcelle de l’océan Atlantique. Les analyses menées à bord et plus tard dans des laboratoires continentaux nous permettront de mieux comprendre l’interaction physico-chimique entre certains éléments, leur comportement en tant que particules et leurs interactions avec leur environnement.
Ma recherche sur le chrome
Mon travail de recherche à l’UNIL est basé sur l’étude du chrome dans l’eau de mer, l’eau interstitielle (entre les sédiments) et les sédiments. Le chrome en concentration naturelle dans l’environnement marin suscite notre intérêt car cet élément pourrait être relié à la productivité de l’océan, c’est-à-dire à sa capacité d’exporter et de stocker du CO2 dans les fonds marins (sédiments) via le phytoplancton principalement. Les études menées sur ce sujet restent peu abondantes et des zones d’ombres persistent.
Bien comprendre le cycle du chrome dans les océans et ses interactions avec son environnement suppose une approche globale. Le chrome dans les systèmes hydrothermaux, comme le «rainbow vent», est très peu documenté. C’est la raison pour laquelle nous étions intéressés à participer à cette expédition, pour mieux comprendre l’impact du «chrome hydrothermal» dans le cycle global du chrome dans les océans.
Le 23 juin 2022, Barbara Romanowicz, professeure émérite du Collège de France, a tenu une conférence-cours public intitulé: « Les grands tremblements de terre et les raz de marée: pourquoi, quand et comment? »
Les tremblements de terre, forts ou faibles, comme les volcans, manifestent des processus dynamiques à l’œuvre dans les profondeurs de la Terre. Comprendre la physique de la rupture des tremblements de terre géants, comme ceux dans « l’anneau de feu » du Pacifique – de leur préparation à leurs effets destructeurs – est un sujet de recherche majeur à fortes implications socio-économiques. L’instrumentation a permis l’observation de séismes gigantesques récemment intervenus dans le Pacifique.
Barbara Romanowicz fera ainsi le point sur les avancées dans la modélisation du séisme – de l’initiation de la rupture, à sa propagation et sa terminaison. Evoquant les tsunamis, elle abordera aussi les tectonique et sismicité en Suisse et les causes possibles et risques de tsunami dans les grands lacs, en particulier le Léman.
Thèse en géographie, soutenue le 24 août 2022 par Simone Ranocchiari, rattachée à l’Institut de géographie et durabilité (IGD) de la FGSE.
Cette thèse traite des lieux (politico-)socio-culturels autogérés (LSCA) de Rome. Ceux-ci sont des espaces urbains abandonnés ou menacés et occupés le plus souvent illégalement par des collectifs politiques et/ou des habitant·e·s afin d’y mener de manière autogérée des activités culturelles, sociales et éventuellement politiques. Ces lieux sont étudiés avec une entrée par leurs militant·e·s, c’est-à-dire, qu’afin de comprendre ces lieux j’ai fait le choix de les étudier à partir des trajectoires de vie des activistes qui les ont faits naître ou qui les animent. Les lieux n’apparaissent donc pas comme des simples points sur une carte, des unités toujours « déjà-là », mais comme le fruit d’interactions passées et présentes entre humains et non-humains, entre personnes, espaces, idées et objets.
Pour faire cela, j’analyse tout d’abord, les carrières militantes de 22 activistes issu·e·s de 5 lieux autogérés. Par « carrières militantes » on entend les parcours de vie qui amènent certaines personnes vers le militantisme, dans ce cas au sein des lieux autogérés. Dans la première séquence, « commencer », j’identifie les situations et les dynamiques qui ont amené les enquêté·e·s à fonder un LSCA ou à s’y engager. Dans la séquence « continuer », je rends compte des mécanismes qui expliquent pourquoi certaines personnes persistent dans l’engagement — parfois pendant des décennies. Ce qui nous fait continuer dans l’engagement militant relève d’une balance entre des forces centrifuges (poussant les activistes à partir) et des forces centripètes (les poussant à rester) : c’est seulement si cette balance tendra vers les premières que les activistes feront le choix continuer. Dans la troisième et dernière séquence, « abandonner », j’examine les cas où les forces centrifuges l’emportent et amènent les militant·e·s à faire défection. Dans ces trois séquences, l’espace matériel — le lieux autogérés en tant que bâtiments, qu’espaces concrets — apparait comme un facteur clé pour comprendre l’engagement, la persistance et la défection.
Ainsi, dans le militantisme au sein des LSCA l’espace n’est pas seulement le cadre de leur action, mais aussi l’instrument par lequel les activistes tentent d’atteindre leurs objectifs : l’expérience des lieux autogérés se caractérise par le fait de militer à travers l’espace matériel, et non seulement dans celui-ci. À partir de ce constat et de l’analyse des carrières, j’ai identifié six fonctions qu’investir collectivement un espace matériel — comme dans le cas des LSCA, mais aussi d’autres mouvements— permet d’atteindre : envoyer des messages à travers l’espace ; s’opposer concrètement à un phénomène contesté ; fournir un appui logistique aux luttes ; prendre soin de soi-même, d’un territoire et d’une communauté; devenir l’incarnation d’une alternative ; rassembler et faire converger des personnes en stimulant la coprésence.
La caractéristique principale des LSCA — mais aussi d’autres expériences — est que ces six fonctions sont atteintes à travers un seul et même espace matériel (le lieu autogéré). Cette manière d’agir est définie comme une mise en commun (ou commoning) territoriale et oppositionnelle (CTO). Les mouvements dont le répertoire d’action principal est la CTO peuvent à leur tour être rassemblés sous le terme d’activisme de mise en commun territoriale et oppositionnelle (ACTO).
Thèse en géographie, soutenue le 25 août 2022 par Dimitri Marincek, rattaché à l’Institut de géographie et durabilité (IGD) de la FGSE.
Depuis une dizaine d’années, les ventes de vélos à assistance électrique (VAE) explosent en Suisse et ailleurs dans le monde, représentant aujourd’hui une part importante des vélos vendus. Les VAE sont dotés d’une assistance qui s’engage lors du pédalage en démultipliant la force de l’usager. En réduisant l’effort nécessaire, ils ont le potentiel d’étendre la pratique du vélo à un plus large public malgré des capacités physiques limitées ou l’âge. Ils permettent également d’accroître la portée spatiale du vélo dans des territoires vallonnés et sur de longues distances et de multiplier les usages du vélo, comme pour le transport de courses ou d’enfants. L’essor du VAE s’inscrit plus largement dans une renaissance de la pratique du vélo dans les villes depuis une vingtaine d’années. Dans le contexte d’une transition vers une mobilité durable, le VAE se profile comme un mode de transport idéal pour les villes, de par sa faible empreinte environnementale et spatiale et sa capacité de remplacement des trajets en voiture. Face au défi posé par des sociétés de plus en plus sédentaires, le VAE représente une mobilité active qui permet une activité physique quotidienne bénéfique pour la santé.
Cette thèse se concentre sur l’adoption du vélo à assistance électrique (VAE). Elle cherche à comprendre ce phénomène du point de vue de ses usagers, en se demandant ce qui les pousse à adopter un VAE et comment ils se l’approprient et l’utilisent dans la vie courante. Les données utilisées dans cette thèse ont été collectées dans le contexte d’un projet de recherche sur le VAE à Lausanne, avec le partenariat des Services Industriels de la Ville de Lausanne (SiL). La partie quantitative inclut une enquête par questionnaire remplie par plus de 1400 usagers de VAE ayant bénéficiée d’une subvention pour leur achat octroyée par les SiL. La partie qualitative comprend des entretiens biographiques semi-directifs avec 24 usagers de VAE.
D’un point de vue théorique, cette thèse place l’étude du vélo à assistance électrique dans le contexte d’un champ de recherche émergeant sur la pratique du vélo, où les approches issues des sciences sociales jouent un rôle grandissant. L’adoption du VAE y est analysée à travers un cadre théorique qui combine deux approches majeures. D’une part, une approche biographique qui voit l’adoption du VAE à travers le temps, comme la continuité d’une pratique du vélo existante dans le parcours de vie. D’autre part, une approche systémique du vélo, la vélomobilité, qui définit la pratique du VAE comme la relation entre un potentiel individuel de mobilité et un potentiel d’accueil du territoire pour le vélo.
La partie centrale de la thèse se compose de cinq articles publiés ou soumis dans des revues scientifiques qui apportent chacun un éclairage différent sur le phénomène de l’adoption du VAE. Les trois premiers articles portent sur l’adoption du VAE dans une approche biographique. Le premier article se base sur les entretiens pour analyser les « trajectoires cyclistes » des usagers de VAE, c’est-à-dire leur rapport à la pratique du vélo avant l’adoption du VAE. Deux types de trajectoires sont identifiées : les trajectoires résilientes, où le VAE représente une manière de continuer une pratique du vélo existante, et les trajectoires restauratrices, où il permet de reprendre le vélo après une interruption de la pratique ou de s’y mettre régulièrement. Le second article approfondit ce résultat en combinant les entretiens et les résultats de l’enquête par questionnaire pour analyser les caractéristiques propres aux personnes dans chacune de ces deux trajectoires. Le troisième article poursuit cette approche biographique en considérant le rôle de certains événements-clés dans le parcours de vie (déménagements, naissances d’enfants) comme déclencheurs de l’adoption du VAE.
Le quatrième article se concentre sur l’usage du VAE comme la rencontre entre un potentiel individuel de mobilité et un potentiel d’accueil du territoire. Il s’intéresse aux facteurs qui permettent d’expliquer la fréquence d’utilisation du VAE. Ces facteurs situent à la fois au niveau des usages (l’utilisation du VAE pour les trajets utilitaires, l’usage passé de modes alternatifs à la voiture), du territoire (la proximité au lieu de travail), et de l’individu (l’absence de modes de transport concurrents, un achat récent du VAE, la capacité à faire du vélo dans différentes situations, de fortes motivations d’achat, et une faible sensibilité aux obstacles).
Le cinquième article porte sur les frictions qui résultent de la rencontre entre potentiels individuels et territoriaux, à travers la thématique de la sécurité des usagers de VAE à Lausanne. Sur la base de l’aisance à rouler dans différentes situations, de la satisfaction avec les aménagements cyclables, et de la sensibilité aux obstacles, cinq groupes d’usagers du VAE sont identifiés : les confiants en toute situation, les récréatifs sur route, les utilitaires évitant le trafic, les usagers de pistes peu confiants. Malgré le potentiel du VAE, il subsiste d’importantes différences dans la sécurité perçue en fonction du genre, de l’âge, et de la fréquence d’utilisation, tandis que seuls une partie des cyclistes actuels sont à l’aise dans les conditions actuelles. La sécurité cyclable reste donc une barrière au développement du VAE.
La conclusion offre une réflexion sur les contributions de cette thèse pour la recherche, qui développe une approche à la fois biographique et systémique qui pourrait être poursuivie dans différents contextes spatiaux d’étude, et pour étudier les changements dans l’utilisation du VAE au-delà de l’adoption. Plusieurs recommandations sont formulées pour accompagner le développement du VAE. Agir sur le potentiel individuel de mobilité passe par le renforcement de l’accès aux VAE à travers des subventions ciblant les événements-clés associés aux pratiques de mobilité (déménagements, naissances d’enfants, retraite), le renforcement des compétences cyclistes grâce à des cours et des sorties de groupe, ou la promotion d’une image positive et « normale » du VAE. Agir sur le potentiel d’accueil du territoire demande l’amélioration des conditions de sécurité à travers des aménagements cyclables séparés du trafic motorisé, et des restrictions sur le trafic motorisé au centre-ville.
Thèse en géographie, soutenue le 19 août 2022 par Pascal Egli, rattaché à l’Institut de géographie et durabilité (IGD) de la FGSE.
Cette thèse de doctorat s’intéresse à la géométrie des chenaux sous-glaciaires des glaciers alpins et à leur interaction avec le retrait rapide de ces glaciers dans le contexte d’une fonte de surface accrue. Dû aux émissions des gaz à effets de serre produites par les humains depuis le début de l’industrialisation, la température de l’air a augmenté considérablement au cours du 20e siècle. Ceci a provoqué un retrait rapide des glaciers alpins, avec la perte de près de deux tiers du volume de glace dans les Alpes depuis le petit âge glaciaire (1850). Dans le cas d’un scénario climatique « moyen », avec une augmentation de la température de l’air de 3°C entre 2000 et 2100, les études les plus récentes prédisent une perte de 80% de la surface actuelle des glaciers dans les Alpes Suisses d’ici la fin du 21e siècle. Il est donc essentiel de mieux comprendre les mécanismes liés à cette perte de glace afin d’estimer les impacts sur l’hydrologie et sur le transport des sédiments des ruisseaux alpins. Ceci nous permettra de quantifier les impacts sur les écosystèmes, sur l’approvisionnement en eau, sur le tourisme, sur l’agriculture et sur les dangers naturels, entre autres.
Cette thèse cherche à améliorer le savoir sur les chenaux sous-glaciaires comme élément principal de l’hydrologie sous-glaciaire, ainsi que sur les processus de fonte menant à l’effondrement de certains chenaux, produisant un retrait abrupt et rapide de plusieurs glaciers dans les Alpes.
Dans une première partie du travail des mesures de géoradar sont utilisés pour déterminer la position et la géométrie des chenaux principaux sous le Haut Glacier d’Arolla (Val d’Anniviers, Valais) et sous le Glacier d’Otemma (Val de Bagnes, Valais), le glacier d’étude principal de cette thèse. Ces chenaux ont une morphologie plutôt en méandres et ils ont une largeur d’environ 10 à 25 mètres. Leur position a été vérifié grâce aux exutoires au terminus des glaciers et aux effondrements de glace visibles sur les photographies aériennes afin de confirmer les mesures de géoradar.
Dans une deuxième partie de la thèse, un grand effondrement de la surface du Glacier d’Otemma (voir image de couverture) proche du terminus est étudié en détail afin de mieux comprendre les processus conduisant à un tel effondrement. Pour cette étude l’imagerie du drone, des mesures de tiges d’ablation ainsi que les données du géoradar ont été utilisés. De plus, 21 glaciers dans les Alpes Suisses ont été étudiés à l’aide des images aériennes historiques à partir de 1938 et en utilisant des données d’épaisseur de glace récentes afin de comparer les glaciers qui exhibent des effondrements avec les glaciers sans effondrements. Cette étude montre que ces effondrements surviennent lorsqu’un glacier qui se retire rapidement stagne (le flux de glace au front est presque zéro), lorsque la glace est peu épaisse et la pente de la surface du glacier est petite. Le chenal sous-glaciaire creuse dans la glace et dans les sédiments, créant une cavité dans la glace et laissant un plafond de glace peu épais qui va s’effondrer suite à la fonte à l’intérieur du chenal et à la surface du glacier. Les blocs de glace ainsi produits sont évacués par le torrent de façon efficace, et le chenal continue à s’effondrer et à s’élargir.
La troisième partie de la thèse étudie les facteurs qui influencent la fonte à la surface d’un glacier alpin, à l’image du Glacier d’Otemma, à l’aide des modèles numériques du terrain produits à partir de l’imagerie du drone. Cette partie montre que l’effet de la radiation solaire sur la topographie à petite échelle est un facteur important qui contrôle la fonte de g lace. D’autres facteurs contributeurs sont la réflectivité et la rugosité de la surface ainsi que l’action de l’eau qui coule à la surface du glacier.
Dans l’ensemble, cette thèse montre que le retrait des glaciers alpins tempérés n’est pas seulement le résultat de la fonte de glace à la surface, mais aussi des processus d’effondrement abrupts résultant des interactions entre les processus sous-glaciaires et des processus de fonte à la surface du glacier. Dans les années à venir ces processus vont devenir plus importants pour le retrait des glaciers alpins.