Par Gilles Merminod
L’étude du récit dans l’interaction verbale est d’abord associée aux travaux fondateurs de William Labov dans le contexte de la sociolinguistique variationniste (Labov & Waletzky 1967 ; Labov 1972 ; Labov & Fanshell 1977), de Dell Hymes en ethnographie de la communication (Hymes 1981) et de Richard Bauman en anthropologie linguistique (Bauman 1986). Ce sont néanmoins principalement les travaux en analyse conversationnelle (Sacks 1974 ; 1992ab ; Jefferson 1978 ; Goodwin 1984 ; 1986) qui, depuis les années 1970, en ont décrit et expliqué les dynamiques interactionnelles, c’est-à-dire les processus qui font qu’un récit dans la conversation est le résultat d’une co-construction entre les personnes prenant part au même événement de communication.
Dans la conversation, la réalisation d’un récit – contrairement à d’autres activités verbales (les salutations ou les séquences question/réponse, par exemple) – n’est généralement pas réductible au seul agencement, même complexe, d’une action initiative et d’une action réactive (Stivers 2013 : 200-204). Autrement dit, la production du récit n’est pas contrainte par une règle de dépendance conditionnelle selon laquelle la réalisation d’une première action rend prévisible l’accomplissement d’une seconde (Schegloff 2007). Cette complexité a conduit l’analyse conversationnelle à décrire les activités dans lesquelles on raconte une histoire comme étant de longues séquences (Traverso 2012), aussi désignées dans la tradition anglophone par les termes (big) packages (Sacks 1992b), extended (multi-unit) turns (at talk) (Selting 2000), extended turns(-at-talk) (Mandelbaum 2003, 2013) ou (extended) tellings (Schegloff 2007). La recherche sur les small stories (voir, dans ce glossaire, la notice consacrée à cette thématique) a montré que les activités narratives ne consistaient pas uniquement en de longues séquences et qu’elles pouvaient être extrêmement brèves, de simples évocations d’un évènement, par exemple (Georgakopoulou 2007 ; 2023 ; Patron 2020). Il reste que les activités narratives, dans la conversation, sont l’occasion de développements qu’il s’agit alors de négocier avec les personnes participant à l’interaction.
Les travaux en analyse conversationnelle ont mis en évidence certaines routines interactionnelles permettant aux participants de signaler que l’accomplissement en cours est un récit : qu’il s’agisse de préfacer l’activité préalablement à sa réalisation, de l’évaluer pendant son déroulement ou encore d’en signaler la clôture. On s’est aussi intéressé aux ressources syntaxiques, prosodiques, lexico-sémantiques et multimodales participant à l’accomplissement collaboratif de l’activité narrative (voir notamment Goodwin 1986 ; 2015 ; Selting 1992 ; 2000 ; 2010 ; Couper-Kuhlen 2012 ; Stivers 2008 ; Mandelbaum 2013 ; Greco 2024). La prise en compte de ces dimensions a permis de dépasser les conceptions traditionnelles du récit, qui en font avant tout une activité monologale, monogérée et structurée hors de l’interaction (Gülich & Mondada 2008 : 101-114 ; voir également De Fornel 1988, Laforest & Vincent 1996 et Georgakopoulou 2007). Pour l’analyse conversationnelle, le récit est une activité située, c’est-à-dire intégrée dans un environnement séquentiel, social et matériel.
Une telle perspective a conduit une partie des analystes de la conversation à mettre en question l’existence même des récits en tant qu’activités ‘autonomes’ dans l’interaction.
Raconter une histoire n’est généralement pas (ou peut-être jamais) une activité en soi. En d’autres termes, le fait de raconter une histoire, au sens d’un tour de parole étendu dans lequel un événement est récapitulé, est presque toujours considéré comme un moyen d’entreprendre un certain type d’activité sociale, comme se plaindre, blâmer, rendre des comptes, raconter ses problèmes, mener des activités délicates, etc.
(Mandelbaum 2003 : 599, traduit de l’anglais)
Déclencher et clore un récit en interaction
Parce que “l’un des aspects les plus importants des récits est qu’ils ne se limitent pas à un seul tour de parole ou à un seul énoncé” (Sacks 1992b : 18, traduit de l’anglais), la réalisation d’un récit implique généralement de suspendre pour un temps l’habituelle alternance de la parole entre les participants. Cette suspension est négociée par le biais d’une préface qui permet d’assurer la disponibilité de la scène interactionnelle pour la réalisation de l’activité.
La préface est l’occasion, pour la personne qui s’apprête à raconter, de projeter l’activité à venir (Sacks 1974 ; 1992ab). Ceci peut être réalisé à travers une évocation de ce qui va être raconté ou par le moyen d’un commentaire métadiscursif thématisant l’activité narrative elle-même. À la suite de la préface, les autres participants peuvent marquer leur intérêt ou non à prendre part à l’activité et notamment signaler au raconteur[1] s’ils connaissent ou non l’histoire projetée (Georgakopoulou 2010 ; Berger 2017). Dans une étude devenue classique, Jefferson (1978 : 220-228) relève un certain nombre de ressources servant à entamer l’activité narrative (story opening), parmi lesquelles : l’emploi d’expressions conventionnelles attachées à l’activité narrative (story-prefixed phrase) ou l’emploi de marqueurs de disjonction topicale, qui peuvent être associés à la répétition d’un élément apparu auparavant dans la conversation ou motivés par l’environnement dans lequel se déroule l’interaction (Jefferson donne l’exemple d’une photographie).
Une activité narrative peut être déclenchée par la personne qui prendra en charge le récit (activité narrative auto-déclenchée) ou par un autre participant (activité narrative hétéro-déclenchée) (Bres 1995). Lerner (1992) détaille les divers moyens par lesquels un participant peut aider un autre participant à initier une activité narrative. Il dégage trois types de préface : le story prompt dans lequel “un participant sollicite un autre participant à raconter tout en positionnant les autres [participants] comme destinataires de l’activité” (Lerner 1992 : 251, traduit de l’anglais) ; la story provocation dans lequel un participant incite un autre participant à raconter, par exemple, en parodiant ses dires ou ses faits passés ; la reminiscence recognition solicit, une séquence dans laquelle un participant sollicite tout d’abord le souvenir d’un autre participant à propos d’un événement passé (sollicitation) puis dans laquelle le participant sollicité signale qu’il se souvient de l’événement (recognition), tout ceci à l’intention d’un tiers.
Outre le déclenchement du récit, Jefferson (1978 : 228-237) décrit également les moyens par lesquels les participants closent l’activité narrative et signalent son rapport avec les tours de parole qui la suivent. Parmi ces moyens, les participants, raconteur(s) inclus, peuvent revenir au point de départ de l’activité narrative (return home), la commenter ou la ‘recycler’ dans les tours de parole subséquents. Au nombre des phénomènes de recyclage, on peut relever les cas de mise en série repérés par Sacks (1992a : 764-772) sous le terme de second stories, des activités narratives produites en réponse à une première activité narratives qui non seulement mettent en évidence un aspect de la première activité mais en offrent également une interprétation.
Le corps du récit conversationnel
L’analyse du corps du récit a été particulièrement investie par les recherches d’inspiration labovienne qui ont cherché à dégager la structure du récit dans l’interaction verbale. On le rappelle, dans le modèle labovien, un récit complet se compose de six parties (Labov 1972 : 363 ; pour une analyse comparée des différentes versions de ce modèle, voir Bres 1994 : 77-78) :
1. Résumé (Abstract)
Placé au début, le résumé signale quelle est la raison d’être du récit (Bres 1994). Labov insiste sur le fait que le résumé ne fait ni la publicité du récit, ni ne sert à mettre en garde ceux à qui on va le raconter (Labov 1972 : 364).
2. Orientation (Orientation)
L’orientation permet de donner à connaître les coordonnées spatio-temporelles et actantielles des événements représentés dans le récit. Ces informations, quand elles sont placées au début du récit, servent généralement un cadrage général (Norrick 2000) ; elles peuvent être également distillées en d’autres points du récit pour des raisons stratégiques (Labov 1972 : 365).
3. Complication (Complicating action)
La complication est composée d’une série de propositions qui représentent le déroulement d’événements passés.
4. Evaluation (Evaluation)
Similairement au résumé mais placée entre la complication et la résolution, l’évaluation donne la raison d’être du récit, “pourquoi il est raconté et où le raconteur veut en venir (what the narrator is getting at)” (Labov 1972 : 366, traduit de l’anglais). Chez Labov, l’évaluation est non seulement une partie de la structure d’ensemble du récit mais aussi un phénomène qui infuse tout au long du récit, comme une structure secondaire se surajoutant à la structure narrative primaire (Labov 1972 : 369). Labov & Waletzky (1967) insistent sur le fait que l’évaluation signale le point de vue (attitude) du raconteur sur ce qu’il représente dans son récit.
5. Résultat ou Résolution (Result or resolution)
La résolution comprend le point final du déroulement événementiel représenté dans le récit (Labov 1972 : 363). Labov précise, dans des travaux ultérieurs, que la résolution est l’ensemble des actions “qui suivent l’événement le plus racontable” (Labov 1997 : 412, traduit de l’anglais). On peut considérer la relation entre complication et résolution à l’aune de la notion de culmination (climacto-telic patterning, Georgakopoulou 1997 ; chaîne événementielle culminative, Filliettaz 1999) produite par l’articulation “dans une progression temporelle des événements reliés causalement qui conduisent à une opposition entre un état initial et un état final” (Filliettaz 1999 : 275).
6. Coda (Coda)
La coda marque la fin du récit. Elle “peu[t] contenir des observations générales ou montrer les effets des événements sur le raconteur” et peut avoir “la propriété de réduire l’écart (bridging the gap) entre le moment à la fin du récit en tant que tel et le présent […] ramen[ant] le raconteur et son auditeur au point auquel ils sont entrés dans le récit” (Labov 1972 : 365, traduit de l’anglais).
Pour nombre de spécialistes de l’interaction verbale, le récit est une routine parmi d’autres pour représenter des événements. Zimmerman (1992 : 435-441) décrit trois routines différentes pour verbaliser des événements : le report, où l’on mentionne un événement ; la description, où l’on mentionne et caractérise un événement ; et le narrative, où l’on rend compte chronologiquement d’un événement, notamment pour en manifester le caractère inhabituel ou problématique. Filliettaz (1999 : 125-134), s’appuyant sur une typologie précédemment élaborée par Gülich & Quasthoff (1986), trace un continuum à trois gradients : la mention (par laquelle est évoqué un événement passé) ; le compte-rendu (lors duquel les événements sont récapitulés sans être mis sous tension) ; le récit (dans lequel l’opération de récapitulation est mise sous tension). Gülich & Quasthoff (1986 : 223-227) identifient trois routines communicatives différentes capables de représenter le même type d’événement : le statement, le report et le narrative. Cette distinction repose non seulement le contenu événementiel rapporté (respectivement la mention d’un événement, le compte-rendu d’une suite d’événements et la mise sous tension d’une suite d’événements) mais également sur la façon dont ce qui s’est passé est envisagé. Ainsi, un narrative s’attache à construire une présence aux événements (replaying, Goffman 1974) et témoigne d’un investissement subjectif important, alors que le report privilégie une forme de neutralité dans la récapitulation des événements.
Ochs & Capps (2001 ; voir aussi Ochs 2004) proposent, quant à elles, de distinguer deux grands types de pratiques narratives en jeu dans la vie quotidienne : produites en général principalement par un seul raconteur, les premières se caractérisent par le développement d’une intrigue cohérente et linéaire, l’activité est souvent détachée de la situation de communication et témoigne d’une posture morale certaine et constante de la part du raconteur ; les secondes, à l’inverse, sont le produit d’un processus de co-narration et présentent souvent une intrigue aux contours flous ou soumise à des scénarios concurrents, elles sont fréquemment étroitement intégrées aux activités sociales en cours et sont régulièrement l’occasion de l’expression de l’incertitude et d’une variété de postures morales.
D’un point de vue interactionnel, on peut retenir que le récit – au sens de récapitulation d’une suite d’événements mis en tension – se rapporte à la réalisation d’une activité orientée vers la préparation d’un point culminant (Goodwin 1984), quel que soit la nature de celui-ci (la chute d’une blague, la révélation dans le cas d’une confidence, la survenue ou la résolution d’un problème dans le contexte de la narration d’une mésaventure).
La part de l’auditoire dans la construction du récit
L’analyse conversationnelle a pu montrer par quels moyens les participants façonnent collaborativement le récit. Le travail interactionnel de l’auditoire a souvent été modélisé selon un continuum passif/actif (Mandelbaum 1987, 1989, 1993, 2013 ; également Goodwin 1986) : certaines réactions de l’auditoire peuvent être qualifiées de relativement passives, parce qu’elles ne contraignent pas le raconteur à un réajustement important de l’activité en cours (autrement dit, elles valident la production du raconteur) ; en revanche, d’autres réactions, que l’on peut juger plus actives, engagent le raconteur à réajuster ou à modifier l’activité en cours en fournissant des indications utiles à la compréhension ou à la construction du rapport du ou des participant(s) à ce qui est en train de se dérouler dans le récit.
Karatsu (2012 : 20-21) présente le continuum proposé par Mandelbaum de la manière suivante :
- continueurs, p. ex. “mhm” (passif) ;
- évaluations (au sens d’assessement), p. ex. “incroyable !” (passif-actif) ;
- marques de changement d’état (change-of-state tokens), p. ex. “oh !” (actif) ;
- marques d’informations nouvelles (newsmark), p. ex. “vraiment ?” (actif) ;
- réparation initiée par un autre participant que le raconteur (actif).
Adoptant également le continuum passif/actif, Rühlemann (2013 : 10-11) distingue en outre deux types de contributions actives : d’une part les contributions orientées vers la réalisation de l’activité (telling) et les personnes qui en ont la charge (tellers) ; d’autre part les contributions orientées vers ce qui est raconté (tale).
La mise en évidence de ce continuum passif/actif permet de dégager différentes façons qu’à l’auditoire de participer à la réalisation du récit. Blum-Kulka (1993 : 385-386) distingue trois modes de collaboration entre raconteurs et auditoire selon l’intensité (faible à haute) de la participation de ce dernier. Le mode monologique voit un seul raconteur, appelé le raconteur principal (primary narrator), qui contrôle la scène interactionnelle durant l’entier de l’activité. Le mode dialogique voit la collaboration d’un praticipant dans le rôle de raconteur principal, avec un ou plusieurs participant(s) dans le rôle de raconteur secondaire (secondary narrator), l’activité narrative qui en découle prend alors souvent le format d’une succession de questions/réponses. Le mode polyphonique voit les rôles de raconteurs principaux et secondaires se confondre, l’activité narrative étant réalisée de concert par des participants qui partagent une connaissance comparable de ce qui est raconté.
Rühlemann (2013 : 7-14), à des fins de codage et d’analyse statistique, propose de systématiser la description de la collaboration dans les récits conversationnels. Il distingue les rôles du ou des raconteur(s) selon deux cas de figure : celui des activités narratives non partagées, d’une part, et celui des activités narratives partagées, d’autre part. Dans le premier cas, Rühlemann propose une catégorie, celle de raconteur non soutenu (Unsupported Narrator) où il s’agit de “raconter une histoire seul, sans aucun soutien (backchannelling) ou aucune autre contribution plus orientée vers le contenu de la part du public” (Rühlemann 2013 : 9, traduit de l’anglais). Dans le second cas, Rühlemann distingue trois catégories différentes (Rühlemann 2013 : 11) : celle de raconteur soutenu (Supported Narrator), celle de raconteur principal (Primary Narrator) et celle de co-raconteur ratifié (Ratified Co-Narrator). Ces trois dernières catégories s’opposent selon que l’apport des autres participants est plus ou moins passif ou actif.
Place des savoirs dans le récit en interaction
Goodwin (1984, 1986) observe des modes de participation différenciés suivant que les personnes en présence ont été impliquées dans les événements racontés, qu’elles en ont été les témoins, qu’elles les connaissent à travers ce qu’elles en ont entendu dire ou qu’elles ne les connaissent pas. Traitant de la connaissance qu’ont les participants des événements qu’ils représentent au cours d’activités verbales, Labov & Fanshell proposent cinq catégories d’événements (Labov & Fanshel 1977 : 100 ; voir également 62-63) :
- Événements A : connus de A, mais pas de B
- Événements B : connus de B, mais pas de A
- Événements AB : connus à la fois de A et de B
- Événements O : connus de toutes les personnes présentes
- Événements D : connus pour être sujets à controverse (discutables)
Ces distinctions sont d’importance, car de nombreux travaux ont fait état de la centralité des savoirs dans l’établissement de la légitimité à raconter une histoire. Norrick, par exemple, observe qu’un “raconteur ayant une expérience de première main d’un événement aura généralement plus de légitimité à revendiquer le droit à raconter l’événement qu’un autre participant qui n’a appris l’événement qu’à travers les récits d’autres personnes” (2000 : 97, traduit de l’anglais). La légitimité à raconter une histoire peut s’établir graduellement : au fil d’une interaction ou à l’issue d’une chaine d’événements de communication, une personne peut passer du statut d’auditeur à celui de raconteur de plein droit (Merminod & Burger 2020).
Des participants ayant connaissance des événements sans toutefois être en charge de les raconter peuvent se comporter comme des assistants du raconteur, rôle que Lerner (1992) désigne par le terme d’associé (consociate). Ces associés “ne sont ni le raconteur (actuel), ni le destinataire de l’histoire, mais peuvent participer à la fois à la narration et à sa réception” (Lerner 1992 : 258, traduit de l’anglais). Les associés peuvent soutenir le raconteur tant lors de la préface et de la clôture que lors de l’accomplissement du récit (par exemple en riant de manière anticipée ou en corrélant des faits). Ochs & Capps (2001) observent par ailleurs que les événements qui font polémique (événements-D) favorisent un partage du rôle de raconteur entre plusieurs participants, alors co-raconteurs.
La connaissance des événements n’est néanmoins pas le seul paramètre influant sur l’accès au statut de raconteur (Shuman 1986 ; 2015 ; Blum-Kulka 1993 ; Norrick 2000) et, plus largement, autorisant la participation à l’activité narrative, qui est un processus dynamique et situé (Goodwin & Goodwin 2004). En outre, il existe des moyens permettant d’accéder au statut de raconteur sans avoir connaissance des événements racontés, Rühlemann cite, par exemple, les cas de participants qui, conjointement à l’activité en cours, “co-construisent […] un scénario imaginaire, où des événements futurs ou hypothétiques sont inventés ‘à la volée’” (Rühlemann 2013 : 11, traduit de l’anglais).
Les récits conversationnels au-delà du face à face de la communication ordinaire
La plupart des recherches évoquées dans cette notice prennent appui sur l’analyse de récits oraux dans des situations de communication en face à face, dans lesquelles aucune médiation technologique spécifique n’intervient. Il est évident que ces situations ne sont pas les seules où les récits sont produits en interaction. Pour ne prendre que l’exemple de la communication en ligne, elle offre de multiples occasions de récits en interaction (De Fina & Perrino 2019), que ce soit dans le contexte des messageries instantanées (Verdier 2020) ou dans celui des réseaux sociaux (Giaxoglou 2020). Dans ces situations, les affordances spécifiques des technologies utilisées affectent les dynamiques interactionnelles en jeu dans la réalisation des récits (Georgakopoulou 2023). Conditionnées par les technologies utilisées, les dynamiques interactionnelles en jeu dans la production des récits sont également sensibles aux logiques institutionnelles et aux idéologies langagières en présences dans les situations de communication (Merminod 2023).
Pour aller plus loin, on consultera avec profit l’ouvrage Analyzing Narrative (De Fina & Georgakopoulou 2012), qui propose un état des lieux extrêmement complet des travaux sur le récit dans la recherche de langue anglaise en analyse du discours et en sociolinguistique.
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Patron, Sylvie (dir.) (2020), Small stories. Un nouveau paradigme pour les recherches sur le récit, Paris, Hermann.
Traverso, Véronique (2012), « Longues séquences dans l’interaction : Ordre de l’activité, cadres participatifs et temporalités », Langue française, n° 175, p. 53-73.
Verdier, Maud (2020), « Narrer sa souffrance », in Small stories : un nouveau paradigme pour les recherches sur le récit, S. Patron (dir.), Paris, Herman, p. 139-164.
Pour citer cet article
Gilles Merminod, « Récit conversationnel », Glossaire du RéNaF, mis en ligne le 13 janvier 2026, URL : https://wp.unil.ch/narratologie/2026/01/recit-conversationnel/
[1] Pour éviter le risque de confusion terminologique, nous préférons l’étiquette de raconteur à narrateur, cette dernière notion ayant été largement investie par la tradition narratologique (voir la notice de Sylvie Patron dans ce glossaire).
