Adrien Noirjean, « Sur les traces de Pierre Racine, ingénieur et architecte (v. 1665-1728). Compte rendu d’une enquête menée du Jura au fossé rhénan »

Qui était Pierre Racine, l’architecte du début du XVIIIe siècle ayant construit la résidence des princes-évêque de Bâle à Delémont ? Nous avons remonté les différents indices laissés tant par les échanges épistolaires des administrations que par les comptabilités de chantiers. Ceux-ci nous ont conduit à Bâle, à Neuchâtel, à Porrentruy, à Mulhouse etc. Étrangement, Pierre Racine était y était identifié tout à tour comme architecte, entrepreneur, directeur des bâtiments, ingénieur hydraulique, charpentier. Or, ces attributions étaient pour la plupart isolées, à tel point que nous avons supposé par moment l’existence de plusieurs personnages homonymes. Grâce à la découverte de documents jetant des ponts entre ces différents profils, nous sommes parvenu à reconstituer un parcours pour ce maître entrepreneur originaire des montagnes jurassiennes et actif essentiellement à Bâle, en Alsace et dans le Jura, avec à la clé, la redécouverte de quelques réalisations originales.

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Philippe Boillat, « Les peintures murales médiévales de la Blanche Eglise de La Neuveville »

La Blanche Église de La Neuveville (BE) contient un des grands ensembles peints médiévaux de la région des Trois-Lacs. Situé en marge du centre médiéval de La Neuveville, surplombant la route menant à Bienne, l’édifice autrefois dédié à saint Ursanne est amplement reconstruit en 1345. Bien que l’église et ses peintures murales aient été restaurées en 1912-1914 et en 1986-1988, ces dernières n’ont jamais été étudiées de manière approfondie. Les peintures du chœur et d’une partie de la nef datent des XIVe et XVe siècles, alors que le reste de l’édifice est revêtu d’un décor de l’époque baroque (1639). L’article se concentre sur trois peintures murales médiévales en particulier: l’Adoration des Mages, le Martyre d’une sainte, et le saint Christophe. Outre la précision de la datation, il propose des découvertes intéressantes sur le plan stylistique comme sur le plan iconographique.

Claire PIGUET, « Charles-Henri Matthey (1880-1956). Un nom « qui restera attaché à la restauration de nos principaux monuments historiques »

« Les regrettables circonstances qui motive?rent, en 1934, la suspension, par le Conseil d’E?tat, de l’intendant des ba?timents Charles-Henri Matthey, ne sont pas une raison d’oublier a? tout jamais les services que ce citoyen a rendus au pays par son activite? professionnelle et par d’heureuses initiatives et re?alisations ».

A? toute bonne histoire, son he?ros, ses ressorts dramatiques et son myste?re! Pour quelles raisons, Charles- Henri Matthey (1880-1956) ne se voit-il accorder qu’un hommage en demi-teinte en lieu et place de l’e?loge flatteur rendu habituellement aux notables? Suspension ou services rendus? Regrettables circonstances ou heureuses initiatives? Les termes a? connotations contradictoires se co?toient dans les rares ne?crologies qui lui sont consacre?es; ces mots se?ment le doute sur le bilan de la carrie?re de l’intendant des ba?timents ayant œuvre? a? ce titre de 1902 a? 1934 au service de l’E?tat de Neucha?tel. Tentons de cerner le personnage a? travers sa conception de la restauration et de la conservation du patrimoine.

Anne-Gaëlle Neipp, «La circulation des motifs dans l’oeuvre de Gustave de Beaumont. Entre modèles médiévaux, restaurations et créations»

Gustave de Beaumont (1851-1922) est un artiste genevois polyvalent, pratiquant aussi bien la peinture de chevalet que la peinture monumentale, et s’adonnant aussi parfois à la restauration de fresques médiévales. Formé à l’Ecole des Beaux-Arts de Genève dans la classe de Barthélemy Menn, puis dans l’atelier de Jean-Léon Jérôme à Paris, ses sujets de prédilection sont la peinture de paysage et les scènes de genre, ce qui ne l’empêche pas d’avoir recours à un registre historique et allégorique dans sa peinture monumentale.
L’étude de l’œuvre de cet artiste dans le cadre d’un mémoire de master, à travers une approche confrontant ses restaurations (décors peints de la chapelle des Macchabées et de l’église Saint-Gervais, à Genève) et ses œuvres monumentales de création dans le canton de Genève (Villa à Pressy, église de Confignon, mairie des Eaux-Vives), a permis de mettre en évidence la réutilisation de certains motifs entre ces différents champs d’action.

Denis Decrausaz, « Kuder & Müller, architecte à Strasbourg et Zurich au tournant du XXe siècle »

De 1892 à 1905, le bureau d’architecture Kuder & Müller, installé à Strasbourg et Zurich, participe au moins à une trentaine de concours et construit presque autant de bâtiments dans l’Empire allemand et en Suisse. Diffusée et commentée à l’époque par les médias, leur production est actuellement méconnue, car elle n’a jamais fait l’objet d’une étude monographique.

Pour répondre aux exigences d’une société en pleine mutation, Kuder & Müller emploient la copie, le collage, ou l’allusion à des formes historiques, savantes, ou pittoresques, toutes connotées. Qu’elle soit académique ou traditionnelle, leur production est aussi bien tributaire de la pratique architecturale du XIXe siècle qu’emblématique de l’horizon culturel de leur époque.

 

Laura Bottiglieri, « La maison de Kalbermatten dite « la Préfecture », à Sion »

Protégée par un portail grillagé et précédée d’une cour pavée, la maison dite «la Préfecture», en référence à un pan de son histoire, intrigue autant qu’elle impressionne. Autrefois clairement intégré au tissu urbain de la rue de la Porte-Neuve, par laquelle on y pénétrait, le bâtiment n’a eu de cesse de s’affirmer, depuis le début du XVIIIe siècle déjà, comme une maison de maître. La demeure de la famille de Kalbermatten est majestueuse, fière, imposante et dissimule tout de son splendide jardin, véritable havre de paix au cœur de la ville, lequel contribue à en faire un édifice atypique à Sion. Rien de tel pour piquer la curiosité de l’historien de l’art

Gilles PROD’HOM, « Le décor du salon de la maison du Pommier 7 à Neuchâtel: une oeuvre totale de l’ébéniste vaudois Pierre Abraham Guignard »

Situe?e au pied du cha?teau de Neucha?tel, la maison de la rue du Pommier 7 a conserve? une partie de son ame?nagement inte?rieur du XVIIIe sie?cle, en particulier le de?cor du salon, un ensemble de boiseries et de mobilier Louis XVI remarquablement conserve?. Le fonds du peintre Maximilien de Meuron, de?pose? aux Archives d’Etat de Neucha?tel, contient plusieurs pie?ces relatives aux travaux effectue?s par son pe?re Pierre-Henri, proprie?taire de la mai- son de?s 1775. Ces documents permettent de mieux e?clairer la cre?ation du de?cor du salon, ainsi que d’esquisser la carrie?re de son auteur pre?sume?, le menuisier, e?be?niste et de?corateur vaudois Pierre-Abraham Guignard.

David RIPOLL, « Une architecture pour la forme: les salles de gymnastique à Genève (1830-1914) »

Comme la salle de classe, la salle de gymnastique est un passage obligé, mais davantage que la première, la seconde laisse des traces, elle résonne dans les mémoires du fait de sa fonction particulière. Terrain de jeux et d’épreuves, c’est le corps qu’elle met prioritairement en scène: un corps en mouvement et en formation, un corps à l’examen, réceptif sinon vulnérable. D’où une substance mémorielle vivace, on pourrait même dire persistante, faite de souvenirs sonores et olfactifs, de réminiscences du sol, du volume d’air, de l’architecture; de la salle proprement dite, mais aussi des locaux attenants, vestiaires et douches.
Si l’histoire de l’éducation physique a fait, elle, l’objet de nombreuses études en Suisse comme ailleurs, le lieu dans lequel la gymnastique a été pratiquée n’a pas beaucoup intéressé les historiens de la pédagogie ou de l’architecture. Tout en portant sur un contexte relativement restreint, l’étude qui suit laisse entrevoir la richesse du gisement sportif, tant du point de vue de l’art de bâtir que des idées sur lesquelles il se fonde.

Irene QUADRI, « Les peintures murales du XIe et XIIe siècle au Tessin. L’apport des découvertes récentes »

L’étude du riche corpus des fresques du XIe et du XIIe siècle de l’actuel canton du Tessin – dont les territoires faisaient partie de la Lombardie jusqu’au XVIe siècle – permet de mieux comprendre certains développements de la peinture romane lombarde. La découverte, au cours de ces dernières décennies, de nouveaux décors peints tessinois relativement importants amène de surcroît un éclairage supplémentaire sur la question.
Une brève analyse de fresques découvertes à Sorengo, Cadempino et Muralto permettra de mettre en évidence les liens que les peintures de ces églises entretiennent avec certains des plus célèbres cycles lombards de l’époque, et soulignera à quel point la production picturale tessinoise, loin d’être marginale – le territoire du Tessin se trouve dans une zone géographique stratégique, sur le passage entre le Nord et le Sud des Alpes, et n’était donc pas une zone marginalisée – se conformait aux orientations artistiques les plus innovantes de la région de la plaine du Pô.