Le drame de l’excessivité

Par Lisa Tagliabue

D’après William Faulkner / mise en scène Séverine Chavrier / du 25 septembre au 12 octobre 2014 / Théâtre Vidy Lausanne / plus d’infos

Copyright : Samuel Rubio

Les Palmiers sauvages de Séverine Chavrier est une expérience d’expressivité théâtrale qui mélange à la fois la performance, le texte, la musique et la vidéo. Séverine Chavrier, à partir d’un roman de l’américain William Faulkner, met en scène un drame où les extrêmes et le too much sont les vrais protagonistes.

Dès les premières scènes on s’aperçoit que Les Palmiers sauvages n’est pas une adaptation classique et fidèle du texte de Faulkner. Bien sûr, il y a Harry et Charlotte : lui, trente-trois ans, un travail comme interne dans un hôpital et aucune idée de ce qu’est l’Amour. Elle, jeune femme, mère et épouse, qui a peut-être connu trop tôt l’amour et le sexe. Ils se rencontrent, ils s’aiment, d’un amour fou, sauvage. Ils quittent tout et tous. Ils partent vers d’autres lieux, des lieux où personne ne les connaît, où ils peuvent vivre sans devoir s’expliquer. Un amour dont tout le monde rêve, mais que peu de personnes rencontrent. Et après tout cela, le drame. Une tragédie qui porte le nom de grossesse. Un enfant, qui aurait pu être le symbole de l’amour, de l’union entre deux personnes, devient le symbole de la haine, de la crise pour Harry et Charlotte, et va les conduire d’un côté à l’enfermement et de l’autre à la mort.

Le spectacle, pensé et mis en scène par la jeune française Séverine Chavrier, est avant tout une expérimentation et une expérience d’expression artistique. Il y a les jeux de lumières, qui le plus souvent prennent la forme d’une absence totale de lumière. Les va-et-vient de l’éclairage, les moments de noir dans lesquels la salle est plongée, sont si nombreux qu’on s’habitue presque à voir dans l’obscurité. On arrive presque à saisir les déplacements rapides des acteurs entre un flash et un autre. La lumière donne aussi un caractère aux discours de Charlotte et de son amant. Elle arrive à faire vivre un texte que parfois on perçoit comme absent, effacé par la musique. Cette dernière, par moments douce et calme, d’autres fois forte et piquante comme une lame de métal, accentue l’expression des sentiments des personnages, leurs cris d’amours, mais pas suffisamment toutefois pour atteindre entièrement ce but. La vidéo est aussi une partie intégrante de la mise en scène de Chavrier. Sur le fond de la scène, un écran projette des images, des vidéos prises en direct du spectacle ou tournées à l’extérieur de la salle : un spectacle dans le spectacle. Un nombre considérable d’objets et de mobilier viennent faire cadre au tout. Matelas (au moins une douzaine), lits, chaises empilées qui donnent l’impression d’un imposant château de cartes précaire, des palettes industrielles sur lesquelles un dizaine de caisses de bières sont posées. Et encore une immense étagère remplie de manière exagérée d’énormes boîtes de conserve, et bien plus.

Où sont Harry et Charlotte au milieu de tout cela ? Où est donc l’histoire d’amour, le désespoir de ces deux amants ? Le jeu des acteurs rappelle davantage une performance dans laquelle l’importance est donnée à la présence physique plus qu’au récit. Pendant tout le spectacle, les deux jeunes acteurs sautent, dansent, bougent, déplacent les objets. Leurs mouvements ont le dessus sur leurs voix. Au milieu de cette imposante mise en scène, ces deux acteurs se perdent, ils deviennent une partie de la scénographie et du reste. L’impression qui en dérive est celle d’un spectacle où l’histoire d’amour de Charlotte et d’Harry, leur drame, leur descente aux enfers, n’est plus qu’une simple et banale histoire dans l’océan d’éléments présents. On n’arrive pas à lire entre tous ces éléments. On se sent perdus, phagocytés par cette immense mise en scène. La pièce se transforme en spectacle total, mais qui n’arrive malheureusement pas à communiquer sa force au public. Pourquoi avoir choisi un roman d’un prix Nobel, si l’histoire n’est ici qu’un prétexte ?

 

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