Quand le mariage s’emmêle les bretelles

Par Cecilia Galindo

Une critique du spectacle :
La Puce à l’oreille / de Georges Feydeau / mise en scène Julien George – L’autre compagnie / du 18 au 28 mars au Théâtre Jean Arp à Clamart / du 1 au 20 avril au Théâtre du Loup à Genève / jeudi 24 avril à 20h15 au Théâtre Palace à Bienne / mardi 29 avril à 20h au Théâtre de Beausobre à Morges / samedi 3 mai à 19h au Théâtre du Crochetan à Monthey / lundi 5 et mardi 6 mai à 20h au Théâtre Equilibre et Nuithonie à Villars-sur-Glâne / jeudi 8 mai à 20h au Théâtre de Vevey / plus d’infos

© Emmanuelle Bayart

Burlesque, stylisée et rafraîchie : après un succès mérité en 2012, La Puce à l’oreille proposée par L’Autre Compagnie dirigée par le metteur en scène genevois Julien George revient au Théâtre du Loup. Un plaisir pour ceux qui souhaitent voir ou redécouvrir ce réjouissant festival de quiproquos d’un mécanisme sans faille.

En fond de scène, un mur de portes. A l’avant-scène, un canapé côté jardin et deux chaises autour d’une table côté cour attendent quiconque voudrait s’asseoir, mais personne encore ne s’est montré. Tandis que les spectateurs observent ce décor aux allures de salon bourgeois, des petits bruits se font entendre, comme les cliquetis d’une machine ou d’une horloge : ils annoncent la mécanique rythmée qui mènera les personnages. Une porte s’ouvre et laisse apparaître un homme curieux dont les mouvements semblent saccadés, à la manière des automates. Une deuxième porte s’ouvre et une femme fait cette fois-ci irruption, dans des vêtements de domestique. Elle s’approche du jeune homme et lui vole un baiser. On ne comprendra que quelques minutes plus tard que la demoiselle, bien qu’entreprenante, est déjà mariée, et que son mari est très jaloux.

Chez Feydeau, l’intrigue commence souvent par des soupçons: Raymonde Chandebise a des doutes quant à la fidélité de son mari Victor-Emmanuel, directeur d’une compagnie d’assurances. Le manque de fougue de ce dernier dans l’intimité, mais surtout le retour par la poste de ses bretelles perdues à l’Hôtel du Minet Galant surprennent Raymonde et lui mettent la « puce à l’oreille ». Pour en avoir le cœur net, elle décide d’écrire une lettre d’amour anonyme à son mari avec l’aide de son amie Lucienne et lui donne rendez-vous dans une chambre du Minet Galant pour le prendre sur le fait. Entre malentendus et coïncidences, rien ne se passera pourtant comme prévu.

Dans ce décor peu fourni mais extrêmement propice aux entrées fracassantes et aux sorties mouvementées, les comédiens vont et viennent à un rythme soutenu. Comme l’explique le scénographe Khaled Khouri (qui interprète également le délicat Dr Finache), l’un des objectifs dans le travail de scénographie était d’accorder de l’importance au passage entre la scène et le hors-scène. Les apparitions et disparitions des différents personnages sont ainsi facilitées grâce à la rangée de portes ? qui fait également office de paroi ou d’armoire ? et apportent à la mise en scène un dynamisme indéniable. Lorsqu’on passe de la demeure des Chandebise à l’Hôtel du Minet Galant, le mur de portes est toujours là : le changement de disposition et de couleur de la moquette ainsi que l’ajout d’un lit mobile suffisent à emmener le spectateur d’un salon à un hôtel. Une distanciation marquée à l’égard des indications scéniques encombrantes que Feydeau proposait en 1910. Car ce qui constitue l’intérêt central de la pièce aujourd’hui, ce n’est pas l’environnement mais le personnage et sa course vers le dénouement d’une situation qu’il ne maîtrise pas. On se souvient notamment du Monsieur chasse ! du même auteur, mis en scène par Robert Sandoz en novembre dernier au Jorat, et dont la scénographie sobre et ludique servait l’action d’une façon similaire.

Les personnages ont eux aussi quelque chose de mécanique, dans leur gestuelle notamment, souvent soulignée par des effets sonores, comme lorsque Poche/Chandebise (joué par un Laurent Deshusses admirable) reçoit des coups de pied au derrière au son de ce qui semble être de la batterie. Cette absence de fluidité dans le mouvement, en plus de refléter la mécanique du texte, évoque l’univers du mime, où la précision des mouvements du corps importe plus que la parole. Le maquillage des comédiens, qui noircit les sourcils, blanchit la peau et accentue les pommettes, rejoint également cet univers. Ainsi, les origines hispaniques du personnage d’Homenidès de Histangua (incarné on ne peut mieux par Diego Todeschini) se perçoivent autant dans l’accent espagnol plus vrai que nature que dans la posture « flamenquiste » du personnage.

Aucun doute, la version de La Puce à l’oreille que nous offre L’Autre Compagnie mérite le coup d’œil et l’éclat de rire. A voir au Théâtre du Loup jusqu’au 20 avril 2014.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *