Géoblog

Le blog scientifique vulgarisé de la Faculté des géosciences et de l'environnement

Blog

  • Durabilité au sein des institutions culturelles : première analyse mondiale réalisée par des chercheur·euse·s de l’UNIL

    Durabilité au sein des institutions culturelles : première analyse mondiale réalisée par des chercheur·euse·s de l’UNIL

    Julie Grieshaber et Martin Müller de l’Institut de géographie et durabilité, autrice et auteur de l’étude (© UNIL)

    Les musées, théâtres et institutions culturelles ont-ils un bon bilan en termes de durabilité sociale et environnementale ? Des scientifiques de l’UNIL ont mené une enquête internationale auprès de plus de 200 institutions majeures. Résultat : il existe une marge de progression importante et ce sont les anglo-saxons, notamment, qui sont les plus avancés.

    Étant donné leur influence, le public qu’elles attirent et leur capacité à transmettre des narrations sous des formes variées à une audience large, les institutions culturelles ont un grand rôle à jouer pour promouvoir les thématiques liées à la durabilité, et pour donner l’exemple avec des plans d’action ambitieux. Des spécialistes de la Faculté des géosciences et de l’environnement de l’Université de Lausanne (UNIL) ont lancé une large enquête internationale afin de faire un état des lieux de leurs avancées dans le domaine de la durabilité sociale et environnementale. 

    L’enquête a été menée sous forme de questionnaire auprès de quelque 206 musées, théâtres et opéras de premier plan, présents sur tous les continents. Les sondés ont été évalués selon des critères allant de l’inclusivité et du bien-être des employé·e·s (aspects sociaux), à la gestion des déchets, de l’énergie, la restauration ou l’impact carbone (environnement).

    Les résultats, publiés dans la revue scientifique Sustainability: Science, Practice and Policy, ont montré que pour 60% des sondés, les questions de durabilité n’ont été intégrées à leur stratégie que dans les cinq dernières années, voire moins. En moyenne, les organisations culturelles ont obtenu 37 sur les 100 possibles dans le score de durabilité, faisant mieux en matière de durabilité sociale qu’en matière de durabilité environnementale. De manière globale, le secteur est donc à un stade relativement peu avancé dans ce domaine. « S’il y a beaucoup de déclarations, la mise en œuvre ne suit pas », constate Martin Müller, le professeur de l’UNIL qui a dirigé la recherche.

    Champions de la durabilité : une stratégie globale, une équipe dédiée et de la transversalité

    L’étude a tout de même identifié quelques champions de la durabilité, qui sont au nombre de 14. Il y a par ailleurs une corrélation entre les niveaux « social » et « environnemental ». Ainsi, si les acteurs sont bons dans un domaine, ils le seront également dans l’autre. On retrouve dans le top 14 plusieurs acteurs anglo-saxons, tels que les Galeries nationales d’Écosse et l’Opéra de Sydney, mais aussi Universcience – qui regroupe le Palais de la Découverte et la Cité des sciences et de l’Industrie – à Paris. En Suisse, six institutions ont été analysées et elles se situent dans la moyenne. L’étude garantissait l’anonymat des institutions participantes, seuls les meilleurs performeurs ayant donné leur consentement explicite sont donc mentionnés: voir les résultats.

    Les institutions au top du classement se démarquent notamment par le fait qu’elles aient inscrit les questions de durabilité dans leur stratégie globale, et engagé un groupe interne dédié, qui milite pour et coordonne des actions en faveur de la durabilité. Le contexte national et les décisions politiques semblent également jouer un rôle.

    En Angleterre, par exemple, les institutions bénéficiant de financements publics à travers le Arts Council sont tenues de fournir un rapport sur les questions de durabilité.

    Julie Grieshaber, co-autrice de l’étude.

    « Nous sommes très fier·ère·s de ce résultat », se réjouit Anne Lyden, Directrice générale des Galeries nationales d’Écosse, le musée le plus durable selon l’étude. « Nous soutenons activement l’objectif de l’Écosse de parvenir à un bilan net nul avant 2045, et avons réduit notre empreinte carbone de 60 % entre 2008 et 2022. », ajoute-t-elle. « Nous comprenons qu’il est important que nous jouions un rôle pour rendre le futur plus durable, pas seulement pour l’Ecosse, mais pour le monde entier ».

    Louise Herron, CEO de l’Opéra de Sydney (première institution de l’analyse), ajoute : « La durabilité fait partie de l’ADN de l’Opéra depuis le début, et ces dernières années, nous l’avons intégrée dans notre stratégie organisationnelle, afin qu’elle fasse partie de la vie quotidienne de chacun. Ce sont des défis urgents auxquels nous sommes confrontés, qui ne peuvent être relevés que par une action coordonnée et, en tant qu’organisations culturelles, nous avons une formidable opportunité d’inspirer les autres et d’amener le changement ensemble ».

    Établir un modèle à suivre

    Dans le futur, les scientifiques de l’UNIL vont continuer leur travail d’analyse. L’idée est notamment de créer une alliance mondiale d’institutions culturelles consacrée à la durabilité et un label pour mieux structurer les efforts en matière de durabilité. Pour ce faire, le prof. Martin Müller vient d’obtenir un financement important pour un programme qui promeut l’innovation pratique basée sur la recherche scientifique.

    Méthodologie de l’enquête

    Image générée par IA (Copilot)

    Des questionnaires ont été remplis par 206 institutions émanant de tous les continents. Les données ont été analysées selon un modèle comportant trois sphères : la sphère de la gouvernance (engagement, stratégie, implémentation, transparence) ; la sphère sociale (intégrité, partenariats, intégration urbaine, communauté, accès, diversité & inclusion, bien-être des employé·e·s, apprentissage et inspiration), et la sphère environnementale (climat, biodiversité, eau, déchets, énergie, mobilité et transport, boissons et nourriture, chaîne d’approvisionnement).

    Les acteurs participant au sondage ont été sélectionnés selon des critères tels que leur importance pour le secteur (selon un corpus de littérature), l’attractivité (nombre de visiteurs) ou encore les coûts investis pour leur développement. L’idée étant de sélectionner volontairement de grosses institutions, soit les acteurs majeurs du domaine.

  • Experimental and Theoretical Investigations Regarding the Estimation of Fracture Compliance From Full-Waveform Sonic Log Data

    Experimental and Theoretical Investigations Regarding the Estimation of Fracture Compliance From Full-Waveform Sonic Log Data

    Thèse en sciences de la Terre, soutenue le 8 mars 2023 par Zhenya Zhou, rattaché à l’Institut des sciences de la Terre (ISTE) de la FGSE.

    Les fractures dans la croûte supérieure de la Terre sont plus souples et perméables que la roche environnante, influençant ainsi de manière significative les propriétés mécaniques et hydrauliques des volumes rocheux. La détection et la caractérisation des fractures sont cruciales pour de nombreuses applications telles que l’exploration des hydrocarbures et l’énergie géothermique.

    Les méthodes sismiques, bien connues pour les avantages en termes de pénétration profonde et de haute résolution, sont largement utilisées pour la caractérisation des fractures. Bien que la taille des fractures soit plus petite que les longueurs d’onde sismiques, leur impact sur les ondes sismiques est observable et lié à des propriétés mécaniques clés.

    Cette thèse se concentre sur l’estimation de la conformité des fractures en utilisant les ondes P- et S-réfractées à partir de données sismiques à forme d’onde complète. L’étude évalue la performance de plusieurs techniques d’estimation de la conformité des fractures basées sur le modèle de glissement linéaire, suggérant que la méthode de retard de phase est plus robuste pour l’’estimation de la conformité normale en présence d’une hétérogénéité de fond.

    Cette méthode est ensuite étendue pour calculer les conformités normales et de cisaillement pour des fractures inclinées. De plus, l’approche du retard de phase est généralisée pour l’estimation de la conformité des fractures dans des scénarios impliquant plusieurs fractures.

  • Nouveau site fossilifère d’importance mondiale mis au jour dans le sud de la France

    Nouveau site fossilifère d’importance mondiale mis au jour dans le sud de la France

    Reconstruction artistique du biote de Cabrières (© Christian McCall)

    Farid Saleh, Institut des sciences de Terre

    Près de 400 fossiles à préservation exceptionnelle et datant de 470 millions d’année ont été découverts dans le sud de la France, par un couple d’amateurs. Ce nouveau site fossilifère d’importance mondiale a été analysé par des scientifiques de l’UNIL, en collaboration avec le CNRS et des équipes internationales. Il fournit des informations inédites sur les écosystèmes polaires de la période ordovicienne.

    Des amateurs passionnés de paléontologie ont mis au jour un site fossilifère qui compte parmi les plus riches et diversifiés au monde pour la période de l’Ordovicien inférieur (il y a 470 millions d’années environ). Situé dans la Montagne noire, dans le département de l’Hérault en France, ce gisement de plus de 400 fossiles se distingue par une faune à préservation exceptionnelle. En plus de coquillages, il recèle – et c’est une rareté – des éléments mous tels que des systèmes digestifs et des cuticules, dans un état de conservation remarquable. Autre particularité, ce biote se situait autrefois au plus proche du pôle Sud, ce qui permet de lever le voile sur la composition d’écosystèmes les plus au sud jamais observés pour cette époque.

    A la Faculté des géosciences et de l’environnement de l’Université de Lausanne (UNIL), des scientifiques ont collaboré avec le CNRS (communiqué CNRS) et des équipes internationales pour effectuer les premières analyses sur ce gisement appelé biote de Cabrières. Les résultats sont publiés dans Nature Ecology & Evolution.

    Les réfugiés climatiques de l’Ordovicien

    Les analyses révèlent la présence d’arthropodes (groupe qui inclut les mille-pattes et les crevettes) et de cnidaires (groupe qui inclut les méduses et les coraux), ainsi que d’une large quantité d’algues et d’éponges. La grande biodiversité du site laisse présager que cette zone servait de refuge pour les espèces ayant fui les températures élevées qui régnaient plus au nord à cette époque.

    « A ce moment de réchauffement climatique intense, les communautés polaires vivaient dans des refuges à de hautes latitudes, échappant aux températures équatoriales extrêmes », précise Farid Saleh, chercheur à l’Université de Lausanne, et premier auteur de l’étude. « Le passé lointain nous donne un aperçu de notre possible futur proche » ajoute Jonathan Antcliffe, chercheur à l’Université de Lausanne et co-auteur de l’étude.

    De leur côté, Eric Monceret et Sylvie Monceret-Goujon, les amateurs à qui l’on doit la découverte du site, ne cachent pas leur enthousiasme : « Nous sommes dans la prospection et la recherche de fossiles depuis l’âge de vingt ans », indique Eric Monceret. « Lorsque nous sommes tombés sur cette faune étonnante, nous avons compris l’importance de la découverte et nous sommes passés de l’étonnement à l’excitation », ajoute Sylvie Monceret-Goujon.

    La première publication scientifique marque le début d’un programme de recherche de plusieurs années, comprenant des fouilles de grande ampleur ainsi que des analyses approfondies des fossiles. Il s’agira, en utilisant des techniques d’imagerie novatrices, de dévoiler l’anatomie interne et externe des organismes, ainsi que de déduire leurs liens de parenté et leur mode de vie. 

    Référence bibliographie

    F. Saleh, L. Lustri, P. Gueriau, G. J.-M. Potin, F. Pérez-Peris, L. Laibl, V. Jamart, A. Vite, J. B. Antcliffe, A. C. Daley, M. Nohejlová, C. Dupichaud, S. Schöder, E. Bérard, S. Lynch, H. B. Drage, R. Vaucher, M. Vidal, E. Monceret, S. Monceret and B. Lefebvre, The Cabrières Biota (France) provides insights into Ordovician polar ecosystemsNature Ecology & Evolution, 2024

    « Nous sommes dans la prospection et la recherche de fossiles depuis l’âge de vingt ans »

    Eric Monceret et Sylvie Monceret-Goujon

    Passionné·e·s de paléontologie, Sylvie et Eric Monceret sont parvenu·e·s, à force de travail et de persévérance, à mettre à jour un site fossilifère d’importance mondiale dans le Montagne noire, au sud de la France. Dans la vie, ce couple de Français occupe des postes plus traditionnels. Sylvie Monceret est professeure d’histoire, géographie, éducation morale et civique dans un collège, et Eric Monceret est chargé de projet ingénierie raccordement dans une entreprise. Entretien avec ces amateurs chevronnés.

    D’où vous vient cet intérêt pour la recherche de fossiles? 

    Nous sommes dans la prospection et la recherche de fossiles depuis l’âge de vingt ans. Cette passion nous est venue grâce aux parents de Sylvie, Claude et Monique Goujon, qui sont des amateurs de fossiles et de minéraux depuis toujours. Suite à la lecture de quelques notes et de par la proximité de la Montagne Noire, nous avons commencé à prospecter le massif.

    La diversité et la richesse des terrains nous a de suite passionné.e.s et nous avons voulu en savoir plus. Nous avons cherché à prendre contact avec les Maîtres de la paléontologie de la Montagne Noire, et avons eu la chance de rencontrer l’abbé Courtessole en 1989 qui nous a encouragé.e.s à continuer à chercher et nous a présenté à son successeur Daniel Vizcaïno. Par la suite, nous avons travaillé avec Bertrand Lefebvre du CNRS de Lyon et aujourd’hui avec Farid Saleh de l’Université de Lausanne.

    Comment avez-vous découvert ce site si particulier? 

    Du fait de la proximité du site de Cabrières avec la maison des parents de Sylvie, nous avions déjà prospecté et trouvé la faune classique. Puis, il y a sept ou huit ans, nous avons récolté quelques fossiles à corps mous dans ces niveaux. Malheureusement, ils étaient beaucoup trop rares pour en faire un site à conservation exceptionnelle. 

    Nous nous sommes engagés dans d‘autres projets, mais nous avons toujours porté une attention particulière à ces niveaux que jusqu’alors nous ne prospections qu’occasionnellement. C’est au cours de l’une de ces visites, que nous sommes tombés sur cette faune étonnante. Après quelques sorties supplémentaires, nous avons compris l’importance de la découverte et nous sommes passés de l’étonnement à l’excitation.

    Quelle méthode utilisez-vous ?

    D’abord, nous utilisons le travail des Anciens, proches ou lointains, qui ont déjà réfléchi, prospecté, écrit sur la Montagne Noire. Ce sont leurs découvertes et leurs raisonnements qui, associés à notre connaissance du terrain nous permettent d’avancer. C’est un gros travail de préparation afin de réunir un maximum de biblio pour définir un cadre général et déterminer des zones précises à prospecter.

    Ensuite, il faut avoir une bonne connaissance de la stratigraphie, retrouver les couches qui présentent des faciès reconnaissables et se positionner par rapport à elles. Ici à Cabrières, écailles et nappes charriées aux couches inversées rendent le travail difficile.

    Enfin, il faut faire un travail de sondage et casser un peu partout, faire des trous pour voir ce qu’il y a dedans. Et pour cela il faut s’équiper car le relief est parfois abrupt et la végétation souvent dense et piquante. On marche souvent dans les traces des sangliers qui ont forcé le passage à travers les arbres.

    Qu’avez-vous ressenti lorsque vous avez compris que votre découverte était importante ?

    Notre ressenti a évolué au cours du temps. Au début des recherches, nous étions surtout surpris par la particularité des faunes que nous trouvions. Certaines étaient connues mais d’autres présentaient un état de conservation inhabituel ou n’avaient carrément jamais été trouvées ou reconnues dans la Montagne Noire.

    Nous avions peur de nous tromper dans nos déterminations et nous n’osions pas espérer qu’elles soient justes. Nous avons compris que notre découverte était importante au fur et à mesure que nous cumulions ces organismes indéterminés et de conservation exceptionnelle. Et nous avons réalisé que cette découverte allait avoir des conséquences importantes lorsque Bertrand Lefebvre nous a conseillé de faire passer quelques uns de nos échantillons à Farid Saleh, et que celui-ci nous a immédiatement demandé de travailler avec lui.

    Enfin, nous avons ressenti une grande satisfaction personnelle à plusieurs niveaux. En particulier celle d’avoir la chance de nous inscrire dans la Grande liste des chercheurs amateurs reconnus de la Montagne Noire mais aussi celle de participer à la construction de la connaissance de notre planète.

    Allez-vous continuer à collaborer avec les scientifiques ?

    Oui bien sûr, s’ils veulent toujours bien de nous ! Nous collaborons avec eux depuis presque toujours et nous continuerons à le faire, en particulier avec Farid et son équipe pour plusieurs raisons. D’abord parce que nous avons confiance en eux, ce qui garantit une bonne utilisation de nos recherches. Mais aussi parce qu’ils sont respectueux et reconnaissants, et qu’ils ont su nous mettre à l’honneur dans leur publication.

  • Anticiper l’avenir climatique grâce à l’AI : 13 scientifiques suisses et américains parviennent à rendre les algorithmes plus « robustes »

    Anticiper l’avenir climatique grâce à l’AI : 13 scientifiques suisses et américains parviennent à rendre les algorithmes plus « robustes »

    Les algorithmes d’apprentissage automatique, employés de manière croissante dans les applications climatiques, rencontrent aujourd’hui un problème majeur :  leur difficulté à prédire correctement des conditions climatiques pour lesquels ils ne sont pas entraînés, générant ainsi des incertitudes dans les projections.

    Une équipe de chercheur·euse·s de l’Université de Lausanne et de plusieurs universités américaines, dévoilent à travers une étude publiée dans la revue Science Advances, qu’en transformant les données soumises aux algorithmes à l’aide de principes de physique bien établis, ils parviennent à les rendre plus « robustes » pour résoudre des problématiques climatiques. Cette méthode a été testée avec succès sur trois modèles atmosphériques distincts. Les implications de cette découverte vont au-delà de la science du climat.

    La prédiction des changements climatiques est possible grâce à l’utilisation de modèles physiques correspondant aux climats passés, présents et futurs, et permettant l’extrapolation à partir de données récentes. Cependant, les modèles climatiques actuels rencontrent des défis lorsqu’il est nécessaire de représenter des processus à des échelles plus petites que la taille du modèle, générant ainsi des incertitudes dans les projections. Bien que les récents algorithmes d’apprentissage automatique présentent des avantages pour améliorer la représentation de ces processus, ils n’arrivent toujours pas à extrapoler vers des régimes climatiques pour lesquels ils n’ont pas été entraînés.

    Pour dépasser ces limitations, l’équipe de chercheur·euse·s a proposé une approche innovante appelée « Machine Learning climat-invariant ». Cette approche cherche à fusionner la compréhension physique des modèles climatiques avec les capacités des algorithmes d’apprentissage automatique pour améliorer leur cohérence, la pertinence des données générées ainsi qu’une généralisation de leur utilité pour appréhender une plus grande diversité des régimes climatiques. Les résultats obtenus suggèrent que cette nouvelle intégration des connaissances physiques renforcera la fiabilité des modèles climatiques.

    Sept points pour mieux comprendre les enjeux de cette étude

    1. Comment sont utilisés les algorithmes d’apprentissage automatique dans le domaine du climat ?

    Les algorithmes d’apprentissage automatique jouent un rôle clé dans l’amélioration des modèles climatiques en simulant des processus complexes tels que la dynamique des tempêtes, les tourbillons océaniques et la formation des nuages, qui sont coûteux avec des méthodes traditionnelles. Ils sont essentiels pour la détection à distance et la classification des nuages, et pour la réduction d’échelle des modèles climatiques globaux afin de produire des projections locales détaillées qui s’alignent mieux sur le registre d’observation.

    2. Pourquoi les algorithmes d’apprentissage automatique ont jusqu’alors eu du mal à prédire les effets du changement climatique ?

    Les modèles d’apprentissage automatique, en particulier les réseaux neuronaux, excellent dans le cadre de leurs données d’apprentissage, mais peuvent se révéler très inefficaces lorsque les données diffèrent sensiblement de ce qu’ils ont observé auparavant. Cet écart s’explique par le fait que ces modèles reposent sur des hypothèses implicites qui peuvent ne pas se vérifier dans des conditions climatiques nouvelles, ce qui entraîne des inexactitudes potentielles dans les projections en dehors de leurs schémas d’apprentissage.

    3. Sur quels types de modèles atmosphériques ont porté cette étude et quelle est leur importance ?  

    Les chercheur·euse·s se sont d’abord concentrés sur un modèle de « monde océanique », une représentation simplifiée du système climatique de la Terre sans les continents, qui leur a permis d’identifier et de comprendre les erreurs d’extrapolation. Ils ont ensuite progressé vers des modèles atmosphériques plus sophistiqués et plus réalistes qui simulent la dynamique du climat de la Terre. L’intégration de l’apprentissage automatique dans ces modèles est un projet prometteur pour améliorer leur réalisme, en particulier pour les projections climatiques à long terme, contribuant ainsi de manière significative aux stratégies d’adaptation au changement climatique et d’atténuation de ses effets.

    4. Qu’est-ce que cela signifie au-delà de la science du climat ?

    Au-delà de la science du climat, la méthodologie de cette étude offre un modèle pour l’incorporation de principes physiques dans l’apprentissage automatique dans plusieurs disciplines. En transformant les données à l’aide d’invariances physiques connues, les chercheur·euse·s peuvent former des modèles d’apprentissage automatique qui fonctionnent dans divers schémas physiques, même s’ils n’ont été entraînés que pour quelques-uns d’entre eux. Cela pourrait fonctionner dans n’importe quel domaine scientifique avec des invariances connues, par exemple, en science planétaire pour créer des modèles généralisables à toutes les planètes ou en dynamique des fluides pour créer des modèles généralisables à tous les régimes de flux.

    5. Comment cela pourrait-il changer la recherche en sciences du climat ?

    La nouvelle approche de cette étude pourrait faire progresser la science du climat en permettant une modélisation plus précise et généralisable des processus. Par exemple, les modèles d’apprentissage automatique qui ont été formés sur les données climatiques actuelles pourraient, moyennant des ajustements physiques appropriés, offrir des projections fiables pour les climats futurs. Cette avancée en matière de généralisation pourrait faire progresser les prévisions météorologiques et les projections climatiques à long terme.

    6. Quelles sont les prochaines phases de cette recherche ?

    Les équipes qui ont participé à cette collaboration explorent diverses voies, notamment l’amélioration de la généralisation des modèles de prévisions météorologiques de pointe basés sur des données pour les climats futurs et l’intégration de ces modules robustes et invariants du climat dans les modèles climatiques existants. L’objectif des chercheur·euse·s est de continuer à développer ces modèles basés sur des données au-delà de leurs limites actuelles, en encourageant une culture de tests rigoureux qui pourrait mettre au point de nouveaux principes physiques dépassant les capacités d’observation actuelles.

    7. Quel est l’impact à long terme de ces résultats et le potentiel de l’IA dans la science du climat ?

    Les auteur·ice·s de cette étude estiment que ces résultats vont favoriser des collaborations plus soutenues entre les communautés de la science du climat et de l’intelligence artificielle. En encourageant la communauté des sciences du climat à considérer les modèles basés sur les données non pas comme un remplacement mais comme un renforcement des méthodologies traditionnelles, et en promouvant le développement de techniques d’intelligence artificielle qui ne sont pas seulement basées sur les données mais aussi sensibles au domaines de recherche, ils prévoient un avenir où l’intelligence artificielle contribuera de manière significative à faire progresser la compréhension des processus climatiques, améliorant ainsi la capacité collective à répondre aux défis posés par le changement climatique.

    Référence bibliographique

    Tom Beucler, Pierre Gentine, Janni Yuval, Ankitesh Gupta, Liran Peng, Jerry Lin, Sungduk Yu, Stephan Rasp, Fiaz Ahmed, Paul A. O’Gorman, J. David Neelin, Nicholas J. Lutsko, Michael Pritchard, « Climate-Invariant Machine Learning », Science Advances, 2024. [full text PDF]

  • Quaternary evolution of an African High Plateau: The Chobe Enclave (Northen Botswana) 

    Quaternary evolution of an African High Plateau: The Chobe Enclave (Northen Botswana) 

    Thèse en sciences de la Terre, soutenue le 21 février 2024 par Thuto Mokatse, rattaché à l’Institut des dynamiques de la surface terrestre (IDYST) de la FGSE.

    L’étude s’est concentrée sur la Chobe Enclave située dans le nord du Botswana, où l’impact de la tectonique est souvent brouillé par des couvertures sédimentaires mobiles, rendant difficile toute reconstruction paléo-environnementale détaillée. Une combinaison de levés géophysiques de surface, d’analyses sédimentologiques et de datations par luminescence stimulée optiquement a été utilisée pour étudier la relation entre le développement du paysage et l’activité tectonique.

    La Chobe Enclave fait partie du sous-bassin Chobe-Linyanti, une dépression structurale délimitée par des systèmes de failles, cruciale pour sa configuration évolutive. L’étude a révélé la transition d’un environnement fluviatile/éolien à un environnement lacustre/palustre, avec la formation de carbonates et de diatomites. Des événements tectoniques ont entraîné l’ensevelissement de chenaux fluviaux, l’élévation syn-sédimentaire de crêtes sableuses et la formation d’entailles de surimposition fluviales. Les changements hydrogéochimiques du Pléistocène supérieur à l’Holocène ont permis la formation de sépiolite authigène (une argile fibreuse), dans un contexte évaporitique.

    L’étude au travers des relations minéralogiques entre faciès et des microtextures associées aux grains de quartz, a pu révéler l’histoire complexe d’un ancien cône alluvial influencé par des changements hydrologiques combinés à des phases éoliennes, fluviales, palustres et d’altération multiples.

  • Repenser l’environnement depuis l’expérience : une proposition écophénoménologique

    Repenser l’environnement depuis l’expérience : une proposition écophénoménologique

    Gérald Hess, Institut de géographie et durabilité

    Le Dr Gérald Hess de l’Institut de géographie et durabilité de l’UNIL (IGD) a fait paraître à l’automne 2023 un ouvrage de philosophie de l’environnement intitulé Conscience cosmique. Pour une écologie en première personne (Editions Dehors, 2023), premier tome d’un triptyque consacré à la question.

    Il est difficile de résumer un tel ouvrage et toute son itération avec quelques mots-clés, mais s’il le fallait vraiment, ceux-ci pourraient être : homme, nature, écophénoménologie, apparaître et réconciliation des première et troisième personnes, expérience corporelle, mort, chair…

    La démarche philosophique annoncée par l’auteur est ici de nous faire découvrir ce qui précède la pensée scientifique, et fonde ou devrait fonder notre rapport à la nature : la démarche d’élévation vers une conscience cosmique (ou universelle) partant de notre expérience de mortel vivant, pour fonder un rapport différent à la nature, qu’il résume par l’expression : « écologie à la première personne ». 

    Le français courant dit « première personne du singulier ». Or le singulier est justement ici ce dont Gérald Hess ne veut pas : il nous faut d’abord nous éloigner de la banalité de l’expérience infiniment multiple au profit d’expériences ponctuelles, de la combinaison et du métal rare que sont les rencontres entre la première et la troisième personne qui sont susceptibles d’entraîner une mutation de la conscience. Cette première personne n’est donc pas un particulier, pas un être singularisé et déterminé par des conditions psychologiques, sociales, politiques, morales préalables mais recouvre en fait un collectif incluant toute existence et conscience humaines possibles, et, en dernier ressort, toute réalité !

    Pour cela, l’effacement de la personne singulière est nécessaire, bien qu’il soit indispensable de partir de celle-ci.

    Qu’est-ce que l’écophénoménologie ?

    La phénoménologie en général, née principalement avec le philosophe Edmond Husserl au début du XXème siècle, est une démarche philosophique empirique en rupture avec les philosophies idéalistes, transcendantales ou spéculatives des siècles précédents. Elle se veut une étude systématique partant de l’analyse à la fois de l’expérience vécue et de la conscience, toutes deux comprises comme phénomènes d’une pensée capable de se penser elle-même et de penser le monde autour d’elle.

    L’écophénoménologie est quant à elle un champ bien défini de la pensée écologique qui vise à clarifier le lien entre la conscience (ou l’expérience vécue) et l’environnement.

    On comprend donc bien que la démarche de Gérald Hess s’inscrive dans cette perspective en la synthétisant et lui apportant plusieurs chemins (sa modestie lui ferait sans doute parler de sentiers) nouveaux. 

    Le choix d’entrer en dialogue avec la pensée de Husserl est une sorte de pari de l’auteur. Peu se sont osés en effet à pratiquer l’exercice, tant la pensée de Husserl a quelque chose d’un roc, d’une solidité et d’une rigueur minérale absolues. D’autres auteurs (Heidegger, Lévinas, Merleau-Ponti, Ricoeur) sont plus régulièrement sollicités, convoqués et cités dans les dialogues contemporains de l’approche écophénoménologique.

    L’ouvrage fait donc œuvre nouvelle à travers une radicalisation phénoménologique de l’écologie en première personne, centrée sur le rapport à sa propre mort : il y est postulé l’établissement d’une proximité entre moi-même et la nature établie par la naissance et la mort, deux faits de nature et sur la base du constat existentiel que la naissance n’est pas réappropriable comme expérience, car passée, alors que la mort peut l’être, en tant qu’expérience future et inéluctable, puisqu’elle est pensable depuis la vie, au présent.

    Gérald Hess fait donc de la mort le lien fondamental entre notre existence, notre conscience et la nature puisque c’est là que se noue pour lui l’enjeu central de notre rapport au monde naturel.

    Pour parvenir à la cerner, il suggère donc de « vivre notre mort » – tout paradoxe mis à part – et de l’ancrer au présent, ce qui permet l’ouverture à l’extériorité du monde non-humain par un retour « à une forme impersonnelle, corporelle de mon existence », une forme de « conscience-témoin », qu’il voit susceptible de se manifester ponctuellement chez chacun de nous dans certains états de rêverie ou d’inconscience et qui serait le point de vue de nulle part en particulier.

    Dominique Bourg, dans une belle préface à l’ouvrage, y voit une possibilité de dépassement du dualisme, une métaphysique post-dualiste, un monisme réflexif « où se confondent sujet et objet et se résorbe leur opposition ».

    La finalité ultime de cette réflexion consiste à circonscrire les conditions de possibilité d’une écologie « en première personne» qui permettrait de restituer à la nature – et partant à l a Terre – une valeur qu’elle a perdue au regard de la science, de sorte à faire éprouver à chacun le « sentiment d’avoir affaire à une chose précieuse qu’il faut protéger à la manière d’un trésor». Et de trouver un moyen d’articuler la perspective « en première personne » à la perspective « en troisième personne» caractéristique de la science, au sens de la géologie, de la biologie de l’évolution ou des sciences du Système Terre — lesquelles sont indispensables pour prendre la mesure de la gravité de la crise qui est en train de s’y dérouler, comme l’exprime fort bien Stéphane-Hicham Afeissa dans une fine analyse de l’ouvrage.

    De spéculatif qu’il puisse apparaître de l’extérieur, le cheminement de Gérald Hess reste au contraire, tout au long du livre, fondamentalement ancré dans l’expérience et l’analyse de celle-ci.

    Elle conduit d’ailleurs aussi à des conséquences pratiques. Au rang des conséquences éthiques, on y retrouve des vertus étroitement associées à l’expérience corporelle de la nature. Au niveau politique, l’inscription corporelle dans la nature non humaine entraine une modification du vivre-ensemble, notamment avec la multiplication des communautés connaissant des relations interspécifiques (humains/non-humains) et disposant d’un statut moral et politique.

    L’emblématique photographie du « Pale Blue Dot » : la planète Terre, prise le 14 février 1990 par le vaisseau spatial Voyager 1, à une distance de 3,7 milliards de kilomètres. {© NASA)

    L’ouvrage a aussi ceci de fascinant qu’il propose plusieurs niveaux de lecture et parties où le lecteur peut trouver son propre chemin, quelle que soit l’étendue de sa formation philosophique. L’auteur exemplifie régulièrement son propos (The Pale Blue Dot, par ex.) et sa démarche même permet à son lecteur-interlocuteur de se reconnecter avec les différents chapitres sur la base de sa propre expérience, de sa propre phénoménologie, élaborée ou spontanée, consciente ou inconsciente, tout en s’appuyant sur les expériences d’autrui (l’aventure du crocodile de Val Plumwood par exemple) qui viennent illustrer l’ancrage phénoménologique et la profondeur vécue du propos et de la réflexion.

  • Les glaciers des Alpes perdront au minimum un tiers de leur volume d’ici 2050, quoi qu’il arrive

    Les glaciers des Alpes perdront au minimum un tiers de leur volume d’ici 2050, quoi qu’il arrive

    Le glacier d’Aletsch en 2009 (© UNIL, Guillaume Jouvet)

    Même en cas d’arrêt total des émissions de gaz à effet de serre, le volume de glace présent dans les Alpes européennes diminuera de 34% d’ici à 2050. Si la tendance observée ces 20 dernières années se poursuit au même rythme, en revanche, près de la moitié du volume de glace sera perdue. C’est ce qu’ont démontré des scientifiques de l’UNIL, dans une nouvelle étude internationale. 

    En 2050, soit dans 26 ans, nous aurons perdu au minimum 34% du volume de glace présent dans les Alpes européennes et ce, même en cas d’interruption totale et immédiate du réchauffement climatique. C’est ce que prédit un nouveau modèle informatique développé par des scientifiques de la Faculté des géosciences et de l’environnement de l’Université de Lausanne (UNIL), en collaboration avec l’Université de Grenoble, l’ETHZ et l’Université de Zürich. Dans ce scénario, mis au point à l’aide d’algorithmes d’apprentissage automatique et de données climatiques, le réchauffement a cessé en 2022, mais les glaciers subissent tout de même des pertes, en raison de phénomènes d’inertie. Cette prédiction, la plus optimiste qui puisse être, est toutefois bien éloignée de la réalité à venir, puisque les émissions de gaz à effet de serre ne cessent à l’inverse d’augmenter au niveau mondial. 

    En réalité, plus de la moitié du volume de glace va disparaître

    Une autre projection plus réaliste de l’étude démontre que sans changement ou mesure drastique, si la tendance de fonte des 20 dernières années se poursuit, c’est près de la moitié (46%) du volume de glace des Alpes qui aura réellement disparu d’ici à 2050. Ce chiffre atteindrait même les 65%, si l’on extrapole les données des dix dernières années uniquement. 

    2050 : un futur proche

    A l’inverse des modèles traditionnels, qui projettent des estimations pour la fin du siècle, la nouvelle étude, parue dans Geophysical Research Letterspropose une échéance à court terme, permettant de se projeter plus facilement et ainsi, de favoriser l’action. Quel âge auront nos enfants en 2050 ? Y aura-t-il encore de la neige en 2038, date possible de l’organisation des Jeux olympiques en Suisse ? Ces estimations sont d’autant plus importantes que la disparition de kilomètres de glace aura des conséquences marquées tant pour la population que pour les infrastructures, ou encore les réserves d’eau. « Les données utilisées pour construire les scénarios s’arrêtent à 2022, une année qui a été suivie par un été exceptionnellement chaud. Il est donc probable que la situation soit encore pire que celle que nous présentons », illustre Samuel Cook, chercheur à l’UNIL et premier auteur de l’étude. 

    L’intelligence artificielle booste les modèles

    Guillaume Jouvet, Institut des dynamiques de la surface terrestre

    Les simulations ont été réalisés à l’aide d’algorithmes d’intelligence artificielle. Les scientifiques ont utilisé des méthodes d’apprentissage profond afin d’entraîner leur modèle aux notions de physique, et l’ont nourri de données climatiques et glaciologiques réelles. «Le machine learning révolutionne l’intégration des données complexes dans nos modèles. Cette étape essentielle, auparavant notoirement compliquée et gourmande en ressources de calcul, devient désormais plus précise et efficace », explique Guillaume Jouvet, professeur à la FGSE et co-auteur de l’étude.

    La modélisation a été effectué avec le modèle IGM développé dans le groupe ICE de l’UNIL.

    Référence
  • Comment protéger la biodiversité ? En améliorant le suivi de la diversité génétique globale

    Comment protéger la biodiversité ? En améliorant le suivi de la diversité génétique globale

    La « grenouille grecque », Rana graeca, fait partie des espèces inclues dans l’analyse. Crédit photo : Andreas Meyer

    La diversité génétique est cruciale pour permettre aux espèces de s’adapter aux dérèglements climatiques. Une étude internationale co-conduite par des chercheurs de l’UNIL démontre que les efforts actuels de monitoring de la diversité génétique en Europe sont lacunaires et insuffisants. Elle propose une approche inédite pour identifier et pointer les zones géographiques d’importance sur lesquelles se concentrer.

    • La diversité génétique des animaux et des plantes est essentielle pour leur adaptation face aux bouleversements climatiques
    • Le suivi actuel de cette diversité est lacunaire, et pourrait nous faire perdre des variants génétiques importants
    • Une étude co-dirigée par l’UNIL renseigne sur les zones où monitorer la diversité génétique en Europe.
    • Elle confirme qu’un meilleur suivi des espèces et de leur diversité génétique est urgemment nécessaire au niveau international

    Sur notre planète, chaque être vivant se distingue de ses semblables par de petites différences dans son matériel héréditaire. Ainsi, lorsque l’environnement change et devient défavorable à des populations d’espèces (végétales et animales), cette variabilité génétique peut leur permettre de s’adapter aux nouvelles conditions, plutôt que de s’éteindre ou de devoir migrer vers d’autres habitats. De manière simplifiée, on peut donc dire que la diversité des gènes représente une des clés de survie des espèces. En 2022, la Convention internationale sur la diversité biologique (CBD) a d’ailleurs maintenu et accru le besoin de protéger la diversité génétique au sein des espèces sauvages, une dimension fondamentale de la biodiversité trop négligée jusqu’ici.

    Le réchauffement climatique cause actuellement déjà une pression importante sur de nombreuses espèces en Europe, notamment dans les populations qui se trouvent aux limites climatiques de leur aire de distribution. Leur capacité de résistance à une plus grande chaleur ou sécheresse, mais aussi face aux nouvelles espèces colonisant leur milieu, conditionne donc leur survie. C’est dans ces situations limites qu’il est le plus intéressant de mesurer la diversité génétique, pour évaluer l’aptitude des espèces considérées à persister.

    Publiée dans Nature Ecology & Evolution, une étude internationale co-dirigée par l’UNIL s’est penchée sur le monitoring de la diversité génétique en Europe. Olivier Broennimann et Antoine Guisan, rattachés à la Faculté de biologie et médecine et à la Faculté des géosciences et de l’environnement, ont fourni une contribution essentielle, en développant un outil inédit pour identifier des zones géographiques où elle devrait être suivie en priorité. Leurs résultats montrent que les efforts pour surveiller la diversité génétique en Europe sont lacunaires et devraient être complétés.

    En analysant l’ensemble des programmes de suivi génétique en Europe, l’étude a démontré que des efforts accrus devraient être déployés dans des zones se trouvant principalement au Sud-Est (Turquie et Balkans). « Sans une meilleure surveillance européenne de la diversité génétique, nous risquons de perdre des variants génétiques importants », témoigne Peter Pearman, principal auteur de l’étude et ancien collaborateur de l’UNIL. L’amélioration du suivi permettrait de détecter les zones favorables à ces variants, et de les protéger dans le but de maintenir la diversité génétique essentielle à la survie à long terme des espèces. Certaines des espèces menacées fournissent en outre des services inestimables aux humains, comme le fonctionnement des écosystèmes (inclus agricoles), la pollinisation des cultures, la purification de l’eau ou la régulation du climat. 

    L’étude comprenait 52 scientifiques de 60 universités ou instituts de recherche dans 31 pays. Les résultats suggèrent qu’il faudrait adapter les programmes européens de suivi de la diversité génétique (« monitoring« ) en utilisant ce type d’approche de manière plus systématique et inclure toutes les régions sensibles et riches en diversité génétique. Au vu des accords internationaux récents pour stopper le déclin de la biodiversité, que la Suisse a signé, l’étude relève aussi qu’un meilleur suivi des espèces en général et en particulier de leur diversité génétique est urgemment nécessaire au niveau international. Cela permettra une meilleure planification de l’utilisation du territoire, et un meilleur soutien aux actions de conservation et de restauration des écosystèmes, qui aidera à assurer la persistance des espèces et des services qu’elles nous fournissent.

    Source

    • Peter Pearman, Olivier Broennimann, [+ 48 auteur.e.s] & Antoine Guisan, Mike Brufford. Monitoring species genetic diversity in Europe varies greatly and overlooks potential climate change impacts, Nature Ecology & Evolution, 2023.
  • Ils décodent les méthodes de colonisation à travers la communication des bactéries E. coli

    Ils décodent les méthodes de colonisation à travers la communication des bactéries E. coli

    Les chercheurs ont reproduit, sur une puce en silicone, une structure en forme d’intestin. Ici, un véritable intestin de souris, image crédit: HistoPathology Core Facility, Institut Pasteur.
    Pietro de Anna, Institut des sciences de la Terre

    Naturellement présentes dans notre tube digestif, les bactéries E. coli ont des façons bien spécifiques de communiquer et de coloniser les milieux complexes. A l’UNIL, des scientifiques ont reproduit la structure complexe d’un intestin sur une puce, et décortiqué ces mécanismes pour la première fois. L’étude est parue dans Nature communications, et elle constitue une étape vers une meilleure compréhension des interactions entre hôte et microbes.

    En moyenne, un intestin humain comprend près de 2 kilos de bactéries, soit près de 10’000 milliards d’individus, appartenant à 1000 espèces différentes. Pami elles se trouvent les bactéries Escherichia coli, habituellement inoffensives et bénéfiques, mais dont certaines souches minoritaires sont pathogènes. On ne comprend toutefois pas vraiment les mécanismes qui régissent leur comportement. Comment communiquent-elles entre elles ?  De quelle façon colonisent-elles des environnements à la structure complexe, tel que le tube digestif humain ? 

    A l’UNIL, une équipe de la Faculté des géosciences et de l’environnement (FGSE), en collaboration avec une équipe de la Faculté de Biologie et Médecine (FBM) a décortiqué les processus de colonisation d’un milieu sinueux par ces bactéries. Deux mécanismes ont été étudiés : leurs déplacements provoqués par des stimuli chimiques (chimiotaxie), et leur faculté d’estimer le nombre de leurs semblables alentours (détection quorum), et de réagir en cas de surnombre. La recherche a été publiée dans Nature Communication. Elle ouvre la porte à une meilleure compréhension du rapport entre microbes et personne hôte, ainsi que des conséquences sur la santé de ce dernier.

    Un intestin sur puce

    Pour mener à bien leur recherche, les scientifiques ont reproduit la structure d’un intestin sur une puce microfluidique, dans laquelle ils ont injecté des nutriments (du glucose), ainsi que des bactéries E. coli. Dans ce milieu étriqué, les bactéries se diffusent, puis elles s’accumulent dans les cavités, pour prendre part à un petit festin. Elles consomment de l’oxygène et absorbent le glucose à disposition, relâchant des substances produites par leur activité métabolique (comme l’AI-2). « Ce signal agit comme un stimulus chimique, qui attire les autres bactéries nageant à proximité. Ainsi, la cavité se remplit de plus en plus, jusqu’à en devenir bondée », explique Pietro De Anna, professeur à la FGSE et co-auteur de l’étude. 

    Un deuxième phénomène se produit alors. Lorsque tous les nutriments sont consommés, les bactéries vont activer une sorte de détecteur leur permettant d’estimer la densité de la foule autours d’elles. « En estimant la quantité des signaux, les bactéries remarquent soudain que l’endroit, qui est une impasse, est plein à craquer : leur survie est en jeu », précise le professeur. Les bactéries produisent dès lors de la biomasse plus rapidement que d’habitude. Elles se multiplient le plus possible, afin de croître suffisamment pour sortir de la cavité. 

    « Il est essentiel de comprendre comment les bactéries colonisent des environnements complexes et hétérogènes, tels que l’intestin, pour comprendre le fonctionnement des phénomènes naturels, et ceux qui mènent à une pathologie », commente Pietro De Anna. « Par ailleurs, comme l’AI-2 est un mode de communication inter-espèce, notre recherche pourrait donner des indications précieuses pour d’autres espèces de bactéries. »

    Source
  • À la croisée de l’art et de la géographie : la recherche-création

    À la croisée de l’art et de la géographie : la recherche-création

    Par : Laura Pierini, doctorante à l’Institut de géographie et durabilité & Christophe Mager, Maître d’enseignement et de recherche à l’Institut de géographie et durabilité.

    Naviguant entre l’art et les sciences sociales, la recherche-création évolue, transformant les outils créatifs en quelque chose de plus substantiel qu’un simple objet d’étude (Huyghe, 2017). Ce domaine façonne un espace où les analyses sensibles se révèlent, mettant en avant la richesse des interactions possibles entre les institutions artistiques et universitaires afin de « rechercher et de représenter les expériences sensorielles, les émotions, les atmosphères affectives et les flux de vie » (Dewsbury, 2010). 

    Summer School « Comizi d’Amore revisited » à l’Institut suisse de Rome : Un tissage créatif et multidisciplinaire
    Fig.1: Flyer de la Summer School

    Accueillie par l’Institut suisse de Rome du 16 au 22  juillet 2023, la Summer School « Comizi d’Amore revisited » (fig. 1) a fourni un terrain propice au mélange fertile des disciplines. Initiée par une équipe des Universités et Hautes Écoles spécialisées de l’Arc lémanique1, en partenariat avec le Département d’architecture de l’Université Roma Tre et le Département d’ingénierie civile et de l’environnement de La Sapienza, cette rencontre a réuni des étudiant·e·s de niveau Master provenant de divers horizons académiques — arts visuels et sonores, géographie, développement territorial, arts de bâtir — formant ainsi un melting-pot multidisciplinaire. 

    Pendant une semaine, en s’inspirant à des thématiques tirées du film documentaire de Pier Paolo Pasolini « Comizi d’amore », ils·elles furent amené·e·s à investiguer la place des corps, genres et sexualités dans la ville, à travers la recherche-création, dans des quartiers spécifiques. 

    Plusieurs projets se sont distingués en exploitant et en mêlant adroitement les compétences disciplinaires des membres de leurs équipes. En employant des méthodes qualitatives, notamment les entretiens compréhensifs (Kaufmann, 2016), et en les intégrant à la réinterprétation d’éléments visuels (fig. 2) et sonores (cf vidéo Youtube), ainsi qu’à la création numérique (fig. 3), ils ont réussi à élaborer non seulement des objets restituant leur recherche, mais aussi des outils susceptibles d’être appropriés par les personnes interrogées. Ce faisant, ils illustrent la riche potentialité de conjuguer approches créatives et recherche scientifique.

    Fig. 2: A. Albanese, L. Henz, J. Meyer, L. Gygax, N. Costa, Escapade | Echoes of displaced bodies.
    Fig. 3: A. Brönnimann, S. Claivaz, J. Seo.  Lucha y Siesta, Women’s virtual house
    L’importance de la restitution émotionnelle dans la recherche-création

    Lors de cette Summer School, l’équipe encadrante de l’Institut de géographie et durabilité de la FGSE a mis l’accent sur la communication des émotions par la recherche-création, en attirant l’attention sur l’influence des environnements urbains (construits ou naturels anthropisés) sur ces émotions. La restitution d’expériences sensorielles, psychophysiologiques et émotionnelles est en effet cruciale pour comprendre et analyser en profondeur l’espace urbain et les interactions humaines qui s’y déroulent. Il appartenait ensuite aux étudiant·e·s de faire en sorte que ces émotions — qu’il s’agisse des vécus des étudiant·e·s ou de ceux des personnes rencontrées — soient véhiculées par les créations proposées, devenant elles-mêmes des « objets conversationnels ».

    Les méthodologies sensibles : Intégrer les émotions au cœur de la recherche en géographie

    L’immersion dans les quartiers s’est faite sous forme de promenades sensibles (Feildel et al., 2016 ; Christmann et al., 2018), conçues pour analyser l’espace à travers les émotions ressenties pendant la déambulation. Les étudiant·e·s ont ensuite retranscrit ces perceptions au moyens de diverses formes de cartographie sensible (Olmedo, 2021), mettant en lumière les nuances et les subtilités des expériences spatiales.

    Ils·elles ont en cela bénéficié de l’aide de Laura Pierini, doctorante au sein de l’Institut de géographie et durabilité, qui fait appel à des méthodologies similaires dans le cadre de ses recherches. Elle explore en effet dans quelle mesure les œuvres d’art site-spécifiques, intentionnellement conçues pour un contexte particulier, contribuent à un processus d’appropriation de l’espace et à la formation d’une identité territoriale. Dans ce contexte, Laura Pierini utilise les promenades et cartographies sensibles pour examiner la réception des œuvres d’art et son impact à plusieurs échelles. Grâce à ces méthodes qualitatives et créatives, et en focalisant l’analyse sur un objet artistique, son projet vise à répondre à des questions géographiques « par » l’art (Volvey, 2021).

    Un carrefour de perspectives : l’art et la géographie en dialogue

    La Summer School et divers travaux en cours à l’Institut de Géographie et Durabilité démontrent une attention marquée pour la recherche à la confluence de l’art et de la géographie. Ils ne se contentent pas simplement d’ouvrir de nouvelles perspectives dans l’analyse territoriale : ils incarnent l’interrelation fructueuse entre disciplines variées et s’affirment comme un appel à un renforcement des collaborations entre institutions universitaires et hautes écoles d’art.

    Bibliographie 
    1. Carla Jaboyedoff pour la HEAD et l’HES-SO de Genève, Nouno Gilbert pour l’HEM de Genève, Laurent Matthey et Simone Ranocchiari pour l’Université de Genève, Christophe Mager et Laura Pierini pour l’Université de Lausanne. ↩︎
  • Vers une culture économique de l’après-croissance : blocages et leviers existentiels de transition dans une perspective écopsychologique

    Vers une culture économique de l’après-croissance : blocages et leviers existentiels de transition dans une perspective écopsychologique

    Thèse en sciences de l’environnement, soutenue le 22 décembre 2023 par Sarah Koller, rattachée à l’Institut de géographie et durabilité (IGD) de la FGSE.

    Les débats sur la croissance économique sont sous-tendus par des positions idéologiques qui se polarisent fortement. D’une part, la foi en la possibilité d’une croissance illimitée, aujourd’hui adossée à son qualificatif de « verte », est présentée comme condition essentielle au bon développement des économies ainsi qu’à la résolution des problèmes écologiques en cours. D’autre part, se font jour depuis plusieurs dizaines d’années des appels à une économie dite de l’après-croissance, présentée comme inévitable, que celle-ci soit subie ou choisie au travers d’un projet politique de décroissance. Ces appels ne semblent pas encore avoir ébranlé la foi en la nécessité de la poursuite croissanciste. Comment comprendre cette hégémonie de la croissance économique, et l’inexistence d’une véritable réflexion politique de grande échelle à son sujet ?  

    Depuis quelques années, les éléments de réponse à ces questions, d’ordre institutionnel, sont complétés par des travaux qui mettent en lumière des ressorts psychologiques se jouant à la frontière entre l’individu et le collectif, et opérant de manière parfois non conscientisée. Ces travaux alimentent une anthropologie économique existentielle qui cherche à révéler les motivations profondes de notre participation au système économique. Le présent travail s’inscrit dans ce projet, tout en requestionnant nos rapports anthropocentrés à notre habitat terrestre, dans une perspective écopsychologique. 

    Dans une démarche à la fois théorique et empirique, ce travail met en lumière les ressorts existentiels d’adhésion à deux paradigmes socio-économiques circonscrivant des positions tranchées en faveur ou défaveur de la croissance économique dans le contexte écologique actuel : le Paradigme social dominant (DSP) et le Nouveau paradigme écologique (NEP). Pour ce faire, une enquête de terrain a été menée auprès d’une vingtaine de personnes adhérant à l’un ou l’autre de ces paradigmes. Afin d’explorer le vécu existentiel de ces personnes, un cadre théorique – nommé autorégulation existentielle, a été élaboré sui generis à partir d’une littérature en psychologie existentielle expérimentale. Ce cadre intègre de manière simultanée cinq grands enjeux existentiels que sont la mortalité, l’identité, le sens, l’isolement, et la liberté. Le vécu de ces enjeux est appréhendé selon deux grandes tendances : l’une défensive, caractérisée par une attitude de fuite, et l’autre réflexive, privilégiant une attitude de confrontation. L’hypothèse explorée est celle d’une double association entre, d’une part, une tendance de vécu existentiel défensive et une adhésion plus favorable au DSP ; et d’autre part, une tendance de vécu existentiel réflexive et une adhésion plus favorable au NEP.

    Le concept d’intérêt existentiel est proposé pour rendre compte de l’adhésion à l’un ou l’autre paradigme en fonction des vécus existentiels explorés. De plus, le développement d’une identité écologique forte et d’une réflexivité culturellesont conceptualisées comme des facteurs clés pouvant expliquer l’adhésion au NEP. Enfin, la thèse identifie des pistes pratiques d’accompagnement, en proposant ensuite deux projets plus concrets de recherche-action : la création d’un spectacle et la tenue d’ateliers de réflexivité culturelle. Enfin, le travail s’ouvre sur de possibles futures recherches visant à étoffer la compréhension des blocages et leviers existentiels de transition paradigmatique.

  • Poroelastic seismic signatures of fractured geothermal reservoirs

    Poroelastic seismic signatures of fractured geothermal reservoirs

    Thèse en sciences de la Terre, soutenue le 20 décembre 2023 par Gabriel Quiroga, rattaché à l’Institut des sciences de la Terre (ISTE) de la FGSE.

    Plongeons dans le monde captivant des formations rocheuses et découvrons comment la science peut révéler leurs mystères grâce à la sismologie moderne. Imaginez-vous explorer des régions souterraines où des roches, bien loin d’être homogènes, sont parsemées de fractures.

    Cette thèse nous emmène dans un voyage où nous démystifions I’impact des fractures sur ces roches. Lorsqu’une onde sismique se propage à travers ces formations, quelque chose d’extraordinaire se produit. Des pressions se forment entre les fractures et le fond poreux qui les entoure, et entre les fractures connectées qui ont des orientations différentes. Ce phénomène, appelé diffusion de pression de fluide induite par les ondes, entraîne un écoulement de fluide qui disperse l’énergie de la vague, provoquant une atténuation sismique.

    Nous utilisons une approche appelée poroélasticité pour comprendre ces processus complexes. Imaginez la poroélasticité comme des lunettes spéciales qui nous permettent de voir ce qui se passe à l’intérieur de la roche lorsqu’une vague sismique la traverse.

    Dans cette exploration, nous abordons des scénarios pratiques liés aux réservoirs géothermiques améliorés. Nous utilisons des techniques spéciales pour obtenir des images sismiques qui tiennent compte de la diffusion de pression de fluide, quelque chose que les approches traditionnelles ne prennent pas toujours en compte.

    Dans notre premier projet, nous plongeons dans les ondes de Rayleigh pour surveiller les réservoirs d’eau chaude dans des roches cristallines fracturées. Imaginez que ces ondes sont comme des échos sismiques qui révèlent la structure cachée sous la surface. Ce que nous découvrons, c’est que la connectivité des fractures influence la vitesse des ondes sismiques, un peu comme les rivières souterraines qui façonnent la terre en secret. Cela pourrait être crucial pour exploiter l’énergie géothermique de manière plus efficace.

    Notre deuxième exploration nous conduit à identifier la vapeur d’eau dans un réservoir géothermique fracturé. La poroélasticité révèle des changements de vitesse des ondes qui indiquent la présence de vapeur d’eau.

    Enfin, dans notre dernier projet, nous examinons de plus près les fractures pour rendre notre modèle sismique encore plus réaliste. Ce que nous découvrons, c’est que les fractures plus courtes ont un contrôle plus fort sur la réponse sismique.

    En somme, cette thèse révèle comment les fractures dans les roches influencent les ondes sismiques. Grâce à la poroélasticité, nous pouvons comprendre meilleur ces effets. Ces découvertes ne sont pas seulement fascinantes, elles pourraient aussi avoir des implications pratiques pour notre utilisation de l’énergie géothermique et notre compréhension du monde qui nous entoure.

  • The Multispecies City: Becoming with Rats in Zurich

    The Multispecies City: Becoming with Rats in Zurich

    Thèse en géographie, soutenue le 4 décembre 2023 par Nadja Imhof, rattachée à l’Institut de géographie et durabilité (IGD) de la FGSE.

    Ce projet de recherche examine comment les humains établissent leur relation avec les rats dans l’environnement urbain de la ville de Zurich, Suisse. Il étudie la relation interconnectée entre les humains et les êtres autres qu’humains, en se concentrant spécifiquement sur les rats norvégiens (Rattus norvegicus). En tant que généralistes, les rats s’adaptent rapidement à différents environnements, à condition que leurs besoins fondamentaux en eau, en nourriture et en abri soient satisfaits, or ceux-ci sont tous disponibles dans les environnements urbains. Leur histoire partagée avec l’humanité et leur ubiquité en tant qu’animaux urbains ont donné aux rats la réputation de nuisibles indésirables et les ont étiquetés comme des cohabitants indésirables des espaces appropriés par les humains.

    En s’inspirant de la question « Comment pouvons-nous repenser la relation homme-rat dans une ville multi-espèces? », cette thèse plaide en faveur d’une réévaluation de la relation homme-rat en termes de ‘co-becoming’ plus qu’humaine. En portant attention aux êtres autres qu’humains, cette thèse propose des façons alternatives de cohabiter avec les animaux urbains, en particulier ceux considérés comme des nuisibles, et élargit ensuite la compréhension de la façon dont les humains et les rats sont affectés les uns par les autres. En remettant en question les notions d’anthropocentrisme et de perspectives dualistes dans la manière dont les rats sont placés, tués et gérés dans leur relation aux humains, cette thèse explore des coexistences entre espèces dans l’environnement urbain. Ce faisant, cette contribution fait progresser la compréhension des relations co-constituées entre les humains et les êtres autres qu’humains en développant un cadre théorique et conceptuel permettant une étude inclusive et non discriminatoire des rats et d’autres animaux urbains.

    J’utilise une combinaison d’approches théoriques issues des domaines de l’écologie politique urbaine (EPU) et de la géographie animale pour aborder l’étude des rats dans les environnements urbains dans le cadre d’une recherche «plus qu’humaine». Le premier défi consiste à confronter les idées dualistes et la pensée binaire concernant les dichotomies ville-nature, nature-société et culture-environnement qui ont façonné les attitudes envers les animaux urbains considérés non appartenant au milieu urbain (Philo & Wilbert, 2000). Les approches relationnelles et plus qu’humaine encouragent un passage d’une perspective anthropocentrique à une vision plus inclusive, de sorte que les animaux urbains puissent être reconnus et étudiés indépendamment de leur utilité pour les humains. Le domaine de l’EPU a joué un rôle clé dans la critique de ces dichotomies et dans la production d’outils conceptuels permettant de naviguer dans la complexité des environnements urbains (Heynen, 2017; Keil, 2005). Avec l’influence de l’EPU, cette thèse aborde également un deuxième défi: comprendre comment les espaces habités par les rats sont produits par les processus urbains et le comportement humain, soulignant l’interconnexion des entités humaines et autres qu’humaines. Le troisième défi consiste à aborder le rôle du pouvoir d’action et de la subjectivité autres qu’humaines par le biais d’une expansion du cadre conceptuel de l’EPU. Ce travail a été réalisé en s’appuyant sur littérature des géographies animales d’une part, et en passant de perspectives anthropocentriques à des perspectives plus qu’humaines (Brighenti and Pavoni 2020; Braun 2005; Panelli 2010) d’autre part. En confrontant ces trois défis, la thèse progresse vers un cadre conceptuel au-delà de l’humain fondé sur une approche multi-espèces. Par conséquent, cette approche permet l’étude des rats urbains dans leurs multiples rôles, en mettant l’accent sur leur nature co-constituante dans la formation de l’environnement urbain et des relations humain-rat (Brighenti & Pavoni, 2020; Urbanik, 2012).

    Prenant en compte les nombreux écueils des approches anthropocentriques, cette thèse propose une méthodologie alternative et novatrice pour étudier les enchevêtrements multiespèces. Ainsi, elle contribue aux approches de recherche plus qu’humaines en mettant en évidence les conséquences méthodologiques des défis épistémologiques liés à la réalisation de recherches sur les animaux. Étant donné que les animaux remettent en question les épistémologies humaines, une question méthodologique cruciale entourant la recherche sur les animaux plus qu’humains se pose : comment conceptualiser les voix de ceux qui ne peuvent pas s’exprimer eux-mêmes ? Le domaine de la géographie animale offre une approche précieuse en reconnaissant les animaux en tant qu’acteurs actifs qui exercent une influence et sont également influencés (Urbanik, 2012).

    Les données empiriques de cette thèse ont été collectées sur une période de deux ans dans la ville de Zurich, en adoptant une approche mixte fondée sur une ethnographie multiespèces. Les principales méthodes utilisées comprenaient l’observation participante ainsi que des entretiens formels et informels menés auprès d’une diversité d’acteurs : conseillers en lutte antiparasitaire urbaine, responsables de la lutte antiparasitaire, travailleurs de laboratoire, membres du corps enseignant universitaire, militants pour le bien-être animal et habitants de la ville de Zurich. Celles-ci se voyaient complétées par des notes de terrain et de la photographie. Les méthodes sélectionnées visent à reconnaître et à respecter les voix inaudibles et les traces des êtres autres qu’humaines, et à la création d’un espace propice à l’émergence de leurs histoires (Dooren & Rose, 2012). À travers ces données, j’analyse le « devenir avec » (Haraway, 2008) des rats, des humains et des êtres autres qu’humains, et explore les considérations éthiques d’une coexistence multi-espèces.

    En examinant la fabrication, l’élimination et le « devenir avec » des rats à Zurich, cette thèse fait ainsi progresser la compréhension de la relation homme-rat et, en particulier, de la façon dont cette relation a été façonnée par les interactions socio-culturelles et spatiales. En remettant en question de manière critique les frontières et catégories fixes concernant la perception des rats et des endroits où ils devraient être, cette thèse oeuvre en faveur d’une coexistence multi-espèces plus juste entre les rats, les humains et les autres espèces autres qu’humaines.

  • Les disposabilités urbaines: les déchets et les politiques relationnelles de place-making à Cartagena, en Colombie

    Les disposabilités urbaines: les déchets et les politiques relationnelles de place-making à Cartagena, en Colombie

    Thèse en géographie, soutenue le 7 décembre 2023 par Laura Neville, rattachée à l’Institut de géographie et durabilité (IGD) de la FGSE.

    Qu’il s’agisse de bouteilles en plastique qui obstruent les canaux, d’amas de déchets de construction qui forment des étendues de terre sur l’eau, de fermetures de décharges manquées ou de ramasseurs des déchets déplacés des routes de recyclage, les disposabilités urbaines sont des manifestations des relations socio-matérielles à multiples facettes qui entourent les déchets. La thèse étudie ces disposabilités urbaines interconnectées et la manière dont elles définissent les politiques relationnelles de création de lieux (place-making) dans la ville. La thèse examine ces relations socio-matérielles, telles qu’elles se déploient à travers les échelles urbaines, les espaces et les temporalités, et comment elles en viennent à compter pour façonner des politiques relationnelles de place-making dans la ville. Traitant les déchets et les processus de disposabilité comme des réalités socialement, culturellement, économiquement et politiquement situées, la thèse soutient que les disposabilités urbaines sont façonnées par des continuités historiques de structures de pouvoir et d’inégalités urbaines et sont poreuses aux formes complexes de violence. En se concentrant sur les pratiques quotidiennes et banales des habitants de Carthagène avec les déchets, elle se concentre en particulier sur les processus corporels dans et à travers lequel les disposabilités urbaines sont produites, selon des dimensions de classe sociale, de race et de genre. À travers les processus corporels, les politiques relationnelles de place-making sont continuellement mises en œuvre, contestées et façonnées dans et par les déchets. Les déchets sont donc considérés comme constitutifs de l’appartenance urbaine et des politiques relationnelles de place-making. L’ouverture de ces disposabilités urbaines suggère que les pratiques basées sur les déchets peuvent sous-tendre la production sociale du place-making et préfigurer les futurs urbains.

    S’appuyant sur une recherche ethnographique à Cartagena, la thèse retrace la circulation, l’(im)-mobilité et le confinement des déchets ménagers dans des quartiers à revenus faibles, moyens et élevés. Elle y explore les mécanismes d’adaptation des résidents en l’absence d’infrastructures de gestion des déchets dans un quartier auto-construit ; les imaginaires sociaux des habitants en matière de gestion des déchets dans un quartier à revenus moyen-faibles ; les aspirations des résidents en matière de recyclage dans les espaces de l’élite et ; les arrangements quotidiens autours des matériaux de rebut des ramasseurs de déchets à travers la ville. Les diverses pratiques examinées, bien qu’elles ne soient pas ouvertement conflictuelles, sont toutes des moyens d’exprimer des revendications subtiles et de créer un lieu avec les déchets. 

    La juxtaposition des pratiques quotidiennes des habitants basées sur les déchets révèle la reconfiguration des relations et des subjectivités de genre, de race et de classe, ainsi que les contradictions inhérentes à la politique relationnelle de place-making. Premièrement, elle montre les discours de classe, les significations, le symbolisme, les relations socio-matérielles et politiques qui entourent les pratiques de gestion des déchets – à travers lesquels les inégalités urbaines sont reproduites dans la ville. Deuxièmement, elle met en lumière le corps, en tant que site intime de possibilités politiques et de reproduction des inégalités urbaines. Elle met en évidence les processus qui reproduisent la racialisation des corps et des subjectivités afro-colombiens dans le travail infrastructurel genré de traitement des déchets ménagers. Elle soutient que la corporéité des politiques relationnelles de place-making se déploient avec des matérialités plus-que-humaines, et que la racialisation représente des expériences partagées de proximité continue avec les déchets et les toxines. Troisièmement, elle montre les rencontres quotidiennes avec l’État, qui se déroulent à travers les pratiques de gestion des déchets – révélant la présence ambivalente de l’État – et dessinant des relations intimes entre les habitants et des structures de pouvoir plus larges, qui, de manière subtile, façonnent l’appartenance urbaine et la possibilité de revendiquer la ville. La thèse présente une contribution aux intersections de la feminist urban political ecology, des Black Geographies, des études urbaines postcoloniales et des débats décoloniaux latino-américains, en proposant de nouvelles façons de lire la pluralité inhérente aux politiques relationnelles de place-making à l’heure de où les habitants des villes sont confrontés à des défis avec les déchets en constante évolution.

  • Évaluation des facteurs environnementaux des événements biologiques marins du Permien supérieur au Trias inférieur en utilisant plusieurs proxies géochimiques et isotopiques

    Évaluation des facteurs environnementaux des événements biologiques marins du Permien supérieur au Trias inférieur en utilisant plusieurs proxies géochimiques et isotopiques

    Picture showing the Wadi Musjah, Oman sedimentary section where some of the samples studied in this thesis were collected. 

    Thèse en sciences de la Terre, soutenue le 29 novembre 2023 par Oluwaseun Edward, rattaché à l’Institut des dynamiques de la surface terrestre (IDYST) de la FGSE.

    L’étude des changements environnementaux et climatiques marins historiques est importante pour prédire les changements futurs et améliorer notre compréhension de leur rapidité spatiale ainsi que de leur distribution spatiale. Cette thèse se concentre sur les changements environnementaux marins liés à l’extinction massive des animaux marins entre la fin de la période du Permien, il y a 252 millions d’années (Ma), et pendant la période du Trias précoce (251,2 Ma – 247,2 Ma). Bien que les scientifiques en discutent toujours, les changements dans l’environnement et le climat de cette époque sont souvent liés à une activité volcanique massive lors de la formation de la Province magmatique des Trapps sibériens (STLIP).

    L’objectif de cette recherche est de nous aider à mieux comprendre ce qui a provoqué les changements dans l’environnement marin, à quel moment précis ces changements se sont produits, et comment ils ont affecté la vie dans les océans. Cette thèse aborde cet objectif en discutant les 3 points suivants :

    1. la chronologie et l’origine de l’activité volcanique à la fin du Permien et au début du Trias,
    2. comment la disponibilité de l’oxygène dans les océans a changé pendant le Trias inférieur,
    3. comment les températures océaniques ont varié pendant le Trias inférieur.

    Pour cette recherche, des enregistrements de différents éléments présents dans des roches sédimentaires déposées dans les océans entre 252 Ma et 247,2 Ma, mais que l’on trouve aujourd’hui en Chine du Sud et à Oman, sont utilisés. Nous pouvons utiliser ces enregistrements parce que l’abondance et la composition isotopique des éléments chimiques changent généralement en raison de différents processus physiques, chimiques ou biologiques dans l’environnement. Par conséquent, en connaissant quels processus vont modifier ces enregistrements élémentaires et isotopiques, et dans quelle direction ce changement se produira (c’est-à-dire une augmentation ou une diminution), nous pouvons utiliser ces changements pour interpréter quels processus se déroulaient dans les océans au moment où les roches ont été formées. Par exemple, l’abondance et la composition isotopique du mercure (Hg) mesurées dans les roches sédimentaires peuvent être utilisées pour retracer l’occurrence et la source de l’activité volcanique. De même, les compositions isotopiques du soufre (S) et de l’oxygène (O) dans le sulfate trouvé dans les roches carbonatées peuvent être utilisées pour retracer la disponibilité de l’oxygène dans les anciens océans.

    Les résultats de cette thèse montrent que des périodes fréquentes et prolongées d’activité volcanique à la fin de la période permienne ont eu lieu uniquement après l’extinction de masse des animaux dans les océans et que ces éruptions volcaniques provenaient de volcans plus proches que les Trapps de Sibérie. En outre, les résultats montrent qu’il n’existe aucune preuve fiable que le volcanisme des Trapps de Sibérie était la cause des changements dans les océans au cours de la période du Trias inférieur qui a été étudiée. De plus, la teneur en oxygène dans les océans a continué de diminuer au Trias inférieur entre 250,4 Ma et 249,3 Ma. Cependant, au cours de cette période, la diversité des animaux dans les océans a parfois diminué mais a augmenté à d’autres moments. Ajouté à cela, les températures de l’eau de mer ont augmenté et diminué au cours de cette période.

    À partir de ces résultats, on en conclut que l’activité volcanique provenant de volcans plus proches de la zone étudiée a exercé une influence plus importante sur les changements environnementaux marins au cours de la période étudiée que ce qui était précédemment supposé. En conséquence les variations de la diversité des animaux marins n’ont probablement pas été uniquement contrôlées par la teneur en oxygène des océans et les changements de température de l’eau de mer. C’est pourquoi, davantage de recherches sont nécessaires pour déterminer le principal facteur qui a contrôlé l’abondance et la diversification des animaux marins au cours du Trias inférieur.