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L’été d’une sévère grand-mère sorcière

En venant passer l’été chez sa grand-mère, Mai découvrira la discipline nécessaire pour gérer ses émotions. Cependant, les adultes n’ont pas toujours raison et les sorcières ne sont pas toujours tendres.

Pour son premier roman publié en 1994, l’autrice japonaise Nashiki Kaho publie 西の魔女が死んだ  (La Sorcière de l’Ouest est morte, ma trad.). La traduction française a paru en 2021 sous le titre L’Été de la Sorcière. À teneur fortement autobiographique, ce roman raconte le récit de Mai qui est envoyée chez sa grand-mère pendant un été.

La grand-mère n’a pas de nom : elle est une sorcière anglaise immigrée au Japon qui vit seule entourée de plantes. À ses côtés, la jeune fille apprendra la discipline afin de développer sa volonté et ses pouvoirs potentiels. Sa grand-mère lui enseignera à confectionner des confitures, à faire le ménage, à reconnaître diverses plantes, à jardiner, etc., bref : à être une bonne femme au foyer et à travailler pour elle.

Le manque de recul du personnage de Mai vis-à-vis de cette éducation traditionnelle et misogyne est tangible. Alors que le texte relate une sorte de souvenir nostalgique, on reconnaît dans la grand-mère une sorcière rétrograde et sévère qui ira jusqu’à gifler sa petite fille lors d’une dispute, sans s’excuser ensuite. « Je suis peut-être un peu vieux jeu » (p. 160) : voilà l’une des dernières phrases que la grand-mère prononcera avant de décéder. À l’écoute de cette conversation et de la nostalgie dans la voix de sa grand-mère, le cœur de Mai se serre. Seraient-ce des remords ? Peut-être voyons-nous poindre ici, chez l’enfant, les dégâts d’une éducation dépassée.

Comme dans Le Magicien d’Oz, la méchante Sorcière de l’Ouest est morte. À ses côtés, Mai aura appris le contrôle nécessaire sur ses émotions pour devenir une femme socialement convenable. Que penser de cette « mamie gâteau » qui est aussi une vieille sorcière tenant aux valeurs traditionnellement associées aux femmes ? En voulant montrer « l’efficacité » de l’enseignement de la grand-mère et son effet sur l’apprentissage des émotions chez Mai, la narratrice oublie que l’éducation par le contrôle n’est pas l’unique solution.