Françoise Salamé Guex

Les ailleurs de Françoise Salamé Guex

La Libano-suisse dirige le bureau de la coopération à l’économie et au développement au sein de l’Ambassade suisse au Maroc. Une carrière tournée vers l’ailleurs débutée sur les bancs des Sciences-politiques, puis d’HEC à l’Université de Lausanne.

Par pudeur ou par égard, Françoise Salamé Guex préfère prévenir avant de se raconter: «Je ne suis pas un personnage très classique.» Celle qui dirige aujourd’hui le bureau de la coopération à l’économie et au développement au sein de l’Ambassade suisse au Maroc oscille depuis toujours entre les deux côtés de la Méditerranée. Une double identité libano-suisse qu’elle conjugue et explore au fil de ses diverses missions dans la coopération internationale, le développement et la diplomatie. Une carrière tournée vers l’ailleurs débutée sur les bancs des Sciences-politiques, puis d’HEC à l’Université de Lausanne.

C’est donc à Beyrouth que Françoise Salamé Guex voit le jour d’un père libanais et d’une mère vaudoise. Une enfance atypique dans un pays en guerre, rythmée par des vacances en Suisse, où la famille garde un pied-à-terre, et la mer: «Je suis méditerranéenne, insiste-t-elle. Ma vie au Liban a fait de moi qui je suis et forgé mon caractère.» Cette enfance, la petite dernière d’une fratrie de quatre sœurs, va devoir brusquement la quitter à l’âge de 13 ans. La détérioration de la situation politique, ainsi que l’intensification des bombardements vont contraindre la famille à s’installer en Suisse: «Mon adolescence a été une période de transition importante. Le climat chaleureux du Liban, autant celui du pays que celui des gens, me manquait. Avec le temps, j’ai réussi à m’adapter et à trouver ma place.»

Jusque-là, Françoise Salamé Guex n’avait connu que l’école bilingue de Beyrouth. La voici qui termine sa scolarité au collège de La Planta, à Cheseaux-sur-Lausanne, où la famille a désormais posé ses valises. Puis ce sera le Gymnase, à Auguste-Piccard, en maths et sciences. À l’image de ses sœurs aînées, l’étudiante a la tête bien faite. Mais à l’heure de songer à son cursus académique, elle ressent le besoin de se singulariser et d’assumer ses propres choix: «Mes parents me destinaient à l’EPFL, mais je ne voulais pas. Je m’intéressais beaucoup à la médecine; à la psychiatrie surtout, mais une de mes sœurs était déjà dans ce domaine. Je ne voulais pas l’imiter.»

Nous sommes en 1995. Françoise Salamé Guex obtient sa maturité et assiste à une conférence sur les relations internationales. Soudain, son regard et son choix se tournent vers l’ailleurs, avec l’idée de passer le concours diplomatique. À l’Université de Lausanne, elle entame un cursus de cinq ans en histoire, anglais et sciences politiques, entrecoupé d’un Erasmus à Londres. Mais c’est au tournant des années 2000, sa licence en poche (ex Master) que Françoise Salamé Guex bifurque. Elle brigue un premier poste au Département fédéral de l’économie (SECO), où elle enchaîne cinq positions différentes durant presque 20 ans; d’abord dans le domaine de l’environnement, puis dans la coopération au développement: «L’économie a quelque chose de concret et de tangible, souvent plus lisible que la diplomatie. Préparer et négocier un accord de libre‑échange, c’est du concret, du structuré. Je me suis rendu compte que c’était le type de travail qui me correspondait.» En 2007, elle entame donc un Master en HEC en cours d’emplois. Une période exigeante, mais salutaire.

Françoise Salamé Guex parvient ainsi à conjuguer sa passion pour l’international et l’économie. Un équilibre qui se concrétise à nouveau en 2011, à Washington. Durant trois ans, elle y officie en tant que conseillère senior du directeur exécutif suisse à la Banque mondiale: «Vous êtes sur place et vous préparez les positions de la Suisse. Il n’y a pas de meilleur Master en relations internationales.» En 2014, c’est le retour en Suisse avec son mari et son premier enfant, où elle s’investit de la gestion de projets d’infrastructures pour les Balkans et en Asie Centrale. Parmi eux, des stations de traitement des eaux et d’efficience énergétique. Elle s’assure également que les enjeux du changement climatique soient pris en compte dans l’ensemble des programmes au développement du SECO.

C’est à ce moment-là que Françoise Salamé Guex concrétise son engagement politique local: «En rentrant de Washington, je me suis intéressée à la manière dont je pouvais contribuer à mon canton. J’ai dû choisir entre le PLR et les Vert’libéraux. J’ai choisi le PLR, avec un engagement à Lausanne, puis au sein du Conseil communal de Lutry.» Le parti lui demande de reprendre la présidence des femmes PLR Vaud, mandat qu’elle accepte en 2021. Françoise Salamé Guex hésite à s’engager plus en politique, mais décline. Elle choisit le SECO, tout en suivant toutes les discussions politiques, qui font d’ailleurs parties de son cahier des charges.

En 2024, les sirènes de l’ailleurs se font à nouveau entendre: «J’avais envie d’une nouvelle expérience professionnelle et familiale à l’étranger.» Françoise Salamé Guex brigue le poste de directrice du bureau de la coopération à l’économie et au développement au sein de l’Ambassade suisse au Maroc. Le Maroc devenant un pays prioritaire de la coopération et développement économiques du SECO, Françoise est envoyée pour concevoir et mettre en œuvre le nouveau programme de coopération Suisse-Maroc 2025-2028 avec sa nouvelle équipe de quatre personnes. Françoise Salamé Guex vit à Rabat avec ses deux enfants. Son mari, avocat, est resté à Lausanne pour le travail: «Toutes les deux semaines, il nous retrouve au Maroc. Nous faisons de notre mieux pour concilier les carrières professionnelles de chacun. Pour l’instant, tout va bien. Espérons que ça continue comme ça, inchallah.
 

Lausanne, le 9 mars 2026

Article de Mehdi Atmani
Portrait de Françoise Salamé Guex © Felix Imhof