Imposture posthume n’a rien d’une imposture

Par Laurane Quartenoud (Atelier d’écriture)

Proposition de critique créative sur le spectacle :
Imposture posthume / Texte, mise en scène et jeu de Joël Maillard / Arsenic – Centre d’art scénique contemporain / du 26 au 31 mars 2019 / Plus d’infos

© Gregory Batardon

Publié le 27 mars 2099 – n° 1984

Le théâtre de l’Utopia Planitia présente la pièce bien connue de Joël Maillard dans une mise en scène identique aux premières représentations qui avaient eu lieu sur Terre il y a 80 ans. Un pari risqué, mais réussi.

Dès l’arrivée, l’atmosphère rétro prend les spectatrices à la gorge : une scène intérieure, dépourvue des mécanismes classiques d’holomonochromatisme ainsi que des sièges conformes à ceux de son théâtre d’origine pour une expérience immersive complète. L’arrivée de l’automate – réplique conforme de Joël Maillard -, surprend : il apparaît à droite d’une scénographie épurée mais complexe, très en vogue dans les années 2030, mais qui devrait laisser perplexe le public le plus jeune. Aussitôt la voix monte, intensifiée à l’aide d’un dispositif intra-automate, en langue morte heureusement traduite par des sous-titres en chinois – qui ne semblent malheureusement pas toujours complets.

La composition dramatique est bien menée, le jeu d’acteur est – sans surprise aucune puisqu’il s’agit d’un automate – excellent et les références, bien que parfois désuètes, sont utilisées avec une intelligence rare pour l’époque de la conception de la pièce. Les plus âgées sourient en entendant des concepts comme « Airbnb » ou « carte de crédit » qui font écho à leur enfance. La réception est, en revanche, plus compliquée face à des mots comme « walkman » et presque mélancolique lorsque, lors d’une interlude surprenante, le comédien évoque son enfance entourée de « porcs » et de « bétail », animaux n’ayant pas survécu à la deuxième moitié de notre siècle. Surprise et dégoût sont également présents lorsqu’il évoque la viande animale, communément consommée lors de la première moitié du XXIe siècle.

Dans son ensemble, le spectacle est cependant bien reçu et offre au public de nombreuses occasions de rire, bien que l’amusement provoqué par la pièce soit sans aucun doute différent de celui originalement créé en 2019, l’horizon d’attente s’étant énormément modifiée en presque un siècle. Les postchronismes, comme les nommait le critique et théoricien de la littérature française Ivan Garcia, sont nombreux et rendent la pièce certainement plus légère que lors de sa première représentation : la disparition présumée des automates, l’allongement à 120 ans de l’espérance de vie ou le remplacement des organes vitaux par une machine sont autant d’événements n’ayant lieux que dans l’imagination du dramaturge. La pièce garde néanmoins une réflexion sur le futur et arrive toujours à faire résonner en nous une métaphysique omniprésente dans l’œuvre de l’auteur et qui parvient encore aujourd’hui, à nous interroger sur notre propre futur.

IA – 28.231.167