L’Impatience à bout

par Léa Giotto

Orlando ou l’impatience / de Olivier Py / mise en scène Olivier Py/ du 23 au 26 avril 2015 / Comédie de Genève / plus d’infos

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

Questionner le théâtre au travers du théâtre et en faire une métaphore du rapport au monde : voici l’ambitieux projet qu’Olivier Py, directeur du Festival d’Avignon, propose dans Orlando ou l’Impatience présenté à la Comédie de Genève jusqu’au 26 avril.

Afin de conduire le spectateur dans les dédales de sa réflexion sur le théâtre et ce qu’il révèle sur la complexité d’être au monde, Olivier Py invente une histoire, celle de la quête d’un père. Tandis qu’Orlando (Matthieu Dessertine) cherche un père, le théâtre part en quête d’identité, et s’explore pour découvrir ses limites.

Orlando ne peut se fier qu’à sa mère (Mireille Herbstmeyer) comédienne extravagante et inconstante, incapable de se souvenir avec qui elle a passé la fameuse nuit de l’inauguration du Cristal Palace. Elle donne à son fils, à chaque acte, une réponse vague et différente qui le lance sur les traces d’un père fantasmé. Accompagné dans sa quête par ses deux amants (François Michonneau et Laure Calamy) avec lesquels il entretient une relation tumultueuse et passionnelle, Orlando va ainsi à la rencontre de ses pères potentiels (incarnés par Philippe Girard). Tous sont metteurs en scène, et tous ont une conception du théâtre illustrant un rapport au monde fondamentalement différent. Le premier est un poète torturé, le second est un agitateur politique et le troisième cherche, à travers le théâtre, à répondre à des questions métaphysiques : autant de candidats possibles au rôle de père. Orlando cherchera à les séduire, les uns après les autres, en s’adaptant, en acceptant lui-même tous les rôles possibles et en se remodelant à chaque fois pour tenter d’approcher l’univers de celui à qui il cherche à s’affilier. Cependant, aucun de ces pères ne semble se réaliser au travers du théâtre car tous l’exploitent tel un moyen, non une fin, et se heurtent à ses limites. Et c’est bien là le but d’Olivier Py, qui cherche en mettant en scène le théâtre face à ses propres extrémités à nous en rappeler la force.

Cette mise en abyme est encadrée par une multitude de procédés jouant sur l’illusion et qui propulsent le spectateur dans un désordre qui sert de toile de fond à la pièce. Tels les décors, tournants, assemblés et désassemblés, qui sont une constituante à part entière de la pièce et appuient ce sentiment nécessaire de confusion, ou les luminaires en forme de toiles d’araignées qui créent une profondeur d’espace troublante. Les personnages, quant à eux, complexes, fins et portés par des acteurs dont la présence scénique est remarquable, sont particulièrement savoureux. Surgit surtout un humour précis, qui allège le dispositif en jouant sur les différents niveaux de théâtralité, et sur l’absurdité des questionnements lorsque sont mises côte à côte, par exemple, les problématiques du sens de la vie et du manque de magnésium. La quête d’Orlando est rythmée par des personnages décalés, tel le ministre de la culture (Eddie Chignara) qui, évidemment, méprise l’art, l’intervenant comique (Jean-Damien Barbin) qui met tour à tour la diction ou l’ostéopathie au coeur des troubles de l’humanité ou encore le pianiste (Stéphane Leach) qui rythme la pièce.

Cependant, si la pièce est portée par une forte intelligence, celle-ci manque de s’étouffer sous un amas de longs discours qui fatiguent le spectateur. Ce questionnement du théâtre par lui-même semble parfois heurter ses propres limites, comme si, en cherchant à pointer certains dépassements, Olivier Py les touchait de trop près. Si le but avoué est de jouer sur le registre de la métacomédie, il semble parfois malheureusement que la critique s’essouffle ainsi d’elle-même.