Narratologie féministe, queer et trans / Feminist, Queer and Trans Narratology

Par Susan S. Lanser

Traduit de l’anglais par Raphaël Baroni

Dans sa formulation classique, la narratologie féministe peut être définie comme « l’étude des structures et des stratégies narratives dans le contexte des constructions culturelles du genre » (Warhol). Si cette définition peut sembler restrictive aujourd’hui, il fut un temps où toute conjonction entre féminisme et narratologie aurait été impensable. Le féminisme et la narratologie ont fait leur apparition dans le paysage académique à peu près à la même époque, l’un en tant que prolongement intellectuel d’un mouvement social et politique, l’autre en tant qu’étude structuraliste du fonctionnement des textes narratifs. Mais si leur association ne surprend plus aujourd’hui, dans les années 1970, ces deux mouvements ne pouvaient être plus éloignés l’un de l’autre. Le Mouvement de libération des femmes (MLF, en France) se concentrait sur les inégalités sociales entre les hommes et les femmes et cherchait des actions politiques pour y remédier.  La narratologie, telle que la concevaient les théoriciens structuralistes comme Roland Barthes, Claude Bremond, Gérard Genette et Tzvetan Todorov, visait à créer une science du récit qui serait objective, universelle et libre de toute ancrage dans un ordre social spécifique. Ainsi conçue, la narratologie ne pouvait imaginer que le genre, ou toute autre catégorie d’identité, puisse présenter un intérêt pour ses objectifs.

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