Géoblog

Le blog scientifique vulgarisé de la Faculté des géosciences et de l'environnement

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  • Perturbateurs endocriniens : Lausanne veut agir dans les crèches

    Perturbateurs endocriniens : Lausanne veut agir dans les crèches

    Interview de Nathalie Chèvre, maître d’enseignement et de recherche à l’Institut des dynamiques de la surface terrestre. (suite…)

  • Le pôle Nord perd le nord, sans qu’on sache vraiment pourquoi

    Le pôle Nord perd le nord, sans qu’on sache vraiment pourquoi

    Interview de Niklas Linde, professeur associé à l’Institut des sciences de la Terre. (suite…)

  • Téflon, enquête sur une contamination mondiale

    Téflon, enquête sur une contamination mondiale

    Interview de Nathalie Chèvre, maître d’enseignement et de recherche à l’Institut des dynamiques de la surface terrestre (52 min 25). (suite…)

  • Géologie de la région de Nidar et du Tso Morari (Himalaya indien, Ladakh)  de la subduction intra-océanique à l’exhumation des nappes

    Géologie de la région de Nidar et du Tso Morari (Himalaya indien, Ladakh) de la subduction intra-océanique à l’exhumation des nappes

    Thèse soutenue par Nicolas Buchs, le 1er février 2019, Institut des sciences de la Terre

    La formation de la chaine de montagne himalayenne résulte de la collision entre les plaques tectoniques indienne et eurasienne qui a eu lieu il y a environ 55 millions d’années. Avant la collision, le continent indien était séparé du continent eurasien par l’océan Néotéthys large de plusieurs milliers de kilomètres. Cet océan a presque entièrement disparu par subduction sous la plaque eurasienne. (suite…)

  • Vagues de froid et changement climatique

    Vagues de froid et changement climatique

    Jean-Michel Fallot, Institut de géographie et durabilité

    Rafraichissez vos connaissances en météorologie avec la chronique de Jean-Michel Fallot, géographe, MER à l’Institut de géographie et durabilité et spécialiste du climat. Régulièrement, M. Fallot fait un point synthétique sur le temps en Suisse, sur les tendances climatiques, saisonnières et sur l’histoire de la météo dans notre pays, sur inspiration de données de MétéoSuisse.

    Toutes les chroniques météo (2014-2019)

    Selon un premier bilan de MétéoSuisse, le mois de janvier 2019 sera en moyenne le plus froid mesuré en Suisse au-dessus de 1000 m/mer au Nord des Alpes depuis 1985. Dans le même temps, l’Amérique du Nord affronte actuellement une des vagues de froid les plus intenses avec des températures actuelles de -35 à -45°C dans certaines régions du Canada et de -30°C dans le Nord des USA comme Chicago (et des températures ressenties de -50 à -60°C à cause du vent) ! De quoi donner de l’eau au moulin aux climato-sceptiques pour remettre une fois de plus en cause le réchauffement global du climat et semer le doute dans les esprits, selon une tactique bien connue.

    Plusieurs études ont toutefois montré que le réchauffement global du climat peut favoriser dans certains cas des vagues de froid intense en hiver jusque dans les latitudes moyennes. La raison est à chercher du côté des régions polaires. Ces dernières se refroidissent fortement en saison froide par manque de soleil durant la nuit polaire et cela se traduit par une accumulation d’air froid importante et la formation d’anticyclones thermiques puissants au sol. Comme la pression atmosphérique diminue plus rapidement avec l’altitude dans un air froid (que chaud), ces anticyclones thermiques disparaissent rapidement avec l’altitude et sont remplacées par des dépressions en altitude dans la haute troposphère et la stratosphère au-dessus des Pôles, mieux connues sous le nom de vortex polaire. Ces dépressions et les hautes pressions présentes en altitude au-dessus des régions tropicales (également pour des raisons thermiques vu que la pression atmosphérique diminue plus lentement avec l’altitude dans un air chaud) engendrent des vents d’Ouest puissants en altitude au-dessus des latitudes moyennes (en particulier l’Europe). En temps normal, ces vents d’Ouest isolent les régions polaires des autres régions sur Terre et maintiennent le froid en hiver dans les hautes latitudes. Ils amènent également des précipitations plus ou moins importantes sur l’Europe.

    Mais le réchauffement global du climat, plus important dans l’Arctique, conduit à un affaiblissement des accumulations d’air froid et des anticyclones polaires en saison froide qui se traduit par un affaiblissement du vortex polaire en altitude et des vents d’Ouest dans les latitudes moyennes vu que la pression diminue moins rapidement avec l’altitude dans un air moins froid. Cet affaiblissement des vents d’Ouest en altitude favorise le développement d’ondes connues sous le nom d’ondes de Rossby que je vous avais déjà décrites dans une précédente chronique météo le 1er mai 2017 avec la rétrospective de l’automne 2016 et de l’hiver 2016/2017. Ces ondes permettent notamment de transférer du froid des régions polaires dans les moyennes latitudes (par l’intermédiaire de dépressions ou de thalwegs dépressionnaires et des vents du Nord-Ouest à Nord-Est) et de la chaleur des régions tropicales dans les moyennes latitudes (par l’intermédiaire d’anticyclones ou de dorsales anticycloniques et des vents du Sud-Ouest à Sud-Est). Ces ondes peuvent dans certains cas devenir prononcées et stationnaires lorsque la circulation d’Ouest s’affaiblit sensiblement et influencer ainsi fortement le temps dans les latitudes moyennes pendant plusieurs jours ou semaines avec une circulation essentiellement méridienne (Nord -> Sud ou Sud -> Nord). Suivant où on se trouve, on peut alors bénéficier d’un temps plus doux et sec que la normale (lorsqu’on est sous l’influence d’anticyclones et d’afflux d’air tropical du Sud-Ouest à Sud-Est) ou subir un temps plus froid et humide que la normale (lorsqu’on est sous l’influence de dépressions et d’afflux d’air polaire du Nord-Ouest à Nord-Est).

    Ces cas se sont souvent rencontrés durant l’année 2018 où l’Europe occidentale et centrale a bénéficié d’un temps plus doux, ensoleillé et sec que la normale d’avril à octobre 2018 grâce à des ondes de Rossby bien marquées dans la circulation d’Ouest. Elles ont alors favorisé la présence fréquente d’anticyclones et d’afflux d’air tropical sur l’Europe occidentale et centrale durant cette période. Je rappelle que l’année 2018 et le semestre d’été 2018 (avril à septembre) ont été en moyenne les plus chauds enregistrés en Suisse (et en France) depuis le début des mesures en 1864. De même, les mois d’avril à octobre 2018 figurent tous parmi les 2 à 7ème mois les plus chauds mesurés depuis 1864 en Suisse. La Suisse orientale a également connu sa période de sécheresse la plus intense sur 8 mois depuis 1864 pour les mois d’avril à novembre 2018.

    La circulation d’Ouest s’est rétablie en décembre 2018 amenant des précipitations bienvenues et des vents tempétueux sur l’Europe. Mais elle s’est à nouveau affaiblie depuis Noël et en janvier 2019 avec le développement d’ondes de Rossby bien marquées. L’anticyclone était toutefois centré plus à l’Ouest sur l’Atlantique Nord, ce qui a favorisé des afflux d’air polaire du Nord sur son flanc Est sur l’Europe centrale et orientale qui ont alors reçu d’abondantes chutes de neige (ainsi que la Suisse centrale et orientale). La Suisse romande et les Alpes françaises ont été moins touchées par ces afflux d’air froid et humide, car plus proches de l’anticyclone. Cette situation a persisté durant une bonne partie du mois de janvier 2019, ce qui explique ces températures moyennes basses mesurées durant ce mois en montagne au Nord des Alpes en Suisse. Par contre, le Sud des Alpes a connu en 2019 un de ses mois de janvier les plus doux (et les plus secs) depuis 1864 grâce au foehn du Nord qui a souvent soufflé consécutivement à ces afflux d’air fréquents du Nord.

    Pour rappel, le mois de janvier précédent en 2018 avait été en moyenne le plus doux mesuré en Suisse depuis 1864 et cela grâce à une circulation d’Ouest bien établie qui avait amené de nombreuses précipitations (sous forme de pluie à basse altitude et de neige en altitude) et de fréquentes tempêtes. Les ondes de Rossby étaient alors peu marquées et le froid circonscrit aux régions polaires.

    Les modèles climatiques prévoient que le vortex polaire et la circulation d’Ouest dans les latitudes moyennes en altitude devraient continuer à s’affaiblir dans le futur consécutivement au changement climatique, ce qui se traduira par des ondes de Rossby plus prononcées dans cette circulation et par des vagues de chaleur plus fréquentes en été dans les moyennes latitudes. Ces ondes de Rossby pourront aussi favoriser des vagues de froid dans certaines régions en hiver, mais elles devraient tout de même devenir plus rares et moins intenses dans le futur consécutivement au réchauffement global du climat. Il y aura donc toujours des hivers bien enneigés et des vagues de froid dans nos régions, mais plus aussi souvent que dans le passé.

  • Cérès, une planète dopée au carbone

    Cérès, une planète dopée au carbone

    Eric Verrecchia, Institut des dynamiques de la surface terrestre (IDYST)

    La presse a récemment relevé les conclusions d’un travail de recherche publié dans la revue Nature Astronomy sur la plus petite des planètes naines du système solaire, Cérès. Cette dernière contiendrait des quantités de carbone importantes, soulevant ainsi de grandes questions sur l’origine de la matière organique, c’est-à-dire ces molécules essentielles pour construire les briques essentielles à la vie.

    Décryptage avec le prof. Eric Verrecchia, de l’Institut des dynamiques de la surface terrestre.

    On parle de planète naine, qu’est-ce que donc une planète naine ?

    Les planètes naines sont des corps célestes d’assez grosse taille, mais restent néanmoins trop petites pour en faire des astres planétaires au sens strict. Par exemple, la « planète » Pluton, considérée longtemps comme la plus éloignée des planètes du système solaire, fait à présent partie du contingent des planètes naines, dont Cérès est aussi l’une des représentantes.

    Qu’y aurait-il donc de remarquable sur cet élément rocheux ?

    L’étude publiée dans Nature Astronomy en souligne plusieurs caractéristiques étonnantes : outre la présence de phyllosilicates, ces minéraux en feuillets auxquels sont associées les formes minérales parmi les plus banales à la surface de notre planète, à savoir les argiles, et de carbonates qui sont une espèce minéralogique à laquelle appartiennent les calcaires et les dolomies – c’est surtout les grandes quantité de carbone qui ont retenu l’attention ; en effet, la surface de la planète naine pourrait en contenir jusqu’à 20 % en masse, une proportion cinq fois supérieure à celle mesurée dans les chondrites carbonées qui sont des météorites très riches en carbone.

    Beaucoup de carbone, cela voudrait-il dire qu’il y aurait des formes de vie ou qu’il y ait eu des formes de vie ?

    Il y a loin de la coupe aux lèvres : le carbone est un élément extrêmement banal dans l’Univers, puisqu’après l’hydrogène et l’hélium, il est le troisième élément le plus abondant dans l’univers. Si le milieu interstellaire contient même des molécules complexes construites autour de structures contenant jusqu’à 11 carbones, ce n’est pas pour autant que la vie y est présente. Néanmoins, les auteurs de l’étude relèvent la proportion hors norme de cet élément, présent dans la croûte superficielle. Le matériel crustal – à la fois riche en carbone de chondrites carbonées qui se seraient écrasées à sa surface au cours de l’histoire de Cérès, et de matériel provenant d’une croûte primordiale – aurait fini par contenir de larges proportions de matériaux carbonés, organiques, et par se modifier au contact de fluides aqueux circulant dans la croûte. Les scientifiques se sont donc retrouvés face à une signature spectrale ressemblant à des éléments organiques parfois complexes. Mais un ensemble de molécules organiques, aussi complexes soient-elles, ne constitue pas encore un être vivant !

    Mais alors, s’il y a présence de carbone et d’eau, n’y aurait-il pas les conditions requises à l’apparition de la vie ?

    Une fois encore, il ne faut pas sauter les étapes. En revanche, ce qu’il y a de remarquable dans cette étude c’est non seulement l’observation de ces grandes quantités de matériel organique, mais aussi, et surtout pourrait-on dire, la présence de carbonate et d’argiles ! Ces derniers minéraux, les argiles ou silicates d’alumine hydratés, témoignent indubitablement de la présence d’une eau liquide et donc de la possibilité d’une chimie complexe du carbone en solution, base du vivant. Ces fluides, au long de leur course vers la croûte supérieure, auraient alors concentré les molécules organiques riches en carbone, les conduisant vers la surface de la planète naine. Enfin, les argiles – ici des structures assez complexes, les montmorillonites – seraient associées à des radicaux azotés : or l’azote est un élément fondamental du vivant. Si l’on ajoute le calcium, le magnésium et le fer présents dans les autres minéraux détectés, le cocktail est impressionnant.

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    Y a-t-il une leçon particulière à tirer d’une telle concentration d’éléments ?

    Oui, absolument. Par la présence de molécules azotées, de minéraux argileux, d’oxydes de fer, et bien sûr, de carbone sous des formes probablement variées, Cérès disposerait donc de beaucoup d’éléments et de structures moléculaires de la chimie dite pré-biotique, c’est-à-dire de cette chimie d’avant la vie et qui permet son émergence. En d’autres termes, on peut réellement se poser la question sur les sources du vivant dans l’univers : ne seraient-elles pas finalement banales et prêtes à conduire à la vie dès que les conditions optimales seraient atteintes sur un astre qui lui serait propice ?

    Références

  • Réchauffement climatique, acidification, eutrophisation des océans et crèmes solaires :  des menaces d’ordre différent pour les récifs coralliens

    Réchauffement climatique, acidification, eutrophisation des océans et crèmes solaires : des menaces d’ordre différent pour les récifs coralliens

    Récemment, la presse s’est fait l’écho de la décision prise par les îles Palaos dans le Pacifique, d’interdire l’usage des crèmes solaires dès 2020. Hawaï suivra en 2021. Cette interdiction vise surtout à protéger les récifs coralliens des éléments toxiques présents dans certaines crèmes ou huiles de protection solaire. Les avis croisés de nos chercheurs sur la question.


    La réaction de Peter Baumgartner,
    professeur honoraire de l’Institut des sciences de la Terre et spécialiste en biogéographie et géochimie

    La décision du petit Etat insulaire de Palau de bannir les crèmes solaires pour les touristes qui viennent visiter les environnements marins spectaculaires de ces îles a été largement commenté par la presse comme un acte pionnier dans la conservation des récifs coralliens du monde.

    Cette décision suit celle de Hawaii d’interdire la vente des crèmes solaires qui contiennent les deux substances largement répandus dans les protections solaires, l’oxybenzone et l’octinoxate, dont l’étude en laboratoire (Réf. 1 et 2) ont avéré l’effet toxique sur le corail, notamment sur les formes juvéniles et qui provoquent un blanchiment des colonies à des températures plus basses. Cependant, ces expériences ont été conduites avec des concentrations élevées de toxines et dans des milieux confinés d’aquarium.

    En revanche, les autorités australiennes n’ont pas suivi cette tendance, car ils mettent en balance les risques de développement du cancer de la peau chez deux Australiens sur trois au cours de leur existence en cas de renoncement à la protection solaire (Ref. 3). La décision de Palau s’explique en partie par le fait que les zones visitées par la grande majorité des touristes (en constante augmentation, ayant atteint 150’000 en 2016), sont petites et donc très fréquentées. L’Etat de Palau, mis à part le coup de publicité manifestement réussi, a bien sûr un intérêt économique à préserver ces sites pour les futurs touristes.

    Les chercheurs australiens qui ont étudié le récent blanchiment très étendu dans la Grand Barrière australienne, pensent que c’est de la poudre aux yeux, face à des problèmes de dimensions plus régionales et planétaires. La plupart des spécialistes des récifs coralliens dans le monde insistent sur le fait que c’est le changement climatique, la déforestation des régions tropicales et l’acidification des océans qui vont faire succomber 90% des récifs coralliens du monde d’ici 30 ans. (Ref. 4)

    Je vais tenter d’expliquer ces menaces régionales et globales en me basant sur quelques notions simples de :

    1. la biologie du corail et l’écologie des récifs,
    2. l’océanologie
    3. des études actuellement très intenses du changement de l’océanologie physique et des écosystèmes marins.

    Propagation et biodiversité corallienne

    Le stade juvénile du corail récifal est une sorte de méduse microscopique (appelé Planula) qui fait partie du plancton, et peut donc se répandre le long des trajectoires des courants océaniques de surface dans les eaux chaudes tropicales et subtropicales. Ce phénomène garantit la connexion de chaque colonie corallienne, isolée par des vastes espaces océaniques, à un pool de gènes unique à chaque espèce. Cependant, la biodiversité corallienne n’est pas homogène (Fig. 1) : depuis le Triangle de corail sud-ouest asiatique qui compte plus de 500 espèces, elle diminue à mesure que l’on s’éloigne vers l’est, pour devenir très faible dans les Caraïbes (>150 espèces, dont environ 20 seulement forment les récifs).

    Fig. 1. Carte du monde montrant la diversité des récifs. Les régions coloriées en rouge vif, montrant la plus grande diversité d’espèces, se concentrent dans un triangle entre le sud-est de l’Asie et le nord de l’Australie nommé le «Triangle du corail». Carte modifiée d’après: Veron et al. Fig. 2, in: Dubisky & Stambler, 2011: Coral Reefs, an ecosystem in transition. Springer, DOI 10.1007/978-94-007-0114-4

    Cette pauvreté de la région caraïbe est le résultat de son histoire géologique et océanologique. Pendant au moins 150 millions d’années, il y avait une communication d’eaux chaudes entre les océans. Il y a 3 millions d’années, l’isthme du Panama s’est soulevé et a coupé l’Atlantique et ses communautés coralliennes du reste des océans (l’Indopacifique) ; les régions de hautes latitudes étaient trop froides pour permettre la survie des stades planctoniques (Planulae) coralliennes. Il s’est ensuivi un appauvrissement du pool génétique et l’extinction de beaucoup d’espèces dans la région caraïbe.

    Conclusion

    En interdisant les crèmes solaires aux admirateurs des récifs nous allons peut-être ralentir leur destruction dans les endroits à forte fréquentation, mais nous ne pouvons pas sauver les récifs du monde. Seule, la réduction de l’émission des gaz à effet de serre et une politique de conservation des sols par une couverture végétale adéquate dans les grands bassins versants des tropiques pourraient retarder la disparition des récifs.

    Blanchiment du corail
    Au cours de son évolution, le corail récifal s’est adapté à des milieux de moins en moins riches en nutriments en se dotant de symbiontes photosynthétiques (zooxanthelles) qui vivent dans leurs tissus fournissant des sucres. L’expulsion des symbiontes est un signal d’alarme et de surchauffe (Fig. 2). Plus la biodiversité est faible et la connexion génétique est absente, plus les espèces récifales sont vulnérables par rapport à la hausse des températures des eaux de surface.

    Fig. 2. Petit récif côtier, Playa Jicaro, Bahia Culebra (N-Pacifique du Costa Rica). La mort d’un récif s’annonce par le blanchiment (à gauche) des colonies coralliennes, le plus souvent sous stress thermique combiné à une augmentation des nutriments: la teinte brune, due aux symbiontes disparait, et le corail meurt si la perturbation persiste. D’autres organismes prennent alors immédiatement,la place du corail, notamment les algues vertes (à droite), qui raffolent des nutriments. Photos POB, mars 2017.

    Par comparaison, aux Caraïbes, une température de l’eau qui dépasse 30° pendant plus de 10 jours peut causer un important blanchiment du corail suivi par une mortalité partielle. Par contre, au large de Bornéo en Mer de Chine du Sud (région à plus de 400 espèces), nous avons observé en 2017 des récifs en parfaite santé à des températures moyennes d’hiver de 31°, et résistant à une exposition au soleil pendant la marée basse (Fig. 3 et 4).

    Fig. 3. Platier récifal du Louisa Reef océanique (6°19’41″N, 113°14’25″E, Mer de Chine du sud). Une grande diversité de corail vivant est exposée au soleil à marée basse. Photo: Amajida Roslim, nov. 2017.


    Fig. 4. Ce récif peu profond (Pelong Island, 5 km au large de l’estuaire de Brunei, Nord-Borneo) ne montre aucune dégradation malgré des taux élevés de nutriments ou des températures élevées. Photo POB, nov. 2017.

    Nous supposons que la richesse génétique de cette région a permis le développement d’une résilience à des températures plus élevées. Dans les régions comme la Mer Rouge, les stades planctoniques (Planulae) qui y sont constamment introduites par les courants de surface, subissent une forte sélection naturelle qui engendre des formes très résistantes aux hausses des températures (cf. Les coraux de la Mer Rouge résistent au changement climatique). Cette observation permet d’espérer que des récifs résilients puissent survivre à certains endroits.


    Eutrophisation des océans
    Les symbiontes photosynthétiques (zooxanthelles) qui vivent dans le tissu des coraux récifaux favorisent leur croissance dans des eaux claires, pauvres en nutriments. Ce fait rend les coraux sensibles à une augmentation des phosphates et nitrates qui entrainent l’eutrophisation des eaux. Souvent, cette eutrophisation a été imputée aux contaminations locales, engendrées par le développement côtier, la surpêche et les activités marines locales (Ref. 4).

    En étudiant les bilans des grands fleuves tels l’Amazone et l’Orénoque, on constate que l’érosion des sols organiques dans les bassins versants tropicaux crée une augmentation croissante de l’apport de nutriments vers l’océan (donc l’eutrophisation marine). Ce processus entraine un dépérissement à l’échelle régionale des coraux à symbiontes récifales, en faveur d’organismes filtreurs (éponges, octocoralliens) et des algues vertes tous dépourvus de squelette calcaire.

    Ce processus est particulièrement actif dans les Caraïbes méridionales qui sont sous l’influence directe des eaux de l’Amazone et de l’Orénoque, dont les panaches contiennent de plus en plus de nutriments dissous qui sont transportés par le Courant du Nord Brésil dans les Caraïbes (Fig. 5). La mort des constructeurs de récifs entraine ainsi la destruction des barrières récifales et accentue l’érosion côtière, également amplifiée par la hausse globale du niveau marin, actuellement d’environ 3.3 mm/an (Ref. 5).

    Fig. 5. Carte du nord de l’Amérique du sud et des Caraïbes montrant les panaches de l’Amazone et de l’Orénoque riches en nutriments (couleurs rouge, orange et jaune). Les flèches jaunes indiquent les courants océaniques responsables du transport des eaux riches en nutriments vers les Caraïbes. La région des Antilles est la plus touchée par ce phénomène. Source P.O. Baumgartner, Sedimentology (2013) 60, 292–318.2013


    Acidification des océans
    La calcification des squelettes coralliens en aragonite et d’autres espèces à coquilles est un processus qui dépend d’un équilibre fragile entre les espèces d’acide carbonique (CO2) et du calcium dissout. L’augmentation du CO2 dans l’atmosphère entraine sa séquestration plus importante dans l’océan (donc l’acidification, Fig. 6) et ainsi bascule l’équilibre de l’aragonite vers la dissolution. Des expériences en laboratoire ont montré que certaines espèces coralliennes n’arrivent plus à former des squelettes à une concentration du CO2 dissout dans l’océan comme celle projeté pour 2030 (Ref. 3).

    Fig. 6. Diagramme montrant l’augmentation de la concentration du CO2 dans l’atmosphère entre 1960 et 2010. La barrière des 400 ppm a été atteinte en 2015 et ne descend plus en dessous de ce suil depuis 20164. La courbe bleue montre la pression partielle du CO2 dissout dans l’eau de mer qui monte en parallèle avec la concentration du CO2 atmosphérique (courbe rouge). La courbe verte montre la diminution du pH (acidification) dans l’eau de mer. Source : European Commission, the UK Marine Climate Change Impacts Partnership, the Oak Foundation, Oceana

    Dans les Caraïbes, certaines espèces constructrices de crêtes récifales résistantes aux vagues, tels que les espèces du genre Acropora (Fig. 7) sont en voie de disparition. Depuis longtemps isolées de l’Indopacifique, ces espèces sont endémiques dans les Caraïbes, et se caractérisent par une faible diversité génétique. Vivant dans les eaux peu profondes, ces espèces sont les premières à blanchir lors de la surchauffe des eaux de surface. Une fois morts, les colonies sont rongées par d’autres organismes et ensuite brisées par les cyclones, dont la fréquence et la force sont susceptibles d’augmenter avec le réchauffement climatique. La quasi-totalité des barrières à Acropora a ainsi disparu pendant les derniers 40 ans (Fig. 7).

    Fig. 7. Barrière récifale construite par les espèces endémiques d’Acropora, Grand Cul de Sac, St. Barthelemy (Antilles Françaises). Photo du haut: prise en mai 2015, l’une des rares barrières encore intactes. Photo du bas: prise en avril 2018, après le passage du cyclone Irma le 6 sept. 2017 qui a totalement détruit la barrière. Crédit Photos: POB

    Références

    1. Downs, C. A. et al. 2015. Toxicopathological Effects of the Sunscreen UV Filter, Oxybenzone (Benzophenone-3), on Coral Planulae and Cultured Primary Cells and Its Environmental Contamination in Hawaii and the U.S. Virgin Islands, Arch Environ Contam Toxicol (2016) 70:265–288, DOI 10.1007/s00244-015-0227-7
    2. ICRI: Impacts of sunscreen on coral reefs 2018.
    3. BBC News, Nov. 1, 2018: McGran M. Coral: Palau to ban sunscreen products to protect reefs.
    4. Burke L. et al. 2001. Reefs at Risk Revisited, World Resources Institute.
    5. IPCC: Climate Change 2013.
  • Des climats et des hommes

    Des climats et des hommes

    Le 24 janvier 2019, le prof. Edouard Bard (Collège de France) a donné une conférence publique sur le climat des derniers millénaires et ses impacts sur l’homme. Une discussion/table ronde a suivi avec des intervenants de la FGSE et de l’UNIL dont Jacques Dubochet et Dominique Bourg. (suite…)

  • Malédiction des objets absents : Explorations épistémiques, politiques et écologiques du mouvement transhumaniste par un chercheur embarqué

    Malédiction des objets absents : Explorations épistémiques, politiques et écologiques du mouvement transhumaniste par un chercheur embarqué

    Thèse soutenue par Gabriel Dorthe, le 23 janvier 2019, Institut de géographie et durabilité (IGD) & Université Paris I Panthéon-Sorbonne, UFR de philosophie

    Depuis une dizaine d’années, le transhumanisme fait l’objet d’une attention soutenue de la part de nombreuses disciplines de sciences humaines, des médias et de nombreux acteurs du débat public sur les technologies émergentes. Très polarisé et virulent, le débat surprend par deux oublis. D’une part, le transhumanisme est rarement présenté comme un mouvement d’idées structuré en associations par des militants, mais plutôt renvoyé de manière vague à des grandes puissances lointaines (Silicon Valley ou Asie du Sud-Est en particulier). D’autre part, les objets techniques, qui focalisent l’attention, y sont en même temps relégués au rôle de décor en fond de scène. (suite…)

  • Rétrospective automne et année 2018

    Rétrospective automne et année 2018

    Jean-Michel Fallot, Institut de géographie et durabilité

    Rafraichissez vos connaissances en météorologie avec la chronique de Jean-Michel Fallot, géographe, MER à l’Institut de géographie et durabilité et spécialiste du climat. Régulièrement, M. Fallot fait un point synthétique sur le temps en Suisse, sur les tendances climatiques, saisonnières et sur l’histoire de la météo dans notre pays, sur inspiration de données de MétéoSuisse.

    Toutes les chroniques météo (2014-2019)

    L’année 2018 a établi un nouveau record de chaleur pour l’ensemble de la Suisse depuis le début des mesures en 1864, devant les années 2015, 2014 et 2011. 2018 également été l’année la plus chaude dans plusieurs pays d’Europe depuis le début des mesures comme la France, l’Allemagne, l’Autriche, la Pologne, la Hongrie ou la République tchèque, tandis que la Belgique a connu sa 2e année la plus chaude juste derrière 2014.

    Outre plusieurs records de chaleur et d’ensoleillement, 2018 s’est aussi signalée par une période de sécheresse de 8 mois, d’avril à novembre, la plus intense mesurée depuis 1864 en Suisse orientale (et la 3ème plus intense pour l’ensemble de la Suisse).

    Pour les gens intéressés, vous trouverez plus d’informations sur ces particularités météorologiques (et d’autres) dans le fichier ci-joint

    Rétrospective septembre à décembre 2018 (PDF)

  • Autoroute à six pistes

    Autoroute à six pistes

    Interview de Patrick Rérat, professeur ordinaire à l’Institut de géographie et durabilité, spécialiste de la mobilité.

    « Afin d’augmenter la capacité du réseau autoroutier, le Conseil fédéral veut développer les artères à six voies sur de longues distances, notamment sur l’Arc lémanique, rapportait ce week-end la NZZ am Sonntag. » (rts.ch).

  • Quelle Suisse voulons-nous aménager pour demain ?

    Quelle Suisse voulons-nous aménager pour demain ?

    Chaque jour, l’équivalent de huit terrains de foot sont bétonnés en Suisse. C’est trop, beaucoup trop pour les Jeunes Verts suisses qui veulent en finir avec le mitage du territoire. Alors faut-il désormais compenser toute nouvelle zone constructible en rendant à la nature une surface équivalente? Débat avec la participation du prof. Dominique Bourg de l’Institut de géographie et durabilité.

  • Deux diplômés GSE participent à l’émission « Une seule planète »

    Deux diplômés GSE participent à l’émission « Une seule planète »

    Alizé De La Harpe et Nicolas Dépraz, titulaires d’un Master en géosciences, ont accompagné deux familles romandes pour leur faire adopter un mode de vie plus vert, dans le cadre de l’émission de la RTS « Une seule planète ».

    Six mois pour changer !

    En signant l’accord de la COP21, la Suisse s’est engagée à réduire de 50% ses émissions directes de gaz à effet de serre d’ici à 2030. Pour parvenir à ce résultat, il faut changer de modèle. Certes, le Gouvernement et le Parlement doivent œuvrer de leur côté pour instaurer des lois incitatives ou contraignantes et mettre en place des politiques ambitieuses. Mais chacun peut également agir à sa modeste échelle, en faisant sa part.

    Vivre de manière plus durable en diminuant les émissions de CO2 ! C’est ainsi le défi que relèvent quatre foyers de Suisse romande. Ils ont six mois pour modifier leurs habitudes, faire de nouvelles expériences et découvrir que «réduire», c’est peut-être un plaisir. Chaque famille est aidée par un ancien étudiant en sciences de l’environnement : régime alimentaire, mode de transport, consommation… les incitations au changement sont nombreuses.

    Point de départ: l’évaluation de l’empreinte carbone de chaque famille, réalisée par un expert en calcul environnemental. Elle met en évidence les principaux domaines de consommation responsables de leurs émissions. Par exemple la mobilité, l’alimentation, les loisirs, le logement, les déchets ou encore la consommation générale (matériel électronique, vêtements, électro-ménager, etc).

    L’étudiant-conseiller désigne ensuite pour chaque foyer les trois domaines de consommation dans lesquels la marge de progression est la plus grande. Les foyers ont alors six mois pour tenter de modifier leurs habitudes. Au terme de l’aventure, l’expert en calcul environnemental détermine l’économie de CO2 réalisée par chaque famille et celle qui pourrait être réalisée au niveau national si l’ensemble de la population suisse suivait le mouvement.

    Le projet se décline en deux séries de trois épisodes, la première en janvier et la suivante en mars. Pour les prochains épisodes, à découvrir dès mars 2019, Alizé De La Harpe et Nicolas Dépraz passent le flambeau à deux autres étudiants romands, qui s’occuperont chacun d’une autre famille.

    Voir les épisodes de la série

  • Le déclin des sports d’hiver face au réchauffement climatique

    Le déclin des sports d’hiver face au réchauffement climatique

    Christophe Clivaz (Professeur associé à l’IGD) discute des sports d’hiver en montagne et haute montagne en raison du réchauffement climatique et du manque de neige.

  • Des îles du Pacifique bannissent les crèmes solaires

    Des îles du Pacifique bannissent les crèmes solaires

    Récemment, la presse s’est fait l’écho de la décision prise par les îles Palaos dans le Pacifique, d’interdire l’usage des crèmes solaires dès 2020. Hawaï suivra en 2021. Cette interdiction vise surtout à protéger les récifs coralliens des éléments toxiques présents dans certaines crèmes ou huiles de protection solaire. Les avis croisés de nos chercheurs sur la question.


    La réaction de la Dr Nathalie Chèvre,
    chercheuse à l’Institut des dynamiques de la surface terrestre et spécialiste des micropolluants

    Les îles Palaos vont interdire l’usage de crèmes solaires dès 2020. Et Hawaï dès 2021. Cette décision est-elle une application inconsidérée du principe de précaution ? Ou y a-t-il des raisons valables d’être inquiets et les crèmes devraient être interdites partout ?

    D’abord disons que l’interdiction décrétée par ces îles du Pacifique l’a été principalement en regard des effets nocifs pour les coraux.

    C’est en 2001 qu’une doctorante italienne, Mme Corinaldesi, s’intéresse pour la première fois aux effets des crèmes solaires sur les récifs coraliens. Elle montre ainsi que les substances inclues dans ces produits peuvent conduire au blanchissement des coraux en augmentant les infections virales. Depuis, différents chercheurs se sont penchés sur la question et semblent corroborer ses résultats.

    En 2018, l’International Coral Reef Initiative (ICRI), en collaboration avec le Ministère de l’énergie et de l’environnement de Suède, ayant fait un tour d’horizon de la littérature, concluent que, considérant tous les stresseurs auxquels les récifs coralines doivent faire face, et parmi eux les composants des crèmes solaires, une apporche proactive et basée sur le principe de précaution devrait être aplliquée. En conséquence, la quantité de crème solaire atteignant les récifs coraliens devrait être limitée.

    L’interdiction décrétée par les îles Palaos et Hawaï semble donc bien justifiée. Mais nous, nous sommes bien loin du Pacifique. A part comme touriste, serions-nous aussi concernés ?

    Il suffit de rejoindre une plage ou une piscine en fin de journée pour se dire que « peut-être ». En effet, si l’on observe bien la surface de l’eau… on y voit une pellicule grasse, restes de nos protections solaires. Comme l’expliquent bien les fabricants, il faut impérativement remettre de la crème après un bain, celle-ci étant partie dans l’eau… ou elle reste.

    Mais est-ce dangereux ?

    On a déjà vu que les récifs coralliens pourraient être impactés. On peut donc imaginé que d’autres espèces pourrait l’être aussi. Mais les études manquent sur le sujet.

    D’autre part, certains composés des crèmes solaires, tels les filtres UV chimiques ou les conservateurs, sont loin d’être inoffensifs pour la santé. Baigner dedans n’est peut-être pas idéal.

    Enfin, il semble que les crèmes solaires ne soient pas aussi efficaces que prévu contre les mélanomes. Gageons donc que, dans quelques années, le chapeau et le t-shirt comme protection solaire seront revenus à la mode dans le monde.

    Références