Sacré Saoulé

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Sacré Saoulé

Mise en scène par Oscar M. Damianaki / Théâtre de l’Usine (Genève) / du 29 octobre au 1er novembre 2026 / critique par Héloïse Margot .


Voyeurisme : corps et relations mis à nu

4 novembre 2026

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© Yoshiko Kusano

Deux corps, un plateau et beaucoup de regards. Dans sa mise en scène chorégraphique, Oscar M. Daminaki propose d’explorer une relation intime jusque dans ses retranchements, où l’érotisme et la violence s’entremêlent. Les corps des danseurs se substituent aux mots pour exprimer une passion dévorante. Ces mêmes corps sont exposés et malmenés dans une intimité rendue presque insoutenable par la multiplication des regards. Dans un dispositif bi-frontal, les spectateurs regardent autant qu’ils sont regardés. Les spectateurs sont ainsi amenés à s’interroger sur leur propre rapport aux corps, aux relations et aux regards.

Deux hommes, deux gradins : comédiens et publics se regardent et se jaugent. Le public est disposé de part et d’autre du plateau, dans un dispositif en bi-frontalité cernant les deux danseurs. Ils les regardent mais voient également les autres spectateurs. La danse ressemble à un jeu de domination, de séduction d’emprise entre les deux danseurs. La sobriété de la mise en scène, la répétition des mouvements et la simplicité des costumes font des corps, de leurs mouvements et de leurs interactions le cœur du spectacle. La mise en scène souligne ainsi l’intimité partagée par les danseurs, mais aussi l’intimité dans laquelle s’introduit le public. la proximité est au centre du propos de la performance.

Les costumes dévoilent beaucoup les corps, les torses sont nus. Les jambes sont un peu plus couvertes : l’un des danseurs porte une jupe satinée, fluide et fendue, laissant ainsi apparaître partiellement ses jambes, l’autre porte des shorts dévoilant également en partie ses jambes. Ainsi les costumes des danseurs, en laissant apparaître leur peau, jouant d’une nudité partielle et de matériaux tels que le satin ou le latex, redouble la teneur érotique du spectacle.

L’intimité qui caractérise la relation entre les deux danseurs est également en constante tension avec la présence du (double) public : les spectateurs observent les deux danseurs, qui se regardent eux-mêmes et qui regardent en retour leur public. Celui-ci, dans le dispositif bi-frontal proposé, s’observe en quelque sorte à son tour lui-même, questionnant ainsi le rapport entre regardés et regardants. Alors le public n’est plus protégé par son statut de regardant, il n’est plus dans le noir, inconnu, mais au contraire il est plongé d’abord dans la même lumière que les danseur: il est, lui aussi, regardé. Le voyeurisme devient ici en quelque sorte réciproque.

Sur le plateau, la relation représentée montre un jeu entre l’intimité partagée entre ces deux corps et leur rejet mutuel, caractérisé par une certaine violence. Ils dansent ensemble en faisant des mouvements synchronisés et communs, montrant une convergence, une cohésion entre eux et parfois ils s’entrechoquent, se frappent.

Les moments où leurs corps se heurtent l’un à l’autre révèlent la part de violence de leur relation. Ainsi, la performance se lit comme la monstration d’une relation passionnelle entre deux êtres, faite d’intimité, mais aussi de violence. La pose finale en témoigne : les deux danseurs sont accroupis enlacés front contre front dans une proximité qui ne saurait mieux exprimer l’intimité qu’ils partagent.

Le jeu de lumière redouble à son tour l’alternance entre intimité et violence. Tout d’abord, la lumière éclaire l’entier du plateau dénué, unifiant l’espace des danseurs et les deux gradins occupés par les spectateurs. Puis, elle s’atténue et se concentre sur les danseurs à mesure que la violence entre eux s’intensifie. La lumière, tout en laissant apparaître la violence, semble l’atténuer.

Ainsi cette performance donne à voir une relation dans toute son intimité et ses extrémités, de l’érotisme à la violence. Elle propose, également une réflexion sur l’importance du regard, son ambiguité, et interroge ainsi la place, voire le rôle du spectateur : Qui regarde ?  Qui est regardé ? Le public est témoin de cette relation intime, tout en étant délogé du confort de son anonymat habituel : ici, il est un voyeur vu.

4 novembre 2026


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