Métamorphose – Chapitre 1 : P. et B.

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Métamorphose – Chapitre 1 : P. et B.

D’après Philippe Vasset / mise en scène par Mathias Brossard, Arnaud Huguenin et Mélina Martin / Théâtre du Loup (Genève) / du 30 mai au 13 juin 2026 / critique par Félix Blandin .


En constante évolution

2 juin 2026

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© La Filiale Fantôme – Collectif CCC

Dans le quartier du Praille Acacias Vernets (PAV) en mutation vivent deux personnes, P. et B., deux visions de la ville, deux envies pour la ville : fusion et révolution. À travers les portraits de ces deux personnages seuls – ou presque – face à la cité, le spectacle interroge notre rapport à l’urbain, à l’évolution des quartiers, notre place au milieu des bâtiments, notre petitesse face à la ville ; et il nous propose de le faire tout en se déplaçant.

Après Perchée et Modeste le Petit Pion en 2025, le collectif CCC – Comédiennes et Comédiens à Ciel ouvert – revient avec Métamorphose – Chapitre 1 : P. et B, initié par le Théâtre du Loup à Genève qui a commandé ce spectacle. Le collectif est habitué à un théâtre in situ, hors les murs, dans la nature ; l’action se déroule dans le PAV qui ambitionne de construire neuf nouveaux quartiers avec au centre la nature et la neutralité carbone d’ici 2050. Les textes sont écrits par Lara Khattabi et Loïc Le Manac’h, librement inspirés de Ruines-de-Rome de Pierre Senges et de La Conjuration de Philippe Vasset. Métamorphose s’étendra sur trois saisons, à raison de deux portraits à chaque fois et une conclusion avec les quatre personnages en 2028. Dans le premier chapitre, on nous présente deux personnages sans lien entre elleux sauf, peut-être, la ville elle-même.

Que faire seul face à la grandeur de la ville ? B. (Barbara Baker) se voit confier la mission de lancer l’apocalypse verte par son voisin en tenu de camouflage (Arnaud Huguenin), pour y faire naître une verdure incontrôlée et désordonnée en tirant des bombes à graines avec un bazooka. Ensuite vient P. (Pierre Misfud), un « homme standard » qui trouve grisant de passer des lieux publics aux lieux privés et de questionner notre rapport entre les deux : est-ce qu’un lieu public l’est réellement ? Il veut s’y fondre, y rester seul, et ne faire qu’un avec les lieux ou avec la foule. P. et B. nous amènent dans le PAV qui leur sert de décor. Celui-ci change en fonction de nos déplacements. Les personnages se révèlent tout petits face à l’immensité de la ville. Un sentiment qu’il aurait été difficile de transmettre – ou moins bien – dans un spectacle en salle. Le contexte extérieur renforce le propos du spectacle, même si, dans ce premier chapitre, nous restons à proximité du Théâtre du Loup. Le public est invité, entre les portraits, à devenir un ensemble révolutionnaire armé de pelles et brouettes ou bien une joggeuse (Mélina Martin). Pendant les scènes elles-mêmes, il fait face aux comédien·nes assis ou debout, écoutant la vie et les portraits de ces personnages singuliers. Les deux personnages donnent aussi deux visions de la collectivité. Car iels sont peut-être seuls et petits face à la grandeur de la ville, mais ils nous montrent que ce n’est pas une fatalité. B. nous appelle à une union verte pour la transformation de la ville, tandis que P. nous demande de fondre dans la ville, de ne faire qu’un avec elle. Ces deux visions différentes partent d’un même amour profond pour leur ville.

Métamorphose est un spectacle qui, comme le PAV, est en constante évolution et construction, invitant à le suivre durant ces deux prochaines années.

2 juin 2026


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