Haut en couleurs

Par Suzanne Balharry

Une critique du spectacle :
Le Bleu de Madeleine et les autres / d’Anne Luthaud / mise en scène Anne-Marie Marquès / Petit Théâtre de Lausanne / du 9 au 13 octobre 2013

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© S. Gutierrez

Sur l’écran géant, l’image de deux actrices bondissant en costumes futuristes est projetée en direct. Ainsi s’achève Le Bleu de Madeleine et les autres. Un voyage à travers les couleurs qui déploie un arc-en-ciel de formes artistiques mais dont, ce soir-là, on est malgré tout ressortis un peu déroutés.

Dans un premier temps, ce spectacle soutient bien sa nomination aux Molières 2007 dans la catégorie jeune public. Il raconte l’histoire d’une petite fille appelée Madeleine qui cherche le plus beau bleu. A travers la peinture, il explore la composition de la matière et des couleurs. On est peu à peu plongé dans un univers paisible qui nous enchante par des images parfois drôles et parfois pleines d’émotion.

La pièce se joue d’abord au premier plan sur la scène, qui représente l’atelier de deux artistes peintres. Une des deux est jouée par la metteuse en scène Anne-Marie Marques, qui raconte l’histoire de Madeleine telle qu’elle a été écrite par l’auteure Anne Luthaud. Le texte aborde la façon dont les couleurs évoquent des images et habitent notre vocabulaire, aussi bien dans nos expressions que dans des tableaux connus tels que La vue de Delft de Vermeer, dont parle Proust dans le cinquième tome d’A la recherche du temps perdu. Le spectacle offre donc, en plus de l’atmosphère douce, un enseignement sur le langage et l’art.

Pendant que les actrices jouent, l’histoire du spectacle se projette également sur un second plan. Il s’agit d’un grand écran où simultanément est diffusée la création des images peintes, tracées par la comédienne et peintre Jeanne Ben-Hammo. Sur cette toile en contre-champ, l’artiste trace les traits avec un rythme qui donne l’impression qu’ils ont une sonorité. Les deux actrices nous plongent ainsi dans un dialogue, l’une employant les mots et l’autre la peinture, qui devient un élément dramaturgique.

Mais le spectacle n’est pas seulement un beau voyage à travers les couleurs. Après avoir exploré la peinture, la langue et l’art avec poésie, la mise en scène de la compagnie française Les Arrosoirs, fondée en 2002, prend une dimension beaucoup plus ample et s’achève dans un enchaînement d’effets visuels. On voit les actrices se changer en costumes futuristes et bondir en se recouvrant de peinture. Leurs mouvements sont simultanément projetés sur l’écran dans un défilement rapide d’images, dont l’effet a peut-être été perturbé par un problème technique le soir de la représentation à laquelle nous avons assisté. Si cette dernière scène a captivé les enfants, elle a fait également perdre son fil à la pièce. Le Bleu de Madeleine et les autres, joué du 9 au 13 octobre au Petit Théâtre de Lausanne, est une belle illustration de la création à travers plusieurs formes simultanées d’art, entre littérature, peinture, cinéma, et musique, même si, ce soir-là, on en est sortie déconcertée.

 

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