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Critique littéraire Critique littéraire 2026

Un aller sans retour

« Regarde mes jambes et mes pieds regarde mes bras et mes mains je n’ai pas d’ailes je ne peux pas voler comme toi Moïse » (p. 63). Avec son premier et ambitieux roman Viens Élie, le jeune auteur bernois Jonas Sollberger évoque un aller sans retour intrigant : celui d’Élie parti à la recherche de son oiseau Moïse. Ce court périple plonge les lecteurs et lectrices dans l’inquiétude du jeune adulte, préoccupé par la perte de son animal et appréhendant sa journée de recrutement à l’armée du lendemain.

Au fil des pages et au gré d’un voyage qui s’avérera initiatique, Élie s’enfonce dans la forêt au crépuscule. Le coucher de soleil s’étire comme le flux de pensée du narrateur. Se développant telle une spirale paradoxalement articulée par l’absence quasi totale de ponctuation, le texte éclaire progressivement, à l’instar du film Je t’aime, je t’aime d’Alain Resnais, une mémoire fragmentaire : celle d’un protagoniste ressassant sans arrêt un souvenir, dans lequel on décèle un événement révélateur d’une identité en construction.


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Là où vont les oiseaux

« Viens, Élie », c’est l’appel rêvé d’un oiseau, lancé depuis les cimes des hauts troncs : une invitation à le suivre, à s’enfuir, à s’affranchir des injonctions et des liens familiaux, à la fois sublimes et écrasants. Car Élie est sorti de chez lui avec son oiseau, Moïse, et désespère à l’idée de devoir accomplir, le lendemain, son service militaire. Lorsque Moïse s’envole et reste introuvable, une quête commence au cœur de la forêt, tandis que la nuit tombe peu à peu. Au loin se trouvent le village et la maison familiale, d’où sortent parfois la mère et la sœur d’Élie pour le supplier d’être raisonnable.

Dans ce premier roman du bernois Jonas Sollberger, cette forêt devient la langue du récit. Elle emmêle le texte qui, comme les ramures et les rhizomes, s’élance pour revenir, s’ancrer aux troncs puis à la terre, avant de repartir, de tourner en rond et d’effrayer celles et ceux qui ne veulent pas se laisser transformer, se rendre branchage parmi les branchages pour écouter les paroles des oiseaux et les histoires que l’on peut y trouver. Là, un pic épeiche se fait allié ; les cloches résonnent et ravivent les labeurs paysans ; un étang désormais desséché conserve, dans sa tourbe, l’image d’une barque flottant sur les eaux du monde d’avant. Le souvenir brûlant d’une identité fragile, qui n’a pu s’épanouir, persiste autour d’une souche calcinée et tente désormais d’exister pleinement.