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Critique littéraire Critique littéraire 2026

Un aller sans retour

« Regarde mes jambes et mes pieds regarde mes bras et mes mains je n’ai pas d’ailes je ne peux pas voler comme toi Moïse » (p. 63). Avec son premier et ambitieux roman Viens Élie, le jeune auteur bernois Jonas Sollberger évoque un aller sans retour intrigant : celui d’Élie parti à la recherche de son oiseau Moïse. Ce court périple plonge les lecteurs et lectrices dans l’inquiétude du jeune adulte, préoccupé par la perte de son animal et appréhendant sa journée de recrutement à l’armée du lendemain.

Au fil des pages et au gré d’un voyage qui s’avérera initiatique, Élie s’enfonce dans la forêt au crépuscule. Le coucher de soleil s’étire comme le flux de pensée du narrateur. Se développant telle une spirale paradoxalement articulée par l’absence quasi totale de ponctuation, le texte éclaire progressivement, à l’instar du film Je t’aime, je t’aime d’Alain Resnais, une mémoire fragmentaire : celle d’un protagoniste ressassant sans arrêt un souvenir, dans lequel on décèle un événement révélateur d’une identité en construction.