Vaud au siècle des Lumières

Complément à l’article paru le 26 septembre 2013 dans Allez savoir !

Réalisé par la Section d’histoire de la Faculté des lettres de l’UNIL, Lumières.Lausanne met en valeur la vie politique, économique et culturelle du Pays de Vaud au XVIIIe siècle. Petit à petit, de nombreuses sources sont mises à disposition des personnes intéressées, chercheurs ou amateurs d’histoire, sur http://lumieres.unil.ch. Si ce site s’enrichit régulièrement, il reste beaucoup de travail : pour donner un ordre de grandeur, on compte 3000 documents qui n’attendent que leur exploitation, rien que pour les écrits personnels (sans les livres de comptes ou la correspondance).

Pourquoi ce foisonnement ? Comme l’explique Danièle Tosato-Rigo, professeur associée à la Section d’histoire, « on assiste à une explosion de l’écrit au XVIIIe siècle. Par exemple, cela faisait partie de l’expérience du voyage que de le raconter.» Le Pays de Vaud, dans lequel de grandes familles ont tenu les rênes du pouvoir dans de petites villes, est également riche en fonds privés. Ces derniers sont aujourd’hui accessibles grâce au travail fourni par les Archives cantonales vaudoises. Enfin, les conflits ont épargné la région.

« Lausanne a été la Riviera de l’Europe pendant quelques décennies, note Béla Kapossy, professeur associé à la Section d’histoire. La cité a accueilli l’aristocratie européenne en quête d’une terre francophone et protestante. Cela a laissé des traces dans les archives des familles.» Ainsi, autour du théâtre, des bals et des fêtes, toute une vie culturelle s’est développée.

Voici justement l’une des ambitions de Lumières.Lausanne : montrer aux habitants du cantons et aux chercheurs du monde entier la richesse intellectuelle de cette époque. Cette « province » comptait en effet des personnages d’importance européenne, comme Frédéric-César de La Harpe ou, plus tôt, le diplomate François-Louis de Pesmes de Saint-Saphorin. Sans oublier le nombre important de précepteurs vaudois qui exerçaient alors dans les cours princières du Continent.

S’étalant entre 1731 et 1784, la correspondance entre Victor de Riqueti, marquis de Mirabeau, et Marc Charles Frédéric de Sacconay, témoigne d’un autre phénomène : l’intérêt des élites étrangères pour « la manière dont les affaires publiques étaient gérées dans le Pays de Vaud » indique Béla Kapossy. Comme par exemple, l’absence d’excès et de fastes (ce qui maintient la paix sociale et l’ordre public), un gouvernement soucieux de son image ou la mise en pratique des découvertes médicales récentes dans la société.

Lumières.Lausanne est également un outil d’enseignement. Des étudiants y participent, en rédigeant des notices biographiques sur des personnalités peu connues, ou en réalisant des transcriptions. Les documents sont des manuscrits, dont il faut apprivoiser l’écriture afin de les rendre disponibles sous forme électronique. Les originaux retournent ensuite à l’abri dans les archives. « Les étudiants apprennent à véritablement “voir” un texte, à être attentifs à la ponctuation, l’orthographe ou à l’accentuation, un exercice qui leur apprend la patience et la rigueur», explique Béatrice Lovis, doctorante et assistante du projet. Leur travail servira ensuite de base à d’autres étudiants et chercheurs, par exemple dans la perspective de publications scientifiques.

Aujourd’hui, Lumières.Lausanne compte quatre volets que tout un chacun peut explorer à sa guise.

1) Le Journal helvétique (1732-1782).
Ce périodique à l’histoire mouvementée, que Rousseau détestait, traitait de politique, de littérature et de science. Il donne la mesure de la réception des Lumières dans le pays de Vaud. 85’000 pages ont été numérisées par la Bibliothèque cantonale et universitaire de Lausanne.

2) Correspondance Mirabeau – Sacconay (1731-1784).
Il s’agit de plus de 500 lettres échangées entre deux amis d’enfance, l’un en France, l’autre en Suisse. Elles mettent à nu la pensée politique et économique de Mirabeau et la manière dont il « testait » ses idées sur son correspondant. Ainsi que des aspects très personnels : le marquis a cherché à s’installer à Coppet, intéressé par le faible poids de la fiscalité locale.

3) Société du comte de la Lippe (1742-1747).
Un groupe de personnalités lausannoises a oeuvré à l’éducation d’un jeune comte allemand, Simon Auguste de Lippe-Detmold. Il s’agissait de le former à son futur métier de dirigeant, à l’enseigne des idées républicaines et réformistes. Les procès-verbaux de ces séances constituent 782 pages manuscrites.

4) La Harpe et la Russie (1783-1795).
Le pamphlétaire a été précepteur du petit-fils de Catherine II, le futur Alexandre Ier, ainsi que du grand-duc Constantin. Cette correspondance fragmentaire mais très documentée avec ses amis restés en Suisse témoigne de la perception de la Cour de Russie par un républicain certes convaincu, mais « fasciné par les monarques », comme le note Danièle Tosato-Rigo. En effet, quoi de mieux que de chuchoter des idées de réformes à l’oreille d’un despote pour les voir mises en application rapidement ?

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