Quand l’enseignement  se jette à l’eau

Une exposition consacrée au thème de l’eau dans la bande dessinée contemporaine est proposée à Lausanne.  Les textes qui l’accompagnent sont le résultat d’un travail mené par des étudiantes et des étudiants en Lettres, dans le cadre d’un projet pédagogique.

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Saturnine. Alex Baladi raconte l’histoire d’une jeune fille qui a été recueillie par des singes. Cette planche montre comment l’eau, qui joue le rôle d’un miroir, dévoile les différences entre les êtres. © Avec l’aimable autorisation d’Atrabile et de l’auteur

Le festival BDFIL a fêté sa 20e  édition entre le 27 avril et le 10 mai dernier. Il connaît toutefois une forme de prolongation jusqu’à l’automne, grâce à l’exposition «Bulles d’eau» installée en plein air dans le Parc de Milan, à Lausanne. Sur place, quatorze panneaux sont proposés. Chacun d’entre eux présente une planche tirée d’une bande dessinée, en grand format, ainsi que trois textes d’accompagnement: l’un à destination des adultes, un deuxième pour les enfants et un troisième en français «facile à lire et à comprendre» (FALC). L’eau en est le fil rouge, en lien avec la thématique annuelle du festival.

«Bulles d’eau» découle du séminaire «Étude de la bande dessinée et médiation culturelle», qui a été mené en automne 2025 par Olivier Stucky et ses collègues membres du Groupe d’Étude sur la Bande Dessinée de l’Unil (GrEBD). «L’enseignement portait sur la théorie et l’histoire de la BD. Nous avons aussi travaillé sur la manière dont ce média peut servir à communiquer des connaissances à destination du public.» Le montage d’une exposition figure parmi les outils possibles.

Ainsi, 28 étudiantes et étudiants de bachelor et de master ont cogité par groupe de deux sur la rédaction des textes des 14 panneaux visibles au Parc de Milan. Un exercice intéressant et exigeant, à réaliser rapidement pour que tout soit prêt au moment du festival BDFIL. «Tout d’abord, nous avons établi un corpus d’albums, avec les codirectrices de BDFIL Gaëlle Kovaliv et Léonore  Porchet, afin de gagner du temps», se souvient Olivier Stucky. En effet, les connaissances des étudiantes et des étudiants dans le domaine sont disparates. De plus, 6500 titres sortent chaque année en France. Un tel choix implique une présélection.

Points de vue sur l’eau

Les œuvres en lice comportaient toutefois des traits communs. Société, politique ou questions environnementales, elles «proposent des points de vue variés au sujet de l’eau, note Olivier Stucky. La manière de traiter visuellement ce thème compte également.» Par exemple, dansPied à terre, MarieMo a travaillé sur la route migratoire dangereuse que représente la mer Méditerranée. Chez Alex Baladi, les émotions sont mises en lumière, avec les larmes de Saturnine (voir ci-dessus). Ou encore «dans Le Pays de l’eau qui monte, de Rodolphe et Patrice Le Sourd, un village est envahi par la crue d’un fleuve. La planche choisie traite de la distribution de l’eau potable, paradoxalement très compliquée alors que tout est inondé», complète Olivier Stucky. Autre condition: les 14 ouvrages présentés ont paru depuis moins de vingt ans, afin que l’on puisse les acquérir en librairie.

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Pied à terre. Dans cet album, MarieMo témoigne au sujet de son engagement à bord du navire Ocean Viking, sur la Méditerranée. Une voie migratoire parfois mortelle. Ici, elle illustre le moment au cours duquel l’équipe de sauvetage intercepte un canot.
© Antipodes, 2024, p. 126-127. Avec l’aimable autorisation de l’éditeur et de l’autrice

Défendre ses idées et écrire court

Lors du séminaire, les participantes et les participants ont donc fait leur marché dans ce corpus selon leurs sensibilités, puis ont sélectionné, dans l’un des ouvrages, les trois planches (doubles pages) qu’ils  estimaient les plus pertinentes par rapport au thème. «Chacun des groupes a ensuite défendu ses choix face à la direction de BDFIL, dans un exercice de pitch qui n’a pas été tout facile! raconte Olivier Stucky. Nous avions réuni d’un côté des étudiantes et des étudiants, et de l’autre, deux professionnelles de la Culture, qui ont une vision de leur festival, et de ses contraintes. Ce furent des séances très intéressantes, où il a fallu argumenter.» Par exemple, il n’était pas question de proposer des planches mettant en scène de la violence, alors que l’exposition est destinée à tous les publics.

De retour à l’Unil, un autre défi s’est présenté: celui de la rédaction. «J’ai organisé un atelier d’écriture, car les textes d’accompagnement des planches ne devaient pas dépasser les 2000 signes (soit un tiers de cet article, ndlr)», explique Olivier Stucky, qui a joué au coach à cette occasion. Avec un tel lignage, il a fallu se concentrer sur les idées essentielles, puis travailler et retravailler le contenu jusqu’à ce qu’il donne satisfaction.

Bulles d’eau s’adresse à tout le monde. «Les personnes qui se baladent au Parc de Milan ne sont pas dans un musée, où l’on s’attend à lire des notices, note Olivier Stucky.  Il faut que la planche de BD leur parle, que le titre soit percutant et que le texte d’accompagnement, même parcouru en diagonale, soit intéressant.»

Comment captiver les enfants

En termes de médiation culturelle,  la réalisation d’un texte à destination des enfants a représenté un exercice supplémentaire. «Le plus facile consiste à résumer ce qui est fait pour les adultes dans un langage plus simple, mais ce n’est pas passionnant pour les plus jeunes.  Il vaut mieux chercher à les faire s’engager.» Par exemple, en leur demandant de dénicher un élément précis dans la BD, ou de raconter une expérience personnelle en lien avec ce qui est présenté. «J’ai été agréablement surpris de la créativité des étudiantes et des étudiants sur ce plan. Certaines et certains ont trouvé des belles astuces pour intéresser le jeune public», indique Olivier Stucky.

Ce séminaire a permis d’acquérir des compétences transversales. Outre la capacité à travailler par deux et à défendre ses idées face à des professionnelles, «cet exercice a donné des outils aux étudiantes et étudiants qui se destinent à travailler dans les milieux de la Culture,  de l’enseignement ou de la communication, où la rédaction de textes synthétiques, pour différents publics, est courante», conclut Olivier Stucky.

À visiter

Bulles d’eau. Jusqu’au 27 septembre. Lausanne. Parc de Milan (vers la place  de jeux, du côté de l’avenue Dapples). Accessible en permanence. Plus d’informations sur bdfil.ch

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