Comme un sou neuf

En 1850, au terme d’une épopée politique et économique, la Confédération se dota du franc suisse. Neuf pièces, de  1 centime à 5 francs, remplacèrent les quelque 700 monnaies différentes, frappées par 79 entités souveraines (cantons, villes, abbayes, etc.), qui garnissaient auparavant les poches des Helvètes. Cette ahurissante diversité faisait le bonheur des agents de change, mais compliquait la vie des touristes et gênait les marchands et les banquiers qui travaillaient à l’international. Docteur en histoire de l’Unil, Jan  Chiarelli raconte le chemin qui a débouché sur la création du franc suisse dans un passionnant ouvrage.

La République helvétique tenta d’importer le modèle monétaire centralisé français, mais sa chute en 1803 entraîna un retour à la situation chaotique de l’Ancien Régime. Les  tentatives d’unification échouèrent pendant les décennies qui suivirent.

Toutefois, après des débats animés aux Chambres, une loi permit la création du franc suisse le 7 mai 1850. L’opposition venait alors de Suisse orientale. Des cartes, dans l’ouvrage de Jan Chiarelli, nous présentent ainsi un drôle de Röstigraben. Du côté de Saint-Gall, les industriels auraient préféré se calquer sur le florin qui avait cours dans le sud de l’Allemagne, avec laquelle ils faisaient leurs affaires. Les cantons romands, tout comme Bâle et Berne, voulaient se calquer sur le franc français, la monnaie reine en Europe à l’époque. La Suisse était déjà un pays mondialisé, dépendant des échanges internationaux.

L’unification de la monnaie fut un événement considérable, à la fois pour le jeune État fédéral de 1848 et pour la population. Le design a joué un rôle. Ainsi, sur les premières pièces en argent de ½ à 5 Fr., notre Helvetia est assise de profil devant les montagnes. Sa main droite est tendue vers le lointain, tandis que l’autre repose sur un bouclier qui cache en partie des épis de blé et une charrue. Cette image était destinée à créer un sentiment d’appartenance.

L’opération fut une réussite. Invités à troquer leurs anciennes monnaies contre des francs, les Suisses jouèrent le jeu. À Zurich, les gens se précipitèrent même dans les bureaux d’échange. En treize mois, plus de 65 millions de pièces anciennes sortirent ainsi du marché. Riche en faits peu connus, l’ouvrage de Jan Chiarelli constitue une mise en perspective stimulante, à l’heure où les smartphones  et les cartes servent à payer à peu près tout. / DS

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La naissance du franc suisse. Par Jan Chiarelli.
Savoir suisse (2025), 185 p.

Français d’origine, Jean-Claude Usunier s’intéresse à la symbolique de la Suisse. De manière parfois audacieuse, le professeur honoraire de la Faculté des HEC explore cette question dans les dimensions historique, culturelle, géographique et sociétale, entre autres. Il se demande comment un lieu aussi peu spectaculaire que le Grütli peut avoir tant d’importance. Plus loin, il tente un portrait du pays, comme si ce dernier était une personne. Ailleurs, il raconte sa naturalisation, une procédure dont la réputation de difficulté lui semble «nettement surfaite». / DS

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Symbolique de la Suisse. Par Jean-Claude Usunier. Les 3 Colonnes (2025), 215 p.

Intégrer la bande dessinée dans l’enseignement du français à l’école? C’est loin d’être une évidence. Associée souvent à une paralittérature, on la trouve trop «facile» et coûteuse. À tort, estime Camille Schaer. En collaboration avec quatre enseignants de la région lausannoise, la chercheuse s’est notamment donné pour but de planifier, puis de mettre en œuvre des séquences didactiques autour de deux bandes dessinées: le tome 1 de Persepolis de Marjane Satrapi et Wonderland de Tom Tirabosco. Elle analyse ici «les dilemmes et les enjeux» liés à l’emploi de ce média en classe. / MD 

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La bande dessinée dans l’enseignement du français en Suisse. Par Camille Schaer. Épistémé (2025), 474 p.

Blaise Hofmann n’a pas pris de gants pour ce portrait de Pietro Sarto. De qui? Mais oui, le graveur, le peintre! Quand tu regardes le Léman, parfois, tu as l’impression d’être dans l’une de ses œuvres, au point d’en ressentir un vertige. Le principal intéressé fait tout pour ne pas prêter au jeu de l’entretien. Sans se décourager, l’écrivain, diplômé en Lettres de l’Unil, rencontre des amis, des collègues, celles et ceux qui le connaissent. Il évoque le souvenir des gens qui ont fait l’histoire de l’Atelier de Saint-Prex, aujourd’hui désert. /DS

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Le peintre célèbre du village voisin. Par Blaise Hofmann. Zoé (2026), 251 p.

La collection dirigée par Grégoire Millet, professeur à l’Institut des sciences du sport, s’enrichit. Rédigé par des scientifiques de l’Unil et du CHUV, ce volume est consacré aux bienfaits de l’activité physique pour prévenir les maladies vasculaires, en particulier des jambes, et pour soulager les personnes qui en sont atteintes. Des affections douloureuses qui pèsent sur le moral. Très pratique, l’ouvrage propose des exercices adaptés, d’intensité progressive, pour retrouver de l’autonomie. / DS

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Je bouge pour la santé de mes vaisseaux. Par Stefano Lanzi, Lucia Mazzolai et Maxime Pellegrin. Planète santé et Unil (2026), 143 p.

La leçon inaugurale constitue un rite de passage pour les nouvelles et nouveaux professeurs de la Faculté des Lettres. Treize d’entre elles, prononcées en 2024 et 2025, sont rassemblées dans cet ouvrage, sous forme d’articles. La grande diversité des contributions reflète celle des champs étudiés. Par exemple, le professeur d’histoire de l’art Jan Blanc présente la Botte d’asperges de Adriaen Coorte (1697), conservé au Rijksmuseum d’Amsterdam. Malgré son format modeste, ce tableau s’avère d’un grand intérêt. / DS

Notice sur Labelettres

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L’arbre à lettres. Leçons inaugurales 2024-2025. Édité par Léonard Burnand et Danielle van Mal-Maeder. Études de lettres 327 (2025), 316 p. unil.ch/edl

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