Arrêts sur images

Un travail sur les photographies du fonds Hans Steiner a été engagé dans le cadre d’un séminaire interdisciplinaire dirigé par Philippe Kaenel (Section d’histoire de l’art) et François Vallotton (Section d’histoire) au cours du semestre d’été 2007. Suite à ce séminaire, les étudiant(e)s ont poursuivi leurs recherches et nous proposent d’explorer quelques thématiques définies.

Photographies: © Hans Steiner / Musée de l’Elysée, Lausanne

Amandine Favre

Objectif des plus grands alpinistes, la face nord de l’Eiger a été le cadre de très nombreuses tentatives, souvent dramatiques. Elle sera enfin vaincue en juillet 1938 par une cordée austro-allemande.

Cette ascension tient une place particulière dans une histoire de l’alpinisme dont les photoreportages accentuent la dimension médiatique, héroïque et véritablement spectaculaire.

Depuis la Petite Scheidegg, le public est convié au théâtre de l’effort, de la lutte souvent tragique de l’homme contre la montagne. Ce voyeurisme du sublime est transmis par des télescopes et des appareils photographiques miniatures montrant l’action au plus près et permettant d’attester les exploits. Le combat intime de l’homme et de la montagne est alors porté sur la scène nationale et même internationale et traduit des enjeux considérables peu avant la Seconde guerre mondiale.

Envoyé par la Schweizer Illustrierte Zeitung, Hans Steiner est présent lors de nombreuses tentatives de conquête de la paroi nord de l’Eiger, notamment 1935, 1936 et 1938. Il a laissé de nombreuses photographies de cet événement qui allient les portraits des alpinistes, ceux des sauveteurs, mais qui s’intéressent aussi au regard des spectateurs de l’exploit. Ces photoreportages marquent une étape décisive dans la carrière de Steiner. En effet, plusieurs de ses clichés ont été reproduits dans les illustrés suisses et dans des publications étrangères.

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1935: Première tentative, premier drame

En août 1935, deux Munichois, Max Sedlmayer et Karl Mehringer se lancent dans l’ascension de la face nord : une paroi de 1800 mètres. Ils passent plus de cinq jours sur la face avant de disparaître à la hauteur de ce qui sera dès lors appelé le « Bivouac de la mort ».

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Depuis la Kleine Scheidegg, le frère de l’un des alpinistes et le responsable des sauveteurs observent la paroi où ont disparu les alpinistes : spectacle tragique dont le télescope et la photographie se font les médiateurs.

1936 : La tragédie Kurz

En juillet 1936, deux Autrichiens, Edi Rainer et Willy Angerer, rejoignent une cordée munichoise (Anderl Hinterstoisser et Toni Kurz) sur la face nord de l’Eiger. Après avoir rebroussé chemin, seul l’un d’eux, Toni Kurz demeure encore en vie après une série d’accidents et de chutes. Malgré les réticences face à un sauvetage si dangereux, les guides de Wengen se rendent au secours du malheureux. Après une nuit terrible, Kurz meurt suspendu à une corde bloquée à quelques mètres de ses sauveteurs. Cette équipée tragique a un énorme retentissement médiatique et le canton de Berne va tenter d’interdire de nouvelles tentatives. Ce décret sans valeur législative libère les guides locaux de l’obligation de sauver les alpinistes s’aventurant sur la face nord de l’Eiger.

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Le traitement de la tragédie par les médias suisses s’inscrit dans les débats liés à la défense nationale spirituelle. Souvent, comme dans le reportage du journal Sie und Er ci-dessus, la presse met en valeur l’héroïsme des guides locaux en soulignant notamment leur travail dans l’ombre et leur refus d’une gloire jugée douteuse. Les « insensés », allemands et autrichiens sont punis par une montagne, ce haut lieu de l’identité helvétique, qui résiste à tous les assauts…

La victoire austro-allemande de 1938

En juillet 1938, peu après la tentative mortelle de deux Italiens, l’Eigerwand est vaincu par une cordée allemande (Andrea Heckmaier, Ludwig Vörg) et une cordée autrichienne (Fritz Kasparek et Heinrich Harrer, rendu célèbre par son aventure tibétaine) qui se sont réunies en cours de route. « Le dernier problème des Alpes » est résolu. L’événement, un exemple de collaboration austro-allemande qui survient quelques semaines après l’Anschluss, est aussitôt intrumentalisé politiquement en Allemagne ; la presse suisse, tout en émettant le voeu que cette «première» marque la fin de tentatives qui ont coûté la vie à bon nombre d’alpinistes, participe à la veine sensationnaliste du récit. Hans Steiner, présent sur les lieux, effectue un vol avec un pilote d’Alpar et prend de nombreuses photos aériennes qui lui assurent une certaine notoriété nationale et internationale.

Dans le reportage publié tant dans la Schweizer Illustrierte Zeitung (27.7.1938) que dans L’Illustré (28.7.1938) figure une prise de vues aérienne de la cordée, signée Steiner, qui allie exploit technique et performance photographique. Ci-dessous, une photo des 4 alpinistes victorieux publiée, recadrée, dans le même reportage.

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